Immobilier

Congés payés supplémentaires : comment calculer leur rémunération selon la Cour de cassation

📅 15 avril 2026⚖️ cc📄 Décision du 26/02/1997👁️ 0 vues

La Cour de cassation a rappelé que les congés payés supplémentaires prévus par une convention collective doivent être rémunérés selon la règle la plus favorable au salarié. Cette décision impacte les employeurs et salariés du secteur immobilier et au-delà.

Décision de référence : cc • N° 93-46.579 • 1997-02-26 • Consulter la décision →

Imaginez-vous propriétaire d'une agence immobilière à Saint-Vincent-de-Tyrosse. Vous avez négocié avec vos salariés des congés supplémentaires via la convention collective, pensant bien faire. Mais voilà qu'un jour, l'un d'eux vous réclame une rémunération différente pour ces jours de repos. Qui a raison ? Comment calculer ces congés conventionnels ?

Cette situation, bien que tirée du droit du travail, touche indirectement tous les professionnels de l'immobilier qui emploient du personnel. Car derrière les murs des agences, des cabinets d'avocats ou des sociétés de promotion, se jouent des questions de rémunération qui peuvent générer des litiges coûteux.

La Cour de cassation, dans un arrêt de 1997 toujours d'actualité, apporte une réponse claire : les règles protectrices du Code du travail s'appliquent aussi aux congés supplémentaires. Mais qu'est-ce que ça change exactement pour vous, propriétaire, locataire ou professionnel du secteur ?

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Dans cette affaire, nous sommes en 1993. M. Dupont, salarié d'une entreprise du secteur des transports, bénéficie d'une convention collective qui lui accorde six jours de congés payés annuels supplémentaires. Ces jours s'ajoutent aux congés légaux et sont répartis sur trois trimestres hors période de congés principaux.

L'employeur, une société basée dans une région industrielle similaire à celle de Tarnos avec ses zones d'activité, applique un usage interne pour rémunérer ces congés supplémentaires : il verse le maintien de salaire, c'est-à-dire le salaire normal, sans appliquer la règle du dixième prévue par le Code du travail pour les congés payés.

M. Dupont conteste cette pratique. Il estime que la règle du dixième (qui consiste à calculer l'indemnité de congés payés en prenant 10% de la rémunération totale perdue pendant la période de référence) est plus favorable et doit s'appliquer. L'employeur résiste, arguant que ces congés étant conventionnels, il peut appliquer ses propres règles.

Le litige monte jusqu'aux prud'hommes (juridiction spécialisée en droit du travail), puis à la Cour d'appel. À chaque étape, les positions s'affrontent. Finalement, la Cour de cassation est saisie. Le chemin judiciaire aura duré près de quatre ans, un délai typique pour ce type de contentieux.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Les magistrats de la Cour de cassation ont analysé le dossier avec une logique implacable. Ils se sont fondés sur l'article L. 223-11 du Code du travail (qui détermine le mode de calcul de l'indemnité de congés payés). Cet article prévoit deux méthodes : le maintien du salaire ou la règle du dixième, en retenant la plus favorable au salarié.

Le point crucial ? La cour a qualifié ces dispositions d'ordre public. Autrement dit, elles s'imposent à tous et ne peuvent être écartées par des accords moins favorables. Ce que peu de gens savent, c'est que cette notion d'ordre public protège le salarié contre des dispositions qui le désavantageraient.

La cour a ensuite étendu ce principe aux congés supplémentaires d'origine conventionnelle. En clair, même si ces congés ne sont pas prévus par la loi mais par une convention collective, leur rémunération doit respecter les règles protectrices du Code du travail. L'employeur ne peut pas invoquer un usage interne pour imposer des conditions moins avantageuses.

Dans cette affaire, la règle du dixième s'est avérée plus favorable. La cour a donc confirmé que M. Dupont pouvait réclamer le bénéfice de cette méthode de calcul. Cette décision représente une confirmation de la jurisprudence protectrice des salariés, mais elle a le mérite de clarifier une zone grise : l'application des règles légales aux avantages conventionnels.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire bailleur employant du personnel pour gérer vos biens à Tarnos, cette décision vous concerne directement. Vous devez vérifier comment vous rémunérez les congés supplémentaires de vos salariés. Par exemple, pour un salarié touchant 2 000€ brut mensuel avec des congés supplémentaires, le calcul peut varier de plusieurs centaines d'euros.

Pour un locataire, l'impact est indirect mais réel : si votre propriétaire emploie un gardien ou un agent d'entretien, des litiges sur les congés pourraient affecter la gestion de votre immeuble. Dans ma pratique, j'ai rencontré des dossiers où des conflits salariaux ont retardé des travaux essentiels en copropriété.

Les professionnels de l'immobilier (agents, promoteurs, géomètres) doivent particulièrement veiller à leurs conventions collectives. Comment réagir ? Premièrement, faire un audit de vos pratiques de rémunération des congés. Deuxièmement, anticiper les régularisations potentielles qui pourraient remonter sur trois ans (délai de prescription en matière de salaires).

Attention toutefois : cette décision ne crée pas de nouveaux droits, mais elle rappelle l'application stricte des règles existantes. Si vous êtes dans cette situation, vous devez comparer systématiquement les deux méthodes de calcul et retenir la plus favorable au salarié.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Vérifiez votre convention collective : Identifiez précisément les congés supplémentaires prévus et leur mode de rémunération indiqué. Ne vous fiez pas aux usages internes.
  • Calculez systématiquement les deux méthodes : Pour chaque salarié, comparez le maintien du salaire et la règle du dixième. Documentez ce calcul pour prouver votre bonne foi en cas de contrôle.
  • Formez votre personnel RH : Assurez-vous que les personnes en charge de la paie connaissent cette obligation légale. Une erreur de calcul répétée sur plusieurs années peut générer des arriérés importants.
  • Consultez un avocat spécialisé : Avant de modifier vos pratiques ou de répondre à une réclamation, faites vérifier votre situation par un professionnel. Une consultation préventive coûte moins cher qu'un procès.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1997 s'inscrit dans une ligne jurisprudentielle constante. Déjà en 1985, la Cour de cassation avait affirmé le caractère d'ordre public des règles sur les congés payés (arrêt n° 83-40.187). Elle a depuis régulièrement rappelé ce principe, notamment dans un arrêt de 2015 concernant le secteur du bâtiment.

La tendance des tribunaux est claire : protection maximale du salarié, avec une interprétation extensive des règles favorables. Les juges considèrent que les avantages conventionnels ne doivent pas servir à contourner les garanties légales.

Pour l'avenir, cette jurisprudence reste solide. Les réformes du droit du travail n'ont pas remis en cause ces principes fondamentaux. En revanche, la complexification des conventions collectives et la multiplication des statuts particuliers rendent la vérification des calculs de plus en plus technique.

En pratique : ce qu'il faut faire

FAQ : Questions fréquentes

1. Comment savoir si la règle du dixième est plus favorable ?
Calculez : 1) Maintien du salaire = salaire normal pendant les congés. 2) Règle du dixième = 10% de la rémunération totale perdue pendant la période de référence. Comparez les deux montants.

2. Cette règle s'applique-t-elle aux indépendants ?
Non, seulement aux salariés liés par un contrat de travail. Les agents immobiliers indépendants ne sont pas concernés.

3. Que risque un employeur qui ne respecte pas cette règle ?
Des rappels de salaire sur 3 ans, des intérêts de retard, et possiblement des dommages-intérêts pour préjudice moral.

4. Peut-on modifier la convention collective pour contourner cette règle ?
Non, toute clause moins favorable serait nulle comme contraire à l'ordre public.

5. Comment vérifier rétroactivement ?
Conservez les bulletins de paie des 3 dernières années et refaites les calculs avec un expert-comptable ou un avocat.

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Informations juridiques

  • Numéro: 93-46.579
  • Juridiction: cc
  • Date de décision: 26 février 1997

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Agent immobilier contestant le calcul de ses congés conventionnels

Pierre, agent immobilier chez une agence à Bordeaux, bénéficie de 5 jours de congés supplémentaires par an via la convention collective SYNTEC. Son employeur lui verse son salaire normal pendant ces congés, sans appliquer la règle du dixième. Pierre estime que cette méthode lui fait perdre environ 300€ par an sur son indemnité de congés.

Application pratique:

L'arrêt de la Cour de cassation de 1997 s'applique : les règles protectrices du Code du travail (dont la règle du dixième) prévalent sur les usages internes pour les congés conventionnels. Pierre doit d'abord contester par écrit le calcul auprès de son employeur en citant cet arrêt. Si le désaccord persiste, il peut saisir les prud'hommes pour réclamer le complément d'indemnité avec intérêts.

2

Promoteur immobilier confronté à une réclamation de salarié

Une société de promotion immobilière à Lyon accorde 4 jours de congés conventionnels annuels à ses salariés. Elle applique depuis 10 ans un maintien de salaire simple. Un chef de projet, recruté il y a 2 ans, réclame maintenant l'application de la règle du dixième, estimant un manque à gagner de 500€ sur la période.

Application pratique:

Selon la jurisprudence de 1997, l'employeur ne peut pas contourner la règle du dixième du Code du travail, même pour des congés conventionnels. Le promoteur doit immédiatement recalculer les indemnités de tous les salariés concernés sur les 3 dernières années (durée de prescription) et verser les compléments. Il doit aussi modifier sa pratique future pour éviter de nouveaux litiges.

3

Gérant d'agence devant calculer les congés d'un nouvel employé

Sophie, gérante d'une agence immobilière à Marseille, recrute un commercial qui bénéficiera de 6 jours de congés conventionnels via l'accord de branche. Elle prévoit de lui verser son salaire habituel pendant ces congés, comme elle le fait pour ses autres salariés depuis des années.

Application pratique:

L'arrêt de 1997 impose d'appliquer la règle la plus favorable, ici la règle du dixième du Code du travail, et non le maintien de salaire. Sophie doit calculer l'indemnité en prenant 10% des rémunérations perçues pendant la période de référence (généralement du 1er juin au 31 mai). Elle doit aussi régulariser la situation des autres salariés pour éviter un contentieux collectif.

Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

Avocat Maître Zakine, Docteur En Droit

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