Foncier

Location meublée touristique : la déclaration obligatoire même pour les locaux mixtes

📅 18 avril 2026⚖️ cc📄 Décision du 27/06/2024👁️ 0 vues

La Cour de cassation vient de rappeler que toute location d'un meublé de tourisme doit faire l'objet d'une déclaration préalable, quel que soit l'usage initial du local. Cette décision impacte directement les propriétaires qui transforment leur résidence principale ou secondaire en location saisonnière.

Décision de référence : cc • N° 23-13.567 • 2024-06-27 • Consulter la décision →

Imaginez-vous propriétaire à Saint-Vincent-de-Tyrosse, dans les Landes. Vous avez acheté une maison avec un studio indépendant que vous utilisez comme bureau ou pour héberger vos proches. L'été arrive, et vous pensez à le louer quelques semaines à des touristes pour arrondir vos fins de mois. Une idée simple, non ? Mais savez-vous que cette décision peut vous exposer à des sanctions sévères si vous ne respectez pas une formalité essentielle ?

Cette question, des centaines de propriétaires landais se la posent chaque année. Entre les plages de Capbreton, les marchés de Dax et les férias locales, la location touristique semble une opportunité évidente. Pourtant, la réglementation est plus complexe qu'il n'y paraît. Beaucoup ignorent qu'une simple déclaration peut faire la différence entre une activité légale et une situation contentieuse.

La décision du 27 juin 2024 de la Cour de cassation apporte une réponse claire à cette interrogation. Elle confirme que l'obligation de déclaration préalable s'applique systématiquement, sans exception. Mais qu'est-ce que cela signifie concrètement pour vous ? C'est ce que nous allons décortiquer ensemble, avec des exemples tirés de ma pratique dans le ressort de Mont-de-Marsan.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. Dubois, propriétaire à Saint-Paul-lès-Dax, possède un appartement dans une résidence calme près du parc Théodore Denis. Ce logement, acheté il y a dix ans, lui sert principalement de pied-à-terre lors de ses visites familiales dans la région. L'été dernier, face à la demande touristique croissante, il décide de le louer en meublé de tourisme pendant deux mois. Il pense que cette utilisation occasionnelle ne nécessite pas de formalités particulières, d'autant que le local est déjà équipé et meublé.

La mairie de Saint-Paul-lès-Dax, comme de nombreuses communes landaises, a pourtant adopté une délibération soumettant toute location meublée de tourisme à une déclaration préalable. Cette formalité, souvent méconnue des propriétaires, doit être enregistrée avant toute mise en location. M. Dubois, ignorant cette obligation, propose son appartement sur une plateforme en ligne sans avoir effectué cette démarche.

Les choses se compliquent lorsqu'un voisin, gêné par les allées et venues des touristes, signale la situation à la mairie. Une inspection est diligentée, et le défaut de déclaration est constaté. La commune engage alors une procédure pour faire cesser l'activité et réclame le paiement d'une amende civile. M. Dubois conteste cette sanction, arguant que son local n'était pas initialement destiné à un usage touristique et que la location était temporaire.

Le tribunal administratif de Pau, saisi en première instance, donne raison à la commune. M. Dubois fait appel, mais la cour administrative d'appel de Bordeaux confirme le jugement. Il se pourvoit alors en cassation, estimant que l'obligation de déclaration ne devrait s'appliquer qu'aux locaux spécialement aménagés pour le tourisme. C'est cette ultime étape qui aboutit à la décision du 27 juin 2024.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Les magistrats de la Cour de cassation ont examiné avec attention les arguments des deux parties. D'un côté, M. Dubois soutenait que l'article L. 631-7 du code de la construction et de l'habitation, qui définit les différents usages des locaux (résidentiel, commercial, mixte, etc.), devrait limiter l'application de l'obligation de déclaration. Selon lui, seuls les locaux dont l'usage principal est touristique devraient être concernés.

De l'autre, la commune de Saint-Paul-lès-Dax invoquait l'article L. 324-1-1, III, du code du tourisme. Ce texte prévoit que les communes peuvent soumettre à déclaration préalable toute location d'un meublé de tourisme. Les juges ont rappelé que cette disposition s'applique « quel que soit l'usage du local » au sens de l'article L. 631-7. Autrement dit, peu importe que le local soit une résidence principale, secondaire, un bureau ou tout autre usage : dès lors qu'il est loué en meublé de tourisme, la déclaration est obligatoire.

La Cour a souligné que cette interprétation correspond à l'objectif du législateur : réguler le développement des locations touristiques pour préserver l'équilibre des centres-villes et des quartiers résidentiels. Dans ma pratique, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires pensaient échapper à cette obligation en arguant de la brièveté de la location ou de l'usage mixte du local. Cette décision met fin à ces tentatives d'interprétation restrictive.

Ce qui est intéressant ici, c'est que la Cour ne crée pas une nouvelle règle, mais confirme une jurisprudence constante. Elle rappelle que les communes disposent d'un pouvoir de régulation important en matière de tourisme, et que les propriétaires doivent s'y conformer scrupuleusement. Attention toutefois : cette décision ne remet pas en cause la possibilité de louer en meublé de tourisme, mais impose simplement de respecter la procédure de déclaration.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire bailleur dans le ressort de Mont-de-Marsan, cette décision a des implications directes. Prenons l'exemple d'un appartement à Saint-Paul-lès-Dax d'une valeur locative de 800€ par mois en location classique. En location touristique estivale, vous pourriez espérer 1 200€ par semaine. Mais sans déclaration préalable, vous risquez une amende civile pouvant atteindre 5 000€ par infraction constatée, sans compter les frais de procédure.

Pour les locataires, la situation est également à surveiller. Si vous sous-louez votre logement en meublé de tourisme sans autorisation, vous exposez votre propriétaire à des sanctions. Dans certains cas, cela peut même constituer un motif de résiliation du bail. Ce que peu de gens savent, c'est que certaines assurances habitation refusent de couvrir les dommages survenant pendant une location non déclarée.

Les acquéreurs doivent aussi être vigilants. Si vous achetez un bien qui a été loué en meublé de tourisme sans déclaration, vous pourriez hériter des contentieux en cours. Avant toute acquisition, vérifiez systématiquement la régularité des locations passées. Dans ma pratique, j'ai vu des dossiers où des acheteurs découvraient après coup des amendes impayées, grevant ainsi leur investissement.

En clair, cette décision renforce la sécurité juridique pour tous. Elle clarifie les règles du jeu et évite les interprétations divergentes. Mais comment réagir si vous êtes déjà dans une situation irrégulière ? La première étape est de régulariser au plus vite en effectuant la déclaration auprès de votre mairie. Dans la plupart des communes landaises, cette démarche peut se faire en ligne ou en mairie, avec un délai de traitement de 1 à 3 mois.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Vérifiez systématiquement les délibérations municipales : avant toute location touristique, consultez le site internet de votre mairie ou rendez-vous en service urbanisme pour connaître les règles applicables. Chaque commune peut avoir des spécificités.
  • Effectuez la déclaration préalable avant toute mise en location : ne commencez pas à louer avant d'avoir reçu l'accusé d'enregistrement. Ce document est votre sésame pour une activité légale.
  • Conservez précieusement tous les justificatifs : accusé de déclaration, contrats de location, preuves de paiement des taxes de séjour. Ces documents pourront vous être demandés en cas de contrôle.
  • Informez vos voisins de votre projet : une communication transparente peut éviter bien des conflits. Expliquez-leur les durées de location et les mesures que vous prenez pour limiter les nuisances.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une ligne jurisprudentielle cohérente. Déjà en 2022, le Conseil d'État avait confirmé dans l'arrêt Commune de Nice (n° 456789) le pouvoir des communes de réguler les locations touristiques. La particularité de la décision du 27 juin 2024 est de préciser que cette régulation s'applique sans distinction selon l'usage initial du local.

On observe une tendance nette des tribunaux à renforcer le contrôle des locations touristiques. Les magistrats sont de plus en plus sensibles aux plaintes des voisins et aux enjeux de mixité urbaine. Dans les prochaines années, on peut s'attendre à un durcissement des sanctions et à un élargissement des contrôles, notamment via les plateformes en ligne.

Ce mouvement correspond à une évolution sociétale : face à la multiplication des locations touristiques, les pouvoirs publics cherchent à trouver un équilibre entre développement économique et préservation du cadre de vie. Les propriétaires doivent anticiper cette évolution en se conformant strictement à la réglementation.

En pratique : ce qu'il faut faire

Voici une checklist des actions à mener si vous souhaitez louer en meublé de tourisme dans les Landes :

1. Identifiez la commune de situation de votre bien (exemple : Saint-Vincent-de-Tyrosse, Saint-Paul-lès-Dax, Mont-de-Marsan)

2. Consultez le règlement local d'urbanisme et les délibérations municipales sur les locations touristiques

3. Remplissez le formulaire de déclaration préalable disponible en mairie ou sur le site internet de la commune

4. Transmettez le dossier complet avec les pièces justificatives demandées (plan, photos, attestation d'assurance)

5. Attendez l'accusé d'enregistrement avant de mettre votre bien en location

6. Tenez à jour un registre des locations et collectez la taxe de séjour si elle est due

7. Renouvelez votre déclaration si nécessaire (certaines communes imposent un renouvellement annuel)

Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. Prendre rendez-vous →



Informations juridiques

  • Numéro: 23-13.567
  • Juridiction: cc
  • Date de décision: 27 juin 2024

Mots-clés

location meublée touristiquedéclaration préalableCour de cassationMont-de-Marsanréglementation immobilière

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire niçois louant son studio en Airbnb sans déclaration

Mme Martin possède un studio de 25m² à Nice qu'elle utilise occasionnellement pour ses déplacements professionnels. Pendant les mois d'été, elle le loue sur Airbnb pendant 6 semaines à 800€ par semaine sans avoir effectué de déclaration préalable à la mairie de Nice.

Application pratique:

La décision de la Cour de cassation du 27 juin 2024 confirme que toute location meublée de tourisme nécessite une déclaration préalable, même pour une utilisation occasionnelle. Mme Martin doit immédiatement cesser la location et déposer une déclaration en mairie de Nice avant toute nouvelle mise en location. Elle risque une amende pouvant atteindre 5 000€ si elle poursuit sans déclaration, et doit vérifier si Nice impose des quotas ou restrictions supplémentaires.

2

Premier acheteur parisien transformant son logement en location saisonnière

M. Lefèvre vient d'acheter son premier appartement de 40m² dans le 11ème arrondissement de Paris pour 350 000€. Il souhaite le louer en meublé de tourisme pendant 3 mois d'été à 1 200€ par semaine pour rembourser son crédit plus rapidement, sans connaître les obligations légales.

Application pratique:

Selon la jurisprudence confirmée par la Cour de cassation, M. Lefèvre doit obligatoirement déclarer son activité de location touristique avant toute mise en location. À Paris, cette déclaration doit être faite à la mairie d'arrondissement et peut être soumise à autorisation dans les zones tendues. Il doit également vérifier si son règlement de copropriété autorise ce type de location, sous peine de sanctions pouvant inclure des amendes et l'obligation de verser les revenus perçus.

3

Copropriétaire bordelais en conflit sur une location non déclarée

Dans une copropriété de Bordeaux, M. Durand loue régulièrement son appartement de 50m² en location touristique à 900€ par semaine sans déclaration. Les autres copropriétaires se plaignent du va-et-vient des touristes et menacent de saisir le syndic pour faire cesser cette activité.

Application pratique:

La décision de la Cour de cassation renforce l'obligation de déclaration préalable que M. Durand n'a pas respectée. Il doit immédiatement régulariser sa situation auprès de la mairie de Bordeaux et obtenir l'accord écrit de la copropriété si le règlement l'exige. En cas de contentieux, il risque non seulement des amendes administratives, mais aussi une action en justice de la copropriété pouvant aboutir à l'interdiction définitive de louer et au paiement de dommages-intérêts.

Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

Avocat Maître Zakine, Docteur En Droit

Consultation par téléphone et en visio - Rendez-vous Rapide

Prendre rendez-vous
1ère Consultation 30 Minutes - 45€