Décision de référence : cc • N° 14-24.486 • 2016-03-23 • Consulter la décision →
Imaginez-vous propriétaire d'un immeuble à Mont-de-Marsan, avec plusieurs appartements loués à des familles. L'une de vos locataires, employée dans une entreprise de nettoyage, vient d'avoir un enfant et reprend son travail après son congé de maternité. Mais voilà que son entreprise perd le marché de nettoyage de votre immeuble, et la nouvelle société qui reprend le contrat refuse de l'embaucher parce qu'elle a été absente « trop longtemps ». Une situation qui semble banale, mais qui cache une injustice profonde.
Que faire dans ce cas ? Peut-on vraiment refuser d'embaucher une salariée parce qu'elle a été en congé de maternité ? La question se pose chaque jour dans les entreprises, les copropriétés, les bureaux de Tarnos où les activités de nettoyage sont nombreuses. Pour les propriétaires qui font appel à ces services, la stabilité du personnel est cruciale, mais à quel prix ?
La Cour de cassation, dans une décision du 23 mars 2016, apporte une réponse claire et protectrice. Elle rappelle qu'une absence pour maternité ne peut jamais être utilisée pour défavoriser une salariée, même si son congé est terminé depuis plusieurs mois. Une position ferme qui change la donne pour des milliers de femmes, mais aussi pour leurs employeurs actuels et futurs.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
L'histoire commence avec Mme Sophie, salariée depuis plusieurs années dans une entreprise de nettoyage qui intervient dans des immeubles de bureau à Tarnos. En 2013, elle tombe enceinte et prend son congé de maternité, comme la loi le prévoit. Après quelques mois, elle reprend son travail, tout semble normal.
Mais en 2014, son entreprise perd le marché de nettoyage d'un important bâtiment. Selon un accord collectif (une convention signée entre employeurs et syndicats), les salariés doivent normalement être repris par la nouvelle entreprise qui remporte le marché, à condition de ne pas avoir été absents plus de quatre mois avant la fin du contrat. Or, Mme Sophie a été absente pour son congé de maternité, et même si celui-ci est terminé depuis plusieurs mois, la nouvelle entreprise refuse de la reprendre, estimant que son absence dépasse la limite autorisée.
Mme Sophie se retrouve donc sans emploi, alors qu'elle vient juste de reprendre son activité. Elle saisit les prud'hommes (le tribunal spécialisé en droit du travail), arguant que son absence pour maternité ne devrait pas compter dans ce calcul. L'entreprise, elle, maintient que les règles de l'accord collectif s'appliquent à tous, sans exception. Les prud'hommes lui donnent raison, mais l'entreprise fait appel. La cour d'appel inverse la décision, estimant que puisque le congé de maternité était terminé, l'absence pouvait être prise en compte.
Mme Sophie ne se décourage pas et saisit la Cour de cassation, la plus haute juridiction judiciaire française. Elle y défend l'idée que discriminer une salariée pour une absence liée à la grossesse, même passée, est contraire au droit européen. Un combat qui dépasse son cas personnel et touche à des principes fondamentaux d'égalité.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
Les magistrats de la Cour de cassation ont examiné l'affaire avec une attention particulière aux textes européens. Ils se sont appuyés sur l'article 2, paragraphe 2, c), de la directive 2006/54/CE (un texte européen qui impose l'égalité entre hommes et femmes au travail). Cet article définit clairement ce qu'est une discrimination directe : tout traitement moins favorable d'une femme lié à la grossesse ou au congé de maternité.
En clair, la Cour explique que dès qu'une décision défavorise une salariée parce qu'elle a été enceinte ou en congé de maternité, il y a discrimination. Peu importe que le congé soit terminé depuis longtemps, peu importe qu'elle ait eu d'autres absences (comme une maladie) avant ou après. L'essentiel, c'est que l'absence pour maternité ne peut jamais être un motif pour refuser un emploi ou un avantage.
Autrement dit, la Cour de cassation a interprété l'accord collectif de 1990 (qui fixait les conditions de reprise des salariés en cas de changement d'entreprise) à la lumière du droit européen. Elle a estimé que la clause qui excluait les salariés absents plus de quatre mois ne pouvait pas s'appliquer aux femmes en congé de maternité, même si leur congé était terminé avant la perte du marché. C'est une confirmation de la jurisprudence antérieure, mais avec une précision importante : le moment de l'absence ne change rien à son caractère discriminatoire.
Dans cette affaire, les arguments de l'entreprise reposaient sur une lecture stricte de l'accord collectif : « Les règles sont les mêmes pour tous, et Mme Sophie ne remplit pas la condition des quatre mois d'absence. » Mais la Cour a répondu que ces règles ne peuvent pas aller à l'encontre des principes supérieurs d'égalité. Les juges ont ainsi donné raison à Mme Sophie, en soulignant que le droit européen prime sur les accords nationaux lorsqu'il protège mieux les droits fondamentaux.
Ce que peu de gens savent, c'est que cette décision s'inscrit dans une longue tradition de protection des femmes enceintes au travail. Elle rappelle que la maternité n'est pas un handicap, mais un droit, et que les employeurs doivent s'adapter, non l'inverse.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Si vous êtes propriétaire bailleur à Mont-de-Marsan et que vous faites appel à des entreprises de nettoyage pour vos immeubles, cette décision vous concerne directement. Imaginez que vous changez de prestataire pour votre résidence de 20 appartements, et que la nouvelle entreprise refuse de reprendre une salariée qui a été en congé de maternité l'année dernière. Vous pourriez être tenu responsable indirectement si cette discrimination est avérée, car vous êtes le donneur d'ordre. Dans ma pratique, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires ont dû intervenir pour éviter des litiges coûteux avec les salariés lésés.
Pour les locataires, surtout ceux qui travaillent dans des secteurs comme le nettoyage, la sécurité ou la garde d'enfants, cette décision est une assurance. Si votre entreprise perd un marché et que vous êtes en congé de maternité (même terminé), vous avez le droit d'être reprise par la nouvelle entreprise sans que votre absence ne compte contre vous. Concrètement, cela peut représenter une économie de plusieurs mois de salaire, soit environ 1 500 à 2 000 euros par mois dans ces métiers.
Pour les professionnels de l'immobilier, comme les promoteurs ou les gestionnaires de copropriétés à Tarnos, cette décision impose une vigilance accrue dans le choix des sous-traitants. Vous devez vérifier que les entreprises respectent ces règles, sous peine de voir vos projets retardés par des contentieux sociaux. Un exemple : si vous construisez un nouveau lotissement et sous-traitez le nettoyage des espaces communs, assurez-vous que le contrat prévoit la reprise des salariés sans discrimination.
Mais qu'est-ce que ça change exactement pour les salariées ? Avant cette décision, certaines entreprises pouvaient arguer que puisque le congé de maternité était terminé, l'absence « normale » pouvait être comptabilisée. Désormais, c'est clair : toute absence liée à la maternité, même ancienne, est protégée. Si vous êtes dans cette situation, vous devez conserver toutes les preuves de votre congé (attestations, bulletins de salaire) et contacter un avocat spécialisé dans les 12 mois suivant le refus, délai typique pour agir aux prud'hommes.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Vérifiez les clauses des contrats de sous-traitance : Si vous êtes propriétaire ou gestionnaire, exigez que les entreprises incluent une mention explicite sur la non-discrimination liée à la maternité, conformément à la directive européenne 2006/54/CE.
- Documentez toutes les absences pour maternité : Pour les salariées, gardez une copie de votre notification de congé de maternité et des échanges avec l'employeur. Ces documents seront cruciaux en cas de litige.
- Formez vos équipes sur les droits des femmes enceintes : Les responsables RH ou les gérants d'entreprises de nettoyage à Mont-de-Marsan devraient organiser des sessions de formation pour éviter les erreurs coûteuses (des indemnités peuvent atteindre 6 à 12 mois de salaire).
- Consultez un avocat avant de refuser une embauche : Si vous êtes employeur et hésitez à reprendre une salariée pour cause d'absence, demandez un avis juridique. Une consultation de 30 minutes peut éviter des années de procédure.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision de 2016 s'inscrit dans une ligne jurisprudentielle (l'ensemble des décisions des tribunaux sur un sujet) déjà bien établie. Par exemple, dans un arrêt de 2014 (n° 13-20.316), la Cour de cassation avait déjà jugé qu'un licenciement lié à une grossesse était nul, même si l'employeur invoquait d'autres motifs. La tendance est claire : les juges protègent de plus en plus les femmes contre les discriminations liées à la maternité, en s'appuyant sur le droit européen.
Attention toutefois : cette protection a ses limites. Si une salariée a des absences pour d'autres raisons (comme une maladie non liée à la grossesse), celles-ci peuvent être prises en compte, à condition de ne pas mélanger les motifs. La décision de 2016 précise bien que l'absence pour maternité est « hors jeu », mais pas les autres absences.
Pour l'avenir, cette jurisprudence devrait inciter les législateurs français à renforcer les sanctions contre les discriminations, peut-être en augmentant les dommages-intérêts ou en simplifiant les procédures. Dans des villes comme Tarnos, où l'économie repose souvent sur des petites entreprises, cela pourrait conduire à une meilleure formation des employeurs.
Points clés à retenir
- Une absence pour congé de maternité ne peut jamais être retenue contre une salariée, même si elle est terminée depuis des mois.
- Le droit européen prime sur les accords collectifs : les clauses qui défavorisent les femmes enceintes sont nulles.
- Les preuves sont essentielles : conservez tous les documents liés à votre congé de maternité.
- Agissez vite : en cas de refus d'embauche discriminatoire, vous avez généralement 12 mois pour saisir les prud'hommes.
- Les employeurs doivent adapter leurs pratiques : vérifiez vos contrats et formez vos équipes pour éviter des contentieux coûteux.
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