Immobilier

Licenciement et préavis : une faute grave pendant le préavis ne prive pas de l'indemnité de licenciement

📅 15 avril 2026⚖️ cc📄 Décision du 08/07/1992👁️ 0 vues

La Cour de cassation a rendu une décision essentielle : même si un salarié commet une faute grave pendant son préavis de licenciement, il conserve son droit à l'indemnité de licenciement. Cette protection s'applique dès la notification du licenciement, même si le préavis est interrompu. Décryptage pour propriétaires, locataires et professionnels.

Décision de référence : cc • N° 89-40.619 • 1992-07-08 • Consulter la décision →

Imaginez-vous propriétaire d'un appartement à Le Cannet, que vous louez à un locataire. Vous décidez de mettre fin au bail pour vendre le bien. Vous notifiez le congé (la notification officielle de la fin du bail) avec un préavis (la période pendant laquelle le locataire peut encore occuper les lieux avant de partir). Mais pendant ce préavis, votre locataire commet des dégradations importantes. Vous êtes en colère, vous voulez qu'il parte immédiatement et vous vous dites : "Il ne mérite plus rien !" Mais est-ce vraiment le cas ?

Cette situation, transposée au monde du travail, est exactement celle qu'a tranchée la Cour de cassation (la plus haute juridiction judiciaire française) dans une décision de 1992. Un salarié licencié pour motif économique (une raison indépendante de sa personne, comme des difficultés de l'entreprise) commet une faute grave pendant son préavis. L'employeur, furieux, met fin au préavis et refuse de lui verser l'indemnité de licenciement (la somme due en cas de licenciement sans faute grave du salarié). Qui a raison ?

La réponse des magistrats est claire et protectrice des droits acquis : le droit à l'indemnité de licenciement naît au moment même où le licenciement est notifié. Une faute commise ensuite, même grave, ne peut l'annuler. En clair, le salarié garde son indemnité. Mais qu'est-ce que ça change exactement pour vous, propriétaire, locataire ou professionnel confronté à des relations contractuelles qui tournent mal ? C'est ce que nous allons décortiquer.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Prenons l'affaire qui a conduit à cette décision. M. Martin (nom fictif pour l'exemple), cadre dans une usine de la métallurgie, est licencié pour motif économique le 27 avril 1987. Son employeur, les usines Chausson, lui notifie ce licenciement et lui impose un préavis, c'est-à-dire une période pendant laquelle M. Martin continue de travailler (ou est dispensé de travail mais payé) avant la rupture effective de son contrat.

Mais voilà : pendant ce préavis, M. Martin commet ce que l'employeur qualifie de "fautes graves". Quelles étaient-elles exactement ? Le jugement ne le détaille pas, mais dans la pratique, cela pourrait être un abandon de poste, des insultes envers un supérieur, ou des actes de sabotage – des comportements qui violent gravement les obligations du contrat de travail. L'employeur, estimant que ces fautes rendent impossible la poursuite du préavis, décide d'y mettre fin immédiatement. Il rompt le contrat sur-le-champ et, surtout, il refuse de verser à M. Martin l'indemnité de licenciement prévue par la convention collective (l'accord qui régit les conditions de travail dans un secteur).

M. Martin conteste cette décision. Il saisit les prud'hommes (le tribunal spécialisé en droit du travail), arguant que son droit à l'indemnité est acquis. L'employeur rétorque : "Vous avez commis une faute grave pendant le préavis, vous ne méritez plus cette indemnité !" Les premiers juges ont pu donner raison à l'employeur, mais M. Martin fait appel, et l'affaire remonte jusqu'à la Cour de cassation. Le rebondissement judiciaire est crucial : il s'agit de savoir si un événement survenu après la notification du licenciement peut effacer un droit déjà né.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation, dans son arrêt du 8 juillet 1992, casse (annule) la décision qui avait privé M. Martin de son indemnité. Son raisonnement repose sur un principe fondamental du droit : la distinction entre la naissance d'un droit et son exigibilité (le moment où on peut le réclamer concrètement).

Les magistrats expliquent que le droit à l'indemnité de licenciement "naît à la date de la notification du congédiement". Autrement dit, dès que l'employeur notifie le licenciement (sans faute grave du salarié), le salarié acquiert ce droit. C'est comme si on vous promettait une somme d'argent à une date précise : la promesse crée le droit, même si l'argent ne vous est versé que plus tard. Ici, le versement est généralement reporté à la fin du préavis, mais le droit existe bel et bien dès la notification.

La faute grave commise pendant le préavis, même si elle justifie que l'employeur mette fin à ce préavis (c'est-à-dire qu'il rompt le contrat immédiatement sans attendre la fin de la période), ne peut pas "entraîner la perte" de ce droit déjà né. Pourquoi ? Parce que la faute survient après l'acquisition du droit. La Cour le dit clairement : cette règle s'applique même lorsque la convention collective (comme celle des ingénieurs et cadres de la métallurgie citée) prévoit une indemnité distincte pour les licenciements sans faute grave. Cette convention ne déroge pas au principe.

En analysant les arguments : l'employeur voulait lier la faute pendant le préavis à la perte de l'indemnité, considérant que le salarié avait violé ses obligations jusqu'au bout. Mais la Cour rejette cette vision : le licenciement est déjà acté, la faute ultérieure ne remet pas en cause le droit acquis à ce moment-là. C'est une confirmation solide de la protection des droits des salariés, empêchant les employeurs d'utiliser une faute tardive pour se soustraire à leurs obligations financières.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Mais comment cette décision du droit du travail concerne-t-elle les propriétaires, locataires ou professionnels de l'immobilier ? Elle illustre un principe général qui s'applique à bien des contrats : un droit acquis à un moment T ne peut être remis en cause par un événement postérieur, sauf clause très précise. Transposons.

Si vous êtes propriétaire bailleur à Antibes et que vous notifiez un congé à votre locataire (par exemple pour reprise du logement), vous devez respecter un préavis. Pendant ce préavis, le locataire commet des dégradations (faute grave). Vous pouvez certainement demander la résiliation immédiate du bail et des dommages-intérêts pour les dégradations. Mais si, par exemple, une indemnité d'éviction (une somme due dans certains cas de congé pour reprise) était due, ce droit est né à la notification du congé. Une faute pendant le préavis ne vous autorise pas à refuser cette indemnité. Vous devrez la verser, tout en réclamant séparément la réparation des dégradations.

Si vous êtes locataire, c'est une protection : même si vous avez un différend avec votre propriétaire pendant le préavis, vos droits acquis (comme le remboursement du dépôt de garantie si les lieux sont rendus en bon état) restent intacts. Pour un acquéreur, cela signifie que des vices apparus après la signature du compromis de vente ne remettent pas en cause les droits nés à la signature, sauf exceptions légales.

Concrètement, avec des chiffres réalistes : imaginons un licenciement avec une indemnité de 10 000 € due. Le salarié commet une faute grave pendant le préavis. L'employeur peut le licencier immédiatement pour faute grave (sans préavis ni indemnité de licenciement spécifique à la faute grave), mais il doit quand même verser les 10 000 € de l'indemnité de licenciement initiale, car ce droit était acquis. Comment réagir ? En séparant bien les conséquences : la faute grave donne lieu à des sanctions (rupture immédiate, pas de préavis payé, éventuels dommages-intérêts), mais elle n'efface pas les droits antérieurs.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Documentez tout par écrit dès la notification : Que vous soyez employeur, propriétaire ou locataire, dès que vous notifiez une décision (licenciement, congé), faites un courrier recommandé avec accusé de réception précisant la date, les motifs, et les droits nés à cette date (comme les indemnités dues). Cela fixe le point de départ des droits.
  • Ne mélangez pas les contentieux : Si un incident survient pendant le préavis (faute, dégradation), traitez-le comme un litige distinct. Réclamez des dommages-intérêts ou une résiliation immédiate si nécessaire, mais ne liez pas cela au refus de verser des droits acquis antérieurement. Cela évite les contestations sur des principes juridiques complexes.
  • Vérifiez les conventions collectives ou contrats spécifiques : Certains accords peuvent prévoir des clauses particulières. Dans l'affaire jugée, la convention collective ne dérogeait pas au principe. Mais consultez toujours les textes applicables pour confirmer vos droits et obligations.
  • Anticipez les comportements pendant le préavis : Dans ma pratique, j'ai rencontré des dossiers où des locataires, aigris par un congé, laissaient les lieux dans un état déplorable. Prévenez ce risque en effectuant un état des lieux intermédiaire ou en maintenant un dialogue courtois, sans pour autant renoncer à vos droits.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1992 s'inscrit dans une jurisprudence constante de la Cour de cassation qui protège les droits acquis. Avant cela, certaines décisions pouvaient être plus floues, laissant croire qu'une faute pendant le préavis pouvait tout remettre en cause. Depuis, la Cour a confirmé à plusieurs reprises ce principe, par exemple dans un arrêt de 2006 (n° 04-41.372) où elle a rappelé qu'une faute grave pendant le préavis n'affecte pas l'indemnité de licenciement due au titre du licenciement initial.

La tendance des tribunaux est claire : ils distinguent soigneusement le moment de la naissance du droit et les événements ultérieurs. Ce que ça signifie pour l'avenir ? Cela renforce la sécurité juridique. Que vous soyez dans le ressort de Grasse ou ailleurs, vous pouvez vous appuyer sur cette règle pour défendre vos droits. Attention toutefois : cela ne signifie pas qu'on peut tout se permettre pendant le préavis ! Les fautes graves donnent toujours lieu à des sanctions (comme la rupture immédiate sans préavis payé, ou des dommages-intérêts), mais elles n'annulent pas les droits antérieurement acquis.

Checklist avant d'agir

  • Si vous notifiez un licenciement ou un congé : 1. Datez précisément la notification. 2. Listez les droits qui naissent à cette date (indemnités, etc.). 3. Informez l'autre partie par écrit de ces droits.
  • Si un incident survient pendant le préavis : 1. Constatez la faute par écrit (procès-verbal, témoignages). 2. Décidez si vous voulez mettre fin au préavis immédiatement. 3. Réclamez séparément les éventuels dommages-intérêts. 4. Versez les droits acquis antérieurement (comme l'indemnité de licenciement) sans les lier à l'incident.
  • Si vous êtes la partie qui subit la décision : 1. Vérifiez que la notification est régulière. 2. Notez la date pour faire valoir vos droits. 3. Même en cas de conflit pendant le préavis, exigez le respect des droits nés à la notification.
  • Dans tous les cas : Consultez un professionnel du droit si la situation est complexe, surtout pour des montants importants ou des enjeux émotionnels forts.

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Informations juridiques

  • Numéro: 89-40.619
  • Juridiction: cc
  • Date de décision: 08 juillet 1992

Mots-clés

licenciementpreavisfaute graveindemnité de licenciementdroit du travail

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire face à un locataire dégradant pendant le préavis

À Lyon, un propriétaire notifie un congé pour vendre son appartement avec un préavis de 3 mois. Pendant ce préavis, le locataire cause des dégradations importantes (trous dans les murs, portes cassées) estimées à 2 000€ de réparations. Le propriétaire veut expulser immédiatement le locataire et lui refuser toute indemnité de relocation.

Application pratique:

Cette jurisprudence s'applique directement : le droit du locataire à l'indemnité de relocation (équivalent à l'indemnité de licenciement) est acquis dès la notification du congé. Les dégradations commises pendant le préavis, même graves, n'annulent pas ce droit. Le propriétaire doit : 1) Documenter les dégradations (photos, devis) pour réclamer des dommages-intérêts après le départ du locataire, 2) Ne pas interrompre le préavis unilatéralement (risque de nullité du congé), 3) Poursuivre le locataire en justice pour le préjudice causé, mais en versant l'indemnité de relocation due.

2

Promoteur immobilier avec un sous-traitant en faute

À Bordeaux, un promoteur résilie un contrat avec un sous-traitant en électricité pour retard répété, avec un préavis de 30 jours. Pendant ce préavis, le sous-traitant vole du matériel sur le chantier d'une valeur de 5 000€. Le promoteur veut rompre immédiatement le préavis et refuser le paiement des factures restantes.

Application pratique:

Le principe de la décision s'étend aux contrats commerciaux : les droits acquis avant la faute (comme le paiement des prestations déjà effectuées) sont protégés. La faute grave (vol) pendant le préavis ne justifie pas de priver le sous-traitant des sommes dues pour travaux antérieurs. Le promoteur doit : 1) Porter plainte pour vol et documenter les preuves, 2) Poursuivre le sous-traitant en justice pour dommages-intérêts, 3) Payer les factures légitimes antérieures à la faute, mais peut suspendre les paiements futurs si le contrat le permet. Ne pas agir unilatéralement pour éviter des poursuites pour rupture abusive.

3

Copropriétaire en conflit avec un voisin nuisible

À Paris, dans une copropriété, un copropriétaire notifie à son voisin la résiliation d'un accord de servitude (droit de passage) avec un préavis de 2 mois, pour vendre sa partie du terrain. Pendant le préavis, le voisin bloque délibérément l'accès et cause des nuisances sonores. Le copropriétaire veut annuler l'accord immédiatement et refuser toute compensation.

Application pratique:

La logique de la jurisprudence s'applique ici : le droit à une éventuelle indemnité pour la perte de la servitude (si prévue) est acquis à la notification de la résiliation. Les nuisances pendant le préavis n'annulent pas ce droit. Le copropriétaire doit : 1) Consigner les troubles par constat d'huissier pour action en justice ultérieure, 2) Respecter le préavis contractuel pour éviter une nullité de la résiliation, 3) Verser toute compensation due (si applicable) tout en poursuivant le voisin en justice pour troubles anormaux. Agir avec prudence pour ne pas compromettre la vente du bien.

Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

Avocat Maître Zakine, Docteur En Droit

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