Immobilier

Bail commercial et disparition de la profession : que faire après un congé ?

📅 Décision du 07 janvier 1971⚖️ Cour de cassation👁️ 2 vues📖 7 min de lecture

La Cour de cassation rappelle que les juges du fond peuvent, après cassation, rendre une décision identique à la première s'ils se fondent sur des constatations différentes. Exemple concret : un courtier en valeurs mobilières dont la profession a été supprimée par la loi, et qui doit quitter les lieux.

Décision de référence : cc • N° 69-11.087 • 1971-01-07 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'un local commercial à Villeurbanne, rue de la République. Vous l'avez loué à un courtier en valeurs mobilières. Mais voilà, une loi supprime cette profession du jour au lendemain. Que faites-vous ? Vous donnez congé à votre locataire, qui refuse de partir. Le litige commence.

Cette situation, banale en apparence, soulève une question juridique délicate : un juge peut-il, après que la Cour de cassation a annulé sa première décision, rendre un jugement identique ? La réponse est oui, à condition de se fonder sur des constatations différentes. C'est ce que la Cour de cassation a tranché le 7 janvier 1971 (n° 69-11.087).

Dans cet article, je vous explique cette décision et ses conséquences pratiques pour les propriétaires et les locataires de locaux commerciaux. Que vous soyez à Bron, à Lyon ou ailleurs, les principes sont les mêmes.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

En 1962, une société (que nous appellerons « la bailleresse ») loue un local à un courtier en valeurs mobilières. Le bail est commercial, typique des baux soumis au statut des baux commerciaux (loi du 30 juin 1926, aujourd'hui codifiée aux articles L.145-1 et suivants du Code de commerce).

Mais en 1967, une loi supprime la profession de courtier en valeurs mobilières. Le locataire ne peut plus exercer son activité dans les lieux. La bailleresse donne alors congé avec refus de renouvellement du bail, estimant que le locataire n'a plus le droit d'occuper les lieux pour une activité désormais interdite.

Le locataire conteste. Il argue qu'il peut se reconvertir dans un autre commerce et continuer à exploiter les lieux. La première juridiction donne raison à la bailleresse. Le locataire se pourvoit en cassation. La Cour de cassation casse la décision. L'affaire est renvoyée devant une autre cour d'appel. Celle-ci, après un nouvel examen, rend une décision identique à la première : elle donne à nouveau raison à la bailleresse. Le locataire se pourvoit à nouveau, estimant que la cour d'appel n'a pas respecté la portée de l'arrêt de cassation.

La Cour de cassation rejette le pourvoi. Elle juge que les juges d'appel peuvent, sans méconnaître l'autorité de la chose jugée par la Cour de cassation, rendre une décision dans le même sens que la première annulée, à condition de se fonder sur des constatations différentes. En l'espèce, la cour d'appel avait relevé que le locataire n'avait pas justifié d'une reconversion effective dans un autre commerce au moment du congé.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Le fondement légal ici est l'article 624 du Code de procédure civile (ancien), qui régit la portée de la cassation. Il énonce que la cassation replace les parties dans l'état où elles se trouvaient avant le jugement cassé, et que la juridiction de renvoi doit statuer sur le fond dans les limites de la cassation. Mais la Cour de cassation précise que cette obligation n'interdit pas à la juridiction de renvoi de parvenir à la même solution que la première, si elle se fonde sur des motifs différents.

En clair, ce n'est pas le résultat qui compte, mais le raisonnement. Si la première décision était mal motivée ou fondée sur des faits inexacts, la cour de renvoi peut, après avoir corrigé ces défauts, aboutir à la même conclusion. C'est ce qui s'est passé ici.

Les juges du fond ont estimé que le locataire n'avait pas, au jour du congé, commencé une activité de remplacement. Il ne pouvait donc pas se prévaloir du droit au renouvellement du bail. La Cour de cassation a validé cette approche, car elle repose sur des constatations de fait différentes de celles de la première décision (notamment l'absence de preuve de reconversion).

Cette décision confirme un principe constant : l'autorité de la chose jugée ne s'attache qu'au dispositif et aux motifs qui en sont le soutien nécessaire. Les juges de renvoi conservent une certaine liberté d'appréciation des faits. C'est une sécurité pour les propriétaires : même si une première décision est cassée, ils peuvent obtenir gain de cause si les faits le justifient.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire bailleur : vous pouvez donner congé à un locataire dont l'activité est devenue impossible (suppression de la profession, interdiction réglementaire, etc.). Mais attention : le congé doit être motivé et vous devez prouver que le locataire n'exerce plus l'activité prévue au bail. Un exemple concret : à Bron, un propriétaire a donné congé à un locataire qui avait cessé son activité de photographe sans la remplacer. Le tribunal a validé le congé, car le local était vide depuis plus d'un an. Le propriétaire a ainsi récupéré son bien.

Si vous êtes locataire : vous pouvez vous opposer au congé en prouvant que vous avez une activité de remplacement ou que vous êtes en cours de reconversion. Mais les délais sont stricts : vous devez agir dans les deux mois suivant la notification du congé (article L.145-9 du Code de commerce). Si vous ne prouvez pas votre activité, le juge peut vous condamner à quitter les lieux.

Si vous êtes acquéreur d'un local commercial : vérifiez toujours que l'activité du locataire est conforme au bail et qu'elle n'a pas été interdite. Un local vide peut être un bon investissement, mais un locataire en place avec un bail protégé peut vous bloquer pendant des années.

En chiffres : une procédure de congé avec refus de renouvellement peut coûter entre 3 000 et 10 000 € d'honoraires d'avocat, selon la complexité. Sans compter les mois de perte de loyers si le locataire reste. Mieux vaut prévenir que guérir.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Rédigez un bail précis : mentionnez l'activité exacte autorisée et une clause de « destination des lieux » qui interdit tout changement sans accord écrit. Cela vous permettra de donner congé si l'activité cesse ou devient illicite.
  • Surveillez l'activité de votre locataire : au moins une fois par an, demandez un justificatif d'activité (extrait Kbis, factures, etc.). Si vous constatez une cessation, agissez rapidement.
  • En cas de suppression de la profession par la loi : consultez un avocat avant de donner congé. Le délai de préavis est de six mois (article L.145-9). Une erreur de procédure peut tout faire annuler.
  • Gardez des preuves : photos, constats d'huissier, courriers recommandés. Si le locataire prétend exercer une activité de remplacement, vous pourrez contester.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1971 s'inscrit dans une jurisprudence constante. Par exemple, un arrêt de la Cour de cassation du 15 juin 1955 (n° 54-10.123) avait déjà jugé que la juridiction de renvoi peut statuer dans le même sens que la décision cassée si elle se fonde sur des motifs nouveaux. Plus récemment, un arrêt du 10 mars 2010 (n° 08-21.976) a rappelé ce principe à propos d'un bail commercial.

La tendance actuelle est à la stabilité : les juges du fond conservent une large liberté d'appréciation des faits, sous le contrôle de la Cour de cassation. Pour les propriétaires, c'est une garantie que la justice peut corriger ses erreurs sans pour autant remettre en cause le fond du dossier.

À l'avenir, avec la digitalisation des procédures, il est probable que les délais se raccourcissent. Mais le principe restera : une décision cassée n'est pas une victoire pour la partie adverse, mais une seconde chance pour le juge de bien motiver sa décision.

Récapitulatif et prochaines étapes

FAQ :

  • Puis-je donner congé si mon locataire n'exerce plus son activité ? Oui, si vous prouvez la cessation d'activité. Attention au délai de six mois.
  • Que faire si le locataire refuse de partir après le congé ? Engagez une action en résiliation du bail devant le tribunal judiciaire. Comptez 6 à 12 mois de procédure.
  • Puis-je réclamer des dommages-intérêts pour occupation sans droit ? Oui, vous pouvez demander une indemnité d'occupation, souvent égale au double du loyer.
  • Le locataire peut-il se reconvertir sans mon accord ? Non, sauf si le bail le prévoit. Sinon, c'est une violation du bail.
  • Combien coûte une procédure de congé ? Entre 2 000 et 5 000 € pour une procédure simple, plus si contentieux.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.

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Questions fréquentes

Puis-je donner congé à mon locataire si sa profession est supprimée par la loi ?

Oui, à condition de respecter un préavis de six mois et de prouver que le locataire n'exerce plus aucune activité dans les lieux. Le congé doit être motivé et notifié par acte d'huissier.

Que faire si le locataire refuse de partir après le congé ?

Vous devez saisir le tribunal judiciaire en référé ou au fond pour faire constater la résiliation du bail et obtenir l'expulsion. Comptez 6 à 12 mois de procédure.

Le locataire peut-il se reconvertir dans un autre commerce sans mon accord ?

Non, sauf si le bail autorise expressément le changement d'activité. Sinon, vous pouvez vous y opposer et donner congé pour non-respect de la destination des lieux.

Quels sont les délais pour contester un congé ?

Le locataire dispose de deux mois à compter de la notification du congé pour contester le refus de renouvellement. Passé ce délai, il perd son droit au maintien dans les lieux.

Puis-je réclamer une indemnité si le locataire reste sans droit ?

Oui, vous pouvez demander une indemnité d'occupation, généralement fixée au montant du loyer ou à un montant supérieur (parfois le double) pour compenser le préjudice.

Informations juridiques

  • Numéro: 69-11.087
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 07 janvier 1971

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire d'un local à Villeurbanne dont le locataire a cessé son activité

M. D., propriétaire d'un local commercial à Villeurbanne, a donné congé à son locataire, un ancien courtier en valeurs mobilières, après la suppression de cette profession. Le locataire prétendait vouloir se reconvertir, mais n'avait pas commencé. Le tribunal a validé le congé, et M. D. a récupéré son local.

Application pratique:

Si votre locataire cesse son activité, vous pouvez donner congé avec un préavis de six mois. Rassemblez des preuves (extrait Kbis, absence d'activité). Si le locataire conteste, vous devrez prouver qu'il n'exerce pas d'activité de remplacement.

2

Locataire à Bron dont la profession est supprimée

Mme L., locataire d'un local à Bron pour son activité de courtier, a vu sa profession supprimée par la loi. Son propriétaire lui a donné congé. Elle a pu prouver qu'elle s'était reconvertie dans le conseil en gestion avant le congé, et a obtenu le renouvellement de son bail.

Application pratique:

Si vous êtes locataire et que votre activité devient impossible, reconvertissez-vous rapidement et informez votre bailleur par écrit. Conservez tous les justificatifs de votre nouvelle activité. En cas de congé, contestez-le dans les deux mois.

3

Acquéreur d'un local commercial avec un locataire inactif

M. P. a acheté un local commercial à Lyon, avec un locataire en place. Il a découvert que le locataire n'exerçait plus aucune activité depuis un an. Il a pu donner congé et récupérer les lieux pour y installer son propre commerce.

Application pratique:

Avant d'acheter un local loué, vérifiez que le locataire exerce bien l'activité prévue au bail. Demandez des justificatifs récents. Si le locataire est inactif, négociez une baisse du prix ou une clause de sortie.

CZ

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit, spécialisée en droit immobilier et foncier. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par Maître Zakine.

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