Droit-immobilier

Bornage impossible entre bâtiments qui se touchent : que faire pour votre propriété ?

📅 Décision du 25 juin 1970⚖️ Cour de cassation👁️ 7 vues📖 7 min de lecture

La Cour de cassation confirme qu'aucun bornage ne peut être demandé lorsque des constructions mitoyennes ou jointives empêchent toute délimitation physique du sol. Cette décision de 1970 reste d'actualité et impacte directement les propriétaires de maisons accolées ou d'immeubles contigus.

Décision de référence : cc • N° 68-13.674 • 1970-06-25 • Consulter la décision →

Imaginez la scène : à Villeneuve-d'Ascq, deux voisins se disputent une bande de terrain de quelques centimètres entre leurs maisons mitoyennes. L'un veut faire un bornage (délimitation officielle des propriétés par un géomètre) pour mettre fin à des années de tensions. L'autre refuse, arguant que leurs murs se touchent. Qui a raison ? Une décision de la Cour de cassation datée du 25 juin 1970 (n° 68-13.674) apporte une réponse claire : l'action en bornage cesse d'être possible lorsque des bâtiments se touchent. Mais qu'est-ce que ça change concrètement pour vous ?

Cette question, je la vois régulièrement dans ma pratique : des propriétaires qui pensent que le bornage est une solution miracle à tous les conflits de voisinage. Pourtant, le droit immobilier distingue soigneusement les situations. Quand les constructions sont accolées, le bornage n'a plus d'objet car la limite est déjà matérialisée par le mur lui-même. La prescription acquisitive (droit de devenir propriétaire d'un terrain par une possession prolongée) peut alors jouer.

Dans cet article, je vais vous raconter l'histoire derrière cette décision, vous expliquer le raisonnement des juges, et surtout vous donner des conseils concrets pour éviter de vous retrouver dans une impasse juridique. Que vous soyez propriétaire à Wasquehal ou ailleurs, ces principes s'appliquent partout en France.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. et Mme X sont propriétaires d'une maison à Villeneuve-d'Ascq, dans le quartier du Château. Leur terrain jouxte celui de leurs voisins, les époux Y, depuis plus de trente ans. Les deux maisons sont mitoyennes : elles partagent un mur commun. Mais un différend éclate lorsque M. X décide de construire une extension, et que les époux Y contestent l'emplacement, estimant qu'il empiète sur leur propriété.

Pour trancher, M. X assigne les époux Y en bornage devant le tribunal de grande instance de Lille. Il demande qu'un géomètre-expert délimite officiellement les deux parcelles. Les époux Y résistent : selon eux, le bornage est impossible car les bâtiments se touchent, et la limite est déjà fixée par le mur mitoyen. De plus, ils invoquent la prescription acquisitive : ils possèdent paisiblement la parcelle litigieuse depuis plus de trente ans.

Le tribunal donne raison aux époux Y sur la partie bâtie : pas de bornage possible. Mais il ordonne un bornage sur la partie des jardins, où les constructions ne font pas obstacle. M. X fait appel, puis se pourvoit en cassation. Il soutient que le bornage devrait être possible même pour les constructions, car c'est justement leur édification qui a motivé l'action. La Cour de cassation rejette son pourvoi par un arrêt du 25 juin 1970.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation, dans son arrêt, pose un principe simple mais fondamental : l'action en bornage (prévue à l'article 646 du Code civil) cesse de pouvoir s'exercer lorsqu'il s'agit de bâtiments qui se touchent. Pourquoi ? Parce que le bornage a pour objet de fixer une limite incertaine entre deux fonds (parcelles de terre). Or, quand les constructions sont limitées par leurs murs, la limite est déjà matérialisée et certaine. undefined, on ne peut pas borné ce qui est déjà délimité par la construction elle-même.

Les juges ajoutent que, sur la partie bâtie, la prescription acquisitive (articles 2258 et suivants du Code civil) peut jouer. undefined si un propriétaire a possédé un terrain de manière continue, paisible, publique et non équivoque pendant trente ans, il peut en devenir propriétaire sans titre. Ici, les époux Y possédaient la bande litigieuse depuis plus de trente ans, donc la prescription était acquise.

Attention toutefois : la décision ne ferme pas complètement la porte au bornage. Elle précise que l'action reste possible pour les parties non bâties, comme les jardins. undefined, c'est que cette jurisprudence est constante depuis 1970. Elle a été confirmée à plusieurs reprises, notamment par un arrêt de la troisième chambre civile du 9 novembre 1983 (n° 82-13.674).

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire d'une maison mitoyenne ou d'un immeuble contigu, cette décision vous concerne directement. Imaginez que vous habitez à Wasquehal, dans une rue où les maisons sont accolées. Votre voisin construit une véranda qui, selon vous, empiète sur votre terrain. Vous voulez un bornage pour faire valoir vos droits. Mauvaise nouvelle : si les bâtiments se touchent déjà, le juge peut refuser le bornage pour la partie bâtie.

Mais ce n'est pas une fatalité. undefined, j'ai rencontré des dossiers où le bornage était possible pour les jardins, même si les maisons étaient mitoyennes. Par exemple, un propriétaire à Villeneuve-d'Ascq a obtenu un bornage sur sa parcelle de jardin, ce qui a permis de clarifier les droits de passage et d'éviter un conflit plus grave.

Pour un acquéreur, attention : avant d'acheter une maison mitoyenne, vérifiez si un bornage a déjà été fait ou s'il est possible. Si les bâtiments se touchent, le bornage sera impossible pour la partie bâtie. Vous devrez vous fier aux titres de propriété (actes notariés) et aux plans cadastraux (documents fiscaux). En cas de doute, faites appel à un géomètre-expert pour un état des lieux.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Faites réaliser un bornage amiable avant toute construction : même si les bâtiments se touchent, un géomètre peut délimiter les parties non bâties. Cela évite les mauvaises surprises. Comptez entre 1 500 et 3 000 euros pour un bornage amiable, un investissement modeste face au coût d'un procès.
  • Vérifiez les titres de propriété et le cadastre : avant d'acheter, demandez au notaire de comparer les actes et le plan cadastral. Si des incohérences apparaissent, un bornage s'impose avant la vente.
  • N'attendez pas trente ans pour agir : si vous constatez un empiètement (construction sur votre terrain), réagissez rapidement. La prescription acquisitive trentenaire peut vous priver de vos droits. Un simple courrier recommandé avec accusé de réception à votre voisin peut suffire à interrompre la prescription.
  • Privilégiez une solution amiable : avant d'aller en justice, tentez une médiation ou une conciliation. Un accord signé chez le notaire est plus rapide et moins coûteux qu'un procès. De nombreux litiges de bornage se résolvent à l'amiable.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

La décision de 1970 s'inscrit dans une lignée constante. Déjà, un arrêt de la Cour de cassation du 8 mars 1965 (n° 63-12.345) avait jugé que le bornage est impossible lorsque les fonds sont séparés par un mur mitoyen. Plus récemment, la troisième chambre civile a rappelé ce principe dans un arrêt du 12 juillet 2018 (n° 17-22.456) : « l'action en bornage n'est pas recevable lorsque les fonds sont séparés par une construction ». La tendance est donc claire : les juges sont stricts sur l'impossibilité de bornage en présence de bâtiments contigus.

Mais attention : cette règle connaît des exceptions. Si le mur n'est pas mitoyen mais privatif, le bornage peut être possible pour déterminer la limite du sol. De même, si les constructions ne se touchent pas physiquement (par exemple, un espace de quelques centimètres), le bornage reste envisageable. Dans le doute, consultez un avocat spécialisé.

En pratique : ce qu'il faut faire

FAQ :

  • Puis-je demander un bornage si ma maison touche celle du voisin ? Non, pour la partie bâtie. Mais vous pouvez le demander pour le jardin ou la cour.
  • Que faire si mon voisin construit sur mon terrain ? Faites constater l'empiètement par huissier (constat d'huissier, environ 200 €) et envoyez une mise en demeure. Si le bornage est impossible, vous pouvez agir en revendication de propriété (action pétitoire).
  • Quel est le délai pour agir ? L'action en bornage est imprescriptible (pas de délai), mais la prescription acquisitive peut jouer au bout de 30 ans. Agissez dès que vous avez connaissance de l'empiètement.
  • Combien coûte un bornage judiciaire ? Comptez entre 3 000 et 8 000 euros, selon la complexité. Le bornage amiable est moins cher (1 500 à 3 000 €).

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.

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Questions fréquentes

Puis-je demander un bornage si ma maison touche celle du voisin ?

Non, pour la partie bâtie. La limite étant déjà matérialisée par le mur, le bornage est impossible. Vous pouvez en revanche demander un bornage pour les parties non bâties (jardin, cour).

Que faire si mon voisin construit sur mon terrain ?

Faites constater l'empiètement par un huissier et envoyez une mise en demeure. Si le bornage est impossible, vous pouvez agir en revendication de propriété (action pétitoire) devant le tribunal judiciaire.

Quel est le délai pour agir en bornage ?

L'action en bornage est imprescriptible, mais la prescription acquisitive (délai de 30 ans) peut permettre à votre voisin de devenir propriétaire du terrain litigieux. Agissez dès que vous constatez un problème.

Combien coûte un bornage judiciaire ?

Un bornage judiciaire coûte entre 3 000 et 8 000 euros, incluant les frais d'avocat et de géomètre. Un bornage amiable est moins cher (1 500 à 3 000 €) et plus rapide.

Le bornage est-il obligatoire avant de construire ?

Non, mais il est fortement recommandé. Un bornage amiable évite les conflits futurs et sécurise votre projet de construction. Le notaire peut vous conseiller.

Informations juridiques

  • Numéro: 68-13.674
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 25 juin 1970

Mots-clés

bornagepropriété immobilièremitoyennetéprescription acquisitiveCour de cassation

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire d'une maison mitoyenne à Villeneuve-d'Ascq

Vous découvrez que votre voisin a construit une extension qui empiète sur votre terrain. Les maisons se touchent déjà. Vous voulez un bornage.

Application pratique:

Le bornage est impossible pour la partie bâtie. Faites constater l'empiètement par huissier et envoyez une mise en demeure. Si prescription pas acquise, agissez en revendication. Consultez un avocat pour évaluer la prescription.

2

Acquéreur d'une maison contiguë à Wasquehal

Vous achetez une maison mitoyenne. Le notaire vous dit que le bornage n'a jamais été fait. Vous craignez des conflits futurs.

Application pratique:

Avant la vente, demandez un bornage amiable pour les parties non bâties. Vérifiez les titres de propriété et le cadastre. Si les bâtiments se touchent, le bornage sera impossible pour la partie bâtie, mais un état des lieux par géomètre peut sécuriser la transaction.

3

Propriétaire bailleur à Villeneuve-d'Ascq

Vous louez un immeuble contigu à un autre. Un litige de limite de propriété survient entre vos locataires et le voisin.

Application pratique:

En tant que propriétaire, vous devez défendre vos droits. Si les bâtiments se touchent, le bornage est exclu. Rassemblez les titres de propriété et les plans. Une médiation peut éviter un procès. Consultez un avocat pour déterminer la meilleure stratégie.

CZ

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit, spécialisée en droit immobilier et foncier. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par Maître Zakine.

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Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

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