Immobilier

Permis de construire ou de démolir : ne remplace pas l'autorisation de la loi de 1948

📅 Décision du 22 novembre 1995⚖️ Cour de cassation📖 6 min de lecture

La Cour de cassation rappelle que ni le permis de construire ni le permis de démolir ne valent autorisation prévue à l'article 12 de la loi du 1er septembre 1948. Propriétaires et locataires doivent respecter cette procédure spécifique, sous peine de nullité du congé.

Décision de référence : cc • N° 93-21.723 • 1995-11-22 • Consulter la décision →

Imaginez la scène : à Beausoleil, un propriétaire veut récupérer son appartement pour le vendre. Il obtient un permis de démolir, puis un permis de construire pour un immeuble neuf. Il signifie le congé à son locataire, certain d'être en règle. Pourtant, la justice annule son congé. Pourquoi ? Parce que ces permis ne remplacent pas l'autorisation spéciale exigée par la loi de 1948. Une décision de la Cour de cassation du 22 novembre 1995 (n° 93-21.723) le rappelle avec force. Vous pensiez que le permis de construire suffisait ? Détrompez-vous.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X est propriétaire d'un appartement à Beausoleil, loué sous le régime de la loi du 1er septembre 1948. Cette loi, qui protège les locataires, impose au propriétaire qui veut donner congé pour démolir ou reconstruire d'obtenir une autorisation préalable du ministre chargé de la construction (article 12). M. X, pensant bien faire, sollicite et obtient un permis de démolir puis un permis de construire. Fort de ces documents, il signifie le congé à son locataire plusieurs années après. Le locataire conteste : selon lui, le congé est nul car les permis ne valent pas l'autorisation spéciale de l'article 12. L'affaire arrive devant la cour d'appel de Versailles, qui donne raison au propriétaire : elle estime que les permis de construire et de démolir, délivrés par le délégué du même ministre, constituent l'autorisation requise. Le locataire se pourvoit en cassation. La Cour de cassation censure l'arrêt : ni le permis de démolir ni le permis de construire ne tiennent lieu de l'autorisation prévue par la loi de 1948. L'affaire est renvoyée devant une autre cour d'appel.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur l'article 12 de la loi du 1er septembre 1948. Ce texte exige une autorisation spéciale, distincte des permis d'urbanisme, pour que le propriétaire puisse donner congé en vue de démolir ou de reconstruire. Pourquoi cette exigence ? Parce que la loi protège les locataires contre les congés abusifs : le propriétaire doit démontrer un projet réel et sérieux, et l'autorisation ministérielle permet un contrôle préalable. Les juges rappellent que le permis de construire et le permis de démolir ont des objets différents : le premier vérifie la conformité du projet aux règles d'urbanisme, le second autorise la démolition. Aucun ne vérifie que le propriétaire a bien l'intention de réaliser les travaux dans un délai raisonnable, ni ne protège le locataire comme l'exige la loi de 1948. En clair, le propriétaire ne peut pas se contenter d'un permis. Il doit obtenir l'autorisation spéciale, même si celle-ci est délivrée par le même service. La décision est un rappel sévère : les formalités de la loi de 1948 sont indépendantes des règles d'urbanisme.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour un propriétaire bailleur à Villefranche-sur-Mer, cette décision signifie que vous devez impérativement obtenir l'autorisation de l'article 12 avant de donner congé pour démolir ou reconstruire. Ne vous fiez pas à votre permis de construire ! Si vous donnez congé sans cette autorisation, le congé est nul et vous devrez peut-être indemniser le locataire. Exemple chiffré : un appartement loué 800 €/mois, le locataire peut réclamer des dommages-intérêts équivalents à plusieurs mois de loyer, voire la réintégration. Pour un locataire, cette décision est une protection : si votre propriétaire vous donne congé avec un permis de construire mais sans autorisation spéciale, vous pouvez contester. Pour un acquéreur, vérifiez que le vendeur a bien respecté la procédure avant d'acheter un bien libéré. Pour un professionnel de l'immobilier, conseillez à vos clients propriétaires de ne pas négliger cette formalité.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Obtenez l'autorisation préalable : Avant de signifier un congé pour démolir ou reconstruire sous la loi de 1948, déposez une demande auprès du service compétent (ministère ou délégué). L'autorisation est distincte du permis.
  • Ne confondez pas les procédures : Permis de construire, permis de démolir et autorisation de la loi de 1948 sont trois choses différentes. Chacune a son propre objet et ses propres délais.
  • Respectez les délais : L'autorisation doit être obtenue avant la signification du congé, pas après. Un congé signifié sans autorisation est nul, même si vous l'obtenez ensuite.
  • Faites-vous assister : Un avocat spécialisé en droit immobilier vérifiera que vous avez bien toutes les autorisations nécessaires. L'erreur est fréquente et coûteuse.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une ligne constante : la Cour de cassation veille à l'autonomie de la loi de 1948. Dans un arrêt du 28 juin 1989 (n° 87-14.876), elle avait déjà jugé que le permis de construire ne vaut pas autorisation de donner congé. La décision de 1995 confirme et précise : même le permis de démolir, pourtant plus spécifique, n'y suffit pas. Les tribunaux restent stricts : aucune confusion possible entre urbanisme et protection des locataires. À l'avenir, si vous êtes propriétaire, attendez-vous à ce que les juges examinent scrupuleusement le respect de l'article 12. Un conseil : anticipez et faites les démarches dans l'ordre.

Questions fréquentes

Puis-je donner congé à mon locataire si j'ai un permis de construire ?
Non, le permis de construire ne remplace pas l'autorisation de l'article 12 de la loi de 1948. Vous devez obtenir cette autorisation spéciale, même si vous avez déjà les permis.

Que se passe-t-il si je donne congé sans l'autorisation ?
Le congé est nul. Le locataire peut rester dans les lieux et demander des dommages-intérêts. Vous risquez de devoir l'indemniser pour le préjudice subi (frais de déménagement, etc.).

Où demander l'autorisation de l'article 12 ?
Auprès du ministre chargé de la construction ou de son délégué dans le département. Renseignez-vous à la direction départementale de l'équipement (DDE) ou à la préfecture.

Cette règle s'applique-t-elle à tous les logements ?
Non, seulement aux logements soumis à la loi du 1er septembre 1948, c'est-à-dire principalement les logements anciens dans certaines zones (notamment les grandes villes et leurs agglomérations).

Quels sont les délais pour obtenir l'autorisation ?
La loi ne fixe pas de délai précis, mais il est conseillé de faire la demande plusieurs mois avant la date prévue du congé. L'administration peut prendre 2 à 4 mois pour répondre.

Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. Prendre rendez-vous →



📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.

→ Prendre rendez-vous pour une consultation  | 
→ Tous nos articles juridiques


Questions fréquentes

Puis-je donner congé à mon locataire si j'ai un permis de construire ?

Non, le permis de construire ne remplace pas l'autorisation de l'article 12 de la loi de 1948. Vous devez obtenir cette autorisation spéciale, même si vous avez déjà les permis.

Que se passe-t-il si je donne congé sans l'autorisation ?

Le congé est nul. Le locataire peut rester dans les lieux et demander des dommages-intérêts. Vous risquez de devoir l'indemniser pour le préjudice subi (frais de déménagement, etc.).

Où demander l'autorisation de l'article 12 ?

Auprès du ministre chargé de la construction ou de son délégué dans le département. Renseignez-vous à la direction départementale de l'équipement (DDE) ou à la préfecture.

Cette règle s'applique-t-elle à tous les logements ?

Non, seulement aux logements soumis à la loi du 1er septembre 1948, c'est-à-dire principalement les logements anciens dans certaines zones (notamment les grandes villes et leurs agglomérations).

Quels sont les délais pour obtenir l'autorisation ?

La loi ne fixe pas de délai précis, mais il est conseillé de faire la demande plusieurs mois avant la date prévue du congé. L'administration peut prendre 2 à 4 mois pour répondre.

Informations juridiques

  • Numéro: 93-21.723
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 22 novembre 1995

Mots-clés

loi du 1er septembre 1948permis de construirepermis de démolircongé pour démolirautorisation préalable

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à Beausoleil veut récupérer son appartement

M. X, propriétaire à Beausoleil d'un logement régi par la loi de 1948, obtient un permis de démolir puis de construire. Il signifie le congé à son locataire. Le locataire conteste.

Application pratique:

Cette jurisprudence annulerait le congé. M. X doit demander l'autorisation spéciale de l'article 12 avant de signifier le congé. Il peut régulariser, mais le congé initial est nul.

2

Locataire à Villefranche-sur-Mer reçoit un congé

Mme Y, locataire à Villefranche-sur-Mer, reçoit un congé pour démolir basé sur un permis de construire. Elle doute de sa validité.

Application pratique:

Le congé est probablement nul. Mme Y peut le contester en justice et demander des dommages-intérêts. Elle doit consulter un avocat rapidement.

3

Acquéreur d'un bien à Nice libéré par congé

M. Z achète un appartement à Nice, libéré après un congé pour reconstruire. L'acte de vente mentionne le permis de construire mais pas l'autorisation de la loi de 1948.

Application pratique:

L'acquéreur risque que l'ancien locataire attaque la vente. Il doit vérifier que le vendeur a bien obtenu l'autorisation. À défaut, il peut demander une garantie ou renoncer à la vente.

CZ

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit, spécialisée en droit immobilier et foncier. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par Maître Zakine.

Voir le cabinet →

Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

Avocat Maître Zakine, Docteur En Droit

Consultation par téléphone et en visio - Rendez-vous Rapide

Prendre rendez-vous
1ère Consultation 30 Minutes - 45€