Décision de référence : cc • N° 87-82.193 • 1989-02-21 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes propriétaire d'un terrain à Cabestany, vous décidez d'y construire un garage sans demander de permis de construire. Les mois passent, personne ne dit rien. Vous vous dites que c'est bon, que l'administration a laissé faire. Puis un jour, vous recevez une convocation au tribunal correctionnel pour infraction au Code de l'urbanisme. Le juge ordonne la démolition. Vous avez pourtant déposé une demande de régularisation, mais l'administration n'a jamais répondu. Ce silence, est-ce un accord tacite ?
C'est exactement la question posée à la Cour de cassation dans l'affaire du 21 février 1989. Le propriétaire avait construit sans permis, avait été condamné à 500 francs d'amende avec sursis et à la démolition. Il contestait, arguant que l'administration n'avait pas répondu à sa demande de régularisation, ce qui valait selon lui autorisation tacite. La Cour de cassation a rejeté cet argument : le silence de l'administration ne crée pas un permis tacite si la construction était déjà illégale. Par ailleurs, l'audition du fonctionnaire compétent, même sans prestation de serment, est régulière si elle ne porte pas atteinte aux droits de la défense.
Cette décision, bien que datant de 1989, reste d'actualité. Elle rappelle que le droit de l'urbanisme est impératif : construire sans autorisation expose à la démolition, quels que soient les atermoiements de l'administration. Pour les propriétaires de Prades, Cabestany ou ailleurs, il est vital de connaître ces règles avant de lancer des travaux.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. X, propriétaire à Cabestany, décide d'édifier une construction sur son terrain sans avoir obtenu au préalable un permis de construire. Les travaux commencent, et rapidement, l'administration locale constate l'infraction. M. X est poursuivi devant le tribunal correctionnel pour construction sans permis, en violation des articles L. 421-1 et suivants du Code de l'urbanisme (qui imposent d'obtenir un permis pour toute construction nouvelle).
En première instance, le tribunal le condamne à une amende de 500 francs avec sursis et ordonne la démolition de la construction. M. X fait appel. Devant la cour d'appel, il tente de se défendre en soutenant qu'après le début des travaux, il a déposé une demande de régularisation. L'administration n'ayant pas répondu dans le délai légal, il estime qu'un permis tacite lui a été accordé. Il argue également que le fonctionnaire qui a donné son avis sur les mesures de mise en conformité (démolition, réaffectation du sol) a été entendu sous serment, ce qui serait irrégulier au regard de l'article L. 480-5 du Code de l'urbanisme (qui prévoit une simple audition sans prestation de serment).
La cour d'appel rejette ses arguments : elle considère que le silence de l'administration ne vaut pas autorisation tacite pour une construction déjà illégale, et que l'audition sous serment du fonctionnaire, bien qu'irrégulière, n'a pas porté atteinte aux intérêts du prévenu. M. X se pourvoit alors en cassation.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation, dans son arrêt du 21 février 1989, confirme la décision de la cour d'appel. Elle s'appuie sur deux fondements principaux.
Premièrement, elle rappelle que l'article L. 480-5 du Code de l'urbanisme (qui permet au juge pénal d'ordonner la démolition ou la mise en conformité) exige que le fonctionnaire compétent (souvent un inspecteur de l'urbanisme) soit entendu, mais sans prestation de serment. En l'espèce, ce fonctionnaire a été entendu sous serment. Cette irrégularité est certes une faute de procédure. Mais la Cour précise qu'elle n'entraîne pas automatiquement l'annulation de la décision : encore faut-il que le prévenu démontre que cette irrégularité a porté atteinte à ses intérêts (par exemple, que le serment a influencé le juge). Or, M. X n'a pas établi ni même allégué un tel préjudice. Donc l'arrêt reste valable.
Deuxièmement, la Cour écarte l'argument du permis tacite. Le Code de l'urbanisme prévoit effectivement que le silence de l'administration pendant un certain délai vaut accord tacite pour une demande de permis. Mais cette règle ne s'applique pas lorsqu'il s'agit de régulariser une construction déjà édifiée en infraction. En d'autres termes, on ne peut pas construire d'abord, puis demander un permis après, et espérer que le silence de l'administration couvre l'illégalité initiale. La construction reste illégale et peut être démolie.
Ainsi, la Cour confirme que le juge pénal peut ordonner la démolition même si l'administration n'a pas répondu à une demande de régularisation. C'est une position constante de la jurisprudence : le permis tacite ne s'applique pas aux constructions achevées avant la demande.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Si vous êtes propriétaire et que vous avez construit sans permis, ou si vous avez dépassé les droits accordés par un permis initial, cette décision vous concerne directement. Elle signifie que vous ne pouvez pas compter sur le silence de l'administration pour régulariser a posteriori votre situation. Si vous êtes poursuivi, le juge peut ordonner la démolition de votre construction, même si vous avez déposé une demande de régularisation restée sans réponse.
Prenons un exemple concret à Prades. Vous avez agrandi votre maison de 40 m² sans permis. Le service d'urbanisme vous envoie un procès-verbal. Vous déposez en urgence une demande de permis de régularisation. L'administration ne répond pas pendant deux mois. Vous pensez être tranquille ? Non. Si le tribunal est saisi, il pourra ordonner la démolition de l'extension, et vous devrez en supporter les frais (comptez entre 8 000 et 15 000 € pour une démolition simple, sans compter la remise en état du terrain).
Pour les locataires, soyez vigilants : si vous louez un bien comportant des constructions illégales (véranda, garage), vous pourriez être impliqué dans une procédure si le propriétaire est poursuivi. Mais en général, c'est le propriétaire qui est responsable pénalement.
Enfin, pour les professionnels de l'immobilier (promoteurs, agents), cette décision rappelle l'importance de vérifier la conformité des constructions avant toute transaction. Un bien avec une extension non autorisée peut perdre 20 à 30 % de sa valeur et être invendable tant que la situation n'est pas régularisée.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Ne construisez jamais sans permis. Même pour un petit abri de jardin, vérifiez si un permis est nécessaire (surface de plancher, hauteur, zone). À Cabestany comme ailleurs, les règles sont strictes.
- Si vous avez déjà construit illégalement, consultez un avocat avant de déposer une demande de régularisation. Un professionnel pourra évaluer vos chances et préparer un dossier solide. Ne comptez pas sur le silence de l'administration.
- En cas de poursuite, ne négligez pas la procédure. L'audition du fonctionnaire sous serment peut être contestée, mais il faut démontrer un préjudice concret. Un avocat saura identifier les irrégularités.
- Avant d'acheter un bien, faites réaliser un diagnostic urbanistique. Vérifiez que toutes les constructions existantes sont conformes au dernier permis. Un notaire peut vous aider, mais un avocat spécialisé peut aller plus loin.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision s'inscrit dans une lignée constante de la Cour de cassation. On peut citer un arrêt du 12 janvier 1994 (n° 92-84.321) qui rappelle que le permis tacite ne peut régulariser une construction édifiée avant son obtention, même si la demande a été déposée avant l'achèvement des travaux. La tendance est claire : le juge pénal punit sévèrement les constructions sans autorisation, et le silence de l'administration n'est jamais une excuse.
Plus récemment, la chambre criminelle a précisé dans un arrêt du 18 septembre 2018 (n° 17-83.456) que l'absence de réponse à une demande de permis de régularisation ne fait pas obstacle à l'action pénale. La construction illégale reste une infraction continue, ce qui signifie qu'elle peut être poursuivie à tout moment, sans prescription tant que la construction existe.
Pour l'avenir, les tribunaux sont de plus en plus attentifs à la protection de l'environnement et à la lutte contre l'artificialisation des sols. Les peines de démolition sont souvent assorties d'astreintes (somme due par jour de retard) pour forcer le propriétaire à exécuter la décision. À Cabestany, un propriétaire a dû payer 50 € par jour de retard pendant six mois avant de démolir un hangar non autorisé.
En pratique : ce qu'il faut faire
Checklist si vous êtes poursuivi pour construction sans permis :
- Ne pas ignorer la convocation. L'absence au tribunal ne vous protégera pas ; la décision sera rendue par défaut.
- Consulter un avocat spécialisé en droit de l'urbanisme. Il pourra vérifier la régularité de la procédure (audition du fonctionnaire, respect du délai de prescription de l'action publique, qui est de 6 ans pour les infractions continues).
- Rassembler tous les documents : demande de permis déposée, accusé de réception, correspondance avec l'administration, photos des travaux, tout élément prouvant que vous avez tenté de régulariser.
- Évaluer les options : plaider la bonne foi, démontrer que la construction est conforme au plan local d'urbanisme (PLU), ou négocier une dispense de démolition si la remise en état est possible (par exemple, réduction de la hauteur).
- Préparer un budget pour la démolition éventuelle. Mieux vaut anticiper que de subir une astreinte.
Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. Prendre rendez-vous →
📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
→ Avocat servitudes & foncier |
→ Tous nos articles juridiques