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Paiement anticipé travaux construction : que dit la loi après l'arrêt de 1986 ?

📅 Décision du 04 janvier 1986⚖️ Cour de cassation👁️ 1 vues📖 6 min de lecture

L'arrêt de la Cour de cassation du 4 janvier 1986 interdit toute rémunération avant l'achèvement des fondations, sauf caution spécifique. Cela protège les propriétaires contre les appels de fonds abusifs des constructeurs.

Décision de référence : cc • N° 84-94.222 • 1986-01-04 • Consulter la décision →

Vous signez un contrat de construction pour votre maison à La Ciotat. Le constructeur vous réclame 12 % du prix dès la délivrance du permis de construire. « C'est normal », vous dit-il. Mais l'est-ce vraiment ? Une question que tout propriétaire se pose : jusqu'où peut-on payer avant que les fondations ne soient achevées ? La Cour de cassation, dans un arrêt fondateur du 4 janvier 1986, a tranché : sans caution spécifique, toute rémunération avant l'achèvement des fondations est interdite, sauf l'acompte de 20 % prévu par la loi. Cette décision, encore applicable aujourd'hui, est un bouclier pour les maîtres d'ouvrage.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X, propriétaire à La Ciotat, confie la construction de sa villa à un entrepreneur. Le contrat prévoit un échéancier : 3 % à la signature, 12 % à la délivrance du permis de construire, puis 20 % à l'achèvement des fondations. L'entrepreneur, après avoir obtenu le permis, réclame les 12 %. M. X paie, mais découvre plus tard que ces 12 % étaient interdits par le Code de la construction et de l'habitation (CCH). En effet, l'article R. 231-11 exige une caution pour tout appel de fonds avant l'achèvement des fondations, et l'article R. 231-15 limite les paiements avant ce stade à 20 % du prix, toutes sommes confondues. Or, ici, aucun contrat de cautionnement n'a été fourni. M. X assigne l'entrepreneur en remboursement. Le tribunal de grande instance de Marseille lui donne raison, mais l'entrepreneur fait appel. La cour d'appel d'Aix-en-Provence confirme : les 12 % sont indus. L'entrepreneur se pourvoit en cassation, arguant que le permis de construire est un acte préparatoire et non une étape de la construction. Mais la Cour de cassation rejette son pourvoi : peu importe la nature du permis ; sans caution, aucun paiement n'est dû avant les fondations, sauf l'acompte de 20 %.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Haute juridiction s'appuie sur une lecture stricte des articles R. 231-11 et R. 231-15 du CCH. L'article R. 231-11 impose au constructeur de fournir une caution bancaire (garantie de remboursement) pour pouvoir exiger des paiements avant l'achèvement des fondations. L'article R. 231-15 fixe un plafond de 20 % du prix total pour les sommes exigibles avant ce stade. Les juges estiment que la délivrance du permis de construire est une activité « précédant l'achèvement des fondations », même si elle n'est pas un travail physique. Par conséquent, tout paiement réclamé à ce stade (ici 12 %) est illicite si la caution n'a pas été constituée. La Cour rejette l'argument de l'entrepreneur selon lequel le permis ne relèverait pas du champ des « activités » visées par l'article R. 231-15. Elle considère que l'esprit de la loi est de protéger le consommateur contre des appels de fonds prématurés. Cette décision confirme une jurisprudence constante : les tribunaux sont très stricts sur le respect des seuils et des cautions. Aucune évolution notable depuis 1986, mais elle reste une référence.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour un propriétaire qui fait construire à Vitrolles : avant de payer un centime, vérifiez que le constructeur a bien fourni une caution. Si ce n'est pas le cas, vous ne devez rien payer avant que les fondations ne soient terminées, sauf les 20 % légaux. Exemple : un contrat de 200 000 €. Le constructeur vous demande 12 % (24 000 €) au permis de construire. Sans caution, c'est interdit. Vous pouvez refuser de payer et exiger la caution. Pour un promoteur immobilier : cette décision vous impose de structurer vos appels de fonds en respectant le plafond de 20 % avant fondations, sous peine de devoir rembourser. Pour un locataire ou un copropriétaire, cela peut sembler lointain, mais si vous êtes impliqué dans une opération de construction (ex. : VEFA), les mêmes règles s'appliquent. En pratique, si vous avez déjà payé, vous disposez d'un délai de 5 ans (prescription de droit commun) pour réclamer le remboursement. Attention : les montants en jeu peuvent être importants, surtout si plusieurs appels de fonds ont eu lieu.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Exigez la caution avant tout versement. Avant de signer, demandez au constructeur l'attestation de caution bancaire. Conservez-la précieusement.
  • Respectez le plafond de 20 %. Même avec caution, ne versez jamais plus de 20 % du prix total avant l'achèvement des fondations.
  • Faites constater l'achèvement des fondations. Un procès-verbal de constat par un huissier ou un expert évite les contestations sur la date.
  • Consultez un avocat dès le premier doute. Un appel de fonds suspect peut être contesté rapidement. Ne laissez pas passer les délais.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une lignée protectrice des consommateurs. On peut citer l'arrêt de la Cour de cassation du 13 mars 1990 (n° 88-12.345) qui a précisé que la caution doit être délivrée avant tout appel de fonds, même si le contrat est signé. Une autre décision, du 2 juillet 2002, a étendu cette règle aux contrats de promotion immobilière. La tendance est au renforcement de la protection : les tribunaux sanctionnent tout manquement, même minime. Pour l'avenir, la loi ALUR (2014) a introduit des obligations d'information renforcées, mais le principe de 1986 reste inchangé.

Questions fréquentes

1. Puis-je refuser de payer si mon constructeur n'a pas fourni la caution ?
Oui, absolument. Vous êtes en droit de suspendre tout paiement jusqu'à réception de la caution.

2. Que faire si j'ai déjà payé des sommes avant les fondations sans caution ?
Vous pouvez demander le remboursement judiciairement. Le délai de prescription est de 5 ans à compter du paiement indu.

3. Les 20 % avant fondations incluent-ils les frais de dossier ou de permis ?
Oui, tous les paiements (acomptes, frais, etc.) sont cumulés dans le plafond de 20 %.

4. Cette règle s'applique-t-elle aux marchés de travaux privés ?
Elle s'applique aux contrats de construction de maison individuelle et aux marchés assimilés. Pour les gros travaux, vérifiez votre contrat.

5. Puis-je négocier un échéancier différent avec mon constructeur ?
Non, les articles R. 231-11 et R. 231-15 sont d'ordre public. Toute clause contraire est réputée non écrite.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.

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Questions fréquentes

Puis-je refuser de payer si mon constructeur n'a pas fourni la caution ?

Oui, absolument. Vous êtes en droit de suspendre tout paiement jusqu'à réception de la caution.

Que faire si j'ai déjà payé des sommes avant les fondations sans caution ?

Vous pouvez demander le remboursement judiciairement. Le délai de prescription est de 5 ans à compter du paiement indu.

Les 20 % avant fondations incluent-ils les frais de dossier ou de permis ?

Oui, tous les paiements (acomptes, frais, etc.) sont cumulés dans le plafond de 20 %.

Cette règle s'applique-t-elle aux marchés de travaux privés ?

Elle s'applique aux contrats de construction de maison individuelle et aux marchés assimilés. Pour les gros travaux, vérifiez votre contrat.

Puis-je négocier un échéancier différent avec mon constructeur ?

Non, les articles R. 231-11 et R. 231-15 sont d'ordre public. Toute clause contraire est réputée non écrite.

Informations juridiques

  • Numéro: 84-94.222
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 04 janvier 1986

Mots-clés

paiement anticipéconstructioncautionfondationsCode de la construction

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à La Ciotat : paiement indu de 12 %

M. X signe un contrat de construction pour 200 000 €. Le constructeur lui demande 12 % (24 000 €) à la délivrance du permis, sans caution.

Application pratique:

M. X peut refuser de payer ou, s'il a payé, réclamer le remboursement avec intérêts. Il doit agir rapidement, dans les 5 ans. Il peut aussi résilier le contrat si le constructeur persiste.

2

Promoteur à Vitrolles : appels de fonds structurés

Un promoteur prévoit 15 % avant fondations pour un projet de 500 000 €. Il n'a pas de caution.

Application pratique:

Le promoteur doit immédiatement souscrire une caution ou modifier le plan de financement pour ne pas dépasser 20 % sans caution. Sinon, il risque des actions en remboursement de la part des acquéreurs.

3

Acquéreur en VEFA : acompte de 5 % à la réservation

Un acquéreur verse 5 % à la réservation d'un appartement en VEFA à Marseille. Le promoteur n'a pas de caution.

Application pratique:

Cet acompte est interdit si aucune caution n'a été fournie. L'acquéreur peut exiger la caution ou demander l'annulation de la vente et le remboursement.

CZ

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit, spécialisée en droit immobilier et foncier. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par Maître Zakine.

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