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Permis de construire : l'entrepreneur aussi responsable en cas de non-conformité

📅 Décision du 02 Juni 1981⚖️ Cour de cassation👁️ 1 vues📖 6 min de lecture

Un entrepreneur qui construit une maison différente du permis de construire est aussi responsable pénalement que le propriétaire. La Cour de cassation l'a rappelé en 1981, une règle toujours en vigueur qui engage les professionnels du bâtiment.

Décision de référence : cc • N° 80-94.438 • 1981-06-02 • Consulter la décision →

Imaginez la scène : à Aubagne, un couple confie à un entrepreneur la construction de sa villa. Le permis de construire prévoit une toiture en tuiles romanes, mais pour faire des économies, l'entrepreneur propose un toit plat en bitume. Le propriétaire accepte. Résultat ? La mairie verbalise, et l'entrepreneur se retrouve devant le tribunal. Qui est responsable ? La question que tout propriétaire se pose : puis-je faire modifier le projet sans refaire mon permis ? Et l'entrepreneur, peut-il s'exonérer en disant que le propriétaire était d'accord ? La réponse de la Cour de cassation est claire : l'entrepreneur est aussi coupable que le propriétaire. Explications.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

En 1978, M. Jean Yves, propriétaire à Aubagne, obtient un permis de construire pour une maison individuelle. Il confie les travaux à un entrepreneur. Le permis prévoit des plans précis : dimensions, matériaux, aspect extérieur. Mais en cours de chantier, l'entrepreneur propose une modification : la toiture sera différente, les fenêtres plus petites. M. Yves accepte sans demander un permis modificatif. Les travaux s'achèvent, et la construction est non conforme au permis. Le parquet poursuit à la fois le propriétaire et l'entrepreneur pour infraction à l'article L. 421-1 du Code de l'urbanisme (l'obligation d'obtenir un permis de construire avant toute construction). Le tribunal correctionnel condamne l'entrepreneur à 750 francs d'amende (environ 114 euros). L'entrepreneur fait appel : il soutient qu'il n'a fait qu'exécuter les ordres du propriétaire, et que la responsabilité de l'infraction incombe au seul maître d'ouvrage. La cour d'appel le déclare coupable. L'entrepreneur se pourvoit en cassation. La Cour de cassation rejette son pourvoi le 2 juin 1981.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Les juges de la Cour de cassation (la plus haute juridiction judiciaire française) ont appliqué un principe simple : toute personne qui participe à une construction non conforme au permis de construire commet une infraction. L'article L. 421-1 du Code de l'urbanisme (qui exige un permis de construire pour toute construction) est violé dès lors que le bâtiment s'écarte du permis. L'entrepreneur est un professionnel : il connaît les règles d'urbanisme. Il ne peut pas se cacher derrière l'accord du propriétaire. En acceptant de construire différemment, il a commis une faute. La Cour a rejeté l'argument de l'entrepreneur selon lequel il n'était qu'un exécutant. Elle a considéré que sa qualité de professionnel l'oblige à refuser des travaux non conformes au permis. Cette décision est un rappel de la responsabilité pénale (sanction par une amende, voire une peine de prison) de l'entrepreneur, au même titre que le propriétaire. Elle confirme une jurisprudence constante : le constructeur est un acteur actif de l'infraction, pas une simple victime des ordres du client. L'affaire est claire : l'entrepreneur ne peut pas invoquer l'ignorance ou la délégation.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour un propriétaire bailleur à Allauch : si vous confiez des travaux à un entrepreneur et que vous acceptez des modifications sans permis modificatif, vous êtes tous les deux responsables. L'entrepreneur peut être condamné à une amende, mais aussi à des dommages-intérêts si le voisin subit un préjudice (perte d'ensoleillement, vue obstruée). Par exemple, une modification de toiture peut réduire la vue d'un voisin : celui-ci peut vous attaquer en justice. Pour un locataire : si votre bailleur fait des travaux non conformes au permis, vous n'êtes pas responsable, mais vous pouvez subir les conséquences (trouble de jouissance, travaux de remise en état). Pour un copropriétaire : si le syndic engage un entrepreneur pour des travaux modifiant l'aspect extérieur sans permis modificatif, l'entrepreneur est aussi responsable que le syndic. Concrètement, si vous êtes entrepreneur, vous devez refuser toute modification non autorisée, même si le client insiste. En cas de doute, demandez un avenant au permis de construire. Les délais : l'infraction se prescrit par 6 ans à compter de l'achèvement des travaux. Les montants : l'amende peut aller jusqu'à 300 000 euros pour une personne morale.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Vérifiez le permis avant d'engager les travaux : exigez une copie du permis de construire et comparez-le au devis et aux plans. Si une différence apparaît, ne commencez pas le chantier sans avoir clarifié la situation avec la mairie.
  • Ne modifiez jamais le projet sans permis modificatif : toute modification de l'aspect extérieur, des dimensions ou de l'affectation (ex : garage en chambre) nécessite un nouveau permis ou un permis modificatif. Un simple avenant au contrat ne suffit pas.
  • Faites appel à un architecte ou un maître d'œuvre : un professionnel indépendant peut vous conseiller sur la conformité du projet et vous représenter auprès de la mairie. Son honorabilité vous protège des mauvaises surprises.
  • Exigez une garantie de conformité dans le contrat : demandez à l'entrepreneur de s'engager par écrit à respecter scrupuleusement le permis de construire, sous peine de pénalités. Cela vous permettra de vous retourner contre lui en cas de non-conformité.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1981 s'inscrit dans une lignée constante. Déjà en 1975, la Cour de cassation avait jugé que l'entrepreneur est responsable de la construction non conforme, même s'il a agi sur ordre du propriétaire (Crim., 10 avril 1975). Plus récemment, en 2013, la Cour a précisé que le professionnel du bâtiment doit s'assurer de la légalité du permis de construire avant d'exécuter les travaux (Crim., 9 octobre 2013, n°12-87.045). La tendance est claire : les tribunaux sont de plus en plus exigeants envers les professionnels. L'évolution législative a renforcé les sanctions : depuis la loi ALUR de 2014, les amendes peuvent atteindre 300 000 € et la peine de prison deux ans. Pour l'avenir, attendez-vous à une responsabilité encore accrue des entrepreneurs, notamment en matière de construction durable et de normes environnementales.

Points clés à retenir

  • Question : Un entrepreneur peut-il être poursuivi si le propriétaire a accepté la modification ?
    Réponse : Oui, sa qualité de professionnel l'oblige à refuser des travaux non conformes au permis.
  • Question : Quelle est la sanction pour l'entrepreneur ?
    Réponse : Amende pouvant aller jusqu'à 300 000 €, et parfois peine de prison (2 ans maximum).
  • Question : Que faire si des travaux non conformes ont déjà été réalisés ?
    Réponse : Vous devez déposer un permis modificatif a posteriori (si la mairie l'accepte) ou démolir et reconstruire. Consultez un avocat en urbanisme.
  • Question : Le propriétaire est-il toujours responsable ?
    Réponse : Oui, en tant que maître d'ouvrage, il est l'auteur principal de l'infraction. L'entrepreneur est co-auteur.
  • Question : Puis-je me retourner contre l'entrepreneur pour obtenir des dommages-intérêts ?
    Réponse : Oui, si vous subissez un préjudice (ex : amende, frais de remise en état), vous pouvez l'assigner en responsabilité civile sur le fondement de l'article 1240 du Code civil.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.

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Questions fréquentes

Un entrepreneur peut-il être condamné pour avoir construit une maison différente du permis de construire si le propriétaire était d'accord ?

Oui, la Cour de cassation le confirme depuis 1981 : l'entrepreneur, en tant que professionnel, doit refuser toute modification non autorisée. Il est co-auteur de l'infraction.

Que faire si je découvre que mon entrepreneur a construit une non-conformité au permis ?

Vous devez immédiatement cesser les travaux, consulter un avocat en urbanisme, et déposer un permis modificatif si la mairie l'accepte. À défaut, vous risquez une amende et une obligation de démolir.

Quels délais pour agir contre l'entrepreneur en cas de construction non conforme ?

L'action pénale se prescrit par 6 ans à compter de l'achèvement des travaux. L'action civile (dommages-intérêts) est de 5 ans à compter de la découverte du dommage.

Le propriétaire est-il toujours responsable des modifications non conformes ?

Oui, le propriétaire est le maître d'ouvrage et l'auteur principal de l'infraction. Il ne peut pas se décharger sur l'entrepreneur.

Puis-je obtenir des dommages-intérêts de l'entrepreneur pour les frais de remise en conformité ?

Oui, si l'entrepreneur a exécuté des travaux non conformes sans vous avertir, vous pouvez l'assigner en responsabilité civile sur le fondement de l'article 1240 du Code civil (faute, dommage, lien de causalité).

Informations juridiques

  • Numéro: 80-94.438
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 02 juin 1981

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire d'une villa à Aubagne modifie la toiture sans permis

M. Dupont fait construire une villa à Aubagne. L'entrepreneur propose une toiture différente pour réduire les coûts. M. Dupont accepte verbalement. La mairie constate la non-conformité et verbalise les deux. M. Dupont doit payer une amende de 5 000 € et remettre la toiture d'origine.

Application pratique:

L'entrepreneur est condamné à une amende de 750 € (valeur 1981). Aujourd'hui, l'amende serait plus élevée. M. Dupont peut se retourner contre l'entrepreneur pour obtenir le remboursement des frais de remise en conformité (environ 15 000 €). Il doit consulter un avocat rapidement, car le délai de prescription est de 6 ans à compter de l'achèvement.

2

Locataire à Allauch subit des travaux non conformes de son bailleur

Mme Martin loue un appartement à Allauch. Son bailleur fait construire une véranda sans permis modificatif. La véranda bouche la vue de Mme Martin. Elle subit un préjudice de jouissance.

Application pratique:

Mme Martin peut demander des dommages-intérêts au bailleur et à l'entrepreneur. Elle doit prouver le préjudice (perte de vue, diminution de la luminosité). L'entrepreneur est co-responsable : il aurait dû refuser les travaux. Indemnisation possible : 100 à 300 € par mois de trouble.

3

Copropriété à Marseille engage un entrepreneur pour des travaux de façade non conformes

Le syndic de copropriété à Marseille mandate un entrepreneur pour ravaler la façade. L'entrepreneur ajoute des balcons sans permis. La mairie ordonne la démolition. La copropriété doit payer 20 000 € de travaux.

Application pratique:

L'entrepreneur est responsable pénalement et civilement. La copropriété peut l'assigner pour obtenir réparation du préjudice (frais de démolition, perte de valeur des lots). Le syndic doit agir dans les 5 ans de la découverte du dommage. Une mise en demeure préalable est conseillée.

CZ

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit, spécialisée en droit immobilier et foncier. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par Maître Zakine.

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