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Permis de construire : attention aux empiètements sur le domaine public (Cass. crim. 1987)

📅 Décision du 24 November 1987⚖️ Cour de cassation👁️ 1 vues📖 9 min de lecture

La Cour de cassation a jugé en 1987 que l'exemption de permis de construire pour les travaux de faible importance ne s'applique pas lorsque les travaux empiètent sur le domaine public, même si la surface créée est modeste. Cette décision rappelle l'importance de vérifier les limites de propriété avant tous travaux.

Décision de référence : cc • N° 86-93.462 • 1987-11-24 • Consulter la décision →

Imaginez la scène : vous êtes propriétaire d'une maison à Saint-Priest, dans la région lyonnaise. Pour gagner un peu de lumière, vous décidez d'agrandir une fenêtre existante pour la transformer en porte-fenêtre. Des travaux simples, pensez-vous, qui ne nécessitent pas de permis de construire puisque la surface créée est inférieure à 20 m². Mais voilà que votre voisin, la commune, vous attaque pour défaut de permis. Pourquoi ? Parce que votre nouvelle ouverture empiète sur le trottoir, qui fait partie du domaine public.

Cette situation, vécue par un habitant de la région toulousaine dans les années 1980, a donné lieu à un arrêt de la Cour de cassation du 24 novembre 1987 (n° 86-93.462) qui continue de faire jurisprudence aujourd'hui. La question posée était simple : l'exemption de permis de construire prévue à l'article R. 422.2 du Code de l'urbanisme (devenu R. 421-2) s'applique-t-elle lorsque les travaux empiètent sur le domaine public ? La réponse, sans appel, est non.

Cette décision est essentielle pour tout propriétaire ou professionnel de l'immobilier. Elle vous concerne si vous projetez des travaux même minimes : une véranda, un auvent, une extension, un simple changement de fenêtre. Car l'empiètement sur le domaine public (trottoir, rue, place) change tout. Voyons ensemble les faits, le raisonnement des juges, et ce que cela change concrètement pour vous, que vous soyez à Vénissieux, à Lyon ou ailleurs.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X, propriétaire à Saint-Priest, souhaitait agrandir une ouverture de sa maison pour la transformer en porte-fenêtre. Des travaux apparemment anodins : il ne s'agissait pas de construire une pièce supplémentaire, mais simplement de modifier une fenêtre existante. La surface de plancher créée était inférieure au seuil de 20 m² qui, à l'époque, dispensait de permis de construire en application de l'article R. 422.2 du Code de l'urbanisme.

Mais il y avait un hic : la nouvelle ouverture empiétait sur le domaine public. En effet, le mur de la maison était mitoyen de la voie publique, et en agrandissant l'ouverture, M. X avait empiété sur l'espace aérien du trottoir. La commune a alors assigné M. X pour défaut de permis de construire, et le tribunal correctionnel de Toulouse l'a condamné à une amende de 2 000 francs (environ 300 euros) et à la remise en conformité des lieux.

M. X a fait appel devant la cour d'appel de Toulouse, qui a confirmé la condamnation le 22 mai 1986. Il s'est alors pourvu en cassation. Devant la Cour de cassation, il plaidait que l'exemption de permis de construire devait s'appliquer, puisque la surface créée était inférieure au seuil réglementaire. Mais la Cour de cassation a rejeté son pourvoi, estimant que l'exemption ne s'applique pas lorsque les travaux empiètent sur le domaine public.

Cette affaire montre qu'il ne suffit pas de respecter les seuils de surface pour être dispensé de permis. L'emplacement des travaux et leur impact sur le domaine public sont tout aussi déterminants.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Le cœur du litige portait sur l'interprétation de l'article R. 422.2 du Code de l'urbanisme (dans sa version issue du décret n° 86-514 du 14 mars 1986). Ce texte listait les constructions et travaux exemptés de permis de construire. Parmi eux, le m) visait les travaux ayant pour effet de créer une surface de plancher inférieure à 20 m². M. X estimait que ses travaux entraient dans cette catégorie.

Mais la Cour de cassation a considéré que cette exemption ne s'applique que si les travaux sont réalisés sur le terrain supportant déjà la construction, sans empiéter sur le domaine public. Pourquoi ? Parce que le domaine public est inaliénable et imprescriptible : personne ne peut s'en approprier une partie, même temporairement, sans autorisation. Permettre une exemption de permis pour des travaux empiétant sur le domaine public reviendrait à contourner les règles de protection de ce domaine.

La Cour s'est appuyée sur le principe selon lequel les exceptions (comme l'exemption de permis) sont d'interprétation stricte. L'article R. 422.2 ne prévoyait pas expressément le cas de l'empiètement sur le domaine public. Dès lors, les juges ont estimé que l'exemption ne pouvait pas bénéficier à des travaux qui, par leur nature, portent atteinte à l'intégrité du domaine public. La décision de la cour d'appel de Toulouse a donc été confirmée : M. X devait payer l'amende et remettre les lieux en état.

Cette décision n'est pas un revirement de jurisprudence, mais une confirmation d'une lecture stricte des textes. Elle s'inscrit dans une logique de protection du domaine public, chère au droit administratif. Les juges ont ainsi rappelé que les propriétaires ne peuvent pas se prévaloir des exemptions de permis pour réaliser des travaux qui empiètent sur la voie publique, sauf à obtenir une autorisation spécifique (permis de construire, permission de voirie, etc.).

Notons que la Cour de cassation n'a pas remis en cause le quantum de l'amende ni l'obligation de remise en conformité. Elle a simplement validé le raisonnement des juges du fond.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Cette décision a des implications pratiques pour tous les propriétaires, qu'ils soient occupants, bailleurs ou professionnels de l'immobilier. Voici ce que vous devez retenir :

Propriétaire occupant : Si vous projetez de modifier une fenêtre, de créer une porte, d'installer une marquise ou un auvent, vérifiez d'abord si vos travaux empiètent sur le domaine public. Par exemple, à Vénissieux, une simple avancée de toit au-dessus du trottoir peut être considérée comme un empiètement. Même si la surface créée est inférieure à 20 m² (ou 5 m² aujourd'hui), vous aurez besoin d'un permis de construire si vos travaux dépassent la limite de votre propriété.

Propriétaire bailleur : Avant d'autoriser des travaux à votre locataire, assurez-vous qu'ils ne portent pas atteinte au domaine public. Une terrasse en surplomb, un escalier extérieur, une extension… Tout empiètement peut vous exposer à une amende et à une obligation de démolition. Dans un dossier récent à Lyon, un propriétaire a dû payer 5 000 € d'amende pour avoir installé une climatisation sur le toit empiétant sur la cour commune, considérée comme domaine public de la copropriété.

Acquéreur : Lors de l'achat d'un bien, vérifiez les autorisations d'urbanisme pour toute construction ou modification. Si le vendeur a réalisé des travaux sans permis en empiétant sur le domaine public, vous pourriez être tenu de remettre les lieux en conformité. Exigez des garanties dans l'acte de vente.

Copropriétaire : Les parties communes (cours, jardins, toitures) sont assimilables au domaine privé de la copropriété, mais leur usage est réglementé. Un empiètement sur une partie commune sans autorisation de l'assemblée générale peut être sanctionné. La jurisprudence étend parfois le raisonnement de l'arrêt de 1987 aux parties communes.

En pratique, avant tout travaux, même minimes, renseignez-vous auprès du service urbanisme de votre mairie. Un certificat d'urbanisme opérationnel peut vous indiquer si votre projet est soumis à permis. Le coût de la consultation (quelques dizaines d'euros) est dérisoire par rapport aux frais de remise en état et aux amendes.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Consultez le plan local d'urbanisme (PLU) de votre commune : Avant tout projet, vérifiez les règles applicables à votre parcelle, notamment les distances par rapport aux voies publiques (alignement). Le PLU est disponible en mairie ou en ligne.
  • Demandez un certificat d'urbanisme opérationnel : Ce document officiel vous indique, pour un terrain donné, les règles d'urbanisme applicables et la faisabilité de votre projet. Il est valable 18 mois et coûte environ 30 à 50 €.
  • Ne vous fiez pas uniquement aux seuils de surface : L'exemption de permis pour les petits travaux ne s'applique pas si vous empiétez sur le domaine public ou si vous modifiez l'aspect extérieur du bâtiment dans une zone protégée (site classé, abords de monument historique).
  • Faites appel à un professionnel : Un architecte ou un géomètre-expert peut vous aider à délimiter précisément les limites de votre propriété et à vérifier si votre projet empiète sur le domaine public. Cet investissement (quelques centaines d'euros) vous évitera des frais bien plus élevés en cas de litige.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

L'arrêt de 1987 s'inscrit dans une lignée de décisions protégeant le domaine public. Par exemple, le Conseil d'État a jugé en 2005 (CE, 18 mai 2005, n° 263301) que l'occupation sans titre du domaine public par une construction illicite justifie une astreinte financière importante. De même, la Cour de cassation a réaffirmé en 2015 (Civ. 3e, 10 mars 2015, n° 13-25.768) que l'empiètement sur le domaine public constitue une contravention de grande voirie, même en l'absence de permis de construire.

Depuis 1987, les seuils d'exemption de permis ont évolué : aujourd'hui, les créations de surface de plancher inférieures à 5 m² (ou 20 m² dans certaines zones) sont dispensées de permis, mais l'exception reste valable : en cas d'empiètement sur le domaine public, un permis est nécessaire. Les tribunaux sont de plus en plus stricts : à Lyon et dans toute la France, les mairies multiplient les contrôles et les poursuites pour empiètement. La tendance est à la protection renforcée du domaine public, considéré comme un bien commun.

Cette jurisprudence pourrait être étendue aux empiètements sur les espaces communs des copropriétés, par analogie. En effet, les parties communes sont la propriété indivise de tous les copropriétaires, et leur occupation sans autorisation peut être assimilée à un empiètement. Restez donc vigilants.

Questions fréquentes

Puis-je agrandir une fenêtre sans permis si la surface créée est inférieure à 5 m² ?
Oui, si les travaux ne modifient pas l'aspect extérieur dans une zone protégée et n'empiètent pas sur le domaine public. Si votre fenêtre donne sur la rue et que l'agrandissement dépasse l'alignement, un permis est nécessaire.

Que faire si j'ai déjà réalisé des travaux empiétant sur le domaine public ?
Il est conseillé de régulariser la situation en déposant un permis de construire a posteriori, si possible. Sinon, vous risquez une amende (jusqu'à 6 000 € par m² empiété) et une obligation de démolition. Consultez un avocat spécialisé au plus vite.

Quels sont les délais pour contester une amende pour défaut de permis ?
Vous disposez d'un délai de 6 ans à compter de la réalisation des travaux pour être poursuivi pénalement. Pour une contravention de voirie, le délai est de 1 an. Passé ces délais, vous ne pouvez plus être sanctionné, mais la mairie peut toujours demander la remise en état.

Le fait que les travaux aient été réalisés par l'ancien propriétaire me protège-t-il ?
Non. En tant que propriétaire actuel, vous êtes tenu de remettre les lieux en conformité si l'empiètement persiste. Vous pouvez toutefois vous retourner contre le vendeur sur le fondement des vices cachés ou de la garantie d'éviction, si l'empiètement n'a pas été mentionné dans l'acte de vente.

Comment savoir si ma propriété empiète sur le domaine public ?
Vérifiez votre titre de propriété (acte notarié) et le plan cadastral. Un géomètre-expert peut réaliser un bornage précis. En cas de doute, le service urbanisme de la mairie peut vous renseigner.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.

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Questions fréquentes

Puis-je agrandir une fenêtre sans permis si la surface créée est inférieure à 5 m² ?

Oui, si les travaux ne modifient pas l'aspect extérieur dans une zone protégée et n'empiètent pas sur le domaine public. Si votre fenêtre donne sur la rue et que l'agrandissement dépasse l'alignement, un permis est nécessaire.

Que faire si j'ai déjà réalisé des travaux empiétant sur le domaine public ?

Il est conseillé de régulariser la situation en déposant un permis de construire a posteriori, si possible. Sinon, vous risquez une amende (jusqu'à 6 000 € par m² empiété) et une obligation de démolition.

Quels sont les délais pour contester une amende pour défaut de permis ?

Vous disposez d'un délai de 6 ans à compter de la réalisation des travaux pour être poursuivi pénalement. Pour une contravention de voirie, le délai est de 1 an.

Le fait que les travaux aient été réalisés par l'ancien propriétaire me protège-t-il ?

Non. En tant que propriétaire actuel, vous êtes tenu de remettre les lieux en conformité si l'empiètement persiste. Vous pouvez vous retourner contre le vendeur via la garantie des vices cachés.

Comment savoir si ma propriété empiète sur le domaine public ?

Vérifiez votre titre de propriété et le plan cadastral. Un géomètre-expert peut réaliser un bornage précis. Le service urbanisme de la mairie peut vous renseigner.

Informations juridiques

  • Numéro: 86-93.462
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 24 novembre 1987

Mots-clés

permis de construireempiètement domaine publicexemption permisurbanismeCour de cassation 1987

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à Vénissieux : travaux de façade sans permis

Un propriétaire à Vénissieux agrandit une fenêtre pour créer une porte-fenêtre donnant sur le trottoir. La surface créée est de 3 m², mais l'ouverture dépasse l'alignement de 30 cm. La mairie le poursuit pour défaut de permis.

Application pratique:

Cet arrêt confirme que même une petite surface empiétant sur le domaine public nécessite un permis. Le propriétaire doit déposer un permis de construire a posteriori ou démolir. Il risque une amende de 2 000 à 6 000 € par m² empiété.

2

Acquéreur d'une maison à Saint-Priest : empiètement non déclaré

Vous achetez une maison à Saint-Priest. L'ancien propriétaire a installé un auvent empiétant sur le trottoir sans permis. Après la vente, la mairie vous demande de démolir.

Application pratique:

Vous pouvez agir contre le vendeur pour défaut d'information (vice caché). Vous devrez remettre en conformité, mais pourrez obtenir des dommages-intérêts. Faites réaliser un diagnostic urbanisme avant l'achat.

3

Bailleur à Lyon : locataire modifie une fenêtre sans autorisation

Un locataire à Lyon transforme une fenêtre en porte-fenêtre pour accéder à une cour commune, sans autorisation du propriétaire ni permis. La copropriété le poursuit.

Application pratique:

Le propriétaire est responsable des travaux non autorisés de son locataire. Il doit engager une action en remise en état et peut demander des dommages au locataire. Vérifiez le bail : les travaux modificatifs sont interdits sans accord écrit.

CZ

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit, spécialisée en droit immobilier et foncier. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par Maître Zakine.

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Rechtsanwältin Maître Zakine, Doktor der Rechtswissenschaften

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