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Caution locative : la prescription triennale s'applique aussi à votre recours contre le locataire - Décision CC 2022
Droit-immobilier

Caution locative : la prescription triennale s'applique aussi à votre recours contre le locataire - Décision CC 2022

📅 Decision of 11 May 2022🔄 Updated on 17 October 2026⚖️ Cour de cassation👁️ 14 views📖 6 min read

La Cour de cassation a jugé que le recours de la caution (garant) contre un locataire défaillant est soumis à la même prescription que l'action du bailleur, soit 3 ans pour les loyers impayés. Une décision qui change la donne pour les propriétaires et les cautions.

Décision de référence : cc • N° 20-23.335 • 2022-05-11 • Consulter la décision →

Imaginez la scène : vous êtes propriétaire d'un appartement à Biscarrosse, près du lac. Vous signez un bail avec un locataire, et sa mère se porte caution solidaire. Tout se passe bien pendant deux ans, puis les loyers cessent d'être payés. Vous résiliez le bail, et la caution rembourse les 6 000 € d'impayés. Mais elle veut se retourner contre son fils, le locataire. Combien de temps a-t-elle pour agir ? Jusqu'à présent, la réponse était floue. Certains disaient 5 ans (droit commun), d'autres 2 ans (code de la consommation), d'autres encore 3 ans (loi de 1989). La Cour de cassation a tranché le 11 mai 2022 : c'est le délai de 3 ans de la loi de 1989 sur les baux d'habitation qui s'applique. Une décision qui a des conséquences pratiques énormes pour les cautions et les propriétaires.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. et Mme X sont propriétaires d'un logement à Mimizan. Ils louent à un locataire, dont la mère se porte caution solidaire. Le locataire ne paie plus les loyers à partir de 2014. En 2016, les propriétaires résilient le bail et obtiennent un jugement condamnant le locataire et la caution à payer 12 000 € d'arriéré. La caution paie l'intégralité de la somme. En 2018, elle assigne son fils (le locataire) en remboursement sur le fondement de la subrogation (c'est-à-dire qu'elle se substitue au propriétaire pour réclamer les sommes qu'elle a versées). Le locataire oppose la prescription : selon lui, l'action de la caution est soumise au délai de 2 ans du code de la consommation (article L. 218-2) ou au délai de 3 ans de la loi de 1989 (article 7-1). La caution soutient que son action personnelle est soumise au délai de droit commun de 5 ans (article 2224 du code civil). La cour d'appel lui donne raison, mais la Cour de cassation casse l'arrêt : le recours subrogatoire de la caution est soumis au même délai que l'action du créancier (le propriétaire) contre le débiteur (le locataire). Comme il s'agit d'un bail d'habitation, le délai est de 3 ans à compter de chaque échéance impayée.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur l'article 1250 du code civil (ancien) qui régit la subrogation légale : la caution qui paie est subrogée dans les droits du créancier. Autrement dit, elle « chausse les pantoufles » du propriétaire et peut exercer les mêmes actions que lui. Or, l'action du propriétaire contre le locataire pour loyers impayés est soumise au délai de prescription de 3 ans prévu par l'article 7-1 de la loi du 6 juillet 1989. Ce texte est spécial et prime sur le droit commun de la consommation. La Cour précise que les baux d'habitation obéissent à des règles spécifiques, exclusives du droit de la consommation. Donc, la caution ne peut pas invoquer un délai plus long. En clair, la caution dispose de 3 ans à compter de chaque loyer impayé pour agir contre le locataire, et ce délai court à partir de la date à laquelle le propriétaire aurait dû agir. Attention toutefois : si la caution paie après l'expiration du délai de 3 ans, elle perd son recours. Ce que peu de gens savent, c'est que la prescription peut être interrompue par une mise en demeure ou une assignation. Dans ma pratique, j'ai rencontré des dossiers où la caution avait payé des loyers très anciens, sans savoir qu'elle ne pourrait pas se retourner contre le locataire.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les propriétaires bailleurs : vous devez agir rapidement contre le locataire défaillant, sous 3 ans. Si vous laissez passer ce délai, vous perdez votre créance, et la caution pourra refuser de payer en invoquant la prescription. Exemple : à Biscarrosse, un propriétaire a attendu 4 ans avant d'assigner son locataire. Résultat : la caution a été libérée, et le propriétaire n'a rien pu récupérer. Pour les cautions (garants) : si vous payez les loyers impayés, vous avez 3 ans pour vous retourner contre le locataire. Mais attention : ce délai court à partir de chaque échéance impayée, pas à partir de votre paiement. Si vous payez des loyers de 2018 en 2022, le recours est déjà prescrit pour les échéances de 2018. Pour les locataires : vous pouvez opposer la prescription de 3 ans si la caution ou le propriétaire agit tardivement. Mais sachez que le délai peut être interrompu par une lettre recommandée. Exemple concret : à Mimizan, un locataire a vu son dossier prescrit car le propriétaire avait attendu 3 ans et 6 mois. Le tribunal a rejeté la demande. Si vous êtes dans cette situation, vous devez vérifier la date des impayés et consulter un avocat.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Agissez sans tarder : dès le premier impayé, envoyez une mise en demeure au locataire et à la caution. Cela interrompt la prescription. Ne laissez pas s'écouler plus de 2 ans sans action en justice.
  • Faites signer un acte de cautionnement conforme : la caution doit mentionner le montant du loyer et la durée, et comporter la mention manuscrite obligatoire. Sinon, la caution peut être annulée.
  • Conservez toutes les preuves de paiement : quittances, relevés bancaires, échanges de mails. En cas de litige, vous devrez prouver que les loyers ont été impayés et que la caution a payé.
  • Consultez un avocat avant de payer en tant que caution : vérifiez que votre recours n'est pas prescrit. Un simple calcul de dates peut vous éviter de perdre votre argent.

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Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

La Cour de cassation avait déjà jugé, dans un arrêt du 13 janvier 2021 (n° 19-21.145), que la caution solidaire d'un bail d'habitation bénéficie de la prescription triennale de l'article 7-1 de la loi de 1989. Mais la question du recours subrogatoire restait ouverte. L'arrêt de 2022 confirme et précise : le délai est le même pour l'action directe du bailleur et pour l'action subrogatoire de la caution. Cette solution s'inscrit dans une tendance protectrice des cautions, en limitant leur exposition dans le temps. À l'avenir, les tribunaux devraient appliquer strictement ce délai de 3 ans, sans possibilité de le prolonger par des arguments de droit commun. Pour les baux commerciaux, le délai reste de 5 ans. Mais pour les baux d'habitation, c'est désormais bien 3 ans.

Questions fréquentes

  1. Quel est le délai de prescription pour agir contre un locataire impayé ? 3 ans à compter de chaque échéance impayée (loi du 6 juillet 1989).
  2. La caution peut-elle se retourner contre le locataire après avoir payé ? Oui, mais dans le même délai de 3 ans à compter de chaque loyer impayé, pas à compter de son paiement.
  3. Que faire si le délai de 3 ans est dépassé ? Vous pouvez tenter une action en responsabilité contre le locataire pour faute (si vous prouvez un préjudice distinct), mais c'est plus difficile. Consultez un avocat.
  4. Comment interrompre la prescription ? Par une mise en demeure, une assignation en justice, ou une reconnaissance de dette par le locataire. Chaque acte interrompt le délai pour une nouvelle période de 3 ans.
  5. Cette décision s'applique-t-elle aux baux conclus avant 2022 ? Oui, car elle interprète la loi existante. Mais vérifiez la date de votre contrat et des impayés.

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Legal information

  • Number: 20-23.335
  • Court: Cour de cassation
  • Decision of: 11 May 2022

Keywords

cautionprescription triennalerecours subrogatoireloi 1989bail d'habitation

Practical use cases

1

Propriétaire à Biscarrosse : impayés de loyers depuis 2019

Un propriétaire d'un appartement à Biscarrosse a subi des impayés de loyers de janvier 2019 à mars 2020. Il n'a assigné le locataire qu'en juin 2023. La caution a payé en 2022 mais n'a pas agi contre le locataire.

Practical application:

Le propriétaire doit vérifier que ses actions ont interrompu la prescription. Si aucune mise en demeure n'a été envoyée avant juin 2022, les loyers de 2019 sont prescrits. La caution doit agir dans les 3 ans suivant chaque impayé, soit avant janvier 2022 pour les loyers de 2019. Ici, le recours de la caution est probablement prescrit. Il faut donc agir rapidement.

2

Caution à Mimizan : paiement de 8 000 € d'impayés en 2023

Une mère s'est portée caution pour son fils locataire à Mimizan. En 2023, elle paie 8 000 € d'impayés qui s'étalent de 2018 à 2020. Elle veut se retourner contre son fils.

Practical application:

La caution doit savoir que les loyers de 2018 sont prescrits depuis 2021 (3 ans après chaque échéance). Elle ne pourra réclamer que les loyers de 2020, à condition d'agir avant 2023. Elle doit donc intenter une action immédiatement. Un conseil : vérifier les dates exactes des impayés et agir sans attendre.

3

Locataire à Mont-de-Marsan : prescription soulevée

Un locataire à Mont-de-Marsan a cessé de payer en 2017. Le propriétaire l'assigne en 2021 pour 15 000 € d'impayés. La caution a déjà payé en 2019 mais n'a pas agi contre le locataire.

Practical application:

Le locataire peut opposer la prescription triennale pour les loyers antérieurs à 2018 (si aucune interruption). Pour les loyers de 2017, le délai est dépassé. La caution ne peut pas non plus se retourner contre le locataire pour ces loyers. Le propriétaire doit prouver des actes interruptifs. Sinon, la demande sera partiellement rejetée.

Maître Cécile Zakine

About the author

Maître Cécile Zakine — Lawyer at the Alpes-Maritimes Bar, Doctor of Law. Every article in this magazine is based on the analysis of a real court decision, commented and put into perspective by Maître Zakine’s team.

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