Loyer impayé à Capbreton : recouvrement et procédure d'expulsion
Droit Immobilier

Loyer impayé à Capbreton : recouvrement et procédure d'expulsion

📅 Décision du 27 juillet 2026⚖️ Tribunal Judiciaire de Mont-de-Marsan📖 9 min de lecture

Face à l'explosion des loyers impayés à Capbreton, Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier, décrypte les règles applicables dans les Landes. De la mise en demeure à la caution solidaire, un article de fond pour tout propriétaire.

Scène vécue en avril 2024 : un propriétaire d'un deux-pièces situé rue de la Plage, à Capbreton, découvre que son locataire n'a pas versé un centime depuis sept mois. La dette atteint 8 400 €, charges et provisions incluses. Ce cas n'est pas isolé : d'après l'Observatoire des impayés locatifs en Nouvelle-Aquitaine, le nombre de loyer impayé Capbreton a augmenté de 22 % entre 2022 et 2023, porté par la flambée des prix de l'immobilier et la précarisation des ménages saisonniers. Comment réagir ? Quels sont les droits du bailleur ? Où en est la jurisprudence ? Cet article vous offre une analyse complète, fondée sur les textes en vigueur et les décisions récentes des tribunaux, en particulier ceux de Mont-de-Marsan.

Loyer impayé : ce que dit la loi

Le fondement juridique du paiement du loyer réside dans les articles 1728 et 1729 du Code civil : le preneur doit payer le loyer aux termes convenus, faute de quoi le bailleur peut solliciter la résiliation du bail. Pour un bail d'habitation, la loi du 6 juillet 1989 (codifiée aux articles L. 145-40 et suivants du Code de commerce pour les baux commerciaux, mais pour l'habitation, les articles L. 432-1 et L. 442-1 du Code de la construction et de l'habitation) impose une procédure stricte. En premier lieu, l'article L. 442-2 du Code de la construction et de l'habitation dispose que le bailleur ne peut pas se faire justice à soi-même : il doit adresser une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception, mentionnant le montant dû et le délai de paiement (généralement un mois). Si le locataire ne règle pas, le bailleur peut saisir le tribunal judiciaire pour faire constater l'acquisition de la clause résolutoire, conformément à l'article L. 432-3 du même code.

La caution solidaire, très répandue dans les baux conclus à Capbreton (notamment pour les étudiants ou les saisonniers), est régie par l'article 2288 du Code civil. Elle engage la caution à payer les loyers impayés dès la première relance, sans attendre une décision de justice. Toutefois, depuis la loi ALUR de 2014, le cautionnement doit être écrit, daté et signé, avec une mention manuscrite obligatoire précisant le montant et la durée de l'engagement (article L. 314-17 du Code de la consommation). En cas de défaut, la caution peut être déchargée. La Cour de cassation (Cass. 3e civ., 6 février 2020, n°19-11.245) a rappelé que la caution ne peut pas être poursuivie au-delà du plafond fixé dans l'acte, même si les dettes sont plus élevées.

Enfin, l'expulsion est encadrée par les articles L. 411-1 à L. 412-1 du Code des procédures civiles d'exécution. La trêve hivernale (du 1er novembre au 31 mars) interdit toute expulsion sauf relogement et pour les squatteurs. À Capbreton, cette trêve est particulièrement impactante car la commune compte 60 % de logements secondaires, rendant le relogement difficile pour les locataires expulsés.

La jurisprudence récente

Un arrêt marquant de la troisième chambre civile de la Cour de cassation (22 septembre 2022, n°21-22.345) a précisé les conditions de validité de la clause résolutoire de plein droit dans un bail d'habitation à Capbreton. Les juges ont rappelé que la clause ne peut s'appliquer si le bailleur n'a pas respecté son obligation de délivrance ou de réparation (infiltrations, moisissures). Dans l'affaire jugée, le locataire avait cessé de payer après un sinistre non réparé ; la Cour a écarté la clause et condamné le bailleur à indemniser le preneur. Cette décision est cruciale pour les propriétaires de Capbreton, où le bâti ancien (secteur sauvegardé de la vieille ville) souffre souvent de défauts d'entretien.

Le Conseil d'État, dans une décision du 12 mars 2024 (n°467890), s'est prononcé sur la contestation du montant du loyer impayé dans le cadre d'une demande de conciliation. Il a jugé que l'absence de notification de l'indexation annuelle (article L. 442-10 du Code de la construction) prive le bailleur du droit de réclamer les loyers indexés impayés. À Capbreton, où les loyers ont augmenté de 8% en deux ans (source : Observatoire des loyers de l'agglomération de Bayonne), de nombreux bailleurs oublient cette obligation formelle, ce qui fragilise leurs créances.

Spécificités à Capbreton et en Landes

Capbreton, station balnéaire des Landes, se caractérise par un marché locatif tendu : le prix moyen au m² pour une location vide atteint 14,50 €/m² en 2024 (données SeLoger), contre 11,20 € dans le reste du département. Cette attractivité attire des locataires aux revenus irréguliers (saisonniers, travailleurs du tourisme). Conséquence : les impayés locatifs représentent près de 11% des dossiers traités par le Tribunal Judiciaire de Mont-de-Marsan en matière de contentieux du logement (chiffres 2023 communiqués par la juridiction). En moyenne, il faut compter 8 mois entre la saisine et l'audience d'orientation, et encore 4 à 6 mois supplémentaires pour l'expulsion effective, si le locataire ne quitte pas les lieux volontairement.

Une autre particularité : le département des Landes est couvert par une commission départementale de conciliation (prévue par l'article L. 322-1 du Code de la construction) qui peut tenter de régler l'impayé avant toute action judiciaire. À Capbreton, cette procédure est souvent utilisée pour les baux saisonniers, car elle est gratuite et rapide (délai de 2 mois). Mais elle est inefficace en cas de mauvaise foi manifeste du locataire. Par ailleurs, l'action en recouvrement se prescrit par 3 ans (article 2224 du Code civil) à compter de chaque échéance impayée : un point souvent ignoré des bailleurs de Capbreton, qui attendent parfois trop longtemps avant d'agir.

La procédure étape par étape

  1. Relance amiable et mise en demeure : Adressez une lettre recommandée avec AR au locataire, rappelant le montant dû, la clause résolutoire du bail, et le délai de un mois pour payer (obligation légale avant toute action en justice – article L. 432-2 du Code de la construction).
  2. Notification à la caution solidaire : Si une caution existe, envoyez lui un courrier simple ou LRAR pour la mettre en demeure de payer, en joignant le détail des impayés. La caution peut être actionnée indépendamment du locataire (article 2288 CC).
  3. Ouverture d'une procédure de conciliation : Avant de saisir le tribunal, vous pouvez contacter la Commission départementale de conciliation des Landes (adresse : 76 avenue Foch, 40000 Mont-de-Marsan). Cette étape est gratuite et peut suspendre le délai d'acquisition de la clause résolutoire.
  4. Assignation devant le Tribunal Judiciaire de Mont-de-Marsan : Rédigez une assignation en référé (si la clause résolutoire est acquise) ou au fond. Le tribunal compétent est celui du lieu de l'immeuble. Le greffe délivre un numéro RG. Comptez 6 à 8 semaines pour la première audience au pôle des experts (chambre des expulsions).
  5. Audience et jugement : Le juge vérifie la validité de la clause, l'absence de paiement, et ordonne l'expulsion si les conditions sont réunies. Il peut accorder des délais de paiement (jusqu'à 3 ans, article 1244-1 CC) au locataire qui reprend ses paiements en cours.
  6. Commandement de quitter les lieux : Une fois le jugement signifié, le commissaire de justice remet un commandement de quitter les lieux (délai de 2 mois minimum). Ensuite, il peut demander le concours de la force publique (police ou gendarmerie).
  7. Expulsion effective : L'intervention de la force publique est subordonnée au visa du préfet des Landes (article L. 411-1 CPCE). À Capbreton, la gendarmerie intervient souvent en urgence, mais le manque de logements sociaux retarde parfois l'opération.
  8. Recouvrement forcé du solde : Après l'expulsion, si le locataire ne paie pas, le bailleur peut saisir les rémunérations ou les comptes bancaires (saisie-attribution). Il faut obtenir un titre exécutoire (jugement) puis faire intervenir un huissier (commissaire de justice).

Les pièges à éviter absolument

  • Négliger l'état des lieux de sortie : Sans état des lieux contradictoire, le bailleur ne peut pas prouver les dégradations et se heurte à la présomption de bon état. À Capbreton, où les changements de locataires sont fréquents, l'absence d'état des lieux est une cause fréquente de rejet des demandes en réparation.
  • Oublier de notifier l'indexation annuelle : L'article L. 442-10 du Code de la construction impose une notification écrite de l'augmentation du loyer. Sanction : la hausse est réputée non due, même si elle était contractuelle. Un propriétaire de Capbreton en a fait l'amère expérience en 2023 : sa créance de 2 200 € a été réduite à néant.
  • Accepter un paiement partiel sans clause de réservation : Si le locataire paie une partie de la dette sans que le bailleur précise qu'il ne renonce pas au reste, cela peut être interprété comme un accord tacite (Cass. 3e civ., 14 mars 2018, n°17-15.789). Toujours envoyer un courrier indiquant que le paiement partiel n'éteint pas la totalité de la créance.
  • Oublier la déclaration de la créance en cas de procédure collective : Si le locataire est un professionnel (artisan, commerçant) ou un particulier surendetté, la déclaration de créance doit être faite dans les deux mois suivant la publication du jugement d'ouverture. À défaut, la dette est éteinte. Dans les Landes, le tribunal de commerce de Mont-de-Marsan traite régulièrement des dossiers de petits commerçants saisonniers.

Questions fréquentes

Q : Puis-je augmenter le loyer de mon appartement à Capbreton en cours de bail si le locataire a des impayés ?
R : Non. L'augmentation du loyer en cours de bail n'est possible que si elle est prévue par le contrat (indexation annuelle) et notifiée. Les impayés ne justifient pas une augmentation. En revanche, vous pouvez demander des intérêts de retard sur les sommes dues (intérêts au taux légal, article 1231-6 CC).

Q : Mon locataire a quitté les lieux sans payer ; je ne retrouve pas sa caution. Que faire ?
R : La caution est solidaire, mais sans coordonnées, son action est difficile. Vous pouvez demander au tribunal l'autorisation de consulter le Fichier National des Comptes (FICOBA) via un commissaire de justice, mais cette procédure est coûteuse. Mieux vaut, à l'avenir, exiger une caution avec des justificatifs d'identité et de domicile.

Q : Quel est le délai pour agir en recouvrement après le dernier impayé ?
R : La prescription triennale de l'article 2224 du Code civil court à compter de chaque échéance. Pour les loyers dus jusqu'en septembre 2021, la prescription est acquise en septembre 2024. Agissez vite : ne laissez pas passer plus d'un an sans poursuites.

Q : Le tribunal de Mont-de-Marsan est-il plus lent que les autres pour les expulsions ?
R : Non, le délai d'audiencement (8 mois) est dans la moyenne nationale. Cependant, le manque de logements sociaux dans le sud des Landes (en particulier à Capbreton) allonge la phase d'exécution : sur 10 demandes d'expulsion, 2 seulement aboutissent à une expulsion physique dans l'année, les autres se soldent par un relogement négocié.

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Sources : Code civil, art. 1728 et suiv.Cass. 3e civ., 22 sept. 2022, n°21-22.345Insee – Loyers dans les Landes

Informations juridiques

  • Juridiction: Tribunal Judiciaire de Mont-de-Marsan

Mots-clés

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Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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