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Possession d'état de Français: attention au délai pour déclarer sa nationalité
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Possession d'état de Français: attention au délai pour déclarer sa nationalité

📅 Décision du 30 September 2020⚖️ Cour de cassation👁️ 19 vues📖 6 min de lecture

La Cour de cassation rappelle que la déclaration de nationalité française fondée sur la possession d'état doit être faite dans un délai raisonnable après la connaissance de son extranéité. Un retard de 17 ans est jugé tardif, même si le demandeur contestait un jugement antérieur.

Décision de référence : cc • N° 19-19.028 • 2020-09-30 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'un appartement à Annecy, vous avez toujours pensé être Français, vous votez, vous payez vos impôts, vous avez un passeport. Un jour, l'administration vous annonce que vous ne l'êtes pas. Que faites-vous ? Vous vous dépêchez de régulariser, n'est-ce pas ? Pourtant, certains attendent des années. La Cour de cassation, dans un arrêt du 30 septembre 2020, vient de le rappeler : quand on sait qu'on n'est pas Français, il ne faut pas traîner pour réclamer la nationalité. Cette décision, qui concerne la possession d'état de Français (le fait d'avoir toujours été considéré comme Français par son entourage et l'administration), fixe une règle claire : le délai pour agir court à partir du moment où vous apprenez votre extranéité (le fait de ne pas être français). Et ce délai doit être « raisonnable ». Mais qu'est-ce qu'un délai raisonnable ? La réponse est dans cette affaire.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Monsieur X, un habitant de Cluses, a toujours vécu comme un Français. Il est né en France, ses parents sont français à ses yeux, il a toujours eu des papiers français. Pourtant, en 1996, un jugement déclare qu'il n'est pas Français. Monsieur X fait appel, mais la cour d'appel confirme le jugement en 1997. Il sait donc, depuis septembre 1996 au plus tard, qu'il est officiellement étranger. Que fait-il ? Rien, pendant plus de 17 ans. Ce n'est qu'en 2013 qu'il souscrit une déclaration de nationalité française sur le fondement de l'article 21-13 du code civil, qui permet à une personne ayant joui de la possession d'état de Français pendant les dix années précédant sa déclaration de réclamer la nationalité. Mais le tribunal de grande instance de Lyon, puis la cour d'appel de Lyon, jugent sa déclaration tardive. Pourquoi ? Parce qu'il a attendu trop longtemps après avoir appris son extranéité. Monsieur X se pourvoit en cassation, mais la Cour de cassation rejette son pourvoi. Elle confirme que le délai raisonnable pour agir a été largement dépassé.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

L'article 21-13 du code civil prévoit que « peut réclamer la nationalité française par déclaration la personne qui a joui, d'une façon constante, de la possession d'état de Français pendant les dix années précédant sa déclaration ». Mais cette déclaration doit être faite dans un délai raisonnable à compter de la connaissance de son extranéité (le fait de savoir qu'on n'est pas français). La Cour de cassation, dans cet arrêt, précise ce que signifie « délai raisonnable ». En l'espèce, Monsieur X savait depuis 1996 qu'il n'était pas Français. Il a attendu 17 ans pour agir. Les juges estiment que ce délai n'est pas raisonnable, car il n'a fourni aucune explication valable pour justifier une si longue attente. Il ne pouvait pas non plus prétendre ignorer le jugement de 1996 puisqu'il en avait fait appel. Autrement dit, le point de départ du délai est la date à laquelle la personne a connaissance de son extranéité, et non la date à laquelle elle accepte cette situation. Ce que peu de gens savent, c'est que même si vous contestez un jugement, vous êtes réputé connaître la décision dès qu'elle est rendue. Dans ma pratique, j'ai rencontré des dossiers où des personnes attendaient des années avant de régulariser, pensant que le temps jouait en leur faveur. Cet arrêt montre que c'est l'inverse.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes dans une situation où vous avez toujours été considéré comme Français mais que vous découvrez que vous ne l'êtes pas (par exemple, parce que vos parents n'ont pas fait les démarches nécessaires), ne tardez pas à faire une déclaration de nationalité. Le délai « raisonnable » n'est pas fixé dans la loi, mais la jurisprudence récente montre qu'un délai de quelques mois est acceptable, alors que plusieurs années, surtout si elles dépassent 5 ou 10 ans, sont trop longues. Pour un propriétaire à Annecy, cela signifie que si vous avez des doutes sur votre nationalité, vérifiez vos titres de séjour ou vos actes d'état civil. Si vous apprenez que vous n'êtes pas Français, agissez immédiatement. Attention toutefois : pour pouvoir bénéficier de l'article 21-13, vous devez prouver que vous avez joui de la possession d'état de Français (par exemple, des attestations d'écoles, des cartes d'identité, des actes notariés) pendant les dix années précédant votre déclaration. Si vous attendez trop longtemps, vous pourriez perdre ce droit, même si vous remplissez les conditions. Par exemple, un habitant de Cluses qui aurait découvert son extranéité en 2015 et qui n'aurait fait sa déclaration qu'en 2025 pourrait se la voir refuser.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Vérifiez votre nationalité dès le moindre doute : Si un document officiel (passeport, carte d'identité, acte de naissance) mentionne une nationalité étrangère, ou si l'administration vous interroge, ne tardez pas à consulter un avocat ou à demander un certificat de nationalité française au tribunal d'instance.
  • Ne comptez pas sur le temps pour régulariser : Plus vous attendez, plus le délai sera jugé déraisonnable. Agissez dans les mois qui suivent la connaissance de votre extranéité, pas dans les années.
  • Conservez toutes les preuves de votre possession d'état : bulletins de notes, actes notariés, attestations de proches, documents fiscaux, etc. Tout ce qui montre que vous avez été traité comme Français par votre entourage et l'administration.
  • Consultez un avocat spécialisé : La procédure de déclaration de nationalité est complexe. Un avocat vous aidera à préparer votre dossier et à respecter les délais.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Avant cet arrêt, la Cour de cassation avait déjà jugé que le délai raisonnable pour agir en déclaration de nationalité sur le fondement de la possession d'état court à compter de la connaissance de l'extranéité (Civ. 1ère, 10 janvier 2018, n°16-26.055). Cette décision de 2020 confirme et renforce cette position. Elle montre que les juges sont stricts sur le délai, même si le demandeur conteste le jugement d'extranéité. La tendance est donc à une application rigoureuse de la condition de délai. Pour l'avenir, il est probable que les tribunaux continueront à écarter les déclarations tardives, sauf circonstances exceptionnelles (maladie grave, incapacité, etc.).

Checklist avant d'agir

FAQ :

  • Q : Puis-je faire une déclaration de nationalité si j'ai découvert mon extranéité il y a 10 ans ? R : Probablement non, sauf si vous justifiez d'un motif impérieux (maladie, absence de connaissance réelle, etc.). La jurisprudence considère qu'au-delà de quelques années, le délai n'est pas raisonnable.
  • Q : Que faire si l'administration me refuse la nationalité pour tardiveté ? R : Vous pouvez contester ce refus devant le tribunal judiciaire, mais vous devrez prouver que vous avez agi dans un délai raisonnable. Mieux vaut consulter un avocat avant de faire la déclaration.
  • Q : Le délai court-il à partir du jugement ou de l'arrêt d'appel ? R : De la date à laquelle vous avez connaissance de votre extranéité, qui est en général la date de la première décision (jugement ou arrêt) qui vous la notifie.
  • Q : Puis-je faire une déclaration si je n'ai pas de preuves de possession d'état ? R : Non, il faut des éléments concrets. L'article 21-13 exige une possession d'état constante pendant 10 ans avant la déclaration.
  • Q : Un enfant peut-il bénéficier de la possession d'état de ses parents ? R : Oui, si l'enfant a lui-même joui de la possession d'état de Français. Mais il devra aussi respecter le délai raisonnable à compter de sa connaissance personnelle de son extranéité.

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Questions fréquentes

Puis-je faire une déclaration de nationalité si j'ai découvert mon extranéité il y a 10 ans ?

Probablement non, sauf si vous justifiez d'un motif impérieux (maladie, absence de connaissance réelle, etc.). La jurisprudence considère qu'au-delà de quelques années, le délai n'est pas raisonnable.

Que faire si l'administration me refuse la nationalité pour tardiveté ?

Vous pouvez contester ce refus devant le tribunal judiciaire, mais vous devrez prouver que vous avez agi dans un délai raisonnable. Mieux vaut consulter un avocat avant de faire la déclaration.

Le délai court-il à partir du jugement ou de l'arrêt d'appel ?

De la date à laquelle vous avez connaissance de votre extranéité, qui est en général la date de la première décision (jugement ou arrêt) qui vous la notifie.

Puis-je faire une déclaration si je n'ai pas de preuves de possession d'état ?

Non, il faut des éléments concrets. L'article 21-13 exige une possession d'état constante pendant 10 ans avant la déclaration.

Un enfant peut-il bénéficier de la possession d'état de ses parents ?

Oui, si l'enfant a lui-même joui de la possession d'état de Français. Mais il devra aussi respecter le délai raisonnable à compter de sa connaissance personnelle de son extranéité.

Informations juridiques

  • Numéro: 19-19.028
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 30 septembre 2020

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à Annecy découvrant son extranéité

Un propriétaire à Annecy reçoit un courrier de l'administration fiscale indiquant qu'il n'est pas Français, après un contrôle sur ses titres de séjour. Il pensait être Français depuis toujours.

Application pratique:

Il doit immédiatement consulter un avocat et déposer une déclaration de nationalité sur le fondement de l'article 21-13, en rassemblant toutes les preuves de sa possession d'état (actes notariés, bulletins scolaires, etc.). Le délai pour agir court à partir de la réception du courrier.

2

Locataire à Cluses dont les parents étaient étrangers

Un locataire à Cluses, né en France de parents étrangers, a toujours vécu comme Français. À 40 ans, il découvre qu'il n'a jamais fait les démarches pour acquérir la nationalité.

Application pratique:

Il peut encore bénéficier de l'article 21-13 s'il prouve une possession d'état constante pendant les 10 dernières années. Mais il doit agir rapidement, car le délai court depuis le jour où il a eu connaissance de son extranéité (ici, le jour où il a appris qu'il n'était pas français).

3

Copropriétaire éloigné de sa nationalité

Un copropriétaire dans l'ancienne région Rhône-Alpes, né à l'étranger mais arrivé enfant en France, a toujours eu des papiers français. Un jugement de 1995 déclare qu'il n'est pas Français. Il n'agit qu'en 2020.

Application pratique:

Sa déclaration sera probablement rejetée pour tardiveté, comme dans l'arrêt du 30 septembre 2020. Il doit démontrer des circonstances exceptionnelles pour justifier ce délai de 25 ans.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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