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Copropriété

Révoquer un syndic défaillant : procédure, vote en AG et preuves de faute

📅 Décision du ⚖️ 📖 8 min de lecture

Fuite non réparée, ravalement retardé, comptes non présentés ? Procédure complète pour révoquer un syndic défaillant : vote AG article 25, mise en demeure,

Un syndic qui laisse traîner une fuite d'eau pendant des mois, repousse le ravalement obligatoire ou ne présente pas les comptes annuels commet des manquements graves à ses obligations légales. La révocation devient alors une nécessité pour protéger l'immeuble et ses copropriétaires.

Les manquements du syndic qui justifient la révocation

Le syndic de copropriété a des obligations précises définies par la loi du 10 juillet 1965 et le décret du 17 mars 1967. L'article 18 de la loi impose au syndic d'administrer l'immeuble, de conserver et d'entretenir les parties communes. L'article 18-1 A exige la présentation des comptes et du budget prévisionnel en assemblée générale.

Les manquements caractérisés incluent : l'absence de réaction face aux désordres affectant les parties communes (infiltrations, fuites, dégradations), le non-respect du calendrier des travaux votés, l'absence de convocation à l'assemblée générale dans les délais légaux, la non-présentation des comptes ou leur présentation tardive, le défaut d'exécution des décisions d'assemblée générale.

Dans les résidences d'Antibes ou de Cannes, la proximité maritime accélère la dégradation des façades. Un syndic qui néglige le ravalement décennal expose la copropriété à des désordres structurels coûteux. De même, une fuite non traitée dans un immeuble de Nice peut causer des dégâts chez plusieurs copropriétaires et engendrer des conflits.

La mise en demeure préalable obligatoire

Avant toute procédure de révocation, la mise en demeure constitue une étape juridiquement prudente et souvent nécessaire. Elle permet de formaliser les griefs et de donner au syndic une dernière chance de remédier aux manquements.

Cette mise en demeure doit être envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception. Elle doit détailler précisément les manquements constatés avec dates et faits objectifs : "Fuite signalée le 15 janvier 2024 au local poubelle, toujours non réparée au 15 avril 2024 malgré trois relances", "Ravalement voté en AG du 20 mars 2023 avec début des travaux prévu en septembre 2023, aucun devis n'a été sollicité à ce jour".

Le délai raisonnable accordé au syndic pour agir varie selon l'urgence : 8 jours pour une fuite active, 15 jours pour la présentation de comptes en retard, un mois pour lancer la procédure de travaux votés. La mise en demeure sert de preuve de la carence du syndic si l'affaire va devant le Tribunal judiciaire de Grasse.

La révocation en assemblée générale selon l'article 25

L'article 25 de la loi du 10 juillet 1965 organise la révocation du syndic. Cette révocation peut intervenir à tout moment, même si le contrat de syndic n'est pas arrivé à son terme. La décision doit être prise en assemblée générale à la majorité de l'article 25, c'est-à-dire la majorité des voix de tous les copropriétaires (majorité absolue).

La convocation doit mentionner expressément la question de la révocation du syndic à l'ordre du jour. Un copropriétaire peut demander l'inscription de cette question en adressant une demande écrite au syndic, qui est alors tenu de convoquer une assemblée générale dans un délai de trois mois maximum (article 10-1 du décret de 1967).

Si le syndic refuse de convoquer l'assemblée ou si le délai de trois mois est écoulé sans convocation, tout copropriétaire peut saisir le président du tribunal judiciaire en référé pour qu'il désigne un mandataire ad hoc chargé de convoquer l'assemblée. Le Tribunal judiciaire de Grasse traite régulièrement ce type de demandes.

Le vote de révocation intervient après avoir entendu le syndic ou son représentant s'il souhaite s'exprimer. Si la majorité absolue est atteinte, la révocation prend effet immédiatement. Le même vote désigne généralement le nouveau syndic ou un administrateur provisoire.

Quand la majorité n'est pas atteinte

Si la majorité absolue échoue au premier vote, une seconde convocation n'est pas possible pour la révocation à la majorité simple (article 24). La révocation nécessite toujours la majorité de l'article 25. En cas d'échec, la seule solution reste la voie judiciaire.

La révocation judiciaire du syndic

L'article 18-2 de la loi de 1965 permet au tribunal de révoquer le syndic à la demande de tout copropriétaire ou du conseil syndical. Cette procédure judiciaire intervient quand la révocation en assemblée générale a échoué ou quand l'urgence l'impose.

Le tribunal compétent est le Tribunal judiciaire du lieu de situation de l'immeuble : TJ de Grasse pour les copropriétés de Grasse, Mougins, Le Rouret, Valbonne, ou TJ de Nice pour Nice, Cagnes-sur-Mer, Saint-Laurent-du-Var. Pour Antibes et Cannes, c'est le TJ de Grasse qui est territorialement compétent.

La demande doit être motivée par des manquements graves et répétés. Le juge apprécie souverainement si les griefs justifient la révocation. Il peut désigner un administrateur provisoire pour gérer la copropriété jusqu'à la nomination d'un nouveau syndic.

Constituer un dossier de preuves solide

La réussite d'une révocation, qu'elle soit votée en AG ou décidée par le juge, repose sur la qualité du dossier de preuves. Un dossier bien construit emporte la conviction des copropriétaires et du tribunal.

Les éléments à rassembler

Pour chaque manquement, constituez un dossier chronologique avec : copies de tous les courriers adressés au syndic (recommandés et simples), copies des réponses du syndic ou constat de son silence, procès-verbaux d'assemblée générale mentionnant les décisions non exécutées, photos datées des désordres (horodatage automatique du smartphone).

Pour une fuite d'eau dans une copropriété d'Antibes : photographiez les traces d'humidité, les dégâts chez les copropriétaires touchés, l'état des parties communes (plafond du hall, cage d'escalier). Datez chaque photo. Conservez les factures de déshumidificateur ou de réparations que vous avez dû faire à vos frais.

Pour un ravalement non lancé : rassemblez le PV de l'AG ayant voté les travaux, les relances écrites demandant où en est le dossier, des photos de l'état de la façade montrant sa dégradation, éventuellement un devis d'un autre professionnel prouvant que les prix ont augmenté du fait du retard.

Les comptes non présentés

L'article 18-1 A impose au syndic de convoquer l'assemblée générale dans les six mois de la clôture des comptes de l'exercice. Le retard dans la présentation des comptes constitue une faute grave. Constituez un tableau chronologique : date de clôture de l'exercice (généralement 31 décembre), date limite légale de convocation (30 juin de l'année suivante), date effective de convocation ou absence de convocation.

Demandez formellement communication des comptes par écrit. Le silence du syndic ou son refus aggrave sa faute.

Le témoignage des autres copropriétaires

Les attestations écrites d'autres copropriétaires confortent votre dossier. Elles doivent mentionner l'identité complète du témoin, son lot, les faits précis qu'il a constatés, la date et la signature. "Je soussigné M. Dupont, propriétaire du lot 15, atteste avoir signalé au syndic le 20 février 2024 par mail la fuite au sous-sol et n'avoir reçu aucune réponse à ce jour. Fait à Antibes le 10 mai 2024."

La résiliation du contrat de syndic

Le contrat de syndic prévoit généralement une durée (un ou trois ans) renouvelable. La révocation en assemblée générale met fin au contrat sans attendre son terme. L'article 18-1 de la loi de 1965 prévoit que le mandat du syndic prend fin par révocation ou par expiration de sa durée.

La révocation ne nécessite pas de motif particulier si elle est votée en AG. Le syndic ne peut pas demander d'indemnité sauf clause contractuelle spécifique, et encore cette clause serait contestable si la révocation est fondée sur des manquements du syndic.

Si le contrat prévoit un préavis, celui-ci ne s'applique pas en cas de révocation pour faute. La jurisprudence considère que les manquements graves du syndic le privent du droit de réclamer une indemnité de rupture.

La responsabilité civile du syndic défaillant

Au-delà de la révocation, le syndic engage sa responsabilité civile pour les préjudices causés par ses manquements. L'article 18 de la loi de 1965 précise que le syndic est responsable de sa gestion envers le syndicat des copropriétaires.

Les dommages indemnisables incluent : les dégâts matériels causés par le défaut d'entretien (infiltrations ayant détérioré un appartement), la perte de valeur de l'immeuble due à une dégradation non traitée, les surcoûts liés au retard (travaux devenus plus chers), les frais de procédure engagés pour obtenir la révocation.

La copropriété peut assigner le syndic révoqué devant le Tribunal judiciaire pour obtenir réparation. L'assurance responsabilité civile professionnelle du syndic doit couvrir ces préjudices, mais le syndic reste personnellement responsable si sa faute est intentionnelle ou d'une particulière gravité.

Dans une affaire traitée devant le TJ de Grasse, un syndic ayant laissé se dégrader la toiture d'une résidence de Mougins pendant deux ans a été condamné à indemniser les copropriétaires dont les appartements avaient subi des infiltrations massives, ainsi qu'à rembourser le surcoût des travaux devenus plus importants.

Après la révocation : organiser la transition

Dès la révocation votée, le syndic sortant doit remettre tous les documents au nouveau syndic ou à l'administrateur provisoire : registre d'immatriculation, carnet d'entretien, contrats en cours, comptes bancaires, archives, clés des parties communes.

L'article 18 du décret de 1967 impose cette remise dans un délai de quinze jours. En pratique, organisez une réunion de passation avec procès-verbal contradictoire listant tous les documents remis. Le nouveau syndic vérifie l'état des comptes bancaires et l'existence éventuelle de dettes non déclarées.

Si le syndic révoqué refuse de remettre les documents, saisissez le président du tribunal en référé pour qu'il ordonne la remise sous astreinte. Le TJ de Grasse statue rapidement sur ces demandes qui paralysent la gestion de la copropriété.

La désignation d'un nouveau syndic intervient idéalement lors de la même assemblée générale qui vote la révocation. À défaut, le conseil syndical peut assurer la gestion courante en attendant, ou le tribunal peut désigner un administrateur provisoire sur requête d'un copropriétaire.

Informations juridiques

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Mots-clés

syndicrévocationassemblée généralecopropriété
Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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