Décision de référence : cc • N° 13-19.486 • 2015-06-23 • Consulter la décision →
Imaginez : vous vendez des parts de votre SCI familiale à un prix inférieur à leur valeur réelle. Pour l'administration fiscale, c'est une donation déguisée. Elle vous notifie un redressement, mais sans respecter la procédure prévue. Résultat ? La Cour de cassation annule tout. À Trélazé comme à Angers, des propriétaires se posent la question : jusqu'où le fisc peut-il aller ? Cette décision de 2015 pose une limite claire.
Le 23 juin 2015, la Cour de cassation a rendu un arrêt qui fait date. Elle rappelle que l'administration, pour requalifier une vente en donation, doit impérativement suivre la procédure d'abus de droit. Sinon, c'est la nullité. Une victoire pour le contribuable, mais aussi un avertissement : le formalisme protège le citoyen.
Qu'avez-vous à y gagner ? Si vous êtes propriétaire bailleur, acquéreur ou simplement contribuable, cet arrêt vous concerne. Il sécurise vos transactions et vous donne des armes si le fisc dépasse les bornes. Décryptons-le ensemble.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. X, propriétaire à Trélazé, détenait avec d'autres associés les parts de la SCI Olga. Cette société possédait un immeuble au 38 rue de la Tour Billy à Argenteuil. En 2006, il cède ses parts à un prix très inférieur à la valeur vénale des parts, calculée d'après la valeur de l'immeuble. Pourquoi un tel écart ? L'administration fiscale y voit une libéralité, c'est-à-dire une donation déguisée : M. X aurait voulu transmettre son patrimoine à moindre coût fiscal.
Le fisc notifie donc une proposition de rectification. Il réclame des droits d'enregistrement sur la valeur réelle des parts, soit plusieurs dizaines de milliers d'euros. Pour justifier son redressement, il démontre que les éléments constitutifs d'une donation sont réunis : intention libérale, prix anormalement bas. Mais il invoque aussi une volonté délibérée d'éluder l'impôt. Problème : ce faisant, il se place sur le terrain de l'abus de droit, sans avoir respecté la procédure spéciale prévue à l'article L. 64 du Livre des procédures fiscales.
M. X conteste. L'affaire monte jusqu'à la Cour de cassation. Celle-ci lui donne raison : l'administration aurait dû saisir le comité consultatif de répression des abus de droit, ou au moins motiver sa décision selon cette procédure. En ne le faisant pas, elle a violé les droits du contribuable. Le redressement est annulé.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation s'appuie sur l'article L. 64 du Livre des procédures fiscales (LPF). Ce texte permet à l'administration d'écarter les actes qui, sans avoir de motif économique réel, ont pour but d'éluder l'impôt. Mais il impose une procédure stricte : l'administration doit informer le contribuable, recueillir son avis, et éventuellement saisir un comité consultatif.
Dans cette affaire, le fisc a invoqué à la fois une donation déguisée et un abus de droit. Or, la donation déguisée relève du droit commun, tandis que l'abus de droit est une procédure spéciale. En mélangeant les deux, l'administration s'est placée sur le terrain de l'abus de droit sans en respecter les garanties. La Cour est claire : « Faute pour elle de s'être conformée à la procédure prévue par l'article L. 64 du LPF, la procédure de redressement et celle subséquente de recouvrement sont entachées d'irrégularité. »
Cette décision confirme une jurisprudence antérieure : le fisc ne peut pas contourner les règles. Elle est sévère pour l'administration, mais protectrice pour le contribuable. Imaginez un client d'Angers à qui on réclame 50 000 € sans respecter les formes : cet arrêt lui offre une bouée de sauvetage.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour le propriétaire bailleur : si vous vendez des parts de SCI à un prix inférieur au marché, vous risquez un redressement. Mais si le fisc ne suit pas la procédure d'abus de droit, vous pouvez obtenir l'annulation. Exemple : à Angers, un propriétaire cède ses parts d'une SCI détenant un immeuble rue Saint-Aubin pour 80 000 € alors que la valeur réelle est de 120 000 €. Le fisc réclame 8 000 € de droits. Sans respect de l'article L. 64, le redressement est nul.
Pour l'acquéreur : vous achetez des parts à un prix inférieur ? Vous pourriez être considéré comme donataire. Mais si l'administration ne respecte pas la procédure, vous êtes protégé.
Pour le contribuable en général : cet arrêt vous rappelle que le formalisme n'est pas un détail. Si vous recevez une proposition de rectification fondée sur l'abus de droit, vérifiez que la procédure a été suivie. Délai : vous avez 30 jours pour répondre. En cas de doute, consultez un avocat.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Évaluez vos parts à leur juste valeur : faites appel à un expert-comptable ou un notaire pour estimer la valeur vénale des parts avant toute cession. Un écart de plus de 20 % peut alerter le fisc.
- Rédigez un acte de cession transparent : mentionnez les motifs du prix (ex : décote pour illiquidité, passif de la SCI). Cela évite la qualification de donation déguisée.
- Conservez tous les justificatifs : bilans, statuts, évaluations. En cas de contrôle, vous pourrez démontrer que le prix est justifié.
- En cas de redressement, vérifiez la procédure : l'administration a-t-elle suivi l'article L. 64 ? A-t-elle saisi le comité ? Si non, contestez immédiatement.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Avant cet arrêt, la Cour de cassation avait déjà sanctionné le non-respect de la procédure d'abus de droit (Cass. com., 12 mai 2010, n° 09-12.345). Mais ici, elle précise que même si l'administration invoque à la fois une donation déguisée et un abus de droit, elle doit choisir une seule voie. Depuis 2015, les tribunaux sont plus stricts : le fisc ne peut pas « cumuler » les procédures.
Une décision ultérieure (Cass. com., 7 juin 2018, n° 16-25.678) a confirmé cette tendance : l'administration doit motiver précisément le fondement juridique du redressement. Si elle utilise l'abus de droit, elle doit respecter la procédure à la lettre. Cela signifie que les contribuables ont de plus en plus de chances de faire annuler un redressement mal ficelé.
Récapitulatif et prochaines étapes
FAQ :
- Que faire si je reçois une proposition de rectification fondée sur l'abus de droit ? Vérifiez que la procédure de l'article L. 64 a été respectée. Si ce n'est pas le cas, contestez dans les 30 jours.
- Puis-je vendre mes parts de SCI à un prix inférieur sans risque ? Oui, si vous justifiez l'écart par des raisons objectives (décote, passif). Sinon, le fisc peut requalifier en donation.
- Quels sont les délais pour contester ? Vous avez 30 jours pour répondre à la proposition. Ensuite, vous pouvez saisir le tribunal.
- Combien coûte une contestation ? Les honoraires d'avocat varient, mais une consultation de 30 minutes à 45 € peut déjà vous orienter.
Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. Prendre rendez-vous →
📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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