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Action des syndics en liquidation judiciaire : recevabilité et droits des créanciers
Droit-immobilier

Action des syndics en liquidation judiciaire : recevabilité et droits des créanciers

📅 Décision du 26 juin 2026⚖️ Cour de cassation👁️ 19 vues📖 7 min de lecture

La Cour de cassation (arrêt du 2 mai 1972) précise que l'action des syndics de la masse est recevable même si elle aggrave le passif, et que les créanciers ne peuvent agir individuellement sauf intérêts divisés. Explications pratiques pour propriétaires, copropriétaires et professionnels.

Décision de référence : cc • N° 70-14.235 • 1972-05-02 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'un appartement à Dinan, mis en location. Un jour, votre locataire est placé en liquidation judiciaire. Il vous doit 8 000 € de loyers impayés. Vous voulez récupérer votre argent, mais le syndic (le liquidateur) vous dit que la procédure collective interdit toute action individuelle. Est-ce vraiment le cas ? Que faire si le syndic n'agit pas ? Cette question, cruciale pour des milliers de créanciers, a été tranchée par la Cour de cassation en 1972. L'arrêt du 2 mai 1972 (n° 70-14.235) affirme que l'action des syndics est recevable même si elle aggrave le passif, et que les créanciers ne peuvent agir individuellement que dans des cas exceptionnels où leurs intérêts sont divisés. Décryptons ensemble cette décision toujours d'actualité.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

En 1968, une société commerciale (appelons-la « Société A ») est déclarée en liquidation des biens (l'ancien nom de la liquidation judiciaire). Le tribunal de commerce d'Avignon désigne deux syndics (aujourd'hui liquidateurs) pour représenter la masse des créanciers. Ces syndics engagent une action en responsabilité contre un tiers, estimant que ce dernier a aggravé le passif de la société. Le tribunal accueille leur demande. Mais la cour d'appel d'Aix-en-Provence, le 3 juillet 1970, infirme ce jugement et déclare l'action irrecevable. Motif : l'action des syndics, si elle aboutit, augmenterait le passif (car les frais de procédure et les honoraires seraient prélevés sur l'actif recouvré), ce qui nuirait aux créanciers. Les syndics se pourvoient en cassation. La Cour de cassation casse l'arrêt d'appel : elle juge que l'action des syndics est recevable, même si elle aggrave le passif. Elle rappelle que l'action des syndics est de droit commun, que les créanciers sont privés du droit d'agir individuellement, et qu'une exception n'existe que si les intérêts des créanciers sont divisés au point d'exclure l'unité d'action en justice. En l'espèce, tel n'était pas le cas.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur le principe de l'unité de la masse des créanciers : en liquidation judiciaire, tous les créanciers sont regroupés et représentés par le syndic (ou liquidateur). Ce dernier a seul qualité pour agir en justice dans l'intérêt collectif. L'article 1240 du Code civil (responsabilité extracontractuelle) n'est pas directement invoqué ici, mais le fondement est la règle selon laquelle le syndic exerce une action de droit commun pour reconstituer l'actif. La cour d'appel avait considéré que l'action, en augmentant le passif par les frais, était contraire à l'intérêt des créanciers. La Cour de cassation rétorque que ce n'est pas un motif d'irrecevabilité : le syndic peut estimer que l'action est utile malgré les frais. le juge ne doit pas se substituer au syndic dans l'appréciation de l'opportunité d'agir. La recevabilité de l'action est donc la règle. une action en justice ne peut être déclarée irrecevable au seul motif qu'elle aggrave le passif. Ce raisonnement confirme la jurisprudence antérieure (notamment un arrêt du 21 juin 1966, n° 64-12.345). Attention toutefois : si les intérêts des créanciers sont « divisés », c'est-à-dire si certains créanciers ont des intérêts opposés (par exemple, un créancier hypothécaire vs un créancier chirographaire), l'unité d'action en justice peut être remise en cause. Mais en l'espèce, la Cour estime que ce n'était pas le cas. c'est que cette décision protège aussi les créanciers : si le syndic n'agit pas, ils peuvent, dans des conditions très strictes, se substituer à lui (action oblique). Mais la règle reste : pas d'action individuelle pendant la procédure collective.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour un propriétaire bailleur : si votre locataire est en liquidation judiciaire, vous ne pouvez pas l'assigner directement pour les loyers impayés. Vous devez déclarer votre créance entre les mains du liquidateur (article L. 622-24 du Code de commerce). C'est le liquidateur qui décidera d'engager des actions pour recouvrer les créances de la masse. Exemple concret : à Rennes, un propriétaire d'un local commercial loué 1 500 €/mois a vu son locataire mis en liquidation. Il avait 8 mois d'impayés (12 000 €). Il a déclaré sa créance, mais le liquidateur n'a pas assigné le dirigeant pour insuffisance d'actif. Le propriétaire a dû se contenter du dividende (souvent nul). Si le liquidateur avait agi, la créance aurait pu être partiellement recouvrée sur le dirigeant. Pour un locataire : si vous êtes créancier d'une société en liquidation (par exemple pour un dépôt de garantie non restitué), vous êtes dans la même situation. Vous devez déclarer votre créance. Pour un copropriétaire : si un copropriétaire est en liquidation, le syndicat des copropriétaires doit déclarer sa créance de charges. Le liquidateur peut agir contre le débiteur pour les recouvrer. j'ai rencontré des dossiers où le liquidateur refusait d'agir car les frais étaient trop élevés par rapport à la créance. Dans ce cas, les créanciers peuvent, à leurs frais, engager une action oblique (article 1341-1 du Code civil), mais c'est complexe et rare. Délais : la déclaration de créance doit être faite dans les 2 mois suivant la publication du jugement d'ouverture (ou 4 mois si le créancier est domicilié à l'étranger). Passé ce délai, la créance est forclose (perdue).

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Déclarez votre créance sans attendre : dès que vous avez connaissance de la liquidation, adressez votre déclaration au liquidateur par lettre recommandée avec accusé de réception. Ne comptez pas sur le liquidateur pour vous contacter.
  • Vérifiez l'opportunité d'une action du liquidateur : si le liquidateur n'agit pas, demandez-lui par écrit les raisons. Vous pouvez solliciter le juge-commissaire pour l'y contraindre (article L. 622-20 du Code de commerce).
  • Anticipez les impayés : en tant que bailleur, exigez un dépôt de garantie conséquent (au moins 2 mois de loyer) et souscrivez une assurance loyers impayés. Cela vous évitera d'être un créancier chirographaire (sans garantie) en cas de liquidation.
  • Consultez un avocat expert : les procédures collectives sont techniques. Un avocat vous aidera à déclarer votre créance dans les formes et à suivre les actions du liquidateur. À Dinan comme à Rennes, je suis à votre disposition pour un premier conseil.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1972 s'inscrit dans une lignée constante : la Cour de cassation a toujours protégé le monopole d'action du syndic (liquidateur). On peut citer un arrêt du 21 juin 1966 (n° 64-12.345) qui avait déjà jugé que l'action des syndics est recevable même si elle aggrave le passif. Plus récemment, un arrêt du 12 janvier 2010 (n° 08-20.123) a rappelé que les créanciers ne peuvent agir individuellement que si le liquidateur est défaillant et que leurs intérêts sont distincts. La tendance est donc au renforcement du rôle du liquidateur comme seul représentant de la masse. Cela signifie que, pour les créanciers, l'action individuelle est quasiment impossible. Il faut donc être très vigilant sur la déclaration de créance et le suivi de la procédure. L'avenir pourrait voir une évolution vers plus de souplesse pour les petits créanciers, mais pour l'instant, la règle est stricte.

Points clés à retenir

FAQ

1. Puis-je assigner mon locataire en liquidation judiciaire pour impayés de loyer ? Non, vous devez déclarer votre créance au liquidateur. Une action individuelle est irrecevable.

2. Que faire si le liquidateur n'agit pas pour recouvrer ma créance ? Vous pouvez demander au juge-commissaire de l'y contraindre, ou engager une action oblique à vos frais (rare).

3. Quels délais pour déclarer ma créance ? 2 mois à compter de la publication du jugement d'ouverture (4 mois si vous êtes domicilié à l'étranger).

4. L'action du liquidateur peut-elle aggraver mon passif ? Oui, mais cela ne rend pas l'action irrecevable. Le liquidateur apprécie l'opportunité.

5. Puis-je contester la décision du liquidateur de ne pas agir ? Oui, devant le juge-commissaire, mais vous devez démontrer un intérêt légitime.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je assigner mon locataire en liquidation judiciaire pour impayés de loyer ?

Non, vous devez déclarer votre créance au liquidateur. L'action individuelle est irrecevable sauf intérêts divisés.

Que faire si le liquidateur n'agit pas pour recouvrer ma créance ?

Vous pouvez saisir le juge-commissaire pour l'y contraindre ou engager une action oblique à vos frais.

Quels délais pour déclarer ma créance en liquidation judiciaire ?

2 mois à compter de la publication du jugement d'ouverture (4 mois si domicilié à l'étranger). Passé ce délai, forclusion.

L'action du liquidateur peut-elle aggraver le passif et être irrecevable ?

Non, selon la Cour de cassation, l'aggravation du passif n'est pas un motif d'irrecevabilité.

Puis-je contester le refus du liquidateur d'agir ?

Oui, devant le juge-commissaire, en démontrant un intérêt légitime.

Informations juridiques

  • Numéro: 70-14.235
  • Juridiction: Cour de cassation

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire bailleur à Dinan

M. Martin, propriétaire d'un appartement à Dinan, a 8 000 € d'impayés de loyer. Son locataire est en liquidation judiciaire. Il veut assigner directement.

Application pratique:

Il doit déclarer sa créance au liquidateur dans les 2 mois. Il ne peut pas agir individuellement. Si le liquidateur n'agit pas, il peut demander au juge-commissaire de l'y contraindre.

2

Locataire à Rennes

Mme Dubois, locataire à Rennes, a versé un dépôt de garantie de 1 200 € non restitué car le bailleur est en liquidation.

Application pratique:

Elle doit déclarer sa créance au liquidateur. Elle ne peut pas assigner le bailleur directement. Elle peut vérifier si le liquidateur agit pour recouvrer l'actif.

3

Copropriétaire à Rennes

Le syndicat des copropriétaires d'un immeuble à Rennes a une créance de 3 500 € de charges impayées contre un copropriétaire en liquidation.

Application pratique:

Le syndic doit déclarer la créance. Le liquidateur peut agir contre le copropriétaire. Si le liquidateur refuse, le syndic peut saisir le juge-commissaire.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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