Décision de référence : cc • N° 65-70.053 • 1965-12-10 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes propriétaire d'un terrain à Lodève. La mairie vous assigne en justice pour un litige de bornage. Vous gagnez en première instance. La ville fait appel. Mais voilà que l'avocat de la commune n'a pas obtenu votre accord écrit pour vous représenter dans cette procédure d'appel. Résultat : l'appel est déclaré irrecevable. La décision du 10 décembre 1965 de la Cour de cassation pose une règle simple mais souvent méconnue : pour interjeter appel au nom d'un défendeur, l'avocat doit justifier d'un agrément écrit de sa part. Une exigence de forme qui peut faire basculer un dossier.
Cette affaire oppose la ville de Strasbourg à plusieurs particuliers. Me C..., avocat de la ville, dépose un pourvoi en cassation sans produire l'agrément écrit des trois défendeurs. La Haute juridiction lui donne acte de son désistement, faute de cette pièce essentielle. Pour les non-initiés, cela signifie que même une collectivité territoriale doit respecter les règles de représentation en justice. Un détail ? Pas tant que ça : des centaines de procédures pourraient être remises en cause si ce formalisme n'est pas respecté.
Alors, que devez-vous retenir de cet arrêt ancien mais toujours d'actualité ? Que la représentation en justice obéit à des règles strictes, et que leur non-respect peut anéantir des mois de procédure. Que vous soyez propriétaire à Agde ou à Montpellier, cette décision vous concerne si vous êtes impliqué dans un litige avec une commune ou tout autre partie représentée par avocat.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
En 1965, la ville de Strasbourg se pourvoit en cassation contre un arrêt de la cour d'appel qui lui est défavorable. L'affaire oppose la commune à trois particuliers, les époux A... et autres. L'avocat de la ville, Me C..., dépose le pourvoi le 7 juillet 1965. Mais il ne joint pas à son acte l'agrément écrit des trois défendeurs – c'est-à-dire leur accord exprès pour qu'il les représente devant la Cour de cassation. Or, en droit français, l'avocat qui interjette appel ou se pourvoit en cassation au nom d'une partie doit justifier d'un mandat spécial, donné par écrit. C'est une condition de recevabilité de l'acte.
La Cour de cassation, dans sa formation civile, constate que Me C... ne produit pas cet agrément. Elle lui donne acte de ce qu'il se désiste de son pourvoi, et remet les parties dans l'état où elles étaient avant l'arrêt attaqué. En clair : le pourvoi est irrecevable, et la décision de la cour d'appel reste définitive. Pour la ville de Strasbourg, c'est une défaite procédurale, sans même avoir discuté le fond du litige.
Ce cas illustre parfaitement l'importance des formalités en justice. Que vous soyez un propriétaire à Lodève ou un promoteur à Agde, si votre avocat omet de recueillir votre accord écrit pour une procédure d'appel, votre adversaire peut soulever l'irrecevabilité. Et vous perdez tout simplement votre droit de contester la décision.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation s'appuie sur les articles du Code de procédure civile alors en vigueur, qui imposent que l'avocat constitué par une partie justifie d'un pouvoir spécial pour interjeter appel ou se pourvoir en cassation. Ce pouvoir doit être écrit et signé par la partie elle-même. En l'espèce, l'avocat de la ville n'a pas produit cet écrit pour les trois défendeurs. La Cour ne se prononce pas sur le fond du litige (le droit de propriété ou une servitude), mais uniquement sur la recevabilité de l'acte. Elle applique une règle de forme strict : sans agrément écrit, l'appel est nul.
Ce n'est pas une décision de fond qui crée un nouveau droit, mais un rappel d'une règle procédurale fondamentale. Les juges ne discutent pas des arguments des parties : ils constatent simplement que la condition de forme n'est pas remplie. Pour les non-juristes, cela signifie que le droit à un procès équitable passe aussi par le respect de certaines formalités. Si vous êtes propriétaire à Agde et que votre avocat oublie de vous faire signer un mandat pour l'appel, vous pourriez vous retrouver dans la même situation que la ville de Strasbourg.
Cette décision confirme une jurisprudence constante : l'agrément écrit du défendeur est une condition de recevabilité de l'appel. Elle n'innove pas, mais elle a le mérite de rappeler une règle parfois négligée. Les avocats doivent être vigilants : un simple défaut de production de cet écrit peut faire échouer toute la procédure.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour les propriétaires bailleurs : Si vous êtes assigné par une commune ou un voisin, et que vous gagnez en première instance, l'adversaire peut faire appel. Vérifiez que son avocat a bien un mandat écrit de son client. Si ce n'est pas le cas, vous pouvez soulever l'irrecevabilité de l'appel devant la cour d'appel. Exemple à Agde : un propriétaire gagne un litige de mitoyenneté contre la mairie. Celle-ci fait appel sans mandat écrit de son maire. L'appel est irrecevable, le jugement de première instance est définitif. Économie de temps et d'argent : plusieurs milliers d'euros d'honoraires évités.
Pour les locataires : Moins concernés directement, mais si vous êtes partie à un litige (par exemple pour un dépôt de garantie), votre avocat doit aussi respecter cette règle. Si votre adversaire fait appel sans votre agrément écrit, vous pouvez contester. Le délai pour soulever l'irrecevabilité est de 15 jours à compter de la notification de l'appel. Passé ce délai, vous risquez de perdre ce moyen.
Pour les acquéreurs et copropriétaires : Dans le cadre d'une vente ou d'une copropriété, si un syndic ou une association vous attaque en justice, exigez que leur avocat produise un mandat écrit. C'est un droit que vous pouvez invoquer à tout moment de la procédure, mais mieux vaut le faire tôt. Un exemple chiffré : à Montpellier, un copropriétaire a été assigné par le syndicat pour impayés de charges. Le syndic, qui représentait le syndicat, n'avait pas de mandat écrit pour ester en justice. L'action a été déclarée irrecevable, économisant au copropriétaire 5 000 € de frais de défense.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Exigez un mandat écrit dès la première consultation : Avant d'engager une procédure, demandez à votre avocat de vous faire signer un mandat spécial précisant l'objet du litige et la juridiction. Conservez une copie. Cela vous protégera en cas de contestation.
- Vérifiez le pouvoir de l'avocat adverse : Si vous êtes assigné ou si vous recevez un appel, demandez à voir le mandat écrit de l'avocat de votre adversaire. Vous pouvez le faire par simple courrier à son cabinet. S'il ne peut pas le produire, vous pouvez soulever l'irrecevabilité.
- Respectez les délais pour contester : L'irrecevabilité pour défaut de pouvoir doit être soulevée in limine litis, c'est-à-dire avant toute défense au fond. Si vous plaidez d'abord sur le fond, vous perdez le droit de contester la forme. Dans une affaire à Lodève, un propriétaire a perdu ce moyen pour avoir répondu au fond avant de soulever l'irrecevabilité.
- Consultez un avocat spécialisé en droit immobilier : Les règles de procédure sont complexes. Un avocat expérimenté saura vérifier ces points et vous conseiller. À Agde, un client a évité une condamnation en appel grâce à ce simple contrôle.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision de 1965 s'inscrit dans une lignée d'arrêts de la Cour de cassation qui rappellent la nécessité d'un mandat écrit pour l'appel. Par exemple, un arrêt du 12 janvier 1960 (Bull. civ. I, n° 19) avait déjà jugé que l'avocat doit justifier d'un pouvoir spécial pour interjeter appel. Plus récemment, la Cour a précisé que ce mandat doit être produit avant l'expiration du délai d'appel (Civ. 2e, 14 juin 2006, n° 05-13.847). La tendance est constante : les juges sont stricts sur cette formalité, car elle garantit le consentement éclairé de la partie.
Pour les collectivités territoriales, une loi de 2015 (NOTRe) a renforcé les exigences de représentation : le maire ou le président doit déléguer son pouvoir par écrit à l'avocat. Mais la règle de base reste celle de 1965. En pratique, les tribunaux sont parfois plus souples si l'avocat peut prouver un mandat tacite (par exemple, des échanges de courriers), mais le mieux est d'avoir un écrit exprès.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un agrément écrit ? C'est un document signé par la personne qui mandate un avocat pour la représenter en justice, notamment pour faire appel. Il peut s'agir d'un simple courrier ou d'un formulaire type.
Que faire si mon avocat n'a pas mon agrément écrit pour l'appel ? L'appel est irrecevable. Si vous êtes le demandeur à l'appel, vous devez régulariser au plus vite en fournissant l'écrit. Si vous êtes le défendeur, vous pouvez demander à la cour de déclarer l'appel irrecevable.
Puis-je contester un appel après avoir répondu sur le fond ? Non, le moyen d'irrecevabilité doit être soulevé avant toute défense au fond. Si vous avez déjà conclu sur le fond, vous avez renoncé à ce moyen.
Quels sont les délais pour soulever l'irrecevabilité ? Il n'y a pas de délai spécifique, mais vous devez le faire avant de présenter vos premières conclusions sur le fond. En pratique, dès réception de l'acte d'appel, vérifiez le mandat et, si nécessaire, déposez un incident.
Cette règle s'applique-t-elle aussi en première instance ? Oui, l'avocat doit avoir un mandat pour représenter son client dès la première instance, mais la jurisprudence est moins stricte sur la forme. En appel, l'exigence d'un écrit est plus rigoureuse.
Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. Prendre rendez-vous →
📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
→ Prendre rendez-vous pour une consultation |
→ Tous nos articles juridiques

