Décision de référence : cc • N° 90-83.282 • 1990-10-30 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes propriétaire d'un appartement à La Seyne-sur-Mer, et vous apprenez que votre locataire fait l'objet d'un arrêté d'expulsion pris par la préfecture. Vous vous réjouissez, pensant récupérer rapidement votre bien. Mais que se passe-t-il si cet arrêté est illégal ? Le locataire peut-il le contester devant le tribunal correctionnel lorsqu'il est poursuivi pour ne pas avoir quitté les lieux ?
Cette question, la Cour de cassation y a répondu dans un arrêt du 30 octobre 1990, qui fait toujours autorité aujourd'hui. La solution est claire : même un acte administratif individuel, comme un arrêté d'expulsion, doit être contrôlé par le juge pénal si une sanction pénale est encourue. undefined, le juge ne peut pas fermer les yeux sur une illégalité sous prétexte que l'acte émane de l'administration.
Dans cet article, nous allons décortiquer cette décision, comprendre ses implications pour les propriétaires et locataires, et vous donner des conseils pratiques pour éviter les pièges. Que vous soyez à Bandol ou ailleurs, les principes restent les mêmes.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. X, un ressortissant étranger, fait l'objet d'un arrêté d'expulsion pris par le préfet du Var. Cet arrêté lui ordonne de quitter le territoire français. Mais M. X ne se conforme pas à cette obligation. Il est alors poursuivi devant le tribunal correctionnel pour s'être soustrait à l'exécution de l'arrêté d'expulsion, ce qui constitue une infraction pénale.
Devant le tribunal, M. X soulève une exception : il soutient que l'arrêté d'expulsion est illégal. Selon lui, l'administration n'a pas respecté les formes ou le fond de la loi en prenant cette décision. Le tribunal correctionnel, perplexe, se demande s'il peut examiner cette question. En effet, en principe, la légalité des actes administratifs relève de la compétence du juge administratif, pas du juge judiciaire. Mais ici, c'est le juge pénal qui doit prononcer la sanction.
Le tribunal décide de surseoir à statuer (suspendre le procès) et renvoie l'affaire devant la Cour de cassation pour trancher la question de compétence. La Cour de cassation, dans son arrêt du 30 octobre 1990, affirme que le juge pénal a le devoir de vérifier la légalité de l'arrêté, tant en la forme qu'au fond, avant de condamner le prévenu. C'est une victoire pour les droits de la défense.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation s'appuie sur un principe fondamental : lorsqu'un acte administratif est assorti d'une sanction pénale, les juges répressifs (tribunal correctionnel, cour d'appel) doivent contrôler sa conformité à la loi. Cela ne signifie pas qu'ils peuvent apprécier l'opportunité de l'acte (c'est-à-dire décider s'il était opportun ou non), mais ils doivent vérifier que l'acte a été pris dans les règles, tant sur la forme (procédure) que sur le fond (motifs).
Ce raisonnement s'inscrit dans la continuité d'une jurisprudence bien établie : le juge pénal est le gardien des libertés individuelles. Il ne peut pas appliquer une sanction si l'acte qui la fonde est entaché d'illégalité. undefined si l'arrêté d'expulsion est nul, la poursuite pénale tombe.
Dans cette affaire, la Cour de cassation rejette l'argument du ministère public qui soutenait que seul le juge administratif pouvait contrôler la légalité de l'arrêté. Elle rappelle que le juge pénal a une compétence liée : il doit vérifier les éléments constitutifs de l'infraction, et l'arrêté en fait partie. Si l'arrêté est illégal, l'infraction n'est pas constituée.
undefined, c'est que cette décision protège aussi bien le prévenu que l'administration. En effet, si l'administration commet une erreur, elle doit en assumer les conséquences. Mais attention : le juge pénal ne peut pas annuler l'arrêté, il peut seulement constater son illégalité et relaxer le prévenu.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour le propriétaire bailleur : Si vous êtes propriétaire à Bandol et que vous voulez expulser un locataire étranger faisant l'objet d'un arrêté d'expulsion, vous devez vous assurer que cet arrêté est parfaitement légal. Sinon, le locataire pourrait contester la procédure pénale et rester dans les lieux. Vérifiez auprès de la préfecture que l'arrêté a bien été notifié et qu'il respecte les formes (motivation, signature, etc.).
Pour le locataire : Si vous êtes visé par un arrêté d'expulsion, vous pouvez invoquer son illégalité devant le tribunal correctionnel si vous êtes poursuivi pénalement. Par exemple, si l'arrêté n'a pas été pris par l'autorité compétente ou si vos droits de la défense n'ont pas été respectés, vous pouvez obtenir une relaxe. Mais attention : vous devez soulever cette exception avant tout débat sur le fond.
Pour l'acquéreur : Si vous achetez un bien occupé par un locataire sous le coup d'un arrêté d'expulsion, renseignez-vous sur la légalité de cet arrêté. Un arrêté illégal pourrait retarder la libération des lieux.
undefined, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires à La Seyne-sur-Mer ont dû attendre des mois parce que l'arrêté d'expulsion était mal motivé. Le temps perdu se chiffre en loyers impayés, parfois plusieurs milliers d'euros.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Vérifiez la régularité de l'arrêté dès sa notification : Dès que vous recevez un arrêté d'expulsion, faites-le examiner par un avocat. Un vice de forme (signature illisible, absence de motivation) peut le rendre nul.
- Ne tardez pas à agir : Si vous êtes locataire et que vous estimez l'arrêté illégal, saisissez le tribunal administratif en référé dans les deux mois suivant la notification. Parallèlement, préparez votre défense pénale.
- Conservez toutes les preuves : Gardez une copie de l'arrêté, de l'accusé de réception, et de tout courrier échangé avec la préfecture. Ces documents seront essentiels pour démontrer l'illégalité.
- Anticipez les conséquences : Si vous êtes propriétaire, n'attendez pas l'expulsion pour relouer. Un arrêté illégal peut bloquer la procédure pendant plusieurs mois.
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Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision de 1990 a été confirmée à plusieurs reprises. Par exemple, la Cour de cassation a jugé en 1995 (Crim., 14 juin 1995, n° 94-84.523) que le juge pénal doit contrôler la légalité d'un arrêté préfectoral même si l'acte est individuel. Plus récemment, la jurisprudence a étendu ce contrôle aux mesures de police comme les interdictions de séjour.
La tendance est donc à un renforcement du contrôle du juge pénal sur les actes administratifs lorsqu'ils conditionnent une sanction pénale. Cela signifie que l'administration doit être d'autant plus rigoureuse dans la rédaction de ses actes. Pour les justiciables, c'est une garantie supplémentaire contre l'arbitraire.
À l'avenir, on peut s'attendre à ce que ce principe soit étendu à d'autres actes, comme les arrêtés de péril ou les permis de construire, lorsque leur violation est pénalement sanctionnée.
Récapitulatif et prochaines étapes
FAQ :
Puis-je contester un arrêté d'expulsion devant le tribunal correctionnel ?
Oui, si vous êtes poursuivi pénalement pour ne pas avoir exécuté l'arrêté. Vous devez soulever l'exception d'illégalité avant tout débat sur le fond.
Que faire si l'arrêté est illégal ?
Le juge pénal peut vous relaxer, c'est-à-dire vous déclarer non coupable. Mais l'arrêté reste en vigueur tant qu'il n'est pas annulé par le juge administratif.
Quels sont les délais pour agir ?
Pour contester l'arrêté devant le juge administratif, vous avez deux mois à compter de sa notification. Devant le juge pénal, vous pouvez le faire à tout moment de la procédure pénale, mais il est préférable de le faire dès l'audience.
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Puis-je obtenir des dommages et intérêts si l'arrêté est illégal ?
Oui, si vous subissez un préjudice en raison de l'illégalité (par exemple, détention provisoire injustifiée), vous pouvez demander réparation devant le juge administratif.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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