Décision de référence : cc • N° 14-24.681 • 2016-01-14 • Consulter la décision →
Vous êtes propriétaire d'un local commercial à Saint-Paul-lès-Dax, et votre bail prévoit que le loyer est révisé chaque année en fonction de l'indice des loyers commerciaux. Mais une clause précise que le loyer ne peut jamais baisser, seulement augmenter. Vous vous dites : « C'est normal, je me protège contre l'inflation. » Mais votre locataire, lui, voit rouge : pourquoi paierait-il un loyer artificiellement élevé quand l'indice baisse ? Cette question, la société Tahiti l'a posée à la Cour de cassation, qui a tranché : une clause d'indexation qui exclut la réciprocité de la variation (c'est-à-dire qui ne permet que la hausse) est nulle. undefined, le loyer doit pouvoir évoluer dans les deux sens, comme un yo-yo, pas seulement monter. Décryptage de cette décision qui change la donne pour les baux commerciaux, de Biscarrosse à Mont-de-Marsan.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
Imaginez : M. X, propriétaire d'un local commercial à Biscarrosse, loue son bien à la société Tahiti pour y exploiter un commerce. Le bail, signé en 2005, contient une clause d'indexation classique : le loyer est révisé chaque année selon l'indice du coût de la construction. Mais une petite phrase ajoutée stipule que « le loyer révisé ne peut être inférieur au loyer de base précédant la révision ». undefined si l'indice baisse, le loyer reste le même ; s'il monte, le loyer augmente. Pendant plusieurs années, la société Tahiti paie sans broncher. Mais en 2008, l'indice chute. Le locataire demande une baisse de loyer. Refus du propriétaire, qui invoque la clause. La société Tahiti assigne alors M. X en justice pour faire annuler cette clause unilatérale. Le tribunal de grande instance de Mont-de-Marsan donne raison au locataire : la clause est abusive. Le propriétaire fait appel. La cour d'appel de Pau confirme le jugement en 2013. M. X se pourvoit en cassation. La Cour de cassation, dans son arrêt du 14 janvier 2016, rejette le pourvoi et confirme la nullité de la clause. Le propriétaire doit rembourser les trop-perçus depuis 2008, soit plusieurs milliers d'euros.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
Les juges se sont appuyés sur l'article L. 112-1 du Code monétaire et financier (qui impose que l'indexation soit en relation directe avec l'objet du contrat) et sur le principe général de réciprocité des variations. Mais surtout, ils ont appliqué l'article 1171 du Code civil (issu de la réforme de 2016, mais dans sa version antérieure, le principe était déjà consacré par la jurisprudence) : est réputée non écrite toute clause qui crée un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties. undefined, une clause qui ne profite qu'au bailleur est abusive. La Cour a considéré que la clause litigieuse privait le locataire de toute baisse, ce qui rompt l'équilibre contractuel. Elle a rejeté l'argument du propriétaire selon lequel il s'agissait d'une simple modalité de calcul. Non, a dit la Cour : c'est une clause potestative (qui dépend de la seule volonté du bailleur) car elle ne joue qu'à la hausse. Ce n'est pas un revirement : la jurisprudence était déjà établie dans un arrêt de 2010 (Civ. 3e, 9 mars 2010, n°08-20.288). Mais cette décision la confirme et la renforce. Attention toutefois : la nullité n'est pas automatique pour toutes les clauses d'indexation, seulement celles qui excluent la baisse.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Si vous êtes locataire d'un bail commercial : vérifiez votre clause d'indexation. Si elle prévoit un « plancher » (le loyer ne peut baisser), vous pouvez demander la nullité de cette clause et réclamer le remboursement des trop-perçus sur les 5 dernières années (prescription quinquennale). Exemple à Biscarrosse : un loyer de 10 000 € par an, avec un indice qui baisse de 2% en 2020, vous auriez dû payer 9 800 €. Si la clause vous a bloqué à 10 000 €, vous pouvez récupérer 200 € par an, soit 1 000 € sur 5 ans. Si vous êtes propriétaire bailleur : cette décision vous impose de réviser les clauses de vos baux. Si vous avez une clause « révision à la hausse uniquement », elle est nulle. Vous devez proposer une clause réciproque, où le loyer suit l'indice à la hausse comme à la baisse. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires ont dû rembourser plusieurs milliers d'euros à leur locataire, avec les intérêts légaux en prime. Si vous êtes acquéreur d'un local commercial : lors de la due diligence (vérification des documents), exigez de voir le bail et la clause d'indexation. Si elle est litigieuse, vous pourriez hériter d'un contentieux.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Rédigez une clause d'indexation réciproque : prévoyez que le loyer est révisé chaque année à la hausse ou à la baisse, en fonction de la variation de l'indice choisi (ILC, ILAT, etc.). Exemple : « Le loyer sera révisé au 1er janvier de chaque année en fonction de l'indice ILC, à la hausse comme à la baisse. »
- Évitez les clauses « plancher » ou « butoir » : ne stipulez pas que le loyer ne peut baisser en dessous du loyer initial ou du loyer précédent. Ces clauses sont systématiquement annulées.
- Faites relire votre bail par un avocat spécialisé : avant de signer, un professionnel peut détecter les clauses abusives et vous conseiller. Le coût d'une relecture (quelques centaines d'euros) est dérisoire face à un litige.
- En cas de litige, agissez vite : la prescription est de 5 ans à compter de la date à laquelle le locataire a eu connaissance de la clause. Si vous êtes locataire, ne tardez pas à consulter un avocat.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision s'inscrit dans une lignée constante de la Cour de cassation. Déjà en 2010 (Civ. 3e, 9 mars 2010, n°08-20.288), elle avait annulé une clause similaire. Plus récemment, un arrêt du 27 février 2020 (n°18-26.372) a confirmé que la clause d'indexation doit être réciproque, même en l'absence de texte spécifique. La tendance des tribunaux est claire : ils protègent le locataire contre les clauses léonines. Pour l'avenir, les baux commerciaux devront impérativement respecter ce principe. Les propriétaires qui ne se mettent pas en conformité s'exposent à des actions en nullité et en remboursement. undefined : cette règle s'applique aussi aux baux professionnels et aux baux d'habitation (loi de 1989), même si la jurisprudence est moins abondante.
Ce que vous devez retenir absolument
FAQ :
- Puis-je contester une clause d'indexation qui ne prévoit que des hausses ? Oui, vous pouvez demander la nullité de la clause et le remboursement des loyers payés en trop depuis 5 ans.
- Que faire si mon bail contient une telle clause ? Consultez un avocat spécialisé en droit immobilier. Il vous conseillera sur la procédure à engager (assignation en justice).
- Quels sont les délais pour agir ? Vous avez 5 ans à compter de la signature du bail ou de la révision litigieuse. Ne tardez pas.
- Le propriétaire peut-il se défendre en invoquant la liberté contractuelle ? Non, la jurisprudence considère que la liberté contractuelle ne permet pas de créer un déséquilibre significatif.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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