Bail rural forcé : attention à la mise en demeure préalable avant d'exploiter
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Bail rural forcé : attention à la mise en demeure préalable avant d'exploiter

📅 Décision du 19 janvier 2011⚖️ Cour de cassation👁️ 3 vues📖 6 min de lecture

La Cour de cassation rappelle que, pour obtenir un bail rural forcé, le propriétaire doit d'abord adresser une mise en demeure au preneur sortant, et cette mise en demeure doit être devenue définitive avant toute exploitation. Une décision qui protège les propriétaires contre les demandes abusives.

Décision de référence : cc • N° 09-17.060 • 2011-01-19 • Consulter la décision →

Dans un arrêt du 19 janvier 2011 (n° 09-17.060), la Cour de cassation a rappelé une condition essentielle pour l'obtention d'un bail rural forcé : le propriétaire doit avoir reçu une mise en demeure devenue définitive avant que l'exploitant puisse agir en justice. Sans cette mise en demeure préalable et définitive, la procédure est nulle. Cette décision, méconnue du grand public, est pourtant une arme redoutable pour tout propriétaire foncier.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Mme Y., propriétaire de parcelles à Bourbourg, avait donné à bail rural ses terres à un fermier. Après le décès de celui-ci, elle récupère les parcelles YC 20 et 28, soit environ 9 hectares. Un exploitant voisin, M. X., estime avoir droit à un bail forcé en vertu de l'article L. 331-10 du code rural (droit d'exploiter en priorité pour les exploitants voisins). Il saisit le tribunal paritaire des baux ruraux de Rennes, qui lui donne raison. La cour d'appel de Rennes confirme : elle accorde le droit d'exploiter à M. X. sans vérifier un point essentiel : Mme Y. avait-elle reçu une mise en demeure de conclure le bail, et cette mise en demeure était-elle devenue définitive (c'est-à-dire non contestée ou tranchée par une décision irrévocable) ? La Cour de cassation casse l'arrêt : la cour d'appel n'a pas recherché, même d'office, si la mise en demeure prévue par l'article L. 331-10 était devenue définitive. Sans cette vérification, la décision est privée de base légale. L'affaire est renvoyée devant la même cour d'appel de Rennes, autrement composée.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Le cœur du litige porte sur l'article L. 331-10 du code rural, qui permet à un exploitant voisin de demander à être prioritaire pour reprendre des terres libres, à condition d'en faire la demande par mise en demeure. Mais cette mise en demeure doit être "devenue définitive" : cela signifie que le propriétaire ne l'a pas contestée dans les délais, ou que le tribunal a rejeté la contestation. La Cour de cassation rappelle que ce n'est pas au demandeur de prouver que la mise en demeure est définitive : c'est au juge de vérifier d'office, même si personne ne le lui demande. Pourquoi ? Parce que le droit d'exploiter est une exception à la liberté de contracter du propriétaire : il ne peut être accordé qu'à des conditions strictes. La Cour de cassation ne crée pas un nouveau droit : elle applique la loi existante, mais en précisant que le juge doit être actif. Les juges du fond (la cour d'appel) avaient simplement constaté que M. X. était exploitant voisin et que les terres étaient libres, mais ils ont oublié de vérifier la condition procédurale préalable. Cette décision est dans la droite ligne de la jurisprudence antérieure : la Cour de cassation exige toujours que les conditions des baux forcés soient scrupuleusement respectées.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire bailleur : vous respirez. Un exploitant ne peut pas vous imposer un bail du jour au lendemain. Il doit d'abord vous adresser une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception, et vous avez deux mois pour contester cette mise en demeure devant le tribunal paritaire. Si vous ne contestez pas, la mise en demeure devient définitive. Mais si vous contestez, le tribunal doit trancher. Et tant que la mise en demeure n'est pas définitive, l'exploitant ne peut pas vous réclamer un bail. Si vous êtes exploitant agricole : vous devez impérativement adresser une mise en demeure en bonne et due forme avant toute action en justice. Et attendez qu'elle soit définitive (délai de contestation expiré ou décision passée en force de chose jugée). Sinon, votre action sera irrecevable. Si vous êtes acquéreur d'une terre agricole : méfiez-vous. Avant d'acheter, vérifiez qu'aucune mise en demeure n'a été délivrée au vendeur. Dans le cas contraire, vous pourriez hériter d'une obligation de louer.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Conseil n° 1 : Si vous êtes propriétaire et recevez une mise en demeure de louer, ne l'ignorez pas. Consultez un avocat dans les deux mois suivant la réception. Si vous ne contestez pas, la mise en demeure devient définitive et vous serez contraint de conclure un bail.
  • Conseil n° 2 : Si vous êtes exploitant, adressez votre mise en demeure par lettre recommandée avec AR au propriétaire, en mentionnant clairement les parcelles visées et votre qualité d'exploitant voisin. Gardez une copie et le récépissé.
  • Conseil n° 3 : Avant d'engager une action en justice, vérifiez que le délai de contestation de deux mois est écoulé. Si le propriétaire a contesté, attendez que le tribunal ait statué définitivement.
  • Conseil n° 4 : En cas de vente d'une terre agricole, insérez dans le compromis une clause par laquelle le vendeur déclare n'avoir reçu aucune mise en demeure, ou précise le sort de celles reçues. Cela vous évitera des surprises.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

La Cour de cassation a déjà eu l'occasion de se prononcer sur les conditions du bail forcé. Par exemple, dans un arrêt du 9 juin 2010 (n° 09-13.145), elle a jugé que le droit d'exploiter ne peut être accordé que si le demandeur justifie d'une qualité d'exploitant voisin au moment de la demande. Plus récemment, la loi d'avenir pour l'agriculture de 2014 a modifié les critères de priorité, mais la condition de mise en demeure définitive reste inchangée. La tendance est claire : les juges protègent la liberté contractuelle du propriétaire et exigent le respect strict des procédures. Cette décision de 2011 est donc toujours d'actualité et sert de garde-fou contre les demandes abusives.

Ce que vous devez retenir absolument

FAQ :

Q : Puis-je refuser de louer ma terre à un voisin exploitant ?
R : Oui, tant qu'il ne vous a pas adressé une mise en demeure définitive. S'il l'a fait et que vous n'avez pas contesté, vous devez louer.

Q : Que faire si je reçois une mise en demeure de louer ?
R : Consultez un avocat dans les deux mois. Vous pouvez contester la mise en demeure devant le tribunal paritaire des baux ruraux.

Q : Quels sont les délais ?
R : Vous avez deux mois pour contester après réception de la mise en demeure. Si vous ne le faites pas, elle devient définitive et le bail est imposé.

Q : Un exploitant peut-il demander un bail sur des terres que j'ai achetées récemment ?
R : Oui, si les terres sont libres et que vous avez été mis en demeure. Mais la mise en demeure doit être personnelle : si elle a été adressée à l'ancien propriétaire, vous devez être informé.

Q : Que risque le propriétaire qui ne respecte pas la mise en demeure ?
R : Le tribunal peut lui imposer de conclure un bail, avec des dommages et intérêts pour le preneur évincé.

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Questions fréquentes

Puis-je refuser de louer ma terre à un voisin exploitant ?

Oui, tant qu'il ne vous a pas adressé une mise en demeure définitive. S'il l'a fait et que vous n'avez pas contesté, vous devez louer.

Que faire si je reçois une mise en demeure de louer ?

Consultez un avocat dans les deux mois. Vous pouvez contester la mise en demeure devant le tribunal paritaire des baux ruraux.

Quels sont les délais pour contester une mise en demeure ?

Vous avez deux mois après réception pour contester. Passé ce délai, la mise en demeure devient définitive.

Un exploitant peut-il demander un bail sur des terres que j'ai achetées récemment ?

Oui, si les terres sont libres et que vous avez été mis en demeure. La mise en demeure doit être personnelle.

Que risque le propriétaire qui ne respecte pas la mise en demeure ?

Le tribunal peut imposer un bail et condamner à des dommages et intérêts pour le preneur évincé.

Informations juridiques

  • Numéro: 09-17.060
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 19 janvier 2011

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à Gravelines recevant une mise en demeure

M. Martin, propriétaire de 9 ha de terres à Gravelines, reçoit une mise en demeure d'un voisin exploitant. Il ne conteste pas dans les deux mois. La mise en demeure devient définitive.

Application pratique:

Il doit conclure un bail rural aux conditions fixées par le tribunal. Pour éviter cela, il aurait dû consulter un avocat dès réception et contester la mise en demeure.

2

Exploitant à Bourbourg voulant un bail forcé

Mme Dupont, exploitante à Bourbourg, souhaite reprendre une parcelle libre. Elle adresse une mise en demeure au propriétaire, qui conteste.

Application pratique:

Elle doit attendre que le tribunal statue définitivement sur la contestation avant de pouvoir réclamer le bail. Elle ne peut pas exploiter avant.

3

Acquéreur de terres agricoles sans vérification

M. Legrand achète une parcelle à Gravelines. Le vendeur avait reçu une mise en demeure devenue définitive avant la vente.

Application pratique:

M. Legrand est tenu de conclure un bail avec le demandeur. Il aurait dû exiger une déclaration du vendeur sur l'absence de mise en demeure.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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