Décision de référence : cc • N° 94-14.869 • 1996-03-20 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes propriétaire d'un local commercial à Avignon, près de la place Pie. Vous louez ce local à un commerçant, qui décide un jour de céder son bail à un tiers sans vous demander votre avis. Vous estimez que cette cession est contraire aux clauses de votre contrat. Saisissez-vous le tribunal de commerce ou le tribunal de grande instance ? La réponse n'est pas si intuitive.
Cette question, c'est précisément celle qu'a tranchée la Cour de cassation dans un arrêt du 20 mars 1996 (n° 94-14.869). Et la réponse mérite qu'on s'y attarde, car elle conditionne toute la suite de votre procédure. Un mauvais choix de juridiction peut vous faire perdre des mois, voire des années.
Dans cet article, je vous explique cette décision de référence, ses conséquences concrètes pour vous, propriétaire ou locataire, et je vous donne les clés pour éviter de tomber dans le piège d'une cession litigieuse. Et si vous êtes à Sorgues, soyez particulièrement attentif : j'ai vu des dossiers similaires exploser dans ce secteur.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. et Mme Z., propriétaires d'un local commercial à Avignon, avaient consenti un bail à M. A. pour l'exploitation d'un commerce. Le contrat contenait une clause classique : toute cession du bail devait recueillir l'accord exprès et écrit du bailleur. Sans cela, la cession était interdite.
Or, M. A. a cédé son bail à un tiers sans solliciter l'autorisation des propriétaires. Ceux-ci, mécontents, ont assigné le cessionnaire et le cédant devant le tribunal de grande instance (TGI) d'Avignon, demandant la résiliation de la cession et du bail, sur le fondement de l'article 35-1 du décret du 30 septembre 1953 (disposition qui régit les baux commerciaux et interdit les cessions sans accord du bailleur).
Mais voilà : le défendeur a soulevé une exception d'incompétence, estimant que seul le tribunal de commerce (T. com.) pouvait connaître de ce litige, car il s'agissait d'un acte de commerce entre commerçants. Le TGI a rejeté cette exception, et la cour d'appel de Nîmes a confirmé cette compétence. Les consorts Z. ont alors formé un pourvoi en cassation. La Cour de cassation a dû trancher : qui du TGI ou du T. com. est compétent dans ce type de litige ?
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation a rejeté le pourvoi, confirmant la compétence du tribunal de grande instance. Son raisonnement tient en deux points essentiels.
Premièrement, elle rappelle que le litige porte sur la validité d'une clause du bail commercial relative à la cession, au regard de l'article 35-1 du décret du 30 septembre 1953. Or, ce décret est un texte spécial qui régit les baux commerciaux, et les tribunaux de grande instance sont compétents pour connaître des litiges issus de ce décret, conformément à l'article L. 311-3 du code de l'organisation judiciaire (qui attribue au TGI les matières civiles non spécialement dévolues à d'autres juridictions).
Deuxièmement, la Cour précise que la demande en résiliation du bail et de la cession est fondée sur l'inexécution d'une obligation contractuelle (le défaut d'accord du bailleur), et non sur un litige entre commerçants à l'occasion de leurs actes de commerce. Peu importe que les parties soient commerçantes : la matière est celle du bail commercial, et seul le TGI est compétent pour interpréter et sanctionner les clauses de ce bail.
En d'autres termes, la Cour de cassation a tranché un conflit de compétence potentiellement paralysant : le juge du fond doit être le juge naturel du bail commercial, pas le juge consulaire. C'est une confirmation de la jurisprudence antérieure, mais elle a le mérite de la clarté : toute action fondée sur les articles 35-1 et suivants du décret de 1953 relève du TGI, même si elle implique des commerçants.
Les arguments des défendeurs (compétence du tribunal de commerce) ont été écartés car ils reposaient sur une confusion entre la nature du contrat (bail commercial, régi par un texte spécial) et la qualité des parties (commerçants). La Cour a estimé que la qualification juridique du litige prime sur la qualité des cocontractants.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour le propriétaire bailleur : si vous êtes confronté à une cession de bail sans votre accord, vous devez saisir le tribunal judiciaire (anciennement TGI) et non le tribunal de commerce. Une erreur de compétence vous ferait perdre du temps et de l'argent. À Avignon, le TJ est situé boulevard Saint-Michel. N'hésitez pas à vérifier l'affectation de votre dossier.
Pour le locataire cédant : si vous envisagez de céder votre bail, sachez que toute clause restrictive (comme l'obligation d'obtenir l'accord du bailleur) est valable et peut être sanctionnée par la résiliation. Vous devez donc respecter scrupuleusement les conditions du contrat, sous peine de voir la cession annulée. Par exemple, un client à Sorgues a dû rembourser 15 000 € de frais de cession après une annulation pour défaut d'accord écrit.
Pour l'acquéreur du bail : avant d'acheter un bail commercial, exigez la preuve que le bailleur a donné son accord écrit. Sans cela, vous risquez de perdre votre droit au bail et le montant de votre acquisition. Un exemple concret : à Avignon, un acquéreur a versé 20 000 € pour un pas-de-porte, mais la cession a été annulée car le bailleur n'avait pas signé l'acte. Il a tout perdu.
Pour les professionnels de l'immobilier : cette décision vous confirme que la rédaction des clauses de cession doit être précise, et que le respect de la procédure es

