Décision de référence : cc • N° 14-13.179 • 2015-10-08 • Consulter la décision →
Vous venez d'acquérir un fonds de commerce à Dinan, et le vendeur vous assure que tout est en ordre. Mais quelques semaines plus tard, vous recevez un commandement de votre bailleur vous sommant de remettre les lieux en état, sous peine de résiliation du bail. Votre réflexe est de dire : « Ce n'est pas moi, c'est l'ancien locataire ! ». Pourtant, la justice pourrait bien vous donner tort. Que répond la loi ? Une décision de la Cour de cassation du 8 octobre 2015 (n° 14-13.179) apporte une réponse claire, qui bouleverse les idées reçues.
La question que se pose chaque propriétaire ou cessionnaire : suis-je responsable des fautes commises avant mon entrée dans les lieux ? La réponse est nuancée, mais la tendance jurisprudentielle est sans appel : le cessionnaire doit, dès la délivrance du commandement, mettre fin aux infractions persistentes. Cette décision est un véritable avertissement pour tous ceux qui envisagent de reprendre un bail commercial.
Dans cet article, nous décortiquons cette affaire, ses conséquences pratiques, et vous donnons les clés pour éviter un litige coûteux. Suivez le guide.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. X, propriétaire d'un local commercial à Cesson-Sévigné, donne à bail un local à une société. Celle-ci cède son bail à un cessionnaire, la société Bab. Le bail initial prévoit que toute modification des lieux doit être autorisée par le bailleur. Or, des travaux ont été réalisés sans autorisation par le premier locataire. Le bailleur délivre alors deux commandements au cessionnaire, lui demandant de remettre les lieux en l'état, sous peine de voir la clause résolutoire du bail s'appliquer. Le cessionnaire conteste, arguant qu'il n'est pas à l'origine des travaux.
La cour d'appel donne raison au cessionnaire : elle estime que le cessionnaire ne saurait être tenu des fautes commises par son prédécesseur. Mais le bailleur se pourvoit en cassation. La Cour de cassation casse l'arrêt d'appel. Elle reproche à la cour d'appel de ne pas avoir recherché si, après les commandements, il n'incombait pas au cessionnaire de mettre un terme à la persistance des manquements contractuels. En clair, même si le cessionnaire n'a pas commis les travaux, il doit, une fois informé, les faire cesser ou demander une régularisation.
L'affaire est renvoyée devant une autre cour d'appel. La leçon est claire : le cessionnaire ne peut pas se retrancher derrière le passé pour ignorer les obligations du bail.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La décision repose sur deux textes fondamentaux : l'article 1134 du Code civil (dans sa version antérieure à 2016) qui consacre la force obligatoire des conventions, et l'article L. 145-41 du Code de commerce qui régit la clause résolutoire dans les baux commerciaux. La Cour de cassation applique ici une logique simple mais implacable : le bail est un contrat qui lie les parties. Le cessionnaire, en reprenant le bail, accepte l'intégralité de ses clauses, y compris celles qui imposent de respecter l'état des lieux.
Les juges du fond avaient considéré que le cessionnaire n'étant pas l'auteur des modifications, il ne pouvait être tenu. Mais la Cour de cassation rappelle que l'obligation de remettre les lieux en l'état est continue : elle pèse sur le preneur en titre, quel qu'il soit. Si le manquement persiste après la cession, le cessionnaire doit y remédier. Ne pas le faire, c'est commettre une faute contractuelle.
La décision insiste sur un point clé : la nécessité de « mettre un terme à la persistance des manquements ». Autrement dit, le cessionnaire ne peut pas rester passif. Il doit agir, soit en démolissant les ouvrages non autorisés, soit en sollicitant une autorisation du bailleur. La cour d'appel n'avait pas examiné ce point, d'où la cassation.
Cette décision s'inscrit dans une jurisprudence constante qui vise à protéger le bailleur contre les changements de locataires qui laisseraient perdurer des infractions. Elle rappelle que la cession n'efface pas les obligations réelles liées au bail.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour le propriétaire bailleur : vous pouvez désormais agir contre le cessionnaire pour des travaux réalisés par l'ancien locataire, à condition d'avoir délivré un commandement. Exemple : à Dinan, un bailleur délivre un commandement à son nouveau locataire pour des cloisons non autorisées. Le locataire doit les déposer dans le mois, sinon la clause résolutoire joue. Vous pouvez ainsi protéger votre bien.
Pour le locataire cessionnaire : avant de signer, vérifiez l'état des lieux et les autorisations. Si des travaux non conformes existent, négociez avec le vendeur qu'il les régularise avant la cession. Sinon, vous risquez de devoir les financer vous-même. Par exemple, si le coût de remise en état est de 10 000 €, vous ne pourrez pas les réclamer au cédant si vous avez accepté le bail en l'état.
Pour le cédant : vous n'êtes pas tiré d'affaire. Si le cessionnaire est condamné, il pourra se retourner contre vous pour garantie des vices cachés ou défaut d'information. Mieux vaut donc tout déclarer.
En pratique, le délai pour répondre à un commandement est généralement d'un mois. Passé ce délai, la clause résolutoire peut être acquise. Un exemple chiffré : à Cesson-Sévigné, un locataire cessionnaire a dû payer 15 000 € de travaux de remise en état après avoir ignoré un commandement. Une consultation rapide aurait pu éviter cela.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Avant la cession, faites réaliser un état des lieux contradictoire et un diagnostic des

