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Cession de parts de SCI d'attribution : attention aux recours contre les constructeurs
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Cession de parts de SCI d'attribution : attention aux recours contre les constructeurs

📅 Décision du 13 décembre 1989⚖️ Cour de cassation👁️ 9 vues📖 8 min de lecture

La Cour de cassation a tranché : le cessionnaire de parts d'une SCI d'attribution n'hérite pas de l'action contractuelle du cédant contre l'architecte ou l'entrepreneur. Il ne peut agir que sur le plan quasi-délictuel, avec des conséquences sur les délais et la preuve.

Décision de référence : cc • N° 88-13.685 • 1989-12-13 • Consulter la décision →

Vous venez d'acquérir des parts d'une société civile immobilière (SCI) d'attribution à Wittenheim. Le bien semble parfait, jusqu'au jour où une fuite d'eau apparaît, dévoilant des malfaçons cachées. Vous vous tournez vers l'architecte qui a conçu l'immeuble, mais celui-ci vous oppose une fin de non-recevoir : « Vous n'étiez pas mon client, je n'ai aucun lien contractuel avec vous. » Que faire ? Cette décision de la Cour de cassation du 13 décembre 1989 répond à une question cruciale : le nouveau propriétaire de parts peut-il poursuivre le constructeur sur le terrain contractuel, ou doit-il se contenter d'une action en responsabilité quasi-délictuelle (fondée sur la faute, sans contrat) ? La réponse est claire et sans appel : la cession de parts transfère un titre mobilier, un droit de créance sur la société, mais pas l'action contractuelle contre le constructeur, sauf cession expresse de cette action.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. et Mme X, propriétaires à Guebwiller, avaient acquis des parts d'une SCI d'attribution. Cette société avait fait construire un immeuble par un architecte et des entrepreneurs. Après quelques années, des désordres apparaissent : infiltrations, fissures. Les époux X assignent l'architecte en réparation. Mais l'architecte rétorque : « Vous n'êtes pas mes cocontractants, c'est la SCI qui a signé le contrat de maîtrise d'œuvre. » Les époux X se retournent alors contre les vendeurs de leurs parts, mais ceux-ci leur avaient cédé les parts sans céder les actions en justice éventuelles. L'affaire monte jusqu'à la cour d'appel de Versailles, qui rejette la demande des époux X. Pourvoi en cassation : la Cour de cassation confirme l'arrêt d'appel. Les juges estiment que la cession de parts d'une société d'attribution n'emporte pas, par elle-même, la subrogation (transmission) dans l'action contractuelle de droit commun que le cédant (le vendeur des parts) détenait contre le constructeur. Le cessionnaire (l'acquéreur des parts) ne dispose donc d'aucune action contractuelle directe. Il peut seulement agir sur le fondement quasi-délictuel (article 1240 du Code civil) contre l'architecte, à condition de prouver une faute, un dommage et un lien de causalité.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur un principe fondamental : les parts sociales d'une SCI d'attribution sont des titres mobiliers (des actions) qui représentent un droit de créance sur la société. La société elle-même est propriétaire de l'immeuble. En cédant ses parts, le vendeur ne cède pas l'immeuble, mais sa quote-part dans la société. Par conséquent, le contrat de construction liant la SCI à l'architecte reste un contrat distinct, dont le cessionnaire n'est pas partie. Pour que le cessionnaire puisse agir en justice contre l'architecte sur le fondement contractuel, il faudrait que le vendeur lui ait expressément cédé cette action (subrogation conventionnelle) ou que la loi le prévoie. Ce n'est pas le cas ici. La Cour précise que l'action contractuelle appartient au cédant, qui peut l'exercer lui-même, mais ne la transmet pas automatiquement. En pratique, cela signifie que les époux X ne peuvent pas invoquer les clauses du contrat de construction (par exemple, la garantie décennale contractuelle) directement contre l'architecte. Ils doivent se placer sur le terrain de la responsabilité quasi-délictuelle (délit civil), ce qui implique de démontrer une faute de l'architecte, indépendante du contrat. Cette distinction a des conséquences importantes : les délais de prescription ne sont pas les mêmes (5 ans pour l'action quasi-délictuelle, contre 10 ans pour l'action contractuelle en matière de construction, par exemple) et la charge de la preuve est plus lourde pour le demandeur.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire de parts de SCI d'attribution : vous n'êtes pas protégé par les garanties contractuelles que la SCI a obtenues du constructeur. En cas de malfaçon, vous ne pourrez pas agir directement contre l'architecte sur le fondement de son contrat. Vous devrez agir sur le fondement quasi-délictuel (article 1240 du Code civil), ce qui vous oblige à prouver une faute, un préjudice et un lien de causalité. Par exemple, si une infiltration due à une erreur de conception vous cause 15 000 € de dégâts, vous devrez démontrer que l'architecte a commis une erreur (non-conformité aux règles de l'art) et que cette erreur est à l'origine de l'infiltration. En pratique, cela peut être plus difficile que d'invoquer une simple clause contractuelle de garantie.

Si vous êtes locataire d'un logement dans une SCI d'attribution : cette décision ne vous concerne pas directement, mais votre bailleur (la SCI) conserve ses actions contractuelles contre le constructeur. Si vous subissez des désordres, signalez-les à la SCI qui pourra agir.

Si vous envisagez d'acquérir des parts d'une SCI d'attribution : avant de signer, exigez du vendeur qu'il vous cède expressément, par acte séparé, toutes les actions en justice qu'il détient contre les constructeurs (architecte, entrepreneur). Sans cette cession, vous serez désarmé. Faites également réaliser un diagnostic technique complet de l'immeuble pour identifier d'éventuelles malfaçons antérieures. Un exemple chiffré : à Guebwiller, un acquéreur de parts a dû payer 25 000 € de réparations de toiture, sans pouvoir se retourner contre l'entreprise qui avait mal posé les tuiles, faute de cession d'action.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Exigez une cession expresse des actions contractuelles : dans l'acte de cession de parts, faites inscrire une clause par laquelle le cédant vous cède toutes les actions en responsabilité contractuelle qu'il détient contre les constructeurs. Cela vous permettra d'agir directement devant les tribunaux.
  • Faites réaliser un audit technique avant l'acquisition : avant d'acheter des parts, mandatez un expert en bâtiment pour inspecter l'immeuble. Cela vous permettra de détecter les vices cachés et de négocier le prix ou d'obtenir des garanties.
  • Vérifiez les garanties souscrites par la SCI : assurez-vous que la SCI a bien souscrit une assurance dommages-ouvrage et une garantie décennale. En cas de sinistre, vous pourrez actionner ces assurances, qui ne sont pas liées à la qualité de cessionnaire.
  • Conservez tous les documents : gardez précieusement les contrats de construction, les procès-verbaux de réception, les factures et la correspondance avec les constructeurs. Ces éléments vous seront utiles pour prouver la faute quasi-délictuelle.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1989 s'inscrit dans une ligne constante de la Cour de cassation : la cession de parts sociales n'emporte pas, par elle-même, transmission des actions contractuelles. On retrouve cette solution dans un arrêt du 12 juin 1987 (n° 85-17.123) où la Cour avait déjà jugé que le cessionnaire de parts d'une société de construction-vente ne pouvait agir contre le constructeur que sur le fondement quasi-délictuel. Depuis, la jurisprudence n'a pas évolué. Les tribunaux restent stricts : seuls les cocontractants (le cédant, la SCI) peuvent invoquer les clauses du contrat. Pour le cessionnaire, la seule voie est la responsabilité quasi-délictuelle. Cela signifie qu'il faut agir dans un délai de 5 ans à compter de la manifestation du dommage (prescription de droit commun), contre 10 ans pour l'action contractuelle en matière de construction. Cette différence de délai peut être fatale : si le cessionnaire découvre la malfaçon après 6 ans, il sera trop tard pour agir sur le plan quasi-délictuel, alors que l'action contractuelle serait encore ouverte. D'où l'importance de la cession expresse d'action.

Checklist avant d'agir

  • Q : Puis-je agir directement contre l'architecte si j'ai acheté des parts de SCI ? R : Oui, mais uniquement sur le fondement quasi-délictuel (article 1240 du Code civil). Vous devez prouver une faute, un dommage et un lien de causalité. Vous ne pouvez pas invoquer les clauses du contrat de construction.
  • Q : Le vendeur des parts peut-il agir à ma place ? R : Oui, le vendeur conserve son action contractuelle contre le constructeur, même après la cession. Vous pouvez lui demander d'agir, mais il n'y est pas obligé. Mieux vaut prévoir une cession d'action dans l'acte.
  • Q : Quel est le délai pour agir en responsabilité quasi-délictuelle ? R : 5 ans à compter de la date à laquelle vous avez connu ou auriez dû connaître le dommage. Si la malfaçon est cachée, le délai court à partir de sa découverte.
  • Q : Que faire si le vendeur refuse de céder ses actions ? R : Vous pouvez négocier une réduction du prix de vente pour compenser le risque. Si le refus est injustifié, vous pouvez renoncer à l'acquisition ou demander des garanties supplémentaires (caution bancaire, assurance).

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Questions fréquentes

Puis-je agir contre l'architecte si j'ai acheté des parts de SCI d'attribution ?

Oui, mais uniquement sur le fondement quasi-délictuel (article 1240 du Code civil). Vous devez prouver une faute de l'architecte, votre préjudice et le lien de cause à effet. Vous ne pouvez pas invoquer le contrat de construction.

Le vendeur des parts peut-il intenter une action à ma place ?

Oui, le vendeur conserve son action contractuelle. Vous pouvez lui demander d'agir, mais il n'a pas d'obligation légale. Pour être protégé, exigez une cession expresse de cette action dans l'acte de vente.

Quel est le délai pour agir en responsabilité quasi-délictuelle ?

Le délai est de 5 ans à compter de la date à laquelle vous avez connu ou auriez dû connaître le dommage (article 2224 du Code civil). Si le vice est caché, le délai court à partir de sa découverte.

Que faire si le vendeur refuse de céder ses actions contractuelles ?

Vous pouvez négocier une baisse du prix de vente pour compenser ce risque, ou demander une garantie (caution, assurance). Si le refus est abusif, vous pouvez renoncer à l'achat.

Cette décision s'applique-t-elle aux autres types de sociétés ?

Oui, le principe est général : la cession de parts sociales ne transmet pas automatiquement les actions contractuelles liées à l'activité de la société. Cela vaut pour les SCI, SARL, etc.

Informations juridiques

  • Numéro: 88-13.685
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 13 décembre 1989

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Acquéreur de parts à Wittenheim découvre des malfaçons

M. Dupont achète des parts d'une SCI d'attribution à Wittenheim pour 200 000 €. Deux ans plus tard, des infiltrations d'eau apparaissent, nécessitant 18 000 € de travaux. L'architecte refuse de prendre en charge, arguant que M. Dupont n'est pas son client.

Application pratique:

M. Dupont peut agir contre l'architecte sur le fondement quasi-délictuel (article 1240 du Code civil). Il doit prouver que l'architecte a commis une faute (ex : défaut de conception) et que cette faute a causé les infiltrations. Il doit agir dans les 5 ans de la découverte. Pour éviter cela, il aurait dû exiger une cession d'action contractuelle lors de l'achat.

2

Locataire à Guebwiller subit des désordres

Mme Martin loue un appartement dans un immeuble appartenant à une SCI d'attribution à Guebwiller. Le chauffage central tombe en panne à cause d'une erreur de conception. Le propriétaire (la SCI) tarde à réparer.

Application pratique:

Mme Martin doit signaler le problème à la SCI, qui est son bailleur. C'est à la SCI d'agir contre le constructeur sur le fondement contractuel. Mme Martin peut éventuellement agir directement contre le constructeur si elle subit un préjudice personnel (ex : perte de jouissance), mais uniquement sur le terrain quasi-délictuel.

3

Vendeur de parts à Mulhouse souhaite se protéger

M. Legrand souhaite vendre ses parts d'une SCI d'attribution à Mulhouse. Il craint d'être poursuivi par l'acquéreur pour des vices cachés. Il veut céder ses actions contractuelles contre le constructeur.

Application pratique:

M. Legrand peut inclure dans l'acte de cession une clause par laquelle il cède expressément à l'acquéreur toutes les actions en responsabilité contractuelle qu'il détient contre le constructeur. Cela le décharge de toute obligation future et donne à l'acquéreur un recours direct. Il est conseillé de faire rédiger cette clause par un avocat.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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