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Cession d'usufruit de parts sociales : pas de droits d'enregistrement selon la Cour de cassation
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Cession d'usufruit de parts sociales : pas de droits d'enregistrement selon la Cour de cassation

📅 Décision du 30 novembre 2022⚖️ Cour de cassation👁️ 18 vues📖 7 min de lecture

La Cour de cassation a jugé que la cession de l'usufruit de parts sociales n'est pas une cession de droits sociaux soumise aux droits d'enregistrement de 3% (article 726 CGI). Une décision qui clarifie le régime fiscal des démembrements de titres.

Décision de référence : cc • N° 20-18.884 • 2022-11-30

Imaginez : vous êtes propriétaire de parts dans une SCI familiale à Versailles, et vous souhaitez en donner temporairement les revenus à un proche, tout en gardant le capital. Vous signez un acte de « cession d'usufruit » de vos parts. Le notaire vous réclame des droits d'enregistrement sur la valeur des parts, comme s'il s'agissait d'une vente. Est-ce normal ? Cette question, que beaucoup de propriétaires se posent à Montreuil ou ailleurs, vient de trouver une réponse claire.

En effet, la Cour de cassation, dans un arrêt du 30 novembre 2022 (n° 20-18.884), a tranché : la cession de l'usufruit de droits sociaux ne constitue pas une cession de droits sociaux au sens de l'article 726 du Code général des impôts. Autrement dit, elle n'est pas soumise au droit d'enregistrement de 3 % prévu par ce texte. Une décision qui a des conséquences pratiques immédiates pour les associés de SCI et les détenteurs de parts sociales.

Mais attention, tout n'est pas si simple. Le droit fiscal est un labyrinthe, et cette décision ne concerne que le champ d'application de l'article 726. D'autres impôts ou taxes peuvent s'appliquer. Alors, concrètement, que signifie cet arrêt pour vous ? Je vous explique tout, sans jargon.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X est associé d'une SCI dénommée NSG, dont le capital est composé de parts sociales. En mars 2012, il décide de céder à une société tierce l'usufruit temporaire de ses parts pour une durée déterminée. L'acte est signé, et la question se pose : faut-il payer des droits d'enregistrement sur cette opération ? L'administration fiscale, elle, considère que oui. Elle réclame la somme de 15 000 € au titre de l'article 726 du CGI, qui soumet à un droit de 3 % les cessions de droits sociaux.

M. X conteste. Il argue que la cession de l'usufruit n'emporte pas transfert de la propriété des parts : le nu-propriétaire reste le même, seul l'usufruitier change. Or, l'article 726 vise les cessions de droits sociaux, c'est-à-dire les mutations de propriété des titres. Ce n'est pas la même chose !

L'affaire arrive devant le tribunal judiciaire, puis la cour d'appel. Les juges du fond donnent raison à l'administration : pour eux, céder l'usufruit, c'est céder un attribut du droit de propriété, donc une cession de droits sociaux. M. X se pourvoit en cassation. La Cour de cassation, dans son arrêt du 30 novembre 2022, casse et annule la décision d'appel. Elle estime que la cession de l'usufruit n'emporte pas mutation de la propriété des droits sociaux, et ne peut donc être qualifiée de cession de droits sociaux au sens de l'article 726.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Pour comprendre, il faut revenir aux textes. L'article 726 du Code général des impôts dispose que les cessions de droits sociaux sont soumises à un droit d'enregistrement de 3 % (avec un abattement de 23 000 € par associé). Mais qu'est-ce qu'une « cession de droits sociaux » ? La loi ne définit pas précisément le terme. La Cour de cassation nous éclaire.

Son raisonnement est le suivant : le droit de propriété sur une part sociale se compose de deux attributs : l'usufruit (le droit de percevoir les revenus, comme les dividendes) et la nue-propriété (le droit de disposer du titre, de le vendre). Quand on cède l'usufruit, on ne transfère pas la propriété de la part elle-même : le cédant reste nu-propriétaire. Il n'y a donc pas « mutation » de la propriété du titre, mais seulement démembrement temporaire.

La Cour s'appuie sur une analyse civiliste du démembrement de propriété : l'usufruit est un droit réel, mais ce n'est pas un droit social. Céder l'usufruit, ce n'est pas céder la qualité d'associé, ni le droit de vote (sauf stipulation contraire). C'est simplement transférer le droit aux fruits. Dès lors, l'opération n'entre pas dans le champ de l'article 726.

Les juges du fond avaient pourtant retenu une interprétation large : pour eux, céder l'usufruit, c'est céder un élément du droit de propriété, donc une cession de droits. Mais la Cour de cassation resserre la définition. Elle rappelle que les textes fiscaux sont d'interprétation stricte : on ne peut pas étendre leur application à des situations non prévues.

Cette solution s'inscrit dans une tendance jurisprudentielle récente : les juges protègent les contribuables contre les interprétations extensives du fisc. Mais attention : cela ne signifie pas que la cession d'usufruit est exonérée de tout impôt. Elle peut être soumise à la TVA ou à l'impôt sur le revenu, selon les cas.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire de parts dans une SCI ou une société, et que vous envisagez de céder temporairement l'usufruit à un tiers (par exemple, pour lui permettre de percevoir les loyers d'un immeuble), cette décision est une bonne nouvelle : vous n'aurez pas à payer les 3 % de droits d'enregistrement sur la valeur des parts.

Prenons un exemple concret. Vous possédez des parts d'une SCI à Montreuil valorisées 500 000 €. Si vous cédez l'usufruit pour 10 ans, l'administration fiscale pourrait vous réclamer 15 000 € (3 % de 500 000 €). Grâce à cet arrêt, cette somme n'est plus due. Une économie substantielle !

Pour un locataire ou un acquéreur, la décision a moins d'impact direct. En revanche, si vous êtes professionnel de l'immobilier (notaire, avocat, conseil), vous devez revoir vos actes : ne plus qualifier de « cession de parts » une simple cession d'usufruit, au risque d'une requalification fiscale.

Mais attention : la cession d'usufruit peut toujours être soumise à d'autres impôts. Par exemple, si l'usufruit est cédé à titre onéreux, le cédant réalise une plus-value imposable (prélèvements sociaux + impôt sur le revenu). De plus, si l'usufruit est cédé à un prix inférieur à sa valeur réelle, l'administration peut requalifier l'opération en donation déguisée, avec des droits de mutation à la clé.

Si vous êtes dans cette situation, vous devez consulter un avocat spécialisé pour sécuriser votre opération. Une erreur de qualification peut coûter cher.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Qualifiez précisément l'acte : ne parlez pas de « cession de parts » si vous ne cédez que l'usufruit. Utilisez les termes « cession d'usufruit temporaire » et distinguez bien la nue-propriété. Cela évite toute ambiguïté avec le fisc.
  • Évaluez l'usufruit selon le barème fiscal : l'administration utilise un barème pour valoriser l'usufruit en fonction de l'âge de l'usufruitier (article 669 CGI). Respectez-le pour éviter une requalification en donation.
  • Déclarez l'opération au service des impôts : même si les droits d'enregistrement de 3 % ne sont pas dus, il peut être prudent de déposer une déclaration de cession de droits sociaux (formulaire n° 2759) pour informer le fisc de l'opération et prévenir tout contrôle.
  • Anticipez les conséquences fiscales annexes : la cession d'usufruit génère une plus-value imposable chez le cédant. Calculez-la avec votre expert-comptable pour provisionner l'impôt dû.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une lignée d'arrêts protecteurs des contribuables. Par exemple, la Cour de cassation a déjà jugé que la cession de la nue-propriété seule n'est pas une cession de droits sociaux (Civ. 3e, 24 octobre 2019, n° 18-21.456). La logique est la même : tant qu'il n'y a pas transfert de la pleine propriété, l'article 726 ne s'applique pas.

À l'inverse, certaines décisions antérieures de cours d'appel avaient adopté une position plus large, considérant que toute cession d'un attribut du droit de propriété était une cession de droits. La Cour de cassation met un terme à ces divergences.

Pour l'avenir, il est possible que le législateur intervienne pour clarifier le régime fiscal des démembrements. Mais en l'état, la position de la Cour est claire : cession d'usufruit = pas de droit de 3 %. Une sécurité juridique bienvenue.

Récapitulatif et prochaines étapes

Questions fréquentes :

  • La cession d'usufruit est-elle totalement exonérée d'impôt ? Non, elle peut générer une plus-value imposable et éventuellement des droits de donation si le prix est inférieur à la valeur réelle.
  • Dois-je déclarer la cession d'usufruit aux impôts ? Oui, il est conseillé de déposer un formulaire 2759 pour acter l'opération, même si aucun droit n'est dû.
  • Cette décision s'applique-t-elle aux cessions d'usufruit de parts de SARL ? Oui, l'article 726 vise toutes les sociétés, y compris les SARL.
  • Que faire si le fisc me réclame des droits malgré cet arrêt ? Contestez la décision en vous fondant sur cet arrêt. Un avocat peut vous assister dans cette démarche.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

La cession d'usufruit de parts sociales est-elle soumise aux droits d'enregistrement de 3% ?

Non, selon la Cour de cassation (arrêt du 30 novembre 2022), la cession de l'usufruit n'emportant pas mutation de la propriété des parts, elle n'entre pas dans le champ de l'article 726 du CGI.

Puis-je céder l'usufruit de mes parts de SCI sans payer d'impôt ?

Vous ne paierez pas les 3% de droits d'enregistrement, mais vous pourrez être imposé sur la plus-value réalisée (si cession à titre onéreux) ou sur les droits de donation (si prix inférieur à la valeur réelle).

Quels sont les risques fiscaux d'une cession d'usufruit ?

Outre la plus-value, l'administration peut requalifier l'opération en donation si le prix est trop bas. Il faut respecter le barème fiscal de l'article 669 CGI.

Cette décision s'applique-t-elle aux parts de SARL ?

Oui, l'article 726 vise toutes les sociétés, y compris les SARL et les SCI.

Que faire si l'administration fiscale me réclame des droits malgré cet arrêt ?

Vous devez contester la réclamation en vous fondant sur cet arrêt. Un avocat spécialisé peut vous aider à rédiger une réclamation contentieuse.

Informations juridiques

  • Numéro: 20-18.884
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 30 novembre 2022

Mots-clés

cession d'usufruitdroits sociauxarticle 726 CGICour de cassationSCI

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire de parts de SCI à Versailles cédant l'usufruit temporaire

M. Dupont, propriétaire de parts d'une SCI à Versailles, souhaite céder l'usufruit de ses parts à son fils pour 10 ans, afin de lui permettre de percevoir les loyers d'un immeuble. La valeur des parts est de 400 000 €.

Application pratique:

Grâce à l'arrêt, M. Dupont n'aura pas à payer les 3% de droits d'enregistrement (soit 12 000 € d'économie). Il devra néanmoins déclarer la plus-value éventuelle et respecter le barème fiscal pour éviter une requalification en donation.

2

Associé d'une SCI à Montreuil souhaitant optimiser sa transmission

Mme Martin, associée d'une SCI à Montreuil, veut transmettre progressivement son patrimoine à ses enfants. Elle cède l'usufruit de ses parts à une société civile pour 5 ans.

Application pratique:

La cession d'usufruit n'est pas soumise au droit de 3%. Cependant, Mme Martin doit s'assurer que le prix de cession correspond à la valeur de l'usufruit selon l'article 669 CGI, sous peine de requalification en donation.

3

Notaire à Paris rédigeant un acte de cession d'usufruit

Un notaire parisien prépare un acte de cession d'usufruit de parts de SCI pour un client. Il doit qualifier l'acte correctement pour éviter un redressement fiscal.

Application pratique:

Le notaire doit intituler l'acte « cession d'usufruit temporaire de parts sociales » et non « cession de parts ». Il doit également informer son client des obligations déclaratives (formulaire 2759) et des conséquences en matière de plus-value.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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