Droit Immobilier

Clause de solidarité en copropriété : nullité et remboursement des charges payées à tort

📅 Décision du 13 maggio 1987⚖️ Cour de cassation👁️ 4 vues📖 9 min de lecture

Un arrêt de la Cour de cassation rappelle que les clauses de solidarité entre vendeur et acquéreur pour les charges de copropriété antérieures à la vente sont nulles. L'acquéreur qui a payé peut obtenir le remboursement. Décryptage et conseils pratiques.

Décision de référence : Cour de cassation, 3e chambre civile • N° 85-18.400 • 13 mai 1987 • Consulter la décision →

Lorsqu'un appartement change de propriétaire, la question des charges impayées empoisonne souvent la transaction. À Paris, où le marché immobilier est tendu, acquéreurs et vendeurs s'inquiètent : qui doit régler les sommes dues au syndicat des copropriétaires pour la période antérieure à la vente ? Beaucoup de règlements de copropriété contiennent une clause prévoyant que le vendeur et l'acquéreur sont solidairement tenus au paiement de ces arriérés. Mais une telle clause est-elle légale ?

La Cour de cassation a répondu de manière définitive le 13 mai 1987 : non. Elle a jugé nulle toute clause de solidarité entre vendeur et acquéreur pour le paiement des charges de copropriété antérieures à la vente. En conséquence, l'acquéreur qui aurait payé ces sommes au syndicat effectue un paiement indu (c'est-à-dire sans obligation légale) et peut en demander le remboursement. Un arrêt qui, plus de trente ans après, continue de protéger les nouveaux copropriétaires.

Pourquoi une telle interdiction ? N'est-ce pas contraire à l'intérêt du syndicat ? Comment réagir si vous avez déjà payé ? Nous allons décortiquer cette décision, ses conséquences concrètes et les réflexes à adopter pour ne pas se laisser piéger.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

L'affaire jugée le 13 mai 1987 trouve son origine dans une vente sur saisie immobilière (vente aux enchères à la suite d'une procédure de saisie). Un acquéreur se porte adjudicataire de plusieurs lots dans un immeuble en copropriété. Le cahier des charges de la vente précise le montant des charges de copropriété restant dues par le propriétaire saisi. Il reproduit également une clause du règlement de copropriété stipulant que le vendeur et l'acquéreur sont solidairement tenus au paiement des charges exigibles à la date de la mutation.

Sur la base de cette clause, l'acquéreur règle l'intégralité des charges arriérées au syndicat des copropriétaires. Ce n'est que plus tard qu'il conteste son obligation de payer. Il assigne alors le syndicat en justice pour obtenir le remboursement des sommes versées, estimant que la clause de solidarité est illégale. Débouté en première instance, il porte l'affaire devant la cour d'appel de Rennes. Cette dernière fait droit à sa demande, considérant la clause nulle. Le syndicat se pourvoit en cassation.

La Cour de cassation va devoir trancher un point de droit sensible : le règlement de copropriété peut-il, par une stipulation contractuelle, créer une solidarité entre deux personnes (le vendeur et l'acquéreur) pour une dette née avant la transmission du bien ? La réponse aura des répercussions sur des milliers de copropriétés, à Paris comme en province.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Pour casser l'arrêt de la cour d'appel ? Non, le pourvoi est rejeté. La Haute juridiction approuve la décision des juges rennais. Sur quel fondement ? Elle se place sur le terrain de l'article 10 de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis. Ce texte prévoit que les copropriétaires sont tenus de participer aux charges entraînées par les services collectifs et les éléments d'équipement commun en fonction de l'utilité que ces services et éléments présentent à l'égard de chaque lot.

Que dit exactement l'article 10 ? Il détermine la répartition des charges entre les copropriétaires et précise que ces obligations suivent le lot. En revanche, il ne contient aucune disposition instituant une solidarité légale entre l'ancien et le nouveau propriétaire pour les dettes de charges nées avant la mutation. Or, la loi du 10 juillet 1965 est d'ordre public (article 43) : on ne peut y déroger par convention, sauf dispositions impératives contraires. Une clause de solidarité insérée dans le règlement de copropriété vient donc aggraver illégalement la situation de l'acquéreur en lui imposant une obligation que la loi ne prévoit pas.

La Cour de cassation en conclut que la clause est nulle, parce qu'elle méconnaît le caractère d'ordre public du statut de la copropriété. Ce n'était pas un revirement : la jurisprudence antérieure était divisée, mais l'arrêt du 13 mai 1987 met fin à la controverse en affirmant clairement l'illicéité de ces clauses. Pourquoi une telle rigueur ? Pour protéger les acquéreurs, souvent profanes, qui pourraient être contraints de payer des dettes qu'ils n'ont pas créées. Le législateur a prévu d'autres mécanismes, comme le privilège du syndicat sur le lot (article 19 de la loi de 1965), pour garantir le recouvrement des charges impayées.

Le syndicat arguait pour sa défense que l'acquéreur connaissait l'existence de la clause et avait payé sans réserve. Argument balayé : la nullité d'une telle clause est absolue ; elle ne peut être couverte par une acceptation tacite. L'acquéreur ayant payé sans être légalement tenu, le paiement est indu au sens de l'article 1376 du Code civil (rédaction antérieure à 2016, aujourd'hui article 1302). Il peut donc en demander la restitution. Est-ce à dire que le syndicat perd tout droit ? Non, il conserve son action contre le débiteur initial : le vendeur.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Que vous soyez acquéreur, vendeur ou syndicat, cet arrêt a des conséquences très pratiques. D'abord, si vous achetez un lot en copropriété à Paris, sachez que vous n'êtes pas obligé de régler les charges dues par le précédent propriétaire, même si le règlement de copropriété affirme le contraire. Vous pouvez refuser de payer sans craindre de poursuites. Si le syndic vous menace, vous opposerez cette jurisprudence.

Si vous avez déjà payé, par exemple 8000 euros de charges arriérées sur un appartement parisien, vous disposez d'une action en répétition de l'indu. Depuis la réforme des obligations, le délai de prescription est de 5 ans à compter du jour où vous avez eu connaissance du vice (ici, la nullité de la clause). Attention, ce délai peut être plus court si le paiement remonte à plusieurs années. Nous vous conseillons d'agir rapidement, en adressant une mise en demeure au syndicat, puis en saisissant le tribunal judiciaire.

Pour les vendeurs, ne croyez pas être libérés par une telle clause : vous restez le débiteur principal des charges dues avant la vente. Le syndicat peut se retourner contre vous, même des années après. Et en tant que syndic, ne comptez pas sur la solidarité conventionnelle pour recouvrer les impayés. Vous devez agir directement contre le copropriétaire sortant, ou faire jouer le privilège sur le lot pour être payé sur le prix de vente.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • 1. Lisez attentivement le règlement de copropriété avant l'achat : identifiez toute clause de solidarité pour les charges antérieures. Si elle y figure, sachez qu'elle est nulle et non avenue. Vous pouvez demander sa suppression ou, à défaut, une déclaration du vendeur attestant qu'aucune charge n'est impayée.
  • 2. Exigez du notaire un certificat de situation des charges : avant la signature de l'acte authentique, le vendeur doit vous remettre un état daté de moins d'un mois des sommes restant dues au syndicat. Cet état, opposable au syndicat, vous évite de payer des surprises. Si des arriérés apparaissent, négociez leur prise en charge par le vendeur.
  • 3. Ne payez jamais sans protester : si vous vous trouvez contraint de verser des charges antérieures (par exemple pour débloquer une vente), accompagnez votre paiement d'une lettre recommandée au syndicat indiquant que vous contestez toute obligation et que vous vous réservez le droit de demander le remboursement.
  • 4. Réagissez vite si vous avez payé à tort : vous disposez d'un délai pour agir. N'attendez pas que la prescription vous prive de votre créance. Une première consultation avec un avocat peut vous aider à évaluer vos chances et à engager la procédure de répétition de l'indu.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

L'arrêt du 13 mai 1987 n'est pas resté isolé. La Cour de cassation a confirmé cette position à de multiples reprises, constituant une jurisprudence constante. Ainsi, elle a rappelé que seule la loi peut créer une solidarité en matière de charges de copropriété (3e Civ., 4 janvier 2006, n°04-19.314). De même, l'obligation aux charges est attachée au lot, mais elle ne suit pas le lot pour le passé ; le nouvel acquéreur ne devient débiteur qu'à compter de son acquisition (Cass. 3e Civ., 21 mars 2019, n°18-10.104). Ces décisions consolident le principe : le règlement de copropriété ne peut déroger aux règles d'ordre public du statut de la copropriété en alourdissant les obligations des copropriétaires.

Quelle tendance pour l'avenir ? Le législateur n'a pas modifié cet état du droit, malgré les demandes de certains syndicats. Cela signifie que la protection de l'acquéreur demeure forte. Les professionnels de l'immobilier à Paris et ailleurs doivent donc intégrer cette nullité dans leurs pratiques : les clauses de solidarité sont réputées non écrites. Une vigilance s'impose toutefois, car certains règlements de copropriété contiennent encore de telles stipulations illégales.

Ce qu'il faut retenir

Voici une foire aux questions pour bien mémoriser l'essentiel :

▶ Pourquoi la clause de solidarité est-elle nulle ?
Parce qu'elle contrevient à l'article 10 de la loi du 10 juillet 1965, d'ordre public, qui ne prévoit pas de solidarité entre vendeur et acquéreur pour les charges antérieures à la vente.

▶ J'ai payé des charges dues par l'ancien propriétaire, puis-je être remboursé ?
Oui, vous pouvez exercer une action en répétition de l'indu, fondée sur l'ancien article 1376 du Code civil (devenu article 1302). Le délai est de 5 ans à compter du paiement ou de la découverte de la nullité.

▶ Le syndic peut-il refuser le remboursement ?
Non, car le paiement est dépourvu de cause. Vous devez être remboursé de l'intégralité des sommes versées indûment.

▶ Qu'en est-il des charges nées après l'achat ?
L'arrêt ne concerne que les charges antérieures. Pour les charges postérieures, vous êtes naturellement débiteur.

▶ Dois-je consulter un avocat avant d'engager une action ?
C'est fortement conseillé. Un professionnel analysera votre situation, vérifiera la prescription et vous assistera dans la mise en demeure puis, le cas échéant, devant le tribunal.

Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. Prendre rendez-vous →

📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
→ Prendre RDV pour une consultation copropriété  |  → Tous nos articles juridiques

📌 Does this apply to your situation? Maître Cécile Zakine, French real estate lawyer, practises throughout France.
→ Prendre RDV pour une consultation copropriété  |  → Browse all our legal articles

📌 这与您的情况相关吗? 塞西尔·扎基内律师专注于法国房地产和土地法,在全法执业。
→ Prendre RDV pour une consultation copropriété  |  → 浏览所有法律文章

Questions fréquentes

Une clause de solidarité pour les charges de copropriété dans un règlement est-elle légale ?

Non, depuis un arrêt de principe de la Cour de cassation du 13 mai 1987, de telles clauses sont nulles car contraires à l'article 10 de la loi du 10 juillet 1965, qui ne prévoit pas de solidarité et est d'ordre public.

Puis-je refuser de payer les charges dues par l'ancien propriétaire si le règlement de copropriété prévoit une solidarité ?

Absolument. Vous n'avez aucune obligation légale de payer ces arriérés. Le syndicat ne peut vous y contraindre et vous pouvez opposer la nullité de la clause.

Comment obtenir le remboursement des charges de copropriété que j'ai payées à tort lors de l'achat ?

Vous devez exercer une action en répétition de l'indu sur le fondement de l'article 1302 du Code civil. Adressez d'abord une mise en demeure au syndicat, puis saisissez le tribunal. Le délai de prescription est de 5 ans.

Le syndicat des copropriétaires peut-il conserver les sommes que j'ai versées en invoquant une erreur de ma part ?

Non. La Cour de cassation a précisé que la nullité de la clause est absolue et que le paiement effectué est sans cause, vous avez donc droit à un remboursement intégral.

Quels sont les risques pour le vendeur si une telle clause existe ?

Le vendeur reste le seul débiteur des charges impayées avant la vente. Le syndicat peut le poursuivre en paiement, même si une clause de solidarité illégale figure dans le règlement.

Informations juridiques

  • Numéro: 85-18.400
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 13 mai 1987

Mots-clés

solidarité copropriétéclause nullerépétition de l'inducharges copropriété ventearrêt Cour cassation 1987

Cas d'usage pratiques

1

Achat d'un appartement à Paris : 5000€ de charges impayées

Vous venez d'acheter un appartement dans le 15e arrondissement de Paris. Le syndic vous réclame 5000€ de charges dues par l'ancien propriétaire, en invoquant une clause de solidarité du règlement de copropriété. Vous hésitez à payer pour éviter un conflit.

Application pratique:

Ne payez pas : la clause est nulle et vous ne devez rien. Informez le syndicat par écrit de la jurisprudence applicable et refusez le paiement. Si le syndicat insiste, consultez un avocat. L'ancien propriétaire reste le seul redevable.

2

Vente d'un lot : le syndic réclame les arriérés à l'acquéreur

Vous êtes syndic bénévole d'une copropriété à Paris. Un lot vient d'être vendu mais l'ancien propriétaire a laissé 3500€ d'impayés. Vous vous tournez vers le nouvel acquéreur en pensant que la clause de solidarité vous protège.

Application pratique:

Vous ne pouvez pas contraindre l'acquéreur à payer ; la clause est inefficace. Dirigez votre action contre le vendeur. Utilisez le privilège du syndicat sur le lot pour obtenir un paiement direct sur le prix de vente si l'acte n'est pas encore signé.

3

Paiement contraint pour débloquer la vente : comment se faire rembourser ?

Pour finaliser l'achat de votre futur logement à Paris, vous avez avancé 6200€ de charges impayées au syndic car le vendeur refusait de régler. Maintenant propriétaire, vous voulez récupérer cet argent.

Application pratique:

Envoyez au syndicat une lettre recommandée demandant le remboursement sur le fondement de la répétition de l'indu, en rappelant l'arrêt du 13 mai 1987. Si le syndicat ne répond pas sous 30 jours, saisissez le tribunal judiciaire. Une consultation juridique permettra de chiffrer les intérêts de retard.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

Prendre rendez-vous →

Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

★★★★★4.9/5 — Avis Google

Avvocato Maître Zakine, Dottore in Giurisprudenza

Consulenze telefoniche e in videochiamata — Appuntamenti rapidi

Prenota un appuntamento
1ª Consulenza 30 Minuti - 45€

🔒 Confidentiel • Sans engagement • Réponse rapide