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Concurrence déloyale : quantifier le préjudice par l'avantage indu
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Concurrence déloyale : quantifier le préjudice par l'avantage indu

📅 Décision du 12 février 2020⚖️ Cour de cassation👁️ 8 vues📖 8 min de lecture

La Cour de cassation admet que le préjudice issu d'actes de concurrence déloyale peut être évalué sur la base de l'avantage économique indu dont a bénéficié l'auteur, notamment lorsqu'il s'est affranchi de réglementations coûteuses ou a parasité les investissements d'un concurrent. Une décision qui facilite la réparation pour les victimes.

Décision de référence : cc • N° 17-31.614 • 2020-02-12 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes artisan à Tassin-la-Demi-Lune, spécialisé dans la rénovation de façades. Vous respectez scrupuleusement les normes environnementales, formez vos employés, investissez dans du matériel de qualité. Mais votre concurrent, installé à quelques rues, s'affranchit de toutes ces contraintes. Ses prix sont imbattables, ses délais plus courts. Vos clients partent. Comment chiffrer ce que vous avez perdu ? La question hante tout propriétaire ou chef d'entreprise confronté à une concurrence déloyale.

Le droit répond de façon inattendue : et si l'on regardait non pas ce que vous avez perdu, mais ce que votre concurrent a économisé en trichant ? C'est le sens d'un arrêt de la Cour de cassation du 12 février 2020 (n° 17-31.614) qui ouvre une voie nouvelle pour évaluer le préjudice. Une bouffée d'air pour les victimes d'actes parasitaires ou de non-respect de réglementations.

Cet article décortique cette décision et vous montre comment elle peut vous servir, que vous soyez propriétaire bailleur, locataire gêné par des nuisances commerciales, ou professionnel de l'immobilier.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Deux cristalleries françaises s'affrontent. L'une, la société Cristallerie de Montbronn, dénonce les pratiques de son concurrent qui, en toute impunité, utilise des techniques de fabrication moins coûteuses et non conformes à la réglementation française sur l'appellation "cristal". Mieux : ce concurrent revendique dans ses interviews une origine française de ses produits, trompant les consommateurs et s'attirant une clientèle qui aurait dû revenir à son concurrent respectueux des règles.

La société Cristallerie de Montbronn, qui emploie plus de 20 salariés et réalise plus de 5 millions d'euros de chiffre d'affaires, voit son marché grignoté. Elle porte plainte pour concurrence déloyale et pratiques commerciales trompeuses. Devant les tribunaux, elle réclame des dommages-intérêts. Problème : comment chiffrer le manque à gagner exact ? Les clients perdus ? Pas facile à prouver.

La cour d'appel rend un premier jugement, puis l'affaire monte jusqu'à la Cour de cassation. Le débat porte sur une question technique mais cruciale : peut-on, pour réparer le préjudice, prendre en compte l'économie réalisée par l'auteur de la concurrence déloyale ?

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation valide la méthode de la cour d'appel : oui, on peut évaluer le préjudice en fonction de l'avantage indu que s'est octroyé le concurrent déloyal. undefined le montant des dommages-intérêts correspond à ce que le fautif a économisé en ne respectant pas les règles (par exemple, en n'investissant pas dans des équipements conformes, en ne formant pas son personnel, ou en ne payant pas les licences nécessaires).

Le fondement légal est l'article 1240 du Code civil (autrefois article 1382), qui dispose : "Tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer." Ici, la faute est la pratique commerciale trompeuse et la concurrence déloyale. Le dommage est certes difficile à quantifier, mais la Cour estime que l'économie injustement réalisée par l'auteur constitue une mesure pertinente de ce dommage.

Attention toutefois : la Cour précise que cette évaluation doit être modulée en fonction des volumes d'affaires respectifs des parties affectés par les actes. undefined, on ne prend pas l'intégralité de l'économie réalisée par le concurrent, mais seulement la part correspondant à l'impact sur la victime.

undefined : cette décision ne crée pas une nouvelle règle, mais elle clarifie une méthode déjà utilisée dans d'autres contentieux (par exemple, en contrefaçon de brevet). Elle confirme que les juges ont une certaine latitude pour fixer le préjudice quand la preuve directe est impossible.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire d'un local commercial à Saint-Priest, et que votre locataire se plaint qu'un concurrent, installé en face, pratique des prix anormalement bas parce qu'il ne respecte pas les normes de sécurité (et donc économise sur les travaux), cette décision vous concerne. Votre locataire pourrait obtenir réparation de son préjudice en démontrant l'avantage indu du concurrent. Et cela pourrait stabiliser son activité, donc vous garantir un loyer régulier.

Si vous êtes un professionnel de l'immobilier (agent, promoteur, marchand de biens), vous devez savoir que les actes de parasitisme (copie de vos visuels, reprise de vos prospects, etc.) sont désormais plus faciles à réparer. Le calcul de l'indemnité pourra se faire sur la base des investissements que vous avez réalisés et que le concurrent s'est épargnés.

undefined, j'ai rencontré des dossiers où un propriétaire à Lyon, victime d'un voisin qui lui bloquait l'accès à son garage, ne parvenait pas à chiffrer le préjudice de jouissance. La méthode de l'économie réalisée par l'auteur (par exemple, le coût d'un gardiennage qu'il aurait dû payer) aurait pu être utilisée.

Concrètement, si vous êtes dans cette situation, vous devez :

  • Rassembler les preuves de l'avantage indu : factures évitées, études non réalisées, coûts de mise en conformité que le concurrent n'a pas supportés.
  • Faire évaluer cet avantage par un expert-comptable.
  • Démontrer le lien entre cet avantage et votre propre perte de clientèle ou de chiffre d'affaires.
  • Agir dans le délai de prescription de 5 ans à compter de la découverte du dommage.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Documentez vos investissements : Conservez toutes les factures, devis, temps passé, pour tout ce qui touche à votre activité : formation, équipement, communication. Cela servira à calculer l'économie que votre concurrent a réalisée.
  • Surveillez le marché : Faites des relevés réguliers des prix pratiqués par vos concurrents. Un écart anormal peut cacher un non-respect des règles. Signalez-le aux autorités (DGCCRF) avant d'engager une action judiciaire.
  • Utilisez la médiation : Avant d'aller en justice, tentez une conciliation. Le tribunal de commerce de Lyon propose des procédures rapides. Cela peut aboutir à un accord sans passer par le long tunnel judiciaire.
  • Consultez un avocat dès les premiers signes : N'attendez pas d'avoir perdu 30% de votre clientèle. Une consultation précoce permet de sécuriser les preuves et de choisir la stratégie la plus adaptée.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une tendance plus large : les tribunaux acceptent de plus en plus des méthodes forfaitaires ou indiciaires pour évaluer le préjudice, surtout en matière de concurrence déloyale. On peut citer un arrêt de la Cour d'appel de Paris du 10 septembre 2015 qui, dans une affaire de parasitisme, avait déjà retenu la notion d'économie réalisée. Mais la Cour de cassation, par cet arrêt de 2020, donne une assise solide à cette méthode, ce qui devrait inciter les juges du fond à l'utiliser plus systématiquement.

En revanche, attention : cette méthode ne fonctionne que si l'avantage indu est clairement identifiable et chiffrable. Si le concurrent a simplement copié une idée sans coût direct évité, le préjudice restera difficile à évaluer. Dans ce cas, il faudra se tourner vers d'autres méthodes (perte de chance, manque à gagner, etc.).

L'avenir ? On peut s'attendre à ce que la notion d'"avantage indu" soit étendue à d'autres domaines, comme le non-respect des normes environnementales ou sociales, où les économies réalisées par les fraudeurs sont souvent massives.

Récapitulatif et prochaines étapes

Ce qu'il faut retenir :

  1. Le préjudice concurrentiel peut être évalué sur la base de l'économie réalisée par l'auteur des actes déloyaux.
  2. Cette méthode est particulièrement utile quand la perte de clientèle est difficile à prouver.
  3. Elle s'applique à tous les actes de concurrence déloyale, y compris le parasitisme et le non-respect de réglementations.
  4. Vous devez agir dans les 5 ans et rassembler des preuves de l'avantage indu.

FAQ :

  • Que faire si mon concurrent ne respecte pas les normes et pratique des prix plus bas ? Rassemblez les preuves de ses manquements (photos, constats d'huissier, témoignages), puis consultez un avocat pour engager une action en concurrence déloyale. Vous pourrez réclamer des dommages-intérêts équivalant à ses économies.
  • Puis-je agir sans prouver une perte de clientèle précise ? Oui, grâce à cette décision. Il suffit de démontrer l'avantage indu et de le chiffrer. Le juge modulera ensuite en fonction de votre part de marché.
  • Quels délais pour agir ? La prescription est de 5 ans à compter de la découverte du dommage. Ne tardez pas, car les preuves peuvent disparaître.
  • Combien coûte une procédure ? Les frais d'avocat varient selon la complexité. Une première consultation de 30 minutes à 45€ permet de faire le point. Ensuite, selon l'affaire, comptez entre 1 500€ et 5 000€ pour une procédure en première instance, hors expertise éventuelle.
  • Puis-je obtenir une mesure d'instruction in futurum ? Oui, vous pouvez demander au juge des référés de faire une saisie-contrefaçon ou une description détaillée des pratiques du concurrent, avant même le procès au fond.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Que faire si mon concurrent ne respecte pas les normes et pratique des prix plus bas ?

Rassemblez les preuves de ses manquements (photos, constats d'huissier, témoignages), puis consultez un avocat pour engager une action en concurrence déloyale. Vous pourrez réclamer des dommages-intérêts équivalant à ses économies.

Puis-je agir sans prouver une perte de clientèle précise ?

Oui, grâce à cette décision. Il suffit de démontrer l'avantage indu et de le chiffrer. Le juge modulera ensuite en fonction de votre part de marché.

Quels délais pour agir ?

La prescription est de 5 ans à compter de la découverte du dommage. Ne tardez pas, car les preuves peuvent disparaître.

Combien coûte une procédure ?

Les frais d'avocat varient selon la complexité. Une première consultation de 30 minutes à 45€ permet de faire le point. Ensuite, selon l'affaire, comptez entre 1 500€ et 5 000€ pour une procédure en première instance, hors expertise éventuelle.

Puis-je obtenir une mesure d'instruction in futurum ?

Oui, vous pouvez demander au juge des référés de faire une saisie-contrefaçon ou une description détaillée des pratiques du concurrent, avant même le procès au fond.

Informations juridiques

  • Numéro: 17-31.614
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 12 février 2020

Mots-clés

concurrence déloyaleavantage indupréjudicepratique commerciale trompeuseparasitisme

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire d'un local commercial à Saint-Priest dont le locataire subit la concurrence déloyale

Un locataire commerçant voit son chiffre d'affaires chuter car un concurrent direct, situé en face, ne respecte pas les normes de sécurité incendie, économisant ainsi des milliers d'euros de travaux. Le propriétaire craint que son locataire ne puisse plus payer son loyer.

Application pratique:

Le locataire peut agir en concurrence déloyale en se fondant sur l'arrêt du 12 février 2020. Il devra démontrer l'économie réalisée par le concurrent (coût des travaux non effectués, absence de certification) et demander des dommages-intérêts. Le propriétaire peut appuyer son locataire en fournissant des éléments sur les loyers impayés consécutifs.

2

Artisan à Tassin-la-Demi-Lune victime de parasitisme commercial

Un artisan ébéniste investit dans un site internet et des campagnes publicitaires. Un concurrent copie ses textes et visuels, et attire ses clients sans avoir à investir. L'artisan perd 15% de son chiffre d'affaires.

Application pratique:

L'artisan peut réclamer une indemnité égale au montant des investissements publicitaires que le concurrent s'est épargnés. Il doit conserver les factures de ses campagnes et faire un constat d'huissier des copies. La décision de 2020 facilite la quantification du préjudice.

3

Promoteur immobilier à Lyon confronté à un concurrent qui sous-déclare ses charges sociales

Un promoteur respecte scrupuleusement le droit du travail et paie des charges sociales élevées. Un concurrent emploie des travailleurs détachés sans les déclarer, économisant 30% de charges. Il propose des prix inférieurs et remporte des marchés.

Application pratique:

Le promoteur peut attaquer pour concurrence déloyale. Le préjudice peut être évalué à partir des charges sociales non payées par le concurrent. Un expert-comptable peut chiffrer l'économie réalisée. La modération en fonction des parts de marché sera appliquée.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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