Décision de référence : cc • N° 06-17.413 • 2007-11-07 • Consulter la décision →
Vous avez signé un compromis de vente pour votre appartement à Villeurbanne. L'acquéreur a obtenu une offre de prêt de sa banque, mais il se rétracte en invoquant le non-respect de la condition suspensive. Vous vous demandez : peut-il vraiment le faire ? La réponse est non, selon la Cour de cassation. Dans un arrêt du 7 novembre 2007, elle a tranché : la condition suspensive d'obtention d'un prêt est réputée accomplie dès qu'une offre ferme et sans réserve est délivrée, même si le contrat de prêt n'est pas encore signé. Mais attention, un simple accord de principe ne suffit pas. Décryptage.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. X, propriétaire d'un bien à Villeurbanne, accepte de vendre son appartement à M. et Mme Y. Le compromis de vente stipule une condition suspensive d'obtention d'un prêt : les acquéreurs doivent obtenir une offre de prêt conforme au contrat avant le 2 mai 2002. Le 30 avril 2002, la banque des Y leur adresse une attestation indiquant un "accord de principe" pour le prêt. Les Y se présentent chez le notaire le 2 mai, mais refusent de signer l'acte authentique, prétextant que la condition suspensive n'est pas réalisée. M. X les assigne en justice pour obtenir le paiement du prix et des dommages-intérêts. La cour d'appel de Grenoble donne raison aux Y : l'attestation ne serait qu'un accord de principe, pas une offre ferme. Mais la Cour de cassation censure ce raisonnement. Elle estime que l'attestation, bien que qualifiée d'"accord de principe", constituait en réalité une offre ferme et sans réserve, conforme aux stipulations contractuelles. La condition suspensive est donc réputée accomplie.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation se fonde sur l'article 1178 du Code civil (dans sa version alors en vigueur), qui dispose que la condition est réputée accomplie lorsque c'est le débiteur, obligé sous cette condition, qui en a empêché l'accomplissement. Ici, les acquéreurs ont refusé de signer l'acte de vente alors qu'ils avaient obtenu une offre ferme. En se retranchant derrière une prétendue insuffisance de l'attestation, ils ont fait échouer la condition de leur propre fait. La Cour rappelle que la condition suspensive d'obtention d'un prêt est stipulée dans l'intérêt exclusif de l'acquéreur. Celui-ci peut y renoncer, mais il ne peut pas se prévaloir de sa propre carence pour se soustraire à ses obligations. undefined, si l'acquéreur a en main une offre ferme et sans réserve, il ne peut pas dire « je n'ai pas eu de prêt » pour se rétracter. Ce qui compte, c'est la délivrance de l'offre, pas la signature du contrat de prêt. La décision confirme une jurisprudence constante : la condition suspensive est un outil de protection, pas une porte de sortie abusive.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour un propriétaire vendeur à Grenoble, cette décision est une arme précieuse. Si votre acheteur vous annonce qu'il renonce à l'achat sous prétexte que le prêt n'est pas "obtenu", vérifiez s'il a reçu une offre ferme de sa banque. Si oui, vous pouvez exiger la signature et, le cas échéant, le paiement de dommages-intérêts. Par exemple, pour une vente à 250 000 €, le préjudice peut atteindre 10 % du prix, soit 25 000 €. Pour un acquéreur, soyez vigilant : ne vous engagez pas à la légère. Une fois l'offre ferme reçue, vous ne pouvez plus vous rétracter sans risque. Pour un locataire, cette décision peut aussi s'appliquer aux baux commerciaux comportant une condition suspensive d'obtention de prêt. Si vous êtes dans cette situation, vous devez conserver précieusement toute correspondance avec votre banque et ne pas confondre accord de principe et offre ferme.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Exigez une offre ferme et sans réserve : dans le compromis, précisez que la condition suspensive est réalisée par la délivrance d'une offre écrite, ferme et sans réserve, émanant d'un établissement bancaire, et non d'un simple accord de principe.
- Fixez un délai précis : indiquez une date butoir pour l'obtention de l'offre. Passé ce délai, la condition est défaillie et le vendeur peut récupérer son bien.
- Gardez toutes les preuves : conservez les courriers, emails et attestations de la banque. En cas de litige, ce sont vos meilleurs alliés.
- Consultez un avocat avant de vous rétracter : si vous êtes acquéreur et que vous pensez pouvoir invoquer la non-réalisation de la condition, demandez un avis juridique. Une rétractation abusive peut vous coûter cher.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision s'inscrit dans une lignée constante. Déjà, dans un arrêt du 12 juillet 2006 (n° 05-14.284), la Cour de cassation avait jugé que la condition suspensive est réputée accomplie si l'acquéreur a obtenu une offre de prêt conforme, même s'il ne l'a pas acceptée. Plus récemment, la chambre commerciale a confirmé cette approche dans un arrêt du 19 janvier 2022 (n° 20-16.184). La tendance est donc claire : les juges protègent le vendeur contre les acquéreurs de mauvaise foi. À l'avenir, il est probable que les tribunaux continuent d'interpréter strictement la notion d'offre ferme, au détriment des accords de principe trop vagues.
Checklist avant d'agir
- Ai-je reçu une offre de prêt écrite ? Vérifiez qu'elle est ferme, sans réserve, et conforme aux caractéristiques du contrat (montant, durée, taux).
- L'offre émane-t-elle d'un établissement bancaire agréé ? Les offres de courtiers ou d'organismes non bancaires peuvent être contestées.
- Le délai prévu au contrat est-il respecté ? L'offre doit être délivrée avant la date butoir.
- Puis-je prouver la délivrance ? Conservez l'original ou une copie de l'offre, ainsi que l'accusé de réception.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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