Congé donné après agrément au cessionnaire : la Cour de cassation valide la signification tardive
Droit-immobilier

Congé donné après agrément au cessionnaire : la Cour de cassation valide la signification tardive

📅 Décision du 09 novembre 2011⚖️ Cour de cassation👁️ 4 vues📖 4 min de lecture

Un propriétaire donne son accord à la cession du bail, puis délivre congé au locataire initial. La signification du congé à la société cessionnaire peut intervenir après l'acte. La Cour de cassation précise que l'opposabilité du congé au cessionnaire n'est pas enfermée dans un délai. Décryptage pour propriétaires et locataires.

Décision de référence : cc • N° 10-20.971 • 2011-11-09 • Consulter la décision →

En matière de bail commercial, l'opposabilité du congé au cessionnaire après agrément du bailleur est une question pratique importante. Dans un arrêt du 9 novembre 2011, la Cour de cassation a jugé que le congé peut être valablement signifié à la société cessionnaire, même postérieurement à sa délivrance au locataire initial, à condition que l'agrément à la cession ait été donné avant le congé. Cette solution sécurise les démarches des bailleurs.

Les faits

En l'espèce, une SCI avait donné à bail un local commercial à des époux. Ceux-ci ont apporté leur droit au bail à une société, avec l'agrément du bailleur. Le 26 octobre 2007, la SCI a délivré un congé aux époux, sans le signifier à la société. Contestant le congé, la société a fait valoir qu'il ne lui était pas opposable. La cour d'appel de Douai, par arrêt du 11 mars 2010, a annulé le congé au motif qu'il n'avait pas été signifié à la société. La SCI s'est pourvue en cassation.

Le raisonnement de la juridiction

La Cour de cassation casse l'arrêt d'appel. D'abord, elle rappelle que l'apport d'un bail à une société, lorsqu'il est agréé par le bailleur, emporte transmission du bail à la société. Ensuite, elle énonce que le congé délivré au locataire initial peut valablement être signifié à la société postérieurement à cet acte, pour lui être opposable. Autrement dit, le bailleur n'est pas tenu de signifier le congé à la société au moment même où il le délivre au locataire d'origine. La Cour s'appuie sur les articles 1134 et 1690 du Code civil, et sur le principe selon lequel l'opposabilité d'un acte à un tiers n'est pas enfermée dans un délai. En pratique, cela signifie que le bailleur peut, après avoir donné congé au locataire initial, signifier ce congé à la société pour qu'il lui soit opposable, même postérieurement. La cour d'appel avait annulé le congé, estimant que la société n'en avait pas été informée. La Cour de cassation censure cette décision : l'opposabilité du congé au cessionnaire peut être régularisée après sa délivrance, dès lors que l'agrément est antérieur. Cette solution est conforme à une jurisprudence constante.

Ce que ça change pour vous

Pour le propriétaire bailleur : Vous pouvez donner congé au locataire initial, puis signifier ce congé au cessionnaire agréé dans un second temps. Attention : si vous agréez la cession après avoir délivré le congé, la solution est inverse : le congé doit être signifié au cessionnaire dès sa désignation. Il est donc crucial de bien respecter la chronologie des opérations. Pour le locataire cédant : Si vous avez cédé votre bail avec l'accord du propriétaire, vous n'êtes plus tenu des loyers après la cession, mais le congé délivré à votre nom peut être régularisé par une signification au cessionnaire. Vérifiez que le bailleur a bien signifié au cessionnaire avant la date d'effet. Pour le cessionnaire : Vous devez vous assurer que le congé vous a été signifié, même tardivement. Si ce n'est pas le cas, le congé ne vous est pas opposable et vous pouvez exiger le renouvellement du bail.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Agréez la cession par écrit, avant tout congé. Une lettre recommandée avec accusé de réception suffit. Conservez-en une copie. Cela établit la date certaine de votre agrément.
  • Si vous voulez donner congé, faites-le en deux temps : d'abord au locataire initial, puis au cessionnaire agréé. Ne tardez pas trop : si le congé prend effet dans six mois, la signification au cessionnaire doit intervenir avant cette date.
  • Vérifiez l'immatriculation de la société. Si la société n'est pas encore immatriculée au RCS, le congé peut être signifié à son représentant légal (le gérant). En cas de doute, interrogez le greffe du tribunal de commerce.
  • Faites appel à un avocat dès que vous envisagez une cession ou un congé. Un professionnel évitera les nullités.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

La Cour de cassation avait déjà eu l'occasion de se prononcer sur l'opposabilité du congé au cessionnaire. L'arrêt de 2011 précise que l'agrément doit être antérieur au congé pour que la signification tardive soit valable. La tendance jurisprudentielle est à la sécurisation des opérations, à condition que le bailleur ait clairement manifesté son accord. Aucune évolution législative récente n'est intervenue. Cette solution est constante.

Récapitulatif et prochaines étapes

Ce qu'il faut faire si vous êtes propriétaire et souhaitez donner congé après une cession agréée :

  1. Vérifiez que vous avez bien agréé la cession par écrit avant le congé.
  2. Faites délivrer le congé au locataire initial par huissier.
  3. Dans les jours ou semaines qui suivent, faites signifier ce congé au cessionnaire (ou à son représentant).
  4. Conservez les deux actes et les preuves de signification.

FAQ :

  • Puis-je donner congé au cessionnaire sans l'avoir fait au cédant ? Oui, si le cessionnaire est le seul titulaire du bail. Mais pour éviter tout risque, adressez le congé aux deux.
  • Que faire si le cessionnaire refuse la signification ? L'huissier peut déposer l'acte en étude. La signification est réputée faite à personne.
  • Quel est le délai pour signifier au cessionnaire ? Aucun délai légal, mais il est prudent de le faire avant la date d'effet du congé.

Questions fréquentes

Puis-je donner congé au seul locataire initial si j'ai déjà agréé la cession à une société ?

Oui, mais vous devez ensuite signifier ce congé à la société cessionnaire pour qu'il lui soit opposable. La signification peut être faite après la délivrance du congé au locataire initial.

Que faire si j'ai oublié de signifier le congé au cessionnaire ?

Vous pouvez encore le faire, à condition que l'agrément de la cession soit antérieur au congé. La signification tardive est valable selon la Cour de cassation. Mais agissez vite, avant la date d'effet du congé.

Quel est le risque si le congé n'est pas signifié au cessionnaire ?

Le congé est inopposable au cessionnaire, qui peut exiger le renouvellement du bail. Vous perdez alors la possibilité de récupérer les lieux et devez supporter un nouveau bail de 9 ans.

Dois-je agréer la cession par écrit ?

Oui, pour des raisons de preuve. Un agrément verbal peut être difficile à prouver. Utilisez une lettre recommandée avec accusé de réception ou un acte authentique.

Puis-je donner congé au cessionnaire sans l'avoir fait au cédant ?

Oui, si le cessionnaire est devenu le seul titulaire du bail. Mais par prudence, adressez le congé aux deux parties pour éviter toute contestation.

Informations juridiques

  • Numéro: 10-20.971
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 09 novembre 2011

Mots-clés

bail commercialcession de bailcongésignificationCour de cassationnullitéagrément

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à Sin-le-Noble : congé après agrément oral

M. Dupont, propriétaire d'un local commercial à Sin-le-Noble, a donné son accord verbal à la cession du bail à une SARL. Six mois plus tard, il donne congé au cédant mais omet de signifier à la SARL. Celle-ci conteste le congé.

Application pratique:

M. Dupont doit prouver son agrément verbal (témoignages, emails). S'il y parvient, il peut encore signifier le congé à la SARL avant la date d'effet. Sinon, le congé sera inopposable et le bail renouvelé.

2

Locataire cédant à Denain : congé reçu après cession

Mme Martin, locataire à Denain, a apporté son bail à une SCI avec l'agrément du propriétaire. Elle reçoit un congé à son nom, alors que la SCI exploite déjà. Elle s'interroge sur la validité.

Application pratique:

Le congé est valable si le propriétaire le signifie également à la SCI. Mme Martin doit informer la SCI et vérifier que la signification a bien eu lieu. Si non, elle peut demander la nullité du congé en tant que cédante, mais le propriétaire peut régulariser.

3

Acquéreur d'un fonds : congé non signifié à la société cessionnaire

La société X acquiert un fonds de commerce à Douai avec le bail. Le propriétaire avait donné congé au vendeur avant la vente, mais n'a pas signifié le congé à la société X. Celle-ci veut rester dans les lieux.

Application pratique:

La société X peut invoquer l'inopposabilité du congé, car elle n'a pas été destinataire de l'acte. Elle peut exiger le renouvellement du bail. Le propriétaire doit alors signifier le congé à la société X, mais si la date d'effet est passée, le bail est renouvelé.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

Prendre rendez-vous →

Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

Articles similaires en Droit-immobilier

Voir tout →

Servitude de passage et tierce opposition : protéger son droit d'accès en copropriété

Un copropriétaire peut-il s'opposer à la suppression d'une servitude de passage qui profite à son lot, même si le syndicat accepte la fin de l'enclave ? La Cour de cassation répond oui, reconnaissant un intérêt distinct pour agir en tierce opposition.

23 juil. 2026Lire →

Enclave et servitude : quand le droit du travail ne crée pas de passage forcé

La Cour de cassation rappelle que l'état d'enclave d'un fonds ne peut résulter des obligations réglementaires imposées aux entreprises en matière d'issues et dégagements. Ainsi, un propriétaire ne peut exiger un passage sur le fonds voisin au seul motif que son bâtiment doit respecter des normes de sécurité incendie.

23 juil. 2026Lire →

Lorsque, faute de convention écrite ou

Lorsque, faute de convention écrite ou dans le silence de cette convention, les parties à un contrat de transport public routier de marchandises n'ont pas stipulé une durée de préavis de rupture, cette durée est fixée par un contrat-type approuvé par décret pris en application de l'article L. 1432-4 du code des transports. Les dispositions de l'article L. 442-6, I, 5°, devenu L. 442-1, II, du code de commerce ne trouvent alors pas à s'appliquer. Il en va de même lorsque la convention écrite renvoie expressément à la clause du contrat-type fixant une telle durée. Lorsque les parties ont conclu un contrat écrit stipulant la durée du préavis de rupture, les dispositions de l'article L. 442-1, II, du code de commerce sont applicables. Dans cette hypothèse, l'auteur de la rupture qui a consenti à son partenaire un délai de préavis au moins égal à celui prévu au contrat-type dans sa version en vigueur à la date de la notification de la rupture, ne saurait voir sa responsabilité engagée sur le fondement de ce texte

23 juil. 2026Lire →

Explorez plus d'analyses juridiques en droit droit-immobilier

Tous les articles Droit-immobilier
★★★★★4.9/5 — Avis Google

Un litige ? Une question juridique ?

Consultation vidéo avec Maître Zakine, Docteur en Droit — réponse sous 24h

Faites une visio : 1ère consultation 30 min = 45€
Consultation 30 min en visio 45€

🔒 Confidentiel • Sans engagement • Réponse rapide