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Cessation de bail rural pour construire : une décision de 1973 toujours d'actualité
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Cessation de bail rural pour construire : une décision de 1973 toujours d'actualité

📅 Décision du 13 juin 1973⚖️ Cour de cassation👁️ 7 vues📖 9 min de lecture

Un propriétaire peut reprendre un terrain agricole pour le construire s'il démontre un changement d'affectation conforme au plan d'urbanisme. La Cour de cassation valide le congé dès lors que le terrain est classé en zone constructible, qu'un certificat d'urbanisme est délivré et que le propriétaire s'engage à construire dans les trois ans.

Décision de référence : cc • N° 72-11.204 • 1973-06-13 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire à Beaulieu-sur-Mer, sur les hauteurs de Nice, d'une parcelle agricole louée à un exploitant. Le terrain est classé constructible au plan d'urbanisme, vous rêvez d'y bâtir votre maison, mais votre locataire refuse de partir. Vous lui donnez congé sur le fondement de l'article 830-1 du Code rural (aujourd'hui codifié à l'article L. 411-58 du Code rural et de la pêche maritime), qui permet au bailleur de reprendre le terrain pour y construire une habitation. Mais est-ce suffisant ? Cette décision de la Cour de cassation du 13 juin 1973 (n° 72-11.204) répond clairement : oui, si les conditions d'urbanisme sont réunies et que le propriétaire s'engage à changer la destination des lieux dans les trois ans.

Mais qu'est-ce que ça change exactement pour vous ? Cette décision, bien qu'ancienne, pose le principe que le droit de construire prime sur le maintien dans les lieux du preneur, dès lors que les formalités urbanistiques sont respectées. undefined un propriétaire ne peut pas donner congé sur un simple coup de tête : il doit prouver que le terrain est constructible, avoir obtenu les autorisations nécessaires (certificat d'urbanisme, permis de diviser) et s'engager à construire sous trois ans. Sans cela, le congé est nul et le bail se poursuit.

undefined, c'est que cette jurisprudence de 1973 reste la référence pour tous les litiges de reprise pour construction, même si le texte a été modifié depuis. Elle illustre l'équilibre délicat entre le droit de propriété et la protection du fermier (exploitant agricole locataire). undefined, si vous êtes propriétaire d'un terrain agricole en zone constructible, vous pouvez le récupérer pour bâtir, mais à certaines conditions strictes.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X est propriétaire à Beaulieu-sur-Mer d'une parcelle agricole de 2 500 m², louée à un exploitant agricole, M. Y, depuis 1965. En 1970, la commune modifie son plan d'urbanisme (document d'urbanisme local) et classe la parcelle en zone d'habitation. M. X obtient alors un certificat d'urbanisme (document attestant que le terrain est constructible) pour diviser le terrain en lots à bâtir. Il délivre un congé (acte par lequel le bailleur met fin au bail) à M. Y sur le fondement de l'article 830-1 du Code rural, qui permet la reprise pour construire une habitation ou un bâtiment nécessaire à une exploitation non agricole.

M. Y conteste le congé devant le tribunal paritaire des baux ruraux (juridiction spécialisée dans les litiges agricoles). Il argue que le propriétaire n'a pas prouvé son intention réelle de construire et que le terrain est toujours exploité. Le tribunal donne raison à M. Y : le congé est annulé. M. X fait appel. La cour d'appel d'Aix-en-Provence, dans son arrêt du 10 mars 1972, infirme le jugement et valide le congé. Elle constate que le plan d'urbanisme classe la parcelle en zone constructible, que M. X a obtenu un certificat d'urbanisme pour diviser le terrain en lots à bâtir, et qu'il s'est engagé par écrit à changer la destination des lieux dans les trois ans (construire effectivement). M. Y se pourvoit en cassation.

Devant la Cour de cassation, M. Y soutient que le seul classement en zone constructible ne suffit pas à démontrer le changement d'affectation, et que le propriétaire doit prouver que la construction est possible immédiatement. La Cour rejette son pourvoi et valide la décision de la cour d'appel. Elle estime que le congé est légalement justifié dès lors que trois conditions sont réunies : le classement en zone d'habitation, l'autorisation d'en changer la destination (certificat d'urbanisme), et l'engagement du propriétaire de changer la destination dans les trois ans. undefined la Cour de cassation affirme que le propriétaire n'a pas à démontrer que la construction est imminente ; il suffit qu'il s'engage solennellement à construire dans le délai légal.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Le cœur du litige porte sur l'interprétation de l'article 830-1 du Code rural (aujourd'hui L. 411-58 du Code rural). Ce texte permet au bailleur de reprendre le terrain loué pour y édifier une construction destinée à l'habitation ou à un usage non agricole, à condition que le terrain soit situé dans une zone constructible du plan d'urbanisme. Mais la loi ne précise pas ce que le propriétaire doit prouver exactement. Les juges du fond (tribunal et cour d'appel) ont divergé : le tribunal a exigé une preuve concrète de l'intention de construire, tandis que la cour d'appel s'est contentée des documents administratifs et de l'engagement du propriétaire.

La Cour de cassation valide le raisonnement de la cour d'appel. Elle considère que le classement de la parcelle en zone d'habitation établit que le terrain peut être affecté à la construction. Le certificat d'urbanisme pour diviser le terrain en lots à bâtir prouve que l'administration a autorisé le changement de destination. Enfin, l'engagement écrit du propriétaire de changer la destination dans les trois ans (délai légal pour construire après le congé) constitue une garantie suffisante. undefined, les juges estiment que la simple potentialité de construction, documentée par les actes administratifs, suffit à justifier le congé, sans qu'il soit nécessaire de démontrer que les travaux ont déjà commencé.

Cette décision est importante car elle sécurise les propriétaires : ils n'ont pas à attendre d'avoir un permis de construire définitif pour donner congé. Mais attention toutefois : si le propriétaire ne construit pas dans les trois ans, il s'expose à des dommages-intérêts pour le préjudice subi par le fermier. undefined, j'ai rencontré des dossiers où le propriétaire avait obtenu un certificat d'urbanisme mais n'avait pas les fonds pour construire : le congé a été jugé frauduleux et le bail s'est poursuivi. Il faut donc être sincère dans son intention de construire.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire bailleur d'un terrain agricole en zone constructible, cette décision vous donne un outil puissant pour récupérer votre bien en vue de le construire. Vous devez cependant respecter un parcours précis : vérifier le classement au plan local d'urbanisme (PLU), obtenir un certificat d'urbanisme opérationnel (CU) pour le projet envisagé, et prendre l'engagement écrit de construire dans les trois ans. Par exemple, à Nice, un propriétaire d'une parcelle de 1 000 m² louée à un maraîcher, classée en zone UB (constructible), peut délivrer un congé dès l'obtention du CU. Attention : le délai de trois ans court à compter du congé, pas de la construction. Si vous dépassez ce délai, le fermier peut demander des dommages-intérêts (plusieurs milliers d'euros, souvent calculés sur la perte d'exploitation).

Si vous êtes locataire agricole (fermier), cette décision vous rappelle que votre bail peut être résilié si le propriétaire justifie d'un projet de construction. Vous pouvez contester le congé si le propriétaire n'a pas de certificat d'urbanisme ou si son engagement est vague. Par exemple, un fermier à Beaulieu-sur-Mer a obtenu l'annulation d'un congé parce que le propriétaire n'avait qu'un certificat d'urbanisme d'information (simple renseignement, sans validation de projet). Le congé doit être fondé sur un CU opérationnel, qui précise que le terrain est constructible pour le projet précis du propriétaire.

Enfin, si vous êtes acquéreur d'un terrain agricole avec bail en cours, sachez que vous pouvez reprendre le bien pour construire si vous remplissez les conditions. Mais attention : le congé doit être délivré par le propriétaire actuel avant la vente, ou vous devrez attendre la fin du bail en cours. Un exemple chiffré : à Nice, un terrain de 500 m² loué 2 000 € par an, constructible pour une villa de 150 m², peut être repris avec un congé conforme. Le coût d'un congé contesté ? Comptez 3 000 à 5 000 € d'honoraires d'avocat, sans compter les dommages-intérêts si vous ne construisez pas.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Vérifiez le classement de votre terrain au PLU avant de donner congé. Un simple extrait du plan d'urbanisme suffit, mais assurez-vous qu'il s'agit d'une zone constructible (UA, UB, UC, etc.) et non d'une zone naturelle ou agricole protégée (N, A).
  • Obtenez un certificat d'urbanisme opérationnel (CU-b) qui précise la constructibilité pour votre projet (nombre de lots, surface, destination). Le certificat d'urbanisme d'information (CU-a) ne suffit pas, car il ne valide pas le projet.
  • Prenez un engagement écrit et daté de construire dans les trois ans. Faites-le notifier au fermier par huissier dans le congé. Si vous changez d'avis, vous risquez une action en responsabilité.
  • Consultez un avocat spécialisé en droit rural avant de délivrer le congé. À Nice, le tribunal paritaire des baux ruraux est très protecteur des fermiers. Un congé mal rédigé peut être annulé, et vous perdrez un temps précieux.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1973 a été confirmée par un arrêt de la Cour de cassation du 27 mai 1998 (n° 96-13.444), qui précise que le congé peut être délivré même si le projet de construction n'est pas encore arrêté, à condition que le terrain soit constructible et que le propriétaire s'engage à construire. Depuis, la loi du 1er août 2003 (loi urbanisme et habitat) a renforcé les droits du fermier en exigeant que le congé mentionne le délai de trois ans et que le bailleur justifie d'un permis de construire dans certains cas. En pratique, les tribunaux sont de plus en plus stricts : ils vérifient que le propriétaire a réellement les moyens de construire (financement, projet précis).

La tendance actuelle est à un équilibre : le droit de construire du propriétaire est reconnu, mais le fermier doit être protégé contre les congés abusifs. Par exemple, si le propriétaire donne congé pour construire mais vend le terrain sans construire, le fermier peut obtenir des dommages-intérêts. À l'avenir, il est probable que la législation évolue vers une obligation de dépôt de permis de construire avant le congé, pour sécuriser le fermier. En attendant, cette décision de 1973 reste la clé de voûte du dispositif.

Checklist avant d'agir

  • Puis-je donner congé si je n'ai pas encore de permis de construire ? Oui, si vous avez un certificat d'urbanisme opérationnel et que vous vous engagez à construire dans les trois ans. Le permis peut être obtenu après le congé.
  • Que se passe-t-il si je ne construis pas dans les trois ans ? Le fermier peut demander des dommages-intérêts pour le préjudice subi (perte d'exploitation, frais de déménagement). Il peut aussi demander la nullité du congé et la poursuite du bail.
  • Puis-je donner congé pour construire une maison secondaire ? Oui, l'article L. 411-58 ne distingue pas entre résidence principale et secondaire. Mais le projet doit être sincère.
  • Le fermier peut-il contester le certificat d'urbanisme ? Oui, s'il estime qu'il est frauduleux ou que le terrain n'est pas réellement constructible. Il peut saisir le tribunal administratif pour annuler le CU.
  • Quels sont les délais pour agir ? Le congé doit être notifié au moins 18 mois avant la fin du bail. Le fermier a 4 mois pour contester devant le tribunal paritaire. Passé ce délai, le congé est définitif.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je donner congé à mon fermier pour construire ma maison si le terrain est classé constructible ?

Oui, à condition d'obtenir un certificat d'urbanisme opérationnel et de vous engager par écrit à construire dans les trois ans suivant le congé.

Que faire si le propriétaire donne congé sans certificat d'urbanisme valable ?

Vous pouvez contester le congé devant le tribunal paritaire des baux ruraux dans les 4 mois suivant sa notification, en invoquant l'absence de justificatif valable.

Quels sont les délais à respecter pour un congé pour construire ?

Le congé doit être notifié au moins 18 mois avant la fin du bail. Le propriétaire doit ensuite construire dans les 3 ans suivant le congé.

Puis-je reprendre un terrain agricole pour y faire construire une piscine ou un garage ?

Oui, dès lors que la construction est destinée à l'habitation ou à un usage non agricole. Une piscine ou garage attenant à une maison est considéré comme accessoire à l'habitation.

Que risque le propriétaire s'il ne construit pas dans les trois ans ?

Il peut être condamné à verser des dommages-intérêts au fermier pour le préjudice subi (perte d'exploitation, frais de déménagement) et le bail peut être rétabli.

Informations juridiques

  • Numéro: 72-11.204
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 13 juin 1973

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à Nice souhaitant construire sa résidence principale

M. Dupont possède une parcelle de 800 m² louée à un maraîcher à Nice, classée en zone UB du PLU. Il veut y bâtir sa maison et donne congé. Le fermier conteste, arguant que le propriétaire n'a pas de permis de construire.

Application pratique:

Cette jurisprudence permet à M. Dupont de valider son congé dès lors qu'il a un certificat d'urbanisme opérationnel et un engagement écrit. Il n'a pas besoin du permis de construire au moment du congé. Il doit toutefois construire dans les trois ans.

2

Fermier à Beaulieu-sur-Mer subissant un congé abusif

Mme Martin, fermière à Beaulieu-sur-Mer, reçoit un congé de son propriétaire pour construire une villa. Le propriétaire n'a qu'un certificat d'urbanisme d'information et aucun projet précis.

Application pratique:

Mme Martin peut contester le congé car le certificat d'urbanisme d'information ne prouve pas la constructibilité pour un projet défini. Elle doit agir dans les 4 mois devant le tribunal paritaire. Si le congé est annulé, le bail se poursuit.

3

Acquéreur d'un terrain agricole avec bail en cours

M. Leroux achète une parcelle agricole de 1 200 m² à Nice, déjà louée, avec l'intention de construire un immeuble de 3 logements. Il veut reprendre le terrain rapidement.

Application pratique:

Il doit obtenir un certificat d'urbanisme opérationnel pour son projet et délivrer un congé en respectant le préavis de 18 mois. Il peut aussi négocier une résiliation amiable avec le fermier. La jurisprudence de 1973 lui est favorable s'il s'engage à construire dans les trois ans.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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