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Congés payés et commissions : l'accord doit être prouvé (Cass. soc., 3 mars 1971)
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Congés payés et commissions : l'accord doit être prouvé (Cass. soc., 3 mars 1971)

📅 Décision du 03 mars 1971⚖️ Cour de cassation👁️ 8 vues📖 7 min de lecture

L'employeur qui prétend que l'indemnité de congés payés est incluse dans les commissions doit en apporter la preuve, à défaut de quoi il doit verser l'indemnité. La Cour de cassation le rappelle dans un arrêt de 1971.

Décision de référence : cc • N° 70-40.038 • 1971-03-03 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'un petit appartement à Montauban, et vous confiez sa gestion locative à un agent immobilier. Ce dernier perçoit des commissions sur chaque location. Mais quand il prend ses congés, vous vous demandez s'il a droit à une indemnité de congés payés en plus de ses commissions. C'est exactement la question posée dans l'arrêt du 3 mars 1971. Cette décision, rendue par la Cour de cassation, répond à une question cruciale : l'employeur peut-il affirmer que l'indemnité de congés payés est déjà comprise dans le pourcentage des commissions ? La réponse est non, sauf s'il prouve un accord clair entre les parties.

undefined un représentant de commerce (ou VRP) réclamait à son employeur le paiement d'indemnités de congés payés pour la période de 1954 à 1967. L'employeur se défendait en disant : "Nous étions convenus d'un commun accord que l'indemnité de congés payés était incluse dans le taux de commission." Mais pouvait-il se contenter de cette affirmation ? La Cour de cassation a tranché : l'employeur doit apporter la preuve de cet accord. Sans preuve, il doit payer.

Cette décision est une arme précieuse pour les salariés rémunérés à la commission, et un avertissement pour les employeurs qui voudraient s'exonérer de leurs obligations légales. Mais qu'est-ce que ça change exactement pour vous, propriétaire ou professionnel de l'immobilier à Beaumont-de-Lomagne ou ailleurs ? Décryptage.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. Y... était représentant de commerce au service d'une société, depuis 1954. Sa rémunération était uniquement composée de commissions sur les ventes qu'il réalisait. Pendant treize ans, de 1954 à 1967, il n'a perçu aucune indemnité de congés payés. En 1967, il décide de réclamer à son employeur le paiement de ces indemnités pour toute la période. L'employeur, pour faire échec à cette demande, soutient ne rien devoir. Il allègue qu'un accord verbal entre eux prévoyait que l'indemnité de congés payés était comprise dans le pourcentage des commissions. En d'autres termes, le taux de commission aurait été majoré pour inclure cette indemnité.

Le litige arrive devant le conseil de prud'hommes, puis devant la cour d'appel. Celle-ci donne raison au salarié : elle condamne l'employeur à payer une indemnité compensatrice de congés payés pour la période de 1954 à 1967. L'employeur se pourvoit en cassation, mais la Cour de cassation rejette son pourvoi. Elle confirme que l'employeur doit prouver l'existence de l'accord.

Ce qui est frappant dans cette affaire, c'est la durée : treize ans sans réclamation. Mais la Cour de cassation rappelle que le droit aux congés payés est un droit fondamental, qui ne se perd pas par le silence.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur le principe selon lequel l'indemnité de congés payés est due au salarié. L'article L. 223-11 du Code du travail (aujourd'hui L. 3141-22) prévoit que le salarié a droit à une indemnité au moins égale à 1/10e de la rémunération brute totale perçue au cours de la période de référence. Cette indemnité ne peut être incluse dans le salaire mensuel, sauf accord exprès et prouvé.

L'employeur invoquait un accord verbal selon lequel l'indemnité était comprise dans les commissions. Mais la Cour de cassation estime que ce n'est pas suffisant. Elle énonce clairement : "L'employeur qui, pour faire échec à la demande en paiement d'indemnités de congés payés formées par un représentant, soutient ne rien devoir à ce titre, alléguant que, d'un commun accord, les parties étaient convenues que l'indemnité de congés payés serait comprise dans le pourcentage des commissions, doit établir la réalité de cet accord."

undefined, c'est à l'employeur de prouver que le salarié a accepté que l'indemnité soit intégrée dans les commissions. Cette preuve peut être apportée par écrit (contrat de travail, avenant) ou par tout moyen (témoignages, correspondances), mais elle doit être claire et non équivoque. En l'espèce, l'employeur n'a fourni aucune preuve, donc il doit payer.

Attention toutefois : cette décision ne dit pas que l'inclusion de l'indemnité dans les commissions est interdite. Elle dit simplement que, pour être valable, l'accord doit être prouvé par celui qui s'en prévaut. C'est une application classique de l'adage "la charge de la preuve incombe à celui qui allègue".

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes un représentant de commerce ou un salarié rémunéré à la commission, cette décision vous protège. Vous avez droit à une indemnité de congés payés distincte, sauf si vous avez signé un accord clair stipulant le contraire. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des commerciaux à Beaumont-de-Lomagne se voyaient opposer un prétendu accord verbal. Sans preuve écrite, l'employeur est condamné.

Si vous êtes employeur, vous devez être vigilant : si vous souhaitez inclure l'indemnité de congés payés dans les commissions, faites-le figurer dans le contrat de travail ou un avenant. Précisez le taux de commission et mentionnez que ce taux inclut l'indemnité de congés payés. À défaut, vous risquez de devoir payer des rappels sur plusieurs années. Par exemple, pour un commercial percevant 2 000 € de commissions par mois, l'indemnité de congés payés représente 10 %, soit 200 € par mois. Sur 13 ans, cela fait 31 200 €, sans compter les intérêts.

Pour les propriétaires bailleurs qui emploient un gardien ou un concierge rémunéré en partie par des commissions sur les locations, la même règle s'applique. Assurez-vous que le contrat prévoit explicitement l'inclusion des congés payés dans la rémunération.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Rédigez un contrat de travail clair : mentionnez expressément si l'indemnité de congés payés est incluse dans les commissions, avec le calcul détaillé.
  • Conservez les preuves écrites : tout accord verbal doit être confirmé par écrit (email, courrier, avenant) pour éviter toute contestation ultérieure.
  • Faites un point annuel : chaque année, remettez un récapitulatif des commissions et des congés payés au salarié, avec un solde de tout compte.
  • Consultez un avocat spécialisé : avant de modifier le mode de rémunération, prenez conseil pour sécuriser la pratique.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une jurisprudence constante. Déjà en 1956, la Cour de cassation avait jugé que l'indemnité de congés payés ne peut être incluse dans le salaire que si un accord exprès le prévoit (Cass. soc., 10 mai 1956). Plus récemment, la Cour de cassation a rappelé que le forfait annuel en jours ne peut pas inclure l'indemnité de congés payés sans une clause spécifique (Cass. soc., 13 mars 2013).

La tendance est donc claire : les juges protègent le droit aux congés payés, considéré comme un droit d'ordre public. Les employeurs qui tentent de contourner cette obligation par des accords implicites sont systématiquement rappelés à l'ordre. Pour l'avenir, il est probable que la jurisprudence se durcisse encore, exigeant une preuve écrite et non équivoque.

Questions fréquentes

Puis-je inclure l'indemnité de congés payés dans les commissions ? Oui, à condition que le contrat de travail ou un avenant le prévoie expressément, avec le calcul détaillé.

Que faire si mon employeur refuse de me payer l'indemnité de congés payés en plus des commissions ? Rassemblez vos bulletins de paie et votre contrat. Saisissez le conseil de prud'hommes dans les 3 ans suivant la fin du contrat ou la réclamation.

Quels sont les délais pour réclamer les indemnités ? L'action en paiement des salaires se prescrit par 3 ans à compter du jour où le salarié a connu ou aurait dû connaître les faits. Mais pour les périodes anciennes, la prescription peut être plus longue si l'employeur a dissimulé la situation.

Un accord verbal est-il suffisant ? En théorie oui, mais en pratique, il est très difficile à prouver. La Cour de cassation exige une preuve claire. Mieux vaut un écrit.

Que risque l'employeur en cas de non-paiement ? Outre le paiement des indemnités impayées, il peut être condamné à des dommages-intérêts pour exécution déloyale du contrat de travail.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je inclure l'indemnité de congés payés dans les commissions ?

Oui, à condition que le contrat de travail ou un avenant le prévoie expressément, avec le calcul détaillé.

Que faire si mon employeur refuse de me payer l'indemnité de congés payés en plus des commissions ?

Rassemblez vos bulletins de paie et votre contrat. Saisissez le conseil de prud'hommes dans les 3 ans suivant la fin du contrat ou la réclamation.

Quels sont les délais pour réclamer les indemnités ?

L'action en paiement des salaires se prescrit par 3 ans à compter du jour où le salarié a connu ou aurait dû connaître les faits. Mais pour les périodes anciennes, la prescription peut être plus longue si l'employeur a dissimulé la situation.

Un accord verbal est-il suffisant ?

En théorie oui, mais en pratique, il est très difficile à prouver. La Cour de cassation exige une preuve claire. Mieux vaut un écrit.

Que risque l'employeur en cas de non-paiement ?

Outre le paiement des indemnités impayées, il peut être condamné à des dommages-intérêts pour exécution déloyale du contrat de travail.

Informations juridiques

  • Numéro: 70-40.038
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 03 mars 1971

Mots-clés

congés payéscommissionsreprésentant de commercepreuveaccord verbal

Cas d'usage pratiques

1

Représentant de commerce à Montauban

Un VRP travaillant pour une société de négoce à Montauban perçoit des commissions sans indemnité de congés payés pendant 10 ans. Il réclame un rappel.

Application pratique:

L'employeur doit prouver un accord écrit. À défaut, il doit verser 10% des commissions perçues sur la période, soit plusieurs milliers d'euros.

2

Agent immobilier à Beaumont-de-Lomagne

Un agent immobilier indépendant mais lié par un contrat de travail perçoit des commissions sur les ventes. Son contrat ne mentionne pas les congés payés.

Application pratique:

Il a droit à une indemnité de congés payés en plus des commissions. L'employeur doit la lui verser chaque année.

3

Propriétaire employant un gardien

Un propriétaire d'immeuble à Montauban emploie un gardien rémunéré par commissions sur les locations. Aucun écrit ne précise l'inclusion des congés.

Application pratique:

Le gardien peut réclamer le rappel des indemnités de congés payés pour les 3 dernières années. Le propriétaire doit régulariser.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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