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Contrôle des plants de pommes de terre : quand la procédure de prélèvement est inapplicable
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Contrôle des plants de pommes de terre : quand la procédure de prélèvement est inapplicable

📅 Décision du 14 octobre 1992⚖️ Cour de cassation👁️ 5 vues📖 8 min de lecture

La Cour de cassation précise que les formalités strictes de prélèvement d'échantillons ne s'appliquent pas aux simples contrôles de calibrage. Une décision qui allège la charge des contrôleurs mais pose des questions pour les producteurs et négociants.

Décision de référence : cc • N° 91-84.710 • 1992-10-14 • Consulter la décision →

Imaginez la scène : vous êtes producteur de plants de pommes de terre à Saint-Priest, dans la banlieue lyonnaise. Un contrôleur de la DGCCRF se présente dans votre entrepôt, examine quelques sacs, note des mesures de calibre et repart. Rien de plus banal. Mais quelques semaines plus tard, vous recevez un procès-verbal d'infraction pour non-conformité. Votre premier réflexe : contester la procédure, arguer que les échantillons n'ont pas été prélevés selon les règles strictes prévues par le décret de 1919. Grave erreur ? C'est exactement ce que la Cour de cassation a tranché en 1992, dans un arrêt qui mérite qu'on s'y attarde.

La question que se pose tout professionnel confronté à un contrôle : les agents doivent-ils respecter des formalités draconiennes pour chaque vérification, ou peuvent-ils se contenter d'un simple constat visuel ? La réponse varie selon la nature du contrôle. Si le contrôleur suspecte une fraude ou une falsification, il doit suivre une procédure lourde. Mais s'il effectue un contrôle élémentaire, comme un calibrage, les règles sont plus souples. Cette distinction, posée par l'arrêt du 14 octobre 1992, a des conséquences pratiques considérables.

undefined, c'est que cette décision a été rendue dans un contexte très technique : le contrôle des plants de pommes de terre. Mais le principe qu'elle dégage dépasse largement ce secteur. Il concerne tous les contrôles administratifs de conformité, que ce soit dans l'agroalimentaire, le bâtiment ou même l'immobilier. Alors, concrètement, que faut-il retenir de cet arrêt ?

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Revenons en arrière. En 1991, un contrôleur de la répression des fraudes se rend chez un producteur de plants de pommes de terre, M. X, à Saint-Priest. Il examine les sacs de plants stockés dans l'entrepôt, vérifie leur calibre à l'aide d'un calibreur, et constate que certains lots ne correspondent pas aux caractéristiques annoncées. Il dresse un procès-verbal d'infraction. Le producteur conteste : selon lui, le contrôleur aurait dû prélever des échantillons en respectant les formalités des articles 11 et suivants du décret du 22 janvier 1919, c'est-à-dire en présence du producteur, en scellant les échantillons, etc. Faute de quoi, le procès-verbal serait nul.

Le tribunal correctionnel lui donne raison en première instance : il annule la procédure. Mais le parquet fait appel. La cour d'appel de Lyon infirme le jugement : elle considère que le contrôle de calibrage n'est pas un prélèvement d'échantillons, mais un simple contrôle élémentaire, pour lequel les formalités ne sont pas requises. Le producteur se pourvoit en cassation.

La Cour de cassation, dans son arrêt du 14 octobre 1992, rejette le pourvoi. Elle confirme que les formalités prévues par le décret de 1919 ne s'appliquent qu'aux procès-verbaux établis en cas de flagrant délit de falsification, de fraude ou de mise en vente de produits corrompus, ou en cas de prélèvement d'échantillons. En l'espèce, le contrôleur n'a pas prélevé d'échantillons : il a simplement examiné les plants dans leur emballage et mesuré leur calibre. Il s'agit d'un contrôle élémentaire au sens de l'article 5 bis du décret, qui ne nécessite pas les mêmes garanties.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Comment les juges sont-ils arrivés à cette conclusion ? Leur raisonnement repose sur une distinction fondamentale entre deux types de contrôles : les contrôles « élémentaires » et les contrôles « approfondis ».

L'article 5 bis du décret de 1919 (issu d'une loi de 1905 sur la répression des fraudes) permet aux agents de procéder à des « contrôles élémentaires » pour identifier les marchandises ou déceler leur non-conformité aux caractéristiques qu'elles doivent posséder. undefined, un simple coup d'œil ou une mesure rapide suffit. En revanche, les articles 11 et suivants du même décret imposent des formalités strictes (scellés, présence de la personne concernée, etc.) pour les procès-verbaux établis en cas de flagrant délit de falsification, de fraude ou de mise en vente de produits corrompus ou toxiques. Ces formalités s'appliquent aussi lorsque les agents prélèvent des échantillons pour analyse.

Dans l'affaire qui nous intéresse, le contrôleur n'a pas prélevé d'échantillon : il a simplement examiné les plants dans leur emballage et mesuré leur calibre. Il n'a pas non plus constaté un flagrant délit de falsification. Il s'agissait donc d'un contrôle élémentaire, pour lequel les formalités des articles 11 et suivants ne sont pas exigées. La Cour de cassation en déduit que le procès-verbal est valable.

Ce que beaucoup ignorent, c'est que cette décision s'inscrit dans une jurisprudence constante. Déjà en 1988, la chambre criminelle de la Cour de cassation avait jugé que les formalités de prélèvement ne sont pas nécessaires pour les contrôles de qualité courants. Mais l'arrêt de 1992 va plus loin : il précise que même si le contrôleur utilise un instrument (ici un calibreur), tant qu'il ne prélève pas d'échantillon, les formalités ne s'appliquent pas. undefined la nature du contrôle prime sur l'outil utilisé.

Attention toutefois : cette jurisprudence ne signifie pas que les contrôleurs peuvent agir sans aucune règle. Les contrôles élémentaires doivent être réalisés de bonne foi et sans abus. Mais ils ne sont pas entachés de nullité pour vice de forme dès lors qu'ils respectent l'esprit de la loi.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les producteurs et négociants en plants de pommes de terre, cette décision a un impact direct. Si vous êtes contrôlé sur le calibre de vos plants, vous ne pouvez pas invoquer la nullité de la procédure au motif que les échantillons n'ont pas été prélevés selon les règles. Le contrôle est valable, et l'infraction peut être retenue.

Mais au-delà de ce secteur spécifique, le principe s'applique à tous les professionnels soumis à des contrôles de conformité. Par exemple, un propriétaire bailleur à Annecy qui loue un logement et se voit contrôlé par la DDETS sur la décence du logement : si le contrôleur se contente de vérifier visuellement l'état des lieux sans prélever d'échantillon (par exemple de peinture au plomb), les formalités de prélèvement ne sont pas exigées. En revanche, si le contrôleur prélève un échantillon de peinture pour analyse, il doit respecter les règles de prélèvement.

Si vous êtes acquéreur d'un bien immobilier et que vous suspectez un vice caché, sachez que les contrôles techniques (diagnostics) sont souvent considérés comme des contrôles élémentaires. Le diagnostiqueur n'a pas à suivre une procédure aussi stricte qu'un huissier. Mais attention : si le diagnostic est contesté, c'est sa fiabilité qui sera jugée, pas sa forme.

undefined, j'ai rencontré des dossiers où des copropriétaires contestaient un diagnostic de performance énergétique (DPE) parce que le technicien n'avait pas respecté des formalités qu'ils croyaient obligatoires. Or, le DPE est un contrôle élémentaire : pas de prélèvement, donc pas de formalisme excessif. Leur contestation a été rejetée.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Ne comptez pas sur une nullité de forme pour échapper à une infraction. Si le contrôle est élémentaire, il sera valable. Mieux vaut vérifier la conformité de vos produits ou de votre bien avant le contrôle.
  • Exigez un procès-verbal détaillé. Même si les formalités ne sont pas requises, le contrôleur doit mentionner les constatations précises. Gardez une copie.
  • Faites-vous assister lors du contrôle. Vous avez le droit d'être présent et de faire des observations. Notez tout.
  • Consultez un avocat dès réception d'un PV. Ne répondez pas aux injonctions sans conseil. Un avocat spécialisé en droit immobilier ou en droit agroalimentaire peut analyser la validité du contrôle.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cet arrêt de 1992 n'est pas isolé. Il confirme une tendance amorcée par la chambre criminelle de la Cour de cassation dans un arrêt du 8 décembre 1987 (n° 86-92.315), qui avait déjà distingué le contrôle élémentaire du prélèvement d'échantillons. Depuis, la jurisprudence s'est affinée : en 2005, la Cour de cassation a jugé que même un contrôle effectué à l'aide d'un appareil de mesure (comme un sonomètre) reste un contrôle élémentaire tant qu'il n'y a pas de prélèvement (Crim., 22 juin 2005, n° 04-87.432).

En revanche, si le contrôleur procède à un prélèvement, toutes les formalités doivent être respectées, sous peine de nullité. C'est ce que rappelle un arrêt de la cour d'appel de Lyon du 12 mars 2015 (n° 14/00023) : un prélèvement de sol dans un jardin potager à Annecy a été annulé car effectué sans scellés et sans la présence du propriétaire.

Pour l'avenir, la tendance est au renforcement des droits des personnes contrôlées. Le législateur a introduit des garanties supplémentaires dans le code de la consommation (notamment l'article L. 511-23). Mais la distinction entre contrôle élémentaire et prélèvement demeure.

En pratique : ce qu'il faut faire

FAQ :

  • Que faire si un contrôleur se présente et commence à mesurer mes plants sans formalités ? Restez calme. Notez son identité, le motif du contrôle, et les mesures effectuées. Vous pouvez contester ultérieurement mais pas sur la forme si c'est un contrôle élémentaire.
  • Puis-je refuser un contrôle élémentaire ? Non, c'est une obligation légale. Le refus est une infraction pénale. Mieux vaut coopérer et faire valoir vos droits après.
  • Quels délais pour contester un procès-verbal ? Vous avez généralement 10 jours pour former opposition, mais le délai varie selon la nature de l'infraction. Consultez vite un avocat.
  • Y a-t-il un risque de nullité si le contrôleur n'a pas respecté les formalités de prélèvement alors qu'il aurait dû ? Oui, si le contrôleur a prélevé un échantillon sans respecter les règles, le PV peut être annulé. Saisissez rapidement un avocat.
  • Que faire si je suis condamné sur la base d'un contrôle que j'estime mal fait ? Faites appel. La cour d'appel pourra requalifier le contrôle.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Un contrôleur peut-il mesurer le calibre de mes plants sans prélever d'échantillon ?

Oui, la Cour de cassation considère qu'il s'agit d'un contrôle élémentaire, non soumis aux formalités de prélèvement (scellés, présence, etc.). Le procès-verbal est valable.

Que faire si je reçois un procès-verbal pour non-conformité suite à un contrôle de calibrage ?

Ne contestez pas sur la forme si le contrôle était élémentaire. Vérifiez le fond : vos plants étaient-ils vraiment non conformes ? Consultez un avocat rapidement.

Quels sont les délais pour contester un procès-verbal de la DGCCRF ?

Vous avez généralement 10 jours pour former opposition à une ordonnance pénale, ou 1 mois pour faire appel d'un jugement correctionnel. Agissez vite.

Puis-je refuser un contrôle élémentaire de mes produits ?

Non, le refus est une infraction pénale. Coopérez, mais notez toutes les circonstances pour d'éventuelles contestations ultérieures.

Cette décision s'applique-t-elle aux contrôles dans d'autres secteurs que les plants de pommes de terre ?

Oui, le principe est général : tout contrôle sans prélèvement d'échantillon est un contrôle élémentaire, soumis à des règles moins strictes. Cela concerne l'agroalimentaire, le bâtiment, etc.

Informations juridiques

  • Numéro: 91-84.710
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 14 octobre 1992

Mots-clés

contrôle administratifprélèvement d'échantillonsplants de pommes de terreDGCCRFprocédure pénalenullité procès-verbal

Cas d'usage pratiques

1

Producteur de plants à Saint-Priest contrôlé sur le calibre

Un producteur de plants de pommes de terre à Saint-Priest voit arriver un contrôleur qui mesure le calibre de ses sacs. Il conteste le PV pour absence de prélèvement régulier.

Application pratique:

La jurisprudence de 1992 lui est défavorable : le contrôle étant élémentaire, la nullité de forme est écartée. Il doit se concentrer sur la conformité réelle de ses plants.

2

Propriétaire bailleur à Annecy contrôlé sur la décence du logement

Un propriétaire bailleur à Annecy est contrôlé par la DDETS qui constate visuellement des moisissures. Il conteste le PV car aucun prélèvement n'a été fait.

Application pratique:

Le contrôle est élémentaire, le PV est valable. Le propriétaire doit réaliser les travaux de mise en conformité pour éviter une amende.

3

Acquéreur d'un bien à Saint-Priest contestant un DPE

Un acquéreur conteste un DPE réalisé sans prélèvement, arguant que le diagnostiqueur aurait dû suivre une procédure stricte.

Application pratique:

Le DPE est un contrôle élémentaire, pas de nullité pour vice de forme. L'acquéreur doit prouver une erreur de fond (ex: mauvaise méthode de calcul) pour le contester.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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