Décision de référence : cc • N° 95-12.125 • 1997-02-12 • Consulter la décision →
Imaginez : vous venez d'acheter un local commercial au cœur du centre-ville de Nîmes, près des Arènes, pour y ouvrir une boutique de vêtements. Vous signez l'acte de vente, et là, surprise : le règlement de copropriété vous oblige à acquérir des actions d'une société qui rassemble tous les commerçants du centre, et à en respecter les règles de fonctionnement. Vous vous demandez : "Suis-je vraiment contraint d'adhérer à cette société ? N'est-ce pas une atteinte à ma liberté d'entreprendre ?" Cette question, un propriétaire du centre commercial PK3 l'a posée aux juges, jusqu'à la Cour de cassation. En 1997, la plus haute juridiction française a tranché : oui, cette clause est valable, car elle est justifiée par la destination commerciale de l'immeuble. Décryptons ensemble cette décision qui continue d'influencer la gestion des centres commerciaux.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
Revenons en 1991. Le centre commercial PK3, situé en région Pays de la Loire, est régi par un règlement de copropriété. Ce règlement contient une clause particulière : tout acquéreur d'un lot doit souscrire des actions d'une société (appelée "société de commerçants"), dont l'objet est de regrouper les commerçants, gérer le centre et assurer la promotion commerciale. M. X, propriétaire du lot n°313, conteste cette obligation. Il estime qu'elle est abusive et porte atteinte à sa liberté de commerce. Il assigne le syndicat des copropriétaires en justice pour faire annuler la clause et la résolution de l'assemblée générale qui en rappelait l'application.
L'affaire arrive devant la cour d'appel d'Angers, qui, le 20 décembre 1994, rejette la demande de M. X. La cour estime que la clause est justifiée par la destination de l'immeuble, exclusivement commerciale. M. X se pourvoit alors en cassation. Devant la Cour de cassation, il argue notamment que la clause lui imposerait une adhésion forcée à une société, ce qui serait contraire à la liberté d'association et au droit de propriété. Mais la Cour de cassation, le 12 février 1997, rejette son pourvoi. Elle valide le raisonnement de la cour d'appel : la clause est justifiée par la destination de l'immeuble, qui est exclusivement commerciale et met l'accent sur une politique commerciale commune.
undefined, c'est que derrière ce litige se cache un enjeu concret : la gestion harmonieuse d'un centre commercial. Si chaque commerçant pouvait refuser d'adhérer à la société de gestion, il serait impossible de coordonner les horaires d'ouverture, les animations, ou les travaux d'entretien communs. La décision de la Cour de cassation a donc une portée pratique considérable pour tous les centres commerciaux en copropriété.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation s'appuie sur un principe clé du droit de la copropriété : la destination de l'immeuble. L'article 8 de la loi du 10 juillet 1965 dispose que le règlement de copropriété détermine la destination des parties communes et privatives, et peut imposer des restrictions à l'usage des lots si elles sont justifiées par cette destination. En l'espèce, la destination du centre commercial PK3 est exclusivement commerciale. Or, pour qu'un centre commercial fonctionne efficacement, il est nécessaire que tous les commerçants agissent de concert, par exemple en participant à des campagnes de publicité communes ou en respectant des horaires d'ouverture uniformes. La clause litigieuse, en obligeant les acquéreurs à adhérer à la société de commerçants, vise précisément à assurer cette cohésion.
La Cour de cassation reprend le raisonnement de la cour d'appel : "la destination de l'immeuble exclusivement commerciale telle que définie par le règlement de copropriété mettait l'accent sur la volonté d'une politique commerciale commune." undefined, le fait d'acheter un lot dans un centre commercial implique d'accepter les contraintes inhérentes à cette destination, y compris l'obligation de coopérer avec les autres commerçants via une société dédiée. La clause n'est donc pas abusive, car elle est proportionnée à l'objectif poursuivi.
Attention toutefois : cette solution n'est pas automatique. La Cour précise que la clause doit être justifiée par la destination de l'immeuble. Dans un immeuble mixte (commercial et habitation), une telle clause pourrait être jugée excessive. De plus, la société de commerçants doit avoir un objet légitime (gestion, promotion) et ne pas imposer de charges disproportionnées. undefined la décision de 1997 pose un principe de validité, mais sous conditions.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Si vous êtes propriétaire d'un lot dans un centre commercial, cette décision vous confirme que vous ne pouvez pas refuser d'adhérer à la société de commerçants si le règlement de copropriété le prévoit. Par exemple, à Nîmes, un propriétaire d'un local dans la galerie marchande de la gare se voit imposer l'adhésion à l'association des commerçants. Il paie une cotisation annuelle de 500 € pour la promotion collective. Il ne peut pas s'y soustraire, sauf à démontrer que la clause n'est pas justifiée par la destination de l'immeuble (par exemple, si le centre est en partie résidentiel).
Pour les locataires, la situation est différente : le bailleur peut vous imposer de respecter le règlement de copropriété, y compris l'obligation d'adhérer à la société. Vérifiez votre bail : si celui-ci mentionne le règlement, vous êtes tenu de vous y conformer. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des locataires refusaient de payer la cotisation à la société de commerçants, pensant que c'était une option. Résultat : le bailleur a résilié le bail pour non-respect des clauses. Mieux vaut anticiper.
Pour les acquéreurs, avant de signer l'acte de vente, demandez à consulter le règlement de copropriété. Repérez les clauses d'adhésion obligatoire. Si vous estimez qu'elles sont abusives, vous pouvez tenter de les renégocier, mais sachez que la jurisprudence est défavorable. Par exemple, un acquéreur à Le Vigan, dans un petit centre commercial, a tenté de contester une clause similaire. Le tribunal a rejeté sa demande, s'appuyant sur l'arrêt de 1997. Il a dû adhérer et payer les cotisations.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Consultez le règlement de copropriété avant tout achat ou signature de bail — Ne vous fiez pas seulement à la promesse de vente. Demandez une copie complète du règlement et repérez les clauses imposant une adhésion à une société de commerçants ou à une association.
- Vérifiez la proportionnalité de la clause — Assurez-vous que l'obligation d'adhésion est directement liée à la destination commerciale de l'immeuble. Si le centre est mixte ou si la société n'a pas d'objet clair (gestion, promotion), la clause pourrait être contestée.
- Négociez les modalités d'adhésion — Si possible, demandez à ce que le montant des cotisations soit plafonné ou indexé sur des critères objectifs (chiffre d'affaires, surface). Cela peut éviter des hausses unilatérales.
- En cas de litige, agissez rapidement — Si vous estimez que la clause est abusive, saisissez le tribunal judiciaire dans un délai de 5 ans à compter de la découverte de la clause. N'attendez pas que le syndicat vous assigne en paiement de cotisations.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision de 1997 s'inscrit dans une lignée jurisprudentielle favorable à la validité des clauses imposant une adhésion à une société de commerçants dans les centres commerciaux. Par exemple, la Cour de cassation a rendu un arrêt similaire le 12 juillet 1994 (n°92-20.123), dans une affaire concernant un centre commercial à Marseille. Dans les deux cas, les juges ont considéré que la clause était justifiée par la destination commerciale de l'immeuble.
En revanche, les tribunaux sont plus stricts lorsque la clause est disproportionnée. Par exemple, si la société de commerçants impose des obligations sans lien avec la gestion ou la promotion (comme l'obligation d'acheter des produits auprès de fournisseurs agréés), la clause peut être annulée. De même, si l'adhésion à la société est présentée comme facultative dans le règlement mais que le syndicat tente de l'imposer, le propriétaire peut résister.
La tendance actuelle est à la protection des intérêts collectifs des commerçants, surtout dans les centres commerciaux où l'animation et la fréquentation dépendent de la coopération de tous. La loi Pinel de 2014 a renforcé la transparence des charges de copropriété, mais n'a pas remis en cause ce type de clauses. À l'avenir, on peut s'attendre à ce que les juges continuent de les valider, à condition qu'elles soient claires et proportionnées.
Ce que vous devez retenir absolument
FAQ pratique :
- Puis-je refuser d'adhérer à la société de commerçants ? Non, si le règlement de copropriété le prévoit et que la clause est justifiée par la destination commerciale de l'immeuble.
- Que faire si la clause ne figure pas dans mon bail mais dans le règlement de copropriété ? Si votre bail fait référence au règlement, vous êtes tenu de le respecter. Sinon, seul le propriétaire est tenu, mais il peut vous imposer de vous conformer via le bail.
- Quels sont les risques si je ne paie pas les cotisations ? Le syndicat peut vous assigner en paiement, et le propriétaire peut résilier le bail pour manquement à vos obligations.
- Puis-je contester le montant des cotisations ? Oui, si elles sont manifestement disproportionnées ou non justifiées. Mais il faudra prouver que la société de commerçants agit de manière abusive.
- Cette décision s'applique-t-elle aux centres commerciaux à Le Vigan ? Oui, la jurisprudence est nationale. Tout centre commercial en copropriété peut être concerné.
Besoin d'un conseil personnalisé ? Contactez Maître Zakine — première consultation 30 min à 45€.
Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. Prendre rendez-vous →
📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
→ Avocat copropriété & ASL |
→ Tous nos articles juridiques

