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Droit de préemption du bailleur et liquidation judiciaire : la vente du fonds de commerce est
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Droit de préemption du bailleur et liquidation judiciaire : la vente du fonds de commerce est

📅 Décision du 07 septembre 2010⚖️ Cour de cassation👁️ 9 vues📖 8 min de lecture

La Cour de cassation précise que la vente de gré à gré d'un élément d'actif en liquidation judiciaire est parfaite dès l'ordonnance du juge-commissaire, sous condition suspensive de son caractère irrévocable. Le bailleur ne peut exercer son droit de préemption contractuel qu'après signification du projet d'acte de cession.

Décision de référence : cc • N° 09-66.284 • 2010-09-07 • Consulter la décision →

Imaginez la scène : vous êtes propriétaire d'un local commercial à Trélazé, loué à un garagiste. Un jour, vous apprenez que votre locataire est en liquidation judiciaire (procédure collective qui vise à vendre tous ses biens pour payer ses créanciers). Le mandataire judiciaire (professionnel chargé de gérer la liquidation) annonce la vente du fonds de commerce (clientèle, matériel, droit au bail). Votre bail stipule un droit de préemption (droit d'acheter en priorité). Mais voilà : le juge-commissaire (magistrat qui contrôle la procédure) autorise la vente à un tiers sans vous avoir consulté. Que faire ? Cette décision de la Cour de cassation du 7 septembre 2010 répond à cette question : la vente de gré à gré (amiable) d'un élément d'actif mobilier (bien meuble, comme un fonds de commerce) en liquidation judiciaire est parfaite dès l'ordonnance du juge-commissaire. Mais attention : cette perfection est conditionnée au caractère irrévocable de la décision. Autrement dit, le bailleur ne peut exercer son droit de préemption qu'après avoir reçu le projet d'acte de cession, et seulement si l'ordonnance est définitive. Un jeu de temporalité qui a fait trébucher bien des plaideurs.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Le 2 janvier 2006, la SCI Aroumic (une société civile immobilière, propriétaire d'un immeuble) donne à bail commercial à la société Lauragais centre auto, qui exploite un garage à Trélazé. Le bail contient une clause de droit de préemption au profit du bailleur : si le locataire vend son fonds de commerce, le propriétaire doit être informé et peut se porter acquéreur en priorité, aux mêmes conditions. La clause précise que ce droit s'applique "quelles que soient les formes de la cession".

Hélas, la société Lauragais est placée en liquidation judiciaire (procédure qui met fin à l'activité et vend les actifs). Le liquidateur (mandataire chargé de réaliser les actifs) sollicite du juge-commissaire l'autorisation de vendre le fonds de commerce de gré à gré à un tiers. Le juge-commissaire rend une ordonnance autorisant la vente le 21 novembre 2006, sans que le bailleur ait été préalablement informé ni mis en mesure d'exercer son droit de préemption. La SCI Aroumic conteste cette ordonnance devant la cour d'appel, qui annule la décision du juge-commissaire au motif que le droit de préemption contractuel n'a pas été respecté.

Le liquidateur et l'acquéreur se pourvoient en cassation. La Cour de cassation casse l'arrêt d'appel. Pourquoi ? Parce que le droit de préemption du bailleur ne peut s'exercer qu'à compter de la signification (notification officielle) du projet d'acte de cession, et que cette signification ne peut intervenir qu'après que l'ordonnance du juge-commissaire est devenue irrévocable (c'est-à-dire qu'elle n'est plus susceptible de recours). Or, en l'espèce, le bailleur n'avait pas encore reçu le projet d'acte ; la cour d'appel a donc violé l'article 1134 du Code civil (aujourd'hui 1103, qui consacre la force obligatoire des conventions) et l'article L. 642-19 du Code de commerce (qui régit la vente des actifs en liquidation judiciaire).

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur deux textes clés. D'abord, l'article 1134 du Code civil (devenu 1103 depuis la réforme du droit des contrats en 2016) : "Les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites." Cela signifie que les parties doivent respecter les clauses du contrat, ici le droit de préemption. Ensuite, l'article L. 642-19 du Code de commerce, dans sa version issue de la loi de sauvegarde des entreprises du 26 juillet 2005, qui prévoit que la vente de gré à gré d'un élément d'actif mobilier est parfaite dès l'ordonnance du juge-commissaire, mais sous la condition suspensive (condition qui suspend les effets de la vente jusqu'à sa réalisation) que la décision acquière force de chose jugée (qu'elle ne soit plus susceptible de recours).

La Haute juridiction explique que le bailleur ne peut prendre position sur l'exercice de son droit de préemption qu'à compter de la signification du projet d'acte de cession. Or, cette signification est un acte postérieur à l'ordonnance du juge-commissaire. Tant que l'ordonnance n'est pas irrévocable, le projet d'acte ne peut être notifié. En conséquence, la cour d'appel ne pouvait pas annuler l'ordonnance au motif que le droit de préemption n'avait pas été purgé (respecté) avant l'autorisation de vente. La Cour de cassation distingue deux temps : d'abord, l'autorisation de vendre (ordonnance du juge-commissaire), ensuite, la réalisation de la vente (signature de l'acte, signification au bailleur). Le droit de préemption s'exerce dans le second temps, après que l'ordonnance est devenue définitive.

Cette décision est une confirmation de la jurisprudence antérieure : la vente des actifs en liquidation judiciaire obéit à des règles spécifiques qui priment sur les clauses contractuelles, dans un certain ordre. Les juges du fond avaient pourtant estimé que le droit de préemption devait être respecté avant toute autorisation. La Cour de cassation rétablit la hiérarchie : la procédure collective prime, mais le droit contractuel n'est pas anéanti, seulement décalé dans le temps.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire bailleur : Vous avez un droit de préemption dans votre bail ? Sachez qu'en cas de liquidation judiciaire de votre locataire, vous ne pourrez l'exercer qu'après que le juge-commisseur a autorisé la vente et que cette ordonnance est devenue définitive. Vous serez informé par la signification du projet d'acte de cession. Ne vous précipitez pas pour contester l'ordonnance avant d'avoir reçu ce projet : vous risqueriez de perdre votre recours. Exemple concret : à Chemillé-en-Anjou, un bailleur a voulu annuler une vente de fonds de commerce autorisée par le juge-commissaire sans avoir reçu le projet d'acte. La cour d'appel lui a donné raison, mais la Cour de cassation a cassé cette décision. Résultat : deux ans de procédure et des frais d'avocats inutiles.

Si vous êtes locataire en liquidation (ou son liquidateur) : Vous pouvez vendre le fonds de commerce sans attendre la purge du droit de préemption. Demandez l'autorisation au juge-commissaire, puis, une fois l'ordonnance irrévocable, notifiez le projet d'acte au bailleur. Celui-ci disposera d'un délai (souvent un mois) pour se manifester. S'il exerce son droit de préemption, la vente se fera à son profit ; sinon, vous pourrez vendre au tiers acquéreur.

Si vous êtes acquéreur : Vous pouvez être rassuré : l'ordonnance d'autorisation de vente vous donne un droit acquis, sous réserve de son caractère irrévocable. Mais attention : si le bailleur exerce son droit de préemption après signification, la vente vous échappera. Vous devez donc vérifier que le liquidateur a bien respecté la procédure de notification. Si ce n'est pas le cas, vous risquez d'être évincé.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Vérifiez votre bail : Si vous êtes bailleur, relisez la clause de préemption. Doit-elle être exercée avant ou après la vente ? Adaptez-la si nécessaire pour préciser que l'exercice ne peut avoir lieu qu'après signification du projet d'acte, en toutes circonstances, y compris en liquidation judiciaire.
  • Anticipez la procédure collective : Si vous êtes locataire, sachez qu'une liquidation judiciaire peut survenir. Dans ce cas, le liquidateur doit connaître l'existence du droit de préemption. Signalez-le lui dès l'ouverture de la procédure pour éviter des contestations.
  • Ne contestez pas trop tôt : Bailleur, ne formez pas de recours contre l'ordonnance du juge-commissaire avant d'avoir reçu le projet d'acte de cession. Attendez la signification, puis exercez votre droit de préemption ou contestez si le projet ne respecte pas vos droits.
  • Consultez un avocat spécialisé : Chaque dossier est unique. Un avocat en droit immobilier et procédures collectives vous aidera à respecter les étapes dans l'ordre et à défendre vos intérêts sans faire d'erreur de procédure.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

La Cour de cassation a rendu plusieurs arrêts dans la même lignée. Par exemple, dans un arrêt du 24 janvier 2006 (n° 04-10.471), elle avait déjà jugé que la vente d'un fonds de commerce en liquidation judiciaire est parfaite dès l'ordonnance du juge-commissaire, sous condition suspensive. Cette solution a été réaffirmée dans l'arrêt commenté. En revanche, la Cour avait, dans un arrêt du 16 décembre 2008 (n° 07-19.063), semblé accorder plus de poids au droit de préemption contractuel, mais en l'espèce il s'agissait d'une cession amiable hors procédure collective. La tendance est donc claire : en liquidation judiciaire, les règles de la procédure collective priment, mais le droit de préemption n'est pas supprimé, seulement différé. Depuis la réforme du droit des contrats de 2016, l'article 1134 est devenu l'article 1103, mais la solution reste inchangée. Les praticiens doivent être vigilants sur la chronologie des actes.

Questions fréquentes

Puis-je annuler l'ordonnance du juge-commissaire si mon droit de préemption n'a pas été respecté avant l'autorisation de vente ?
Non, car le droit de préemption ne peut être exercé qu'après signification du projet d'acte, ce qui intervient après l'ordonnance. Vous devez attendre cette signification pour contester la vente, pas l'ordonnance elle-même.

Que faire si je n'ai jamais reçu le projet d'acte de cession ?
Vous pouvez saisir le juge-commissaire pour lui demander de constater que la vente n'a pas été régularisée et de faire injonction au liquidateur de vous notifier le projet. Si la vente a déjà eu lieu sans notification, vous pouvez demander des dommages et intérêts.

Quels sont les délais pour exercer mon droit de préemption après signification ?
Le délai est généralement d'un mois à compter de la signification, sauf clause contraire. Ce délai est impératif : passé ce délai, vous perdez votre droit.

Le liquidateur peut-il vendre le fonds de commerce sans mon accord si j'exerce mon droit de préemption ?
Oui, si vous exercez votre droit, vous devenez l'acquéreur prioritaire. Le liquidateur doit alors vous vendre le fonds aux mêmes conditions que celles proposées au tiers. Si vous refusez, la vente au tiers peut avoir lieu.

Cette jurisprudence s'applique-t-elle à d'autres biens que le fonds de commerce ?
Oui, l'article L. 642-19 vise tout élément d'actif mobilier du débiteur en liquidation judiciaire (matériel, stocks, etc.). Le même principe s'applique : la vente est parfaite dès l'ordonnance, sous condition suspensive.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je annuler l'ordonnance du juge-commissaire si mon droit de préemption n'a pas été respecté avant l'autorisation de vente ?

Non, car le droit de préemption ne peut être exercé qu'après signification du projet d'acte, ce qui intervient après l'ordonnance. Vous devez attendre cette signification pour contester la vente, pas l'ordonnance elle-même.

Que faire si je n'ai jamais reçu le projet d'acte de cession ?

Vous pouvez saisir le juge-commissaire pour lui demander de constater que la vente n'a pas été régularisée et de faire injonction au liquidateur de vous notifier le projet. Si la vente a déjà eu lieu sans notification, vous pouvez demander des dommages et intérêts.

Quels sont les délais pour exercer mon droit de préemption après signification ?

Le délai est généralement d'un mois à compter de la signification, sauf clause contraire. Ce délai est impératif : passé ce délai, vous perdez votre droit.

Le liquidateur peut-il vendre le fonds de commerce sans mon accord si j'exerce mon droit de préemption ?

Oui, si vous exercez votre droit, vous devenez l'acquéreur prioritaire. Le liquidateur doit alors vous vendre le fonds aux mêmes conditions que celles proposées au tiers. Si vous refusez, la vente au tiers peut avoir lieu.

Cette jurisprudence s'applique-t-elle à d'autres biens que le fonds de commerce ?

Oui, l'article L. 642-19 vise tout élément d'actif mobilier du débiteur en liquidation judiciaire (matériel, stocks, etc.). Le même principe s'applique : la vente est parfaite dès l'ordonnance, sous condition suspensive.

Informations juridiques

  • Numéro: 09-66.284
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 07 septembre 2010

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Bailleur à Trélazé dont le locataire est en liquidation judiciaire

Un propriétaire d'un local commercial à Trélazé apprend que son locataire, un garagiste, est en liquidation. Le juge-commissaire autorise la vente du fonds de commerce à un tiers sans que le bailleur ait été informé. Le bail contient une clause de préemption.

Application pratique:

Le bailleur ne peut pas contester l'ordonnance du juge-commissaire au seul motif que son droit de préemption n'a pas été purgé avant l'autorisation. Il doit attendre la signification du projet d'acte de cession. À ce moment, il aura un mois pour exercer son droit de préemption ou contester les conditions de la vente.

2

Liquidateur vendant un fonds de commerce à Chemillé-en-Anjou

Un liquidateur judiciaire doit vendre le fonds de commerce d'une boulangerie à Chemillé-en-Anjou. Le bail commercial contient un droit de préemption au profit du bailleur. Le liquidateur souhaite vendre rapidement à un repreneur.

Application pratique:

Le liquidateur doit d'abord obtenir l'ordonnance du juge-commissaire autorisant la vente de gré à gré. Une fois l'ordonnance définitive, il doit signifier le projet d'acte de cession au bailleur. Celui-ci dispose d'un délai (souvent un mois) pour exercer son droit de préemption. S'il ne le fait pas, la vente au tiers peut être finalisée.

3

Acquéreur d'un fonds de commerce en liquidation à Angers

Un entrepreneur souhaite acquérir le fonds de commerce d'un restaurant à Angers, placé en liquidation judiciaire. Le liquidateur a obtenu l'ordonnance du juge-commissaire. L'acquéreur craint que le bailleur exerce son droit de préemption.

Application pratique:

L'acquéreur doit vérifier que le liquidateur a bien signifié le projet d'acte au bailleur après que l'ordonnance est devenue irrévocable. Si le bailleur exerce son droit de préemption, l'acquéreur sera évincé. Il peut négocier une clause de garantie d'éviction dans l'acte de cession pour se protéger.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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