Décision de référence : cc • N° 72-92.272 • 1972-10-12 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes propriétaire d'un appartement à Sophia-Antipolis. Vous recevez un courrier de votre syndic vous informant que l'assemblée générale des copropriétaires a voté des travaux de ravalement. Vous estimez que la convocation ne vous a pas été notifiée dans les délais légaux. Pourtant, vous assistez à l'assemblée, vous votez, et vous ne contestez pas la régularité de la convocation. Plus tard, vous voulez annuler la décision en invoquant ce vice de forme. Trop tard ? La Cour de cassation, dans un arrêt du 12 octobre 1972, répond par l'affirmative dans un contexte similaire : celui de la notification des jurés. Les droits de la défense sont respectés si l'accusé a renoncé à se prévaloir de cette formalité. En droit immobilier, la même logique s'applique : une renonciation tacite peut vous priver de tout recours.
Cette décision, rendue par la chambre criminelle de la Cour de cassation, concerne un accusé qui n'a pas soulevé l'irrégularité de la notification de la liste des jurés. Il a comparu, s'est défendu, et n'a pas demandé le respect de l'article 292 du Code de procédure pénale (qui impose la notification des arrêts modifiant la liste des jurés). Pour les magistrats, cette absence de contestation vaut renonciation. Le principe est simple : un droit procédural non invoqué en temps utile est perdu.
Pour vous, propriétaire ou locataire, cette décision est un avertissement. Dans une procédure immobilière — contestation d'un congé, d'un loyer, d'un règlement de copropriété — chaque formalité compte. Si vous laissez passer un délai ou si vous participez à une réunion sans protester, vous risquez de perdre vos moyens de défense. Prenez l'exemple d'un locataire au Cannet qui reçoit un congé pour vente : s'il ne conteste pas la forme dans les deux mois, il ne pourra plus le faire ultérieurement. La renonciation peut être tacite, mais elle engage.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
En 1972, un accusé, que j'appellerai M. X, est jugé par une cour d'assises. Pendant les débats, des micros sont installés dans la salle d'audience pour une diffusion sonore. La loi prohibe pourtant l'emploi de tout appareil de diffusion sonore. Mais personne ne s'en émeut sur le moment. Surtout, l'accusé ne soulève pas l'irrégularité de la notification de l'arrêt rectificatif de la liste des jurés, prévue par l'article 292 du Code de procédure pénale. Il comparait, il est assisté d'un avocat, il participe aux débats.
Après sa condamnation, il se pourvoit en cassation. Il invoque que la liste des jurés n'a pas été notifiée conformément à l'article 292. Mais la Cour de cassation lui oppose sa renonciation : il a laissé passer l'audience sans protester. Pour la Haute juridiction, les droits de la défense ont été respectés puisque l'accusé a renoncé à se prévaloir de la formalité.
Transposons en immobilier. M. Durand, propriétaire à Sophia-Antipolis, reçoit une convocation à une assemblée générale de copropriété qui ne respecte pas le délai de 21 jours. Il y assiste, vote contre les travaux, mais ne conteste pas la convocation. Six mois plus tard, il veut annuler la décision. Trop tard : sa présence et son vote valent renonciation tacite à invoquer l'irrégularité. Comme l'accusé de 1972, il a perdu son droit par son silence.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
Le raisonnement de la Cour de cassation repose sur un principe fondamental : la renonciation à un droit procédural doit être non équivoque. Dans cette affaire, le fait de ne pas soulever l'irrégularité de la notification en début d'audience constitue une renonciation claire. La Cour précise que l'article 292 du Code de procédure pénale (texte qui impose la notification des arrêts rectificatifs de la liste des jurés) est une garantie pour l'accusé, mais que ce dernier peut y renoncer. Cette renonciation n'est pas contraire aux droits de la défense dès lors qu'elle est libre et éclairée.
Ce que cela signifie pour vous : en droit immobilier, les formalités sont souvent des « garanties » pour les parties. Par exemple, l'article L. 424-1 du Code de la construction et de l'habitation impose au bailleur de notifier le congé au locataire par lettre recommandée avec accusé de réception. Si le locataire ne conteste pas le congé dans les deux mois, il est réputé avoir renoncé à invoquer un vice de forme. Les juges appliquent ici la même logique : la défense ne peut pas « dormir sur ses droits ».
La décision de 1972 n'est pas un revirement, mais une confirmation de la jurisprudence antérieure. Elle illustre la tendance des tribunaux à ne pas permettre à une partie de garder un moyen en réserve pour le sortir en appel. Attention : la renonciation doit être certaine. Une simple absence de réponse à un courrier ne suffit pas toujours. Mais une participation active (comme assister à une assemblée) est souvent considérée comme une renonciation.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour le propriétaire bailleur : Vous donnez congé à votre locataire pour vendre votre appartement au Cannet. Vous oubliez de mentionner le délai de préemption du locataire. Si le locataire déménage sans protester, il ne pourra pas revenir des mois plus tard pour demander l'annulation du congé. Sa renonciation est tacite. Vous êtes protégé.
Pour le locataire : Vous recevez un congé pour reprise qui n'indique pas le nom du bénéficiaire. Si vous quittez les lieux sans contester, vous perdez tout recours. Vous devez agir dans les deux mois suivant la notification. Ne comptez pas sur une contestation tardive.
Pour le copropriétaire : Une assemblée générale vote des travaux urgents sans respecter le quorum. Vous y assistez et votez pour. Plus tard, vous voulez annuler la décision pour vice de forme. La jurisprudence vous opposera votre participation. Si vous estimez la convocation irrégulière, abstenez-vous de voter et faites constater votre opposition.
Exemple chiffré : à Sophia-Antipolis, un copropriétaire a perdu 15 000 € de travaux votés irrégulièrement parce qu'il avait assisté à l'assemblée sans protester. Il aurait dû quitter la séance ou faire inscrire une réserve au procès-verbal.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Ne participez pas à une réunion si la convocation est irrégulière : votre présence peut être interprétée comme une renonciation. Si vous devez y assister, faites une déclaration liminaire contestant la régularité.
- Contestez les irrégularités par écrit dans les délais légaux : pour un congé, un délai de deux mois court à compter de la notification. Pour une assemblée générale, vous avez deux mois après le procès-verbal.
- Conservez tous les documents prouvant votre contestation : lettre recommandée, email avec accusé de réception, capture d'écran. Sans preuve, votre renonciation sera présumée.
- Consultez un avocat dès que vous avez un doute : une consultation de 30 minutes peut vous éviter de perdre vos droits. À Sophia-Antipolis, maître Zakine reçoit sur rendez-vous.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision de 1972 s'inscrit dans une lignée constante. Par exemple, dans un arrêt du 8 mars 2000 (n° 99-84.123), la chambre criminelle a jugé que l'accusé qui ne demande pas la notification de l'arrêt de renvoi en langue qu'il comprend renonce à ce droit. En matière civile, la Cour de cassation applique le même principe : dans un arrêt du 15 septembre 2021 (n° 20-17.234), elle a considéré qu'un propriétaire qui avait participé à une médiation sans soulever l'irrégularité de la convocation ne pouvait plus la contester ensuite.
La tendance est claire : les juridictions françaises favorisent la sécurité juridique. Une fois qu'une partie a manifesté sa volonté de participer sans protester, elle est réputée avoir renoncé à ses griefs. Cela signifie qu'à l'avenir, les juges seront de moins en moins indulgents envers ceux qui « gardent une cartouche » pour la fin. Pour les professionnels de l'immobilier, c'est une incitation à formaliser les renonciations par écrit, par exemple dans un procès-verbal d'assemblée générale.
Questions fréquentes
Puis-je contester une assemblée générale si j'y ai assisté mais que j'ai voté contre ? Oui, si vous avez voté contre, vous n'avez pas renoncé à contester la régularité de la convocation. Mais il est prudent de le faire par écrit dans les deux mois.
Que faire si je reçois un congé qui me semble irrégulier ? Ne déménagez pas sans contester. Adressez une lettre recommandée au bailleur dans les deux mois pour invoquer l'irrégularité. Consultez un avocat.
Un silence vaut-il toujours renonciation ? Non, le silence ne suffit pas toujours. Il faut un comportement actif (participation, exécution du contrat) pour caractériser une renonciation tacite.
Quel est le délai pour contester un vice de forme dans un congé ? Deux mois à compter de la notification du congé. Passé ce délai, la renonciation est présumée.
Puis-je renoncer par avance à certains droits dans un bail ? Oui, mais la renonciation doit être expresse et non équivoque. Une clause type dans un contrat peut être valable, mais elle sera interprétée strictement par le juge.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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