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Escroquerie immobilière : l'agent qui simule un achat pour récupérer ses arrhes est condamné (Cass. crim., 21 mars 1973)
Droit-immobilier

Escroquerie immobilière : l'agent qui simule un achat pour récupérer ses arrhes est condamné (Cass. crim., 21 mars 1973)

📅 Décision du 21 mars 1973⚖️ Cour de cassation👁️ 8 vues📖 8 min de lecture

Un agent immobilier qui simule un achat via un complice pour faire croire au propriétaire que la vente est conclue et récupérer ses arrhes (qui devaient rester acquises au vendeur) commet une escroquerie. La Cour de cassation confirme sa condamnation en 1973, posant un principe toujours applicable.

Décision de référence : cc • N° 72-91.599 • 1973-03-21 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'un appartement à Guipavas, près de Brest. Un agent immobilier vous propose une exclusivité de négociation, vous verse des arrhes (somme d'argent qui garantit l'engagement) et vous signez un engagement d'achat. Puis il vous présente un acquéreur, le compromis est signé. Mais la vente ne se réalise pas. L'agent vous réclame le remboursement des arrhes, en prétendant que la vente a été conclue et qu'il a donc droit à sa commission. Vous les lui rendez. Sauf que tout était un simulacre : l'acquéreur était un complice, la vente n'a jamais été sérieuse. Que pouvez-vous faire ?

La question que se pose tout propriétaire démarché par un agent : comment être sûr que la personne qui se présente est de bonne foi ? Cette décision de la Cour de cassation de 1973 est un grand classique qui répond à cette question. Elle qualifie d'escroquerie le stratagème de l'agent qui simule un achat pour récupérer ses arrhes, alors que celles-ci devaient lui rester acquises en cas de non-réalisation de la vente.

Mais attention : cette affaire, bien qu'ancienne, reste une référence pour les professionnels de l'immobilier et les propriétaires. Elle illustre un principe simple : la tromperie par simulation d'une vente est une infraction pénale. Voyons de quoi il retourne, et ce que cela change pour vous.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

En 1971, M. Z..., propriétaire d'un appartement à Brest, confie à un agent immobilier un mandat exclusif de négociation pour une durée déterminée. L'agent verse des arrhes à M. Z..., conformément à la promesse d'achat. Ces arrhes sont stipulées comme définitivement acquises au vendeur si la vente n'est pas réalisée dans le délai imparti.

Quelques jours plus tard, l'agent revient avec un prétendu acquéreur, M. Y..., qui signe un compromis de vente (promesse synallagmatique de vendre et d'acheter). M. Z... est convaincu que la vente est conclue. Mais le délai passe, et la vente ne se réalise pas. L'agent affirme alors que la vente a été conclue — puisque le compromis est signé — et qu'il a droit au remboursement des arrhes, la vente n'étant pas son fait. M. Z..., croyant de bonne foi que la vente était effective, rembourse les arrhes.

Or, l'enquête révélera que M. Y... n'était qu'un complice de l'agent, un homme de paille. Le compromis était un simulacre : M. Y... n'avait jamais eu l'intention d'acheter. L'agent avait ainsi obtenu par ruse le remboursement des arrhes, qui devaient en réalité rester acquises à M. Z....

Poursuivi pour escroquerie (article 405 de l'ancien Code pénal, aujourd'hui article 313-1 du Code pénal), l'agent est condamné par le tribunal correctionnel de Brest. Il fait appel, mais la cour d'appel de Rennes confirme. Il se pourvoit en cassation, arguant qu'il n'y a pas eu escroquerie car le propriétaire n'a pas été trompé sur la réalité de la vente. La Cour de cassation rejette son pourvoi et confirme la condamnation.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Pour comprendre la décision, il faut d'abord saisir la définition de l'escroquerie. L'escroquerie (article 313-1 du Code pénal) consiste à tromper une personne par des manœuvres frauduleuses (mensonges, mise en scène, usage d'un faux nom ou d'une fausse qualité) pour la pousser à remettre des fonds ou un bien. Ici, la manœuvre frauduleuse, c'est la simulation d'un achat via un complice.

L'agent immobilier soutenait que M. Z... n'avait pas été trompé puisque la vente était réelle : le compromis avait été signé, il y avait bien un acte. Mais la Cour de cassation balaie cet argument : ce qui est déterminant, ce n'est pas l'existence formelle du compromis, mais l'intention réelle des parties. Le compromis n'était qu'un leurre, un « simulacre d'achat », comme le dit l'arrêt. L'agent a sciemment organisé cette mise en scène pour faire croire à M. Z... que la vente était conclue, afin d'obtenir le remboursement des arrhes.

La Cour rappelle que l'élément moral de l'escroquerie (l'intention frauduleuse) est caractérisé : l'agent a agi avec une intention délibérée de tromper. Il a utilisé un tiers pour simuler l'achat, ce qui constitue une manœuvre frauduleuse typique. Peu importe que M. Z... ait été naïf ou qu'il ait signé un document : la tromperie est consommée.

Cette décision est une confirmation de la jurisprudence antérieure sur l'escroquerie par simulation. Elle n'est pas un revirement, mais elle ancre solidement le principe que la simulation d'un acte juridique (ici une vente) peut constituer une manœuvre frauduleuse.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Cette décision a des implications pratiques majeures pour tous les acteurs de l'immobilier, en particulier à Brest et dans le Finistère.

Pour le propriétaire bailleur : si un agent vous présente un acquéreur, ne vous fiez pas à la simple signature d'un compromis. Vérifiez la solvabilité de l'acquéreur, son sérieux. Exigez que le compromis soit signé chez un notaire. Et surtout, méfiez-vous des agents qui vous versent des arrhes puis cherchent à les récupérer rapidement. En cas de doute, refusez le remboursement et demandez un délai. Exemple : à Brest, un propriétaire qui aurait remboursé 10 000 € d'arrhes à un agent malhonnête aurait perdu cette somme. Grâce à cette jurisprudence, il peut porter plainte pour escroquerie et obtenir réparation.

Pour l'acquéreur : si vous êtes approché par un agent pour jouer le rôle d'un acheteur fictif, sachez que vous vous rendez complice d'une escroquerie. Vous pouvez être poursuivi pénalement.

Pour l'agent immobilier : cette décision est un avertissement. Toute tentative de simulation pour obtenir un avantage (commission, arrhes) est sévèrement sanctionnée. Les peines encourues vont jusqu'à 5 ans d'emprisonnement et 375 000 € d'amende pour l'escroquerie, sans compter les dommages et intérêts.

Si vous êtes dans cette situation, vous devez agir vite. Le délai de prescription de l'escroquerie est de 6 ans à compter de la découverte des faits (article 8 du Code de procédure pénale). N'attendez pas.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Vérifiez l'identité et les antécédents de l'agent immobilier : consultez le registre des mandataires (le site de la Chambre de commerce et d'industrie de Brest permet de vérifier les immatriculations). Méfiez-vous des agents qui vous versent des arrhes sans explication claire.
  • Exigez un compromis de vente authentique : ne signez jamais un compromis sans notaire. Le notaire vérifie la capacité des parties et l'absence de simulation. Si l'agent insiste pour un compromis sous seing privé (signé entre particuliers sans notaire), soyez vigilant.
  • Ne remboursez jamais des arrhes sans preuve écrite : les arrhes sont en principe perdues pour l'acheteur si la vente ne se réalise pas, sauf clause contraire. Si l'agent vous réclame le remboursement, exigez un écrit détaillant les motifs, et prenez conseil auprès d'un avocat avant de payer.
  • En cas de doute, faites jouer la clause suspensive d'obtention de prêt : dans tout compromis, prévoyez une condition suspensive (événement qui doit se réaliser pour que la vente soit définitive) d'obtention de prêt. Si l'acquéreur ne peut pas obtenir son prêt, la vente est annulée sans pénalité. Cela évite les simulations.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1973 s'inscrit dans une lignée constante de la Chambre criminelle de la Cour de cassation. On peut citer un arrêt du 12 janvier 1966 (Bull. crim. n° 16) où un agent avait utilisé un faux acquéreur pour faire monter les enchères sur un bien ; il avait été condamné pour escroquerie. Plus récemment, un arrêt du 10 octobre 2018 (n° 17-84.656) a condamné un agent qui avait présenté un faux bailleur pour capter des commissions.

La tendance des tribunaux est donc claire : toute simulation d'une transaction immobilière pour obtenir un avantage financier est constitutive d'escroquerie. Les juges sont de plus en plus attentifs aux montages frauduleux, surtout depuis l'essor des ventes en ligne et des mandats exclusifs.

Pour l'avenir, on peut s'attendre à ce que les tribunaux étendent cette logique aux nouvelles pratiques, comme les ventes par visioconférence ou les signatures électroniques. Le principe reste le même : la sincérité de la transaction est primordiale.

En pratique : ce qu'il faut faire

FAQ sur l'escroquerie immobilière par simulation d'achat

  • Un agent peut-il me réclamer le remboursement des arrhes si la vente échoue ? Non, sauf si le compromis prévoit expressément que les arrhes sont restituables. En principe, les arrhes sont perdues pour l'acheteur et acquises au vendeur si la vente ne se réalise pas (article 1590 du Code civil). Si l'agent les a versées en son nom, il ne peut les récupérer que si vous êtes de mauvaise foi.
  • Que faire si je soupçonne une simulation d'achat ? Refusez de rembourser les arrhes, rassemblez les preuves (compromis, courriels, témoignages) et portez plainte auprès du procureur de la République près le tribunal judiciaire de Brest. Consultez un avocat spécialisé en droit immobilier.
  • Quels sont les délais pour agir ? L'action publique pour escroquerie se prescrit par 6 ans à compter de la découverte des faits (article 8 du Code de procédure pénale). L'action civile (pour obtenir des dommages et intérêts) se prescrit par 5 ans à compter du jour où le titulaire a connu ou aurait dû connaître les faits (article 2224 du Code civil).
  • Puis-je obtenir des dommages et intérêts ? Oui, si vous démontrez un préjudice direct (perte des arrhes, frais de procédure, préjudice moral). Le montant peut couvrir l'intégralité des sommes versées, majorées des intérêts.
  • L'agent peut-il être radié ? Oui, une condamnation pénale pour escroquerie entraîne généralement l'interdiction d'exercer la profession d'agent immobilier (article L. 131-2 du Code de commerce).

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Un agent immobilier peut-il récupérer des arrhes versées si la vente ne se réalise pas ?

Non, en principe les arrhes sont perdues pour l'acheteur (l'agent) et acquises au vendeur si la vente échoue (article 1590 du Code civil). L'agent ne peut les récupérer qu'en cas de clause contraire ou de mauvaise foi du vendeur.

Que faire si je pense être victime d'une simulation d'achat par un agent immobilier ?

Refusez tout remboursement d'arrhes, conservez tous les documents (compromis, courriels), et portez plainte pour escroquerie auprès du tribunal judiciaire de Brest. Consultez un avocat spécialisé en droit immobilier.

Quels sont les délais pour porter plainte pour escroquerie immobilière ?

L'action publique se prescrit par 6 ans à compter de la découverte des faits. L'action civile en dommages et intérêts se prescrit par 5 ans à compter de la connaissance des faits.

Puis-je obtenir des dommages et intérêts si l'agent est condamné ?

Oui, vous pouvez demander réparation du préjudice matériel (arrhes versées, frais) et moral. Le montant est fixé par le juge en fonction du préjudice démontré.

L'agent immobilier peut-il perdre sa carte professionnelle à la suite d'une condamnation ?

Oui, une condamnation pour escroquerie entraîne généralement l'interdiction d'exercer la profession, conformément à l'article L. 131-2 du Code de commerce.

Informations juridiques

  • Numéro: 72-91.599
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 21 mars 1973

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à Brest victime d'un agent malhonnête

Un propriétaire confie un mandat exclusif à un agent qui verse 8 000 € d'arrhes. L'agent présente un acquéreur, le compromis est signé. La vente échoue, l'agent réclame le remboursement des arrhes en prétendant que la vente était conclue. Le propriétaire rembourse. Découvre plus tard que l'acquéreur était un complice.

Application pratique:

Le propriétaire peut porter plainte pour escroquerie. Il doit rassembler les preuves du simulacre (témoignages, courriels) et consulter un avocat. Il peut obtenir le remboursement des arrhes plus des dommages et intérêts. La prescription est de 6 ans.

2

Acquéreur complice d'une simulation d'achat

Un ami d'agent immobilier accepte de signer un compromis en faisant semblant d'acheter un bien à Guipavas. Il reçoit 500 € pour cela. La vente n'aboutit pas, l'agent récupère les arrhes. L'acquéreur complice est poursuivi pour complicité d'escroquerie.

Application pratique:

L'acquéreur complice encourt des sanctions pénales (amende, prison). Il doit se faire assister d'un avocat et peut bénéficier de circonstances atténuantes s'il coopère. Il peut être condamné à des dommages et intérêts envers le propriétaire.

3

Agent immobilier tenté par un montage frauduleux

Un agent à Brest, en difficulté financière, met en scène un faux achat pour récupérer des arrhes de 15 000 €. Le propriétaire flaire l'arnaque et refuse de rembourser. L'agent insiste, le propriétaire porte plainte.

Application pratique:

L'agent risque jusqu'à 5 ans d'emprisonnement et 375 000 € d'amende, plus la radiation. Il doit cesser toute manœuvre et restituer les arrhes. La meilleure défense est de reconnaître les faits et de négocier une peine avec le procureur.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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