Décision de référence : cc • N° 71-12.710 • 1973-01-05 • Consulter la décision →
Imaginez : vous habitez à Thann, dans le Haut-Rhin, et vous devez subir une intervention chirurgicale programmée. Parce que vous avez entendu dire que le professeur Machin, à Strasbourg, est le meilleur, vous décidez de vous y faire hospitaliser. Votre médecin traitant vous suit dans ce choix. Mais à votre retour, mauvaise surprise : la CPAM (Caisse primaire d'assurance maladie) ne vous rembourse que sur la base du tarif de l'hôpital de Mulhouse, pourtant plus proche. Vous vous retrouvez avec un reste à charge de plusieurs centaines d'euros. Injustice ? C'est pourtant ce qu'a validé la Cour de cassation dans un arrêt du 5 janvier 1973, toujours d'actualité.
Mais qu'est-ce que ça change exactement ? Chaque année, des milliers d'assurés sociaux sont confrontés à cette règle méconnue. Le choix de l'établissement de soins n'est pas totalement libre : si vous optez pour un hôpital plus cher et plus éloigné que l'établissement de référence le plus proche de chez vous, la Sécurité sociale limite sa participation. La décision ici analysée fixe les contours de cette limitation, et elle concerne aussi bien les patients que les médecins qui les conseillent.
undefined cet arrêt vous concerne si vous êtes amené à vous faire hospitaliser, mais aussi si vous êtes propriétaire d'un bien immobilier que vous louez à des professionnels de santé, ou si vous gérez une copropriété où des soins à domicile sont organisés. Car la règle dépasse le simple remboursement : elle touche à la liberté de choix du patient et à la répartition des coûts entre l'assuré et la collectivité. Décryptons ensemble cette décision de référence.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
L'affaire oppose la caisse primaire de sécurité sociale de Maubeuge à la famille Y. M. Y est domicilié à Maubeuge, dans le Nord. Son épouse, dame Y, est hospitalisée au centre hospitalier universitaire de Lille, pour des soins programmés (hors urgence). Le problème ? Il existe un établissement de soins approprié beaucoup plus proche de Maubeuge, et son tarif de responsabilité (le tarif de base servant au remboursement) est inférieur à celui de Lille.
La caisse refuse donc de prendre en charge la totalité des frais de séjour de dame Y sur la base du tarif lillois. Elle propose un remboursement limité au tarif de l'établissement le plus proche. M. Y conteste : il argue que le choix de Lille a été fait sur les conseils de son médecin traitant, et qu'il ne s'agit pas d'un choix de pure convenance personnelle. Il saisit les tribunaux.
La procédure suit son cours : d'abord la commission de première instance, puis la cour d'appel, et enfin la Cour de cassation. Le rebondissement ? La Haute juridiction confirme la position de la caisse, mais précise que le caractère médical du choix (était-il vraiment nécessaire d'aller à Lille ?) doit être tranché par une expertise technique, et non par le juge. undefined, si le médecin traitant estime que l'établissement le plus proche n'est pas adapté, le tarif de l'établissement choisi peut être appliqué, mais à condition de le prouver.
undefined, j'ai rencontré des dossiers où des assurés, pourtant bien conseillés, se voyaient opposer ce refus. La clé est souvent dans l'information préalable : la caisse doit vous avertir des conditions de remboursement avant la prise en charge. Ici, la Cour de cassation rappelle que l'assuré doit être avisé lors de la prise en charge, et qu'il dispose d'un délai d'un mois pour contester et demander une expertise médicale.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation s'appuie sur l'article 1 bis du décret n° 62-147 du 5 février 1962, complété par le décret n° 64-881 du 21 août 1964. En termes simples, ce texte prévoit que si un assuré social choisit, pour des raisons personnelles, un établissement de soins dont le tarif de responsabilité est plus élevé que celui de l'établissement public ou privé le plus proche de sa résidence, la caisse ne rembourse que sur la base du tarif de cet établissement le plus proche.
Attention toutefois : ce choix inclut non seulement la décision personnelle de l'assuré, mais aussi celui fait sur les conseils de son médecin traitant, ou même directement par le médecin au nom du patient. undefined, c'est que la règle s'applique même si le médecin vous recommande un établissement éloigné, à moins que ce dernier ne soit le seul à pouvoir vous prodiguer les soins appropriés.
Les juges opèrent une distinction subtile : si la contestation porte sur le point de savoir si les soins appropriés pouvaient être donnés dans l'établissement le plus proche, il s'agit d'une difficulté d'ordre médical. Elle doit alors être résolue par une expertise technique, et non par le tribunal. En revanche, si la discussion porte sur le choix personnel (absence d'urgence, convenance), le juge peut trancher.
La Cour de cassation a donc une double portée : d'une part, elle valide le principe de la limitation du remboursement ; d'autre part, elle ouvre la voie à une contestation médicale, mais avec des contraintes de délai strictes (un mois à compter de la décision contestée). En l'espèce, la cour d'appel n'avait pas ordonné d'expertise, ce qui a justifié la cassation. Mais sur le fond, le raisonnement confirme la jurisprudence antérieure : pas de liberté totale de choix aux frais de la collectivité.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour les patients : si vous envisagez une hospitalisation programmée, renseignez-vous sur l'établissement le plus proche de votre domicile (par exemple, l'hôpital de Mulhouse si vous habitez Rixheim). Demandez à votre médecin si cet établissement peut vous traiter. S'il vous oriente ailleurs, assurez-vous d'obtenir une attestation médicale justifiant que les soins nécessaires ne peuvent être dispensés localement. Sans cela, vous risquez un reste à charge important : la différence entre le tarif de l'établissement choisi et celui de l'établissement de référence.
Pour les propriétaires bailleurs : si vous louez un bien à un médecin ou à une clinique, sachez que les remboursements de soins peuvent impacter la clientèle. Une clinique située dans une zone où l'établissement public de référence est moins cher pourrait voir ses patients confrontés à des refus de prise en charge. Cela peut influencer l'attractivité de votre bien.
Pour les copropriétaires : dans une résidence où des soins à domicile sont organisés, le choix du patient d'être hospitalisé plutôt que traité sur place peut aussi être concerné. Par exemple, si un kinésithérapeute intervient à domicile mais que le patient préfère se rendre dans un centre de rééducation éloigné, le même principe s'applique.
Exemple chiffré : si le tarif de l'hôpital de Mulhouse est de 1 500 € par jour, et celui de l'hôpital de Strasbourg de 2 000 €, pour un séjour de 5 jours, la caisse ne remboursera que 7 500 € (base Mulhouse) au lieu de 10 000 €. Vous devrez payer 2 500 € de votre poche, sauf si votre mutuelle prend le relais (vérifiez votre contrat).
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Vérifiez l'établissement de référence avant l'hospitalisation : contactez votre CPAM (Caisse primaire d'assurance maladie) pour connaître le tarif de l'établissement le plus proche de votre domicile. Un simple appel peut vous éviter une mauvaise surprise.
- Obtenez un avis médical écrit justifiant l'éloignement : si votre médecin vous oriente vers un établissement plus lointain, demandez-lui un courrier motivé, daté et signé, expliquant pourquoi l'hôpital local ne convient pas. Ce document sera précieux en cas de contestation.
- Respectez le délai d'un mois pour contester : si la caisse vous notifie une limitation de remboursement, vous avez un mois pour demander une expertise médicale. Ne tardez pas : passé ce délai, vous perdez tout recours.
- Conservez tous les documents : gardez les courriers de la caisse, les prescriptions médicales, les comptes rendus d'hospitalisation. En cas de litige, ces pièces sont essentielles pour prouver que le choix n'était pas de pure convenance.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision de 1973 s'inscrit dans une lignée constante. On peut citer un arrêt de la Cour de cassation du 14 février 1974 (n° 72-14.127) qui précise que la règle s'applique même si l'assuré a été orienté par son médecin traitant, confirmant ainsi la position de 1973. Plus récemment, un arrêt du 10 octobre 2019 (n° 18-20.153) a rappelé que l'expertise médicale est obligatoire dès lors que le patient conteste l'adéquation des soins dans l'établissement de référence.
La tendance des tribunaux est donc au maintien d'une interprétation stricte : le libre choix du patient n'est pas absolu lorsqu'il entraîne un surcoût pour la collectivité. Ce que cela signifie pour l'avenir : avec la montée des dépassements d'honoraires et des cliniques privées, les caisses seront de plus en plus vigilantes. Les assurés devront être mieux informés, et les professionnels de santé devront justifier leurs orientations.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le tarif de responsabilité ?
C'est le tarif de base fixé par la Sécurité sociale pour un acte ou un séjour. Le remboursement est calculé sur ce tarif, même si l'établissement facture plus cher.
Puis-je choisir l'hôpital de mon choix sans pénalité financière ?
Oui, mais seulement en cas d'urgence ou si l'établissement le plus proche ne peut pas vous soigner. Sinon, vous devrez payer la différence.
Que faire si la caisse refuse de prendre en charge la totalité des frais ?
Demandez une expertise médicale dans le mois suivant la décision. Cette expertise déterminera si l'établissement le plus proche pouvait vous soigner.
Est-ce que ma mutuelle peut couvrir le surplus ?
Certaines mutelles prévoient une garantie « dépassement d'honoraires » ou « forfait journalier ». Vérifiez votre contrat, mais sachez que les mutuelles ne sont pas tenues de rembourser ce type de différence.
Cette règle s'applique-t-elle aussi aux consultations externes ?
Non, elle concerne uniquement les frais de séjour (hospitalisation). Les consultations externes suivent d'autres règles.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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