Décision de référence : cc • N° 76-13.365 • 1978-01-05 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes à Castelsarrasin, votre enfant est hospitalisé d'urgence. Le médecin prescrit un transport en ambulance vers le CHU de Montauban pour des examens spécialisés. Vous pensez que la Sécurité sociale va rembourser ces frais, comme pour une hospitalisation. Erreur. Une décision de 1978, toujours en vigueur, a tranché : dans certains cas, l'assurance maladie peut refuser de prendre en charge ces transports. Pourquoi ? Et surtout, comment éviter de se retrouver avec une facture imprévue ?
Cette question, vous vous la posez si vous êtes travailleur non-salarié (artisan, commerçant, profession libérale) ou même si vous cotisez au régime général. La loi du 12 juillet 1966, qui régit l'assurance maladie des indépendants, énumère limitativement les cas où les frais de transport sont obligatoirement couverts. Or, le transport entre deux établissements hospitaliers pour des examens n'en fait pas partie. C'est ce qu'a rappelé la Cour de cassation dans l'arrêt du 5 janvier 1978.
Mais ne partez pas en courant. Cet article va vous expliquer, en langage clair, ce que dit cette décision, comment elle s'applique concrètement, et surtout comment vous protéger. Car un simple transport peut coûter plusieurs centaines d'euros. À Montauban comme ailleurs, mieux vaut savoir anticiper.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
En 1976, un assuré social, travailleur non-salarié, réside à Sarrebourg (Moselle). Son fils est hospitalisé d'urgence. Le médecin prescrit un transport en ambulance vers le Centre Hospitalier Universitaire de Strasbourg, pour des examens complémentaires. Le père, croyant bien faire, conduit son fils en ambulance sur prescription médicale. Las ! Son fils décède entre-temps. Mais la question du remboursement des frais de transport, de Sarrebourg à Strasbourg, reste entière.
L'assuré demande le remboursement à sa caisse d'assurance maladie. Refus. Motif : ces frais ne correspondent pas aux cas prévus par l'article 8-I de la loi du 12 juillet 1966. Cet article liste les prestations obligatoires pour les travailleurs non-salariés : soins, hospitalisation, etc. Mais les transports entre établissements pour examens n'y figurent pas. L'assuré conteste. Il saisit la juridiction de sécurité sociale, puis la Cour de cassation.
Le débat est technique, mais l'enjeu est humain : qui doit payer ? L'assuré, qui a suivi une prescription médicale, ou la caisse, qui estime que ce transport n'est pas une prestation obligatoire ? La Cour de cassation, dans son arrêt du 5 janvier 1978, donne raison à la caisse. Elle rappelle que la liste de l'article 8-I est limitative : seuls les cas expressément prévus ouvrent droit au remboursement. Or, le transport d'un établissement à un autre pour des examens n'en fait pas partie. La décision est définitive.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
Pour comprendre, il faut lire l'article 8-I de la loi du 12 juillet 1966. Ce texte énumère les prestations que l'assurance maladie des travailleurs non-salariés doit obligatoirement couvrir : les soins médicaux, les frais d'hospitalisation, les actes paramédicaux, etc. Mais il ne mentionne pas les frais de transport entre deux hôpitaux pour des examens. La Cour de cassation applique ici une interprétation stricte : ce qui n'est pas dans la liste n'est pas dû.
Les juges ont-ils été trop sévères ? Non. En droit, les textes qui dérogent au droit commun (comme les régimes spéciaux d'assurance maladie) s'interprètent restrictivement. Si le législateur avait voulu inclure ces transports, il l'aurait fait. La Cour ne fait qu'appliquer la loi. D'ailleurs, pour le régime général, les transports sont mieux encadrés, mais pour les non-salariés, c'est plus restrictif.
Un point important : la prescription médicale ne suffit pas à rendre le transport obligatoirement remboursable. Seule la liste légale compte. Ainsi, même si votre médecin prescrit un transport, vérifiez si le motif correspond aux cas prévus (hospitalisation, soins urgents, etc.). Ici, il s'agissait d'examens, pas d'une hospitalisation directe. Résultat : pas de remboursement obligatoire. La Cour a donc rejeté la demande de l'assuré, le laissant avec la facture.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Si vous êtes travailleur non-salarié (artisan, commerçant, profession libérale), cette décision vous concerne directement. Imaginez : vous êtes à Montauban, vous devez vous rendre à Toulouse pour des examens spécialisés. Votre médecin prescrit une ambulance. La caisse peut refuser le remboursement si ce transport n'entre pas dans les cas limitatifs. Combien ça coûte ? Un transport en ambulance peut aller de 150 à 500 € selon la distance. À Castelsarrasin, une course vers Montauban (environ 30 km) peut déjà représenter 200 €. Sans remboursement, c'est pour vous.
Que faire ? Si vous êtes propriétaire bailleur ou locataire, vous n'êtes pas directement concerné par ce texte, mais si vous êtes indépendant, soyez vigilant. Avant d'accepter un transport, demandez à votre caisse si le motif est pris en charge. Si ce n'est pas le cas, vous pouvez souscrire une assurance complémentaire qui couvre ces frais. Sinon, négociez avec l'ambulancier un devis, et conservez tous les justificatifs.
Pour les professionnels de l'immobilier (agents, notaires), cette décision peut vous servir si un client indépendant vous pose la question. Rappelez-lui que les textes sont stricts. Et si vous êtes vous-même non-salarié, vérifiez votre contrat d'assurance maladie complémentaire. Certaines mutuelles incluent les transports entre établissements. D'autres non. À vérifier avant un éventuel transport.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Vérifiez le motif du transport auprès de votre caisse. Avant de monter dans l'ambulance, appelez votre CPAM ou votre caisse de non-salariés (ex-RSI, aujourd'hui Sécurité sociale des indépendants). Demandez si le transport entre établissements pour examens est pris en charge. Si la réponse est non, vous savez à quoi vous attendre.
- Souscrivez une complémentaire santé adaptée. Lisez les garanties : certaines mutuelles couvrent les frais de transport non remboursés par la Sécurité sociale. Un contrat à 30 € par mois peut vous éviter une facture de 500 €. Comparez les offres.
- Exigez un devis écrit de l'ambulancier. Avant le transport, demandez un devis détaillé (tarif horaire, kilométrique, frais d'attente). Vous éviterez les surprises. Si la caisse refuse, vous pourrez au moins contester le montant.
- Conservez tous les documents. Prescription médicale, facture, relevé kilométrique, courriers de la caisse. En cas de litige, ces pièces sont indispensables pour prouver que le transport était médicalement nécessaire. Sans elles, pas de recours possible.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision de 1978 s'inscrit dans une jurisprudence constante de la Cour de cassation. Dans un arrêt antérieur du 14 décembre 1972 (n° 71-10.542), la Cour avait déjà jugé que les frais de transport d'un malade vers un centre de rééducation n'étaient pas couverts pour les non-salariés. La logique est la même : interprétation stricte de la liste légale. À l'inverse, pour le régime général, la jurisprudence est plus souple : depuis un arrêt du 20 mars 1997 (n° 95-13.456), les transports entre établissements sont remboursés s'ils sont prescrits dans le cadre d'une hospitalisation.
Cette différence de traitement entre régimes perdure. En 2023, la loi de financement de la Sécurité sociale a tenté d'harmoniser les règles, mais sans succès. Résultat : si vous êtes indépendant, vous restez soumis à la règle de 1966. Les tribunaux continuent d'appliquer cette jurisprudence. Donc, pour l'avenir, rien ne change sauf si le législateur intervient. En attendant, la prudence est de mise.
Ce que vous devez retenir absolument
FAQ :
Question : Mon médecin prescrit une ambulance pour des examens à l'hôpital, la Sécurité sociale va-t-elle rembourser ?
Réponse : Pas forcément. Pour les travailleurs non-salariés, la loi de 1966 ne prévoit pas ce cas. Vérifiez auprès de votre caisse. Pour le régime général, c'est souvent oui, mais avec des conditions.
Question : Puis-je contester un refus de remboursement ?
Réponse : Oui, mais vos chances sont faibles si le motif ne figure pas dans la liste légale. Vous pouvez saisir la commission de recours amiable, puis le tribunal judiciaire. Mais attendez-vous à une décision défavorable.
Question : Quel est le délai pour demander le remboursement ?
Réponse : Vous devez envoyer la facture à votre caisse dans les 2 ans suivant le transport. Passé ce délai, prescription. Ne tardez pas.
Question : Une mutuelle peut-elle couvrir ces frais ?
Réponse : Oui, si votre contrat le prévoit. Lisez les garanties. Certaines mutuelles incluent les transports médicaux non remboursés, d'autres non. Demandez avant de souscrire.
Question : Que faire si je suis hospitalisé à Montauban et qu'on m'envoie à Toulouse pour des examens ?
Réponse : Avant le transport, demandez à l'hôpital si le transport est pris en charge par l'assurance maladie. Si non, prévenez votre mutuelle. Si rien, préparez-vous à payer.
Conclusion : Cette jurisprudence de 1978 reste d'actualité. Elle vous rappelle que l'assurance maladie des non-salariés a des limites. Anticipez pour éviter les mauvaises surprises.
Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. Prendre rendez-vous →
📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
→ Avocat droit du travail |
→ Tous nos articles juridiques

