Décision de référence : cc • N° 04-80.753 • 2004-04-28 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes propriétaire d'un appartement à Lodève, et votre locataire est interpellé pour une infraction. Placé en garde à vue, il demande un avocat. L'officier de police judiciaire tente de joindre le bâtonnier, mais le standard est occupé. Faut-il attendre ? Peut-on l'entendre quand même ? Cette question, qui semble technique, touche directement à vos droits et à ceux de vos proches.
La décision du 28 avril 2004 de la Cour de cassation apporte une réponse claire : l'officier de police judiciaire qui justifie avoir contacté, par tous moyens, fût-ce vainement, le bâtonnier dès la demande d'entretien avec un avocat commis d'office, satisfait aux exigences de l'article 63-4 du Code de procédure pénale (qui encadre les droits de la personne gardée à vue). undefined, pas besoin d'attendre que le bâtonnier rappelle pour débuter l'audition.
Mais qu'est-ce que ça change exactement pour vous, propriétaire, locataire ou professionnel de l'immobilier ? Cette décision sécurise les procédures pénales, évite des nullités qui pourraient profiter à des personnes de mauvaise foi, et garantit que les enquêtes avancent sans blocage abusif. Plongeons dans les détails.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
Le 7 décembre 2003, vers 9h30, M. X, un habitant de Béziers, est interpellé sur le parking de Carrefour à Annecy (Haute-Savoie) pour des faits de vol à l'étalage. Placé immédiatement en garde à vue, il est conduit au commissariat. À 10 heures, l'officier de police judiciaire (OPJ) lui notifie verbalement ses droits, dont celui de s'entretenir avec un avocat. M. X demande un avocat commis d'office. L'OPJ contacte alors le bâtonnier de l'Ordre des avocats d'Annecy, mais en vain : le standard est occupé, personne ne répond. Il laisse un message et note l'heure de la tentative.
À 14h30, après avoir rédigé la notification écrite des droits (comme l'exige la procédure), l'OPJ entreprend une nouvelle fois de joindre le bâtonnier. Cette fois, il réussit : Me Catherine Chemin, puis Me Clémence Creste, sont désignées. L'avocate arrive au commissariat et M. X peut s'entretenir avec elle de 14h30 à 15h. L'audition débute ensuite.
Mais M. X conteste la procédure : selon lui, l'OPJ aurait dû différer l'audition jusqu'à ce que l'avocat soit effectivement joignable. Il invoque une violation de l'article 63-4 du Code de procédure pénale (qui garantit le droit à un avocat dès le début de la garde à vue). L'affaire monte jusqu'à la Cour de cassation, chambre criminelle, qui doit trancher : l'OPJ a-t-il bien fait ?
Ce genre de situation est fréquent : les bâtonniers ou leurs délégataires (avocats chargés de désigner un confrère) sont parfois injoignables, surtout en début d'après-midi ou en fin de semaine. À Lodève comme à Béziers, les permanences pénales fonctionnent avec des créneaux horaires limités. Comment réagir ?
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation rejette le pourvoi de M. X et valide la procédure. Son raisonnement s'appuie sur l'article 63-4 du Code de procédure pénale (dans sa rédaction alors en vigueur), qui dispose que la personne gardée à vue « peut demander à s'entretenir avec un avocat » et que l'officier de police judiciaire « doit informer le bâtonnier de cette demande sans délai ». La question était : ce « sans délai » impose-t-il de tout arrêter si le bâtonnier n'est pas joignable immédiatement ?
Les juges répondent par la négative. Ils considèrent que l'OPJ a satisfait à son obligation en justifiant avoir contacté le bâtonnier « par tous moyens, fût-ce vainement la première fois ». undefined dès lors que l'OPJ a tenté de joindre le bâtonnier au moment de la demande (ou dès la notification écrite des droits, qui intervient peu après), il peut procéder à l'audition sans attendre un éventuel retour d'appel. Aucune disposition légale ou conventionnelle n'impose de différer l'audition.
Attention toutefois : cette décision ne signifie pas que l'OPJ peut ignorer la demande. Il doit démontrer qu'il a fait des diligences réelles (appel téléphonique, fax, email, etc.). Dans cette affaire, l'OPJ avait noté l'heure de la tentative infructueuse à 10h, puis réitéré sa demande à 14h30 avec succès. La Cour valide cette attitude : « satisfait aux exigences ».
undefined, c'est que cette jurisprudence est constante depuis 2004. Elle a été confirmée par plusieurs arrêts ultérieurs, notamment dans le cadre de la procédure pénale applicable aux mineurs ou aux infractions routières. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des gardés à vue tentaient d'obtenir une nullité en prétendant que l'avocat n'avait pas été appelé assez tôt. Mais la Cour de cassation est ferme : l'essentiel est la tentative, pas la réussite immédiate.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour le propriétaire bailleur : Si votre locataire est mis en cause dans une affaire (par exemple, dégradations dans votre logement à Béziers), il peut être placé en garde à vue. La procédure sera valable même si l'avocat n'a pas été joint tout de suite. Cela signifie que les auditions peuvent avoir lieu rapidement, ce qui peut accélérer la manifestation de la vérité. Mais si votre locataire est de mauvaise foi, il ne pourra pas invoquer un vice de procédure pour faire annuler son audition et vous échapper.
Pour le locataire : Vous bénéficiez toujours du droit à un avocat. Mais si l'OPJ a bien tenté de joindre le bâtonnier sans succès, votre audition peut commencer. Ne comptez pas sur un retard de l'avocat pour gagner du temps. En revanche, si l'OPJ n'a fait aucune tentative, là, la nullité est possible.
Pour l'acquéreur ou le copropriétaire : Dans le cadre d'une procédure pénale liée à un litige immobilier (ex. : vente frauduleuse à Lodève), les témoins ou parties civiles peuvent être entendus sous garde à vue. La même règle s'applique : l'absence d'avocat immédiat n'est pas un vice si l'OPJ a tenté de l'appeler.
Concrètement, si vous êtes confronté à une garde à vue, exigez que l'OPJ note l'heure de sa tentative de contact avec le bâtonnier. Si cette mention manque, votre avocat pourra demander la nullité de l'audition. À Béziers, le tribunal correctionnel a déjà annulé des auditions faute de preuve de cette tentative.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Pour les OPJ : Notez systématiquement l'heure et le moyen de contact avec le bâtonnier (appel, fax, email) sur le procès-verbal de notification des droits. En cas de ligne occupée, mentionnez-le explicitement.
- Pour les avocats : Vérifiez que le procès-verbal comporte cette mention. Si elle est absente, déposez une requête en nullité avant l'ouverture des débats.
- Pour les gardés à vue : Ne vous fiez pas à une absence apparente d'avocat pour espérer une nullité. Insistez pour que l'OPJ renouvelle sa tentative si l'avocat n'arrive pas dans un délai raisonnable (par exemple, 2 heures).
- Pour les bâtonniers : Organisez une permanence téléphonique efficace avec des délégataires joignables 24h/24. À Lodève, une astreinte par rotation peut éviter les impasses.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision s'inscrit dans une lignée constante. Déjà, en 2003, la chambre criminelle avait jugé (Crim., 10 juin 2003, n° 02-87.542) que l'OPJ n'est pas tenu d'attendre le retour du bâtonnier. Plus récemment, un arrêt du 14 novembre 2018 (n° 18-83.429) a précisé que la tentative de contact peut être faite par tout moyen, y compris par téléphone mobile ou SMS.
La tendance est donc à la souplesse : les juges privilégient l'efficacité de l'enquête tout en garantissant un droit effectif à l'avocat. Attention toutefois : si l'OPJ ne justifie d'aucune tentative, la nullité est encourue. La Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) veille aussi au respect du délai raisonnable d'accès à l'avocat.
Pour l'avenir, la question pourrait se poser en matière de visioconférence : si l'avocat n'est pas physiquement présent, la simple tentative de connexion suffit-elle ? La jurisprudence n'a pas encore tranché, mais la logique de 2004 semble applicable.
Points clés à retenir
FAQ :
- L'OPJ peut-il commencer l'audition sans que l'avocat soit arrivé ? Oui, dès lors qu'il a tenté de joindre le bâtonnier, même vainement.
- Que faire si l'OPJ n'a pas tenté de contacter le bâtonnier ? Demandez la nullité de la garde à vue par votre avocat, en première instance ou en appel.
- Ce droit s'applique-t-il aux mineurs ? Oui, avec des spécificités (présence d'un administrateur ad hoc).
- Quel délai maximal entre la demande et l'arrivée de l'avocat ? Aucun texte ne fixe de délai, mais un retard excessif (plusieurs heures) peut être sanctionné.
- Puis-je refuser d'être entendu sans avocat ? Oui, vous pouvez exercer votre droit au silence. Mais l'audition peut commencer même sans avocat, si l'OPJ a tenté de le joindre.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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