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Intervention forcée en appel : une arme méconnue en copropriété
Droit Immobilier

Intervention forcée en appel : une arme méconnue en copropriété

📅 Décision du 19 February 1970⚖️ Cour de cassation👁️ 20 vues📖 10 min de lecture

La Cour de cassation rappelle qu'en appel, vous pouvez contraindre un tiers à intervenir s'il aurait pu le faire volontairement. Une décision cruciale pour les litiges en copropriété.

Décision de référence : Cour de cassation • N° 68-13.349 • 19 février 1970 • Consulter la décision →

Dans un immeuble parisien du 16e arrondissement, une querelle autour du service de conciergerie dégénère en procès. Les contrats de vente des appartements faisaient tous référence au règlement de copropriété (le document qui fixe les droits et obligations de chaque copropriétaire) et à un cahier des charges. Pourtant, lorsque le syndicat des copropriétaires veut faire respecter certaines dispositions, un copropriétaire résiste, et le litige prend une tournure inattendue en appel. Peut-on forcer un tiers à entrer dans la danse judiciaire alors qu’il n’était pas présent au départ ? C’est la question cruciale à laquelle la Cour de cassation a répondu dans un arrêt du 19 février 1970, et qui demeure d’une actualité brûlante pour tous les propriétaires, syndics et professionnels de l’immobilier. L’intervention forcée en appel, bien que technique, est une véritable épée de Damoclès – ou une bouée de sauvetage – selon le côté où l’on se trouve. Cette décision vous concerne bien plus que vous ne l’imaginez.

L’arrêt de la Haute juridiction pose un principe simple en apparence, mais aux conséquences redoutables : toute personne qui aurait eu qualité pour intervenir volontairement en appel peut y être appelée de force. En clair, vous n’êtes jamais à l’abri d’être attrapé par le collet au détour d’une procédure qui ne vous concernait pas initialement. L’histoire qui suit illustre parfaitement ce mécanisme, ses pièges et ses atouts.

Pour un non-juriste, la procédure d’appel évoque souvent un simple « deuxième round » après un jugement de première instance. Mais la réalité est bien plus subtile : l’appel est une voie de réformation (le juge rejuge l’affaire en fait et en droit) qui peut rebattre toutes les cartes. Et faire intervenir un nouveau protagoniste à ce stade n’est pas anodin. Cette décision de 1970, rendue sous l’empire de l’ancien code de procédure civile, garde toute sa force sous le nouveau code. Décryptons ensemble cette jurisprudence aux allures de madeleine de Proust juridique.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Revenons au cœur du litige parisien. Un immeuble en copropriété comprenait un service de conciergerie, dont les modalités étaient décrites dans le règlement de copropriété. Plusieurs appartements avaient été vendus, et chaque acte de vente mentionnait explicitement ce règlement ainsi qu’un cahier des charges. Autrement dit, les acquéreurs successifs savaient à quoi s’en tenir : les parties communes étaient définies, et la conciergerie en faisait partie intégrante.

Cependant, un désaccord surgit entre le syndicat des copropriétaires et certains propriétaires. Ces derniers contestaient la qualification de certaines parties de l’immeuble en « parties communes » et remettaient en cause l’organisation du service de conciergerie. Le syndicat, souhaitant faire respecter le règlement, engagea une action en justice. Un premier jugement fut rendu, mais l’affaire ne s’arrêta pas là : un appel fut interjeté (c’est-à-dire qu’une des parties demanda à la cour d’appel de réexaminer l’affaire).

C’est à ce stade que le bât blesse. Le syndicat, réalisant que la décision à venir risquait de ne pas être opposable à tous les copropriétaires concernés, tenta d’appeler en intervention forcée un tiers. Ce tiers, probablement un autre copropriétaire ou le promoteur initial, n’avait pas été partie en première instance. Mais le syndicat estimait que sa présence était indispensable pour que l’arrêt à intervenir puisse lui être déclaré commun – c’est-à-dire que la décision de justice s’imposerait à lui comme à tous les autres. La cour d’appel de Paris rejeta cette demande, considérant qu’une intervention forcée n’était pas possible en appel. Erreur fatale, selon la Cour de cassation.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation, dans sa formation la plus solennelle à l’époque, casse l’arrêt d’appel pour violation de l’article 466 du code de procédure civile. Que disait cet article ? Il disposait qu’en appel, toute personne qui aurait eu la possibilité d’intervenir volontairement peut être mise en cause par voie d’intervention forcée. L’intervention volontaire, c’est quand un tiers demande de lui-même à entrer dans le procès parce que son sort est lié au litige. L’intervention forcée, c’est l’inverse : une partie déjà présente au procès oblige un tiers à y participer.

Vulgarisons : si, à un dîner, un convive peut s’inviter de lui-même parce qu’il a un avis à donner, l’hôte peut aussi le prier de venir s’il estime que sa présence est nécessaire. En justice, c’est pareil. La cour d’appel avait verrouillé la porte, estimant que l’intervention forcée n’était pas de mise au stade de l’appel. La Cour de cassation lui rétorque : « Non, cette porte n’est pas fermée, à condition que la personne aurait pu entrer d’elle-même. »

L’arrêt précise un point crucial : l’intervention forcée litigieuse ne visait qu’à obtenir une déclaration d’arrêt commun. Cela signifie que le tiers appelé n’était pas là pour être condamné, mais pour que la solution du litige lui soit opposable, pour éviter que le syndicat ne doive recommencer un procès contre lui plus tard. La cour d’appel n’avait pas constaté que le tiers invoquait une atteinte à ses droits de la défense – autrement dit, il ne se plaignait pas que son introduction tardive dans la procédure l’empêchait de se défendre correctement. Dès lors, le refus était injustifié.

Les magistrats du Quai de l’Horloge ont ainsi rappelé un principe processuel cardinal : l’économie de procédure. Plutôt que de multiplier les contentieux, l’intervention forcée en appel permet de purger un litige en une seule fois, pour l’ensemble des intéressés. Une jurisprudence qui, bien qu’ancienne, irrigue encore aujourd’hui la pratique des tribunaux, notamment à Paris où les contentieux immobiliers sont pléthore.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Cette décision vous touche de près, que vous soyez propriétaire bailleur, locataire, acquéreur ou syndic de copropriété. Prenons l’exemple d’un propriétaire d’un studio dans le 10e arrondissement de Paris. Votre syndicat vous informe brutalement qu’il vous appelle en intervention forcée dans un appel concernant la réfection des balcons. Vous n’étiez pas au procès initial, mais vous voilà partie prenante. Ce n’est pas une vue de l’esprit : cela arrive plus souvent qu’on ne le croit. Que risquez-vous ? Devenir définitivement lié par la décision, avec toutes les conséquences financières que cela implique.

Pour un locataire, l’enjeu est moindre, mais pas inexistant. Imaginons que votre bailleur soit en litige avec le syndicat au sujet de charges récupérables. Vous pourriez être appelé en intervention forcée pour clarifier votre propre situation, surtout si le contrat de location mentionne ces charges. En pratique, un avocat spécialisé vous conseillera de bien vérifier vos baux et les procès-verbaux d’assemblée générale.

Prenons un exemple chiffré : un copropriétaire parisien se voit réclamer 15 000 € d’arriérés de charges, après avoir été attrait en appel pour la première fois. S’il n’avait pas été mis en cause, le syndicat aurait dû engager une nouvelle procédure contre lui seul, avec des frais d’avocat supplémentaires (comptez 3 000 à 5 000 € HT pour une procédure d’appel). L’intervention forcée permet donc de réaliser des économies substantielles à l’échelle de la copropriété – et d’éviter la lassitude des juges.

Si vous êtes dans cette situation, vous devez réagir vite. Le délai pour conclure en appel est souvent de deux mois à compter de la signification des conclusions de l’adversaire. Vous ne pouvez pas ignorer l’assignation ou les conclusions d’intervention forcée : si vous ne constituez pas avocat, vous serez jugé en votre absence, et la décision vous sera opposable comme si vous aviez été présent depuis le début. Un véritable couperet.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Anticipez lors de l’achat d’un bien en copropriété. Lisez scrupuleusement le règlement de copropriété et l’état descriptif de division. Si une procédure judiciaire est en cours, renseignez-vous : vous pourriez être appelé à intervenir alors même que vous venez d’acquérir. Demandez au vendeur une attestation sur l’absence de contentieux, et consultez les derniers procès-verbaux d’assemblée générale.
  • En cas d’appel, faites le point sur toutes les parties concernées. Si vous êtes syndic ou partie à un litige, demandez à votre avocat de vérifier si un tiers doit être mis en cause pour que l’arrêt lui soit déclaré commun. Cela évitera de futurs procès sur le même sujet. N’attendez pas : l’intervention forcée doit être demandée dans les premières conclusions d’appel.
  • Ne restez pas passif si vous êtes attrait en appel. Constituez-vous immédiatement un avocat. Même si le fond du litige ne vous semble pas vous concerner directement, vous avez tout intérêt à faire valoir vos arguments, surtout si le tiers à l’origine de l’intervention forcée cherche à vous imposer une décision qui vous serait défavorable.
  • Vérifiez la régularité de la procédure. L’intervention forcée n’est possible que si la personne aurait pu intervenir volontairement. Si ce n’est pas le cas, soulevez l’irrecevabilité devant le conseiller de la mise en état. Par exemple, si le tiers est totalement étranger au litige, vous pouvez contester. Un avocat expérimenté saura plaider ce point.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

L’esprit de l’arrêt de 1970 a été repris et amplifié par le nouveau code de procédure civile, entré en vigueur en 1976. Les articles 554 et 555 du code actuel permettent l’intervention forcée en appel, à condition que l’évolution du litige rende nécessaire la mise en cause d’un tiers, ou que des circonstances postérieures au jugement de première instance le justifient. La Cour de cassation a eu l’occasion de préciser que l’intervention forcée en appel ne peut pas servir à contourner l’absence de mise en cause du tiers en première instance si on pouvait le faire dès ce stade (Cass. 2e civ., 8 septembre 2005, n° 04-11.088). Une nuance d’importance : on ne peut pas « refaire son procès » en appel en y intégrant des personnes qu’on a négligées sans raison.

La tendance des tribunaux parisiens, et plus généralement des cours d’appel, est à une appréciation pragmatique : la mise en cause d’un tiers doit être justifiée par une raison sérieuse et ne pas porter atteinte aux droits de la défense. Si le tiers invoqué n’a pas eu le temps de préparer sa défense ou s’il subit un préjudice procédural, les juges peuvent refuser. Mais dans l’ensemble, ils favorisent les solutions qui règlent un litige de manière complète et définitive. Une autre décision, plus récente (Cass. 3e civ., 22 mars 2011, n° 09-72.179), rappelle que l’intervention forcée en appel est possible même si le tiers n’est pas partie à la convention litigieuse, dès lors qu’il a intérêt à la solution du litige. Autant dire que le spectre est large.

Ce qu'il faut retenir

FAQ — Les questions que vous vous posez

« Puis-je être forcé à intervenir dans un procès en appel alors que je n’étais pas partie en première instance ? »
Oui. Si vous auriez pu intervenir volontairement, vous pouvez être appelé en intervention forcée. C’est le cas si le litige vous concerne directement, par exemple en tant que copropriétaire ou garant d’une obligation.

« Quels risques si je suis mis en cause en appel ? »
Vous devenez partie à l’instance. Le jugement (l’arrêt) vous sera opposable, et vous pourrez être condamné si la cour vous estime responsable. C’est pourquoi il est impératif de se défendre.

« Comment demander l’intervention forcée d’un tiers en appel ? »
Par conclusions écrites de votre avocat, notifiées aux autres parties. Le tiers recevra une assignation ou une signification de conclusions. Il disposera alors d’un délai pour constituer avocat et répondre.

« Cette jurisprudence de 1970 est-elle encore valable ? »
Absolument. Le principe est codifié dans le code de procédure civile actuel et constamment appliqué par les juridictions. Elle conserve toute sa force.

« Combien ça coûte de faire intervenir un tiers en appel ? »
Les frais d’avocat pour rédiger des conclusions et assigner varient, mais comptez entre 1 500 et 3 000 € HT pour cette étape procédurale, selon la complexité du dossier et le ressort (les tarifs sont plus élevés à Paris).

En définitive, cette décision vous rappelle que la justice civile est un écosystème où chaque protagoniste peut avoir un intérêt à se manifester – ou à être convoqué. Ne sous-estimez jamais l’effet domino d’une procédure d’appel, surtout dans le monde de la copropriété où les intérêts sont si souvent entremêlés.

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Questions fréquentes

Puis-je être forcé à intervenir dans un procès en appel alors que je n'étais pas partie en première instance ?

Oui. Si vous auriez pu intervenir volontairement, vous pouvez être appelé en intervention forcée. C'est le cas si le litige vous concerne directement, par exemple en tant que copropriétaire ou garant d'une obligation.

Quels sont les risques pour moi si je suis mis en cause en appel ?

Vous devenez partie à l'instance. Le jugement (l'arrêt) vous sera opposable, et vous pourrez être condamné si la cour vous estime responsable. Il est impératif de se défendre sans tarder en constituant avocat.

Comment demander l'intervention forcée d'un tiers en appel ?

Par conclusions écrites de votre avocat, notifiées aux autres parties. Le tiers recevra une assignation ou une signification de conclusions, et disposera d'un délai pour répondre (généralement deux mois).

Cette décision de 1970 est-elle encore d'actualité ?

Tout à fait. Le principe est désormais codifié aux articles 554 et suivants du code de procédure civile, et la jurisprudence l'applique régulièrement. Il reste une référence incontournable.

Quels sont les délais pour faire intervenir un tiers en appel ?

L'intervention forcée doit être demandée dans les premières conclusions d'appel. Si l'affaire est déjà avancée, des circonstances nouvelles peuvent justifier une demande plus tardive, mais c'est plus aléatoire.

Informations juridiques

  • Numéro: 68-13.349
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 19 février 1970

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Le copropriétaire assigné en appel pour des travaux

Vous habitez à Paris et recevez une assignation pour intervenir en appel dans un litige opposant le syndicat à un autre copropriétaire concernant la réfection de la toiture. Vous n'étiez pas impliqué en première instance.

Application pratique:

Ne paniquez pas, mais agissez vite. Constituez avocat dans les 15 jours pour préparer vos conclusions. Vous pouvez contester l'intervention si vous estimez qu'elle est injustifiée, ou défendre vos intérêts pour ne pas être condamné à payer des sommes indues. Vérifiez si le règlement de copropriété vous impose cette charge.

2

Le syndic qui veut purger un litige sur des charges

En tant que syndic d'un immeuble parisien, vous gérez un contentieux sur des arriérés de charges avec un copropriétaire. Vous savez que d'autres copropriétaires pourraient contester la décision.

Application pratique:

Demandez à votre avocat d'appeler en intervention forcée tous les copropriétaires potentiellement concernés par la déclaration d'arrêt commun. Cela évitera des procès ultérieurs et renforcera l'autorité de la décision. Assurez-vous que les motifs de mise en cause sont sérieux et documentés.

3

L'acquéreur récent pris dans une procédure en cours

Vous venez d'acheter un appartement dans le 16e arrondissement. Six mois plus tard, vous recevez une convocation en appel : le vendeur est en litige avec le syndicat, et vous êtes mis en cause.

Application pratique:

Contactez immédiatement un avocat spécialisé. Vérifiez si l'intervention forcée est régulière : avez-vous un intérêt à agir ? Sinon, soulevez l'irrecevabilité. Si vous êtes légitimement concerné, défendez-vous sur le fond et, au besoin, appelez en garantie le vendeur pour qu'il assume les conséquences financières.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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