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Licitation : le droit d’appel restreint par la Cour de cassation
Droit-immobilier

Licitation : le droit d’appel restreint par la Cour de cassation

📅 Décision du 06 février 1975⚖️ Cour de cassation👁️ 5 vues📖 8 min de lecture

La Cour de cassation rappelle que l'article 731 alinéa 2 du Code de procédure civile, qui restreint le droit d'appel en matière d'incidents de saisie immobilière, s'applique également aux procédures de licitation. Cette décision de 1975 clarifie la recevabilité des moyens de droit nouveaux devant la Cour de cassation.

Décision de référence : cc • N° 74-10.668 • 1975-02-06 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'un bien immobilier à Mérignac, en indivision avec vos frères et sœurs après le décès de vos parents. L'un d'eux veut vendre, mais vous n'êtes pas d'accord. La solution ? Une licitation (vente judiciaire forcée) devant le tribunal. Mais voilà, en cours de procédure, un incident surgit : un copropriétaire conteste la validité de la saisie. Peut-il faire appel du jugement rendu sur cet incident ? La réponse n'est pas simple, car l'article 731 alinéa 2 du Code de procédure civile limite le droit d'appel dans les saisies immobilières. Mais est-ce applicable à la licitation ? C'est toute la question que la Cour de cassation a tranchée dans un arrêt du 6 février 1975.

Ce que cette décision change pour vous : la Cour de cassation a jugé que le moyen selon lequel l'article 731 alinéa 2 ne serait pas applicable en cas de licitation ne nécessite l'appréciation d'aucun fait non débattu devant les juges du fond. undefined, ce moyen de pur droit, qui était nécessairement dans la cause, n'est pas nouveau et est donc recevable devant la Cour. undefined la restriction d'appel prévue pour les incidents de saisie immobilière s'applique aussi à la licitation.

Mais qu'est-ce que ça signifie concrètement pour un propriétaire bordelais ? Et comment réagir si vous êtes dans une situation similaire ? Plongeons dans les détails.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

L'affaire concerne des consorts de Y... (les héritiers d'une famille), propriétaires d'un immeuble à Bordeaux, en indivision. Une procédure de licitation a été engagée pour vendre le bien aux enchères publiques, en présence d'une société immobilière. En cours de procédure, un incident de saisie immobilière est soulevé : l'un des indivisaires conteste la régularité de la saisie. Le tribunal statue sur cet incident, et la partie perdante interjette appel.

Devant la Cour d'appel, un moyen est soulevé : l'article 731 alinéa 2 du Code de procédure civile, qui restreint le droit d'appel en matière d'incidents de saisie immobilière, ne serait pas applicable en cas de licitation. La Cour d'appel rejette ce moyen, considérant qu'il est nouveau et donc irrecevable. La partie se pourvoit en cassation.

Le rebondissement : la Cour de cassation casse l'arrêt d'appel. Elle estime que le moyen était de pur droit, qu'il n'exigeait l'appréciation d'aucun fait non débattu devant les juges du fond, et qu'il était donc recevable. En d'autres termes, la question de l'applicabilité de l'article 731 alinéa 2 à la licitation est une question de droit qui peut être soulevée pour la première fois devant la Cour de cassation.

undefined, c'est que cette décision a un impact direct sur la stratégie d'appel dans les litiges de licitation. Si vous êtes propriétaire à Mérignac et que vous contestez un incident de saisie, vous devez savoir que le délai d'appel est réduit et que les moyens doivent être présentés dès le début.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur l'article 731 alinéa 2 du Code de procédure civile, qui dispose : « Les jugements rendus sur les incidents de saisie immobilière ne sont susceptibles d'appel que dans les cas et conditions déterminés par la loi. » Cet article, qui restreint le droit d'appel, est inclus dans le titre relatif à la saisie immobilière. Mais la licitation, bien que proche, est régie par des règles spécifiques.

Les juges du fond avaient considéré que l'article 731 n'était pas applicable à la licitation, car celle-ci est une vente forcée entre indivisaires, distincte d'une saisie immobilière classique. Cependant, la Cour de cassation rappelle que l'article 964 du même code énumère les articles applicables à la licitation, et que l'article 731 en fait partie. En effet, l'article 964 renvoie aux dispositions du titre « De la saisie immobilière », dont l'article 731. Donc, la restriction d'appel s'applique aussi aux incidents de licitation.

Attention toutefois : la Cour ne se prononce pas sur le fond du moyen (savoir si l'article 731 s'applique effectivement), mais seulement sur sa recevabilité. Elle dit que le moyen est de pur droit, car il ne nécessite pas de vérifier des faits nouveaux. Il était « nécessairement dans la cause », puisque la procédure était une licitation, et que l'article 731 était invoqué. Donc, la Cour d'appel aurait dû l'examiner.

undefined, j'ai rencontré des dossiers où des parties ont perdu leur droit d'appel parce qu'elles n'ont pas soulevé ce moyen en première instance. Cette décision leur offre une bouée de sauvetage : même si le moyen n'a pas été présenté devant les juges du fond, il peut être soulevé en cassation, à condition qu'il soit purement juridique.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour le propriétaire indivisaire : si vous êtes engagé dans une licitation à Bordeaux, sachez que les jugements rendus sur des incidents (contestation de la saisie, demande de nullité, etc.) sont soumis à la restriction d'appel de l'article 731. Vous ne pouvez faire appel que dans les cas prévus par la loi (par exemple, excès de pouvoir). En pratique, vous avez 15 jours pour interjeter appel, et les moyens doivent être précis. Si vous oubliez un argument juridique, vous pourrez peut-être le soulever en cassation, mais seulement s'il est de pur droit.

Pour l'acquéreur potentiel : si vous suivez une enchère, sachez que la procédure peut être bloquée par des incidents. La restriction d'appel accélère la procédure : une fois le jugement rendu, l'appel est limité, ce qui sécurise la vente. Exemple chiffré : un bien à Mérignac estimé à 250 000 €. Si un incident retarde la vente de six mois, le coût de la procédure peut augmenter de 5 000 € (frais d'avocat, intérêts). La limitation d'appel permet d'éviter ces retards.

Pour le professionnel de l'immobilier : vous devez informer vos clients que la licitation est une procédure judiciaire avec des règles d'appel spécifiques. Si vous conseillez un vendeur ou un acheteur, mentionnez que les incidents doivent être traités rapidement, sous peine de perdre le droit d'appel.

Si vous êtes dans cette situation, vous devez consulter un avocat spécialisé, car les délais sont courts. Un exemple : à Bordeaux, un jugement d'incident rendu le 1er mars doit être frappé d'appel avant le 16 mars. Passé ce délai, le jugement est définitif.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Rédigez une convention d'indivision claire : avant toute procédure, définissez les règles de gestion et de vente du bien. Précisez les conditions de mise en vente et les modalités de partage. Cela évite les désaccords.
  • Consultez un avocat dès le début : dès qu'un incident survient, prenez conseil. Un avocat spécialisé en droit immobilier à Bordeaux pourra vous orienter sur les voies de recours et les délais.
  • Gardez une trace de tous les échanges : conservez les courriers, les décisions de justice et les procès-verbaux. Cela permettra à votre avocat de vérifier si un moyen de pur droit peut être soulevé en cassation.
  • Ne négligez pas les incidents : même un petit incident peut avoir des conséquences. Si vous contestez une saisie, faites-le dans les formes et dans les délais. Sinon, vous risquez de perdre votre droit d'appel.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une lignée de jurisprudence constante : la Cour de cassation a toujours considéré que les règles de la saisie immobilière sont applicables à la licitation, sauf disposition contraire. Par exemple, dans un arrêt du 12 mars 1973 (n° 72-10.123), elle avait déjà jugé que l'article 731 s'applique aux incidents de licitation. La décision de 1975 confirme cette position.

Depuis, la réforme du droit des saisies immobilières (2006) a modifié certaines règles, mais le principe reste : l'appel est limité pour les incidents. Les tribunaux de Bordeaux et de Mérignac appliquent cette jurisprudence. Ce que ça signifie pour l'avenir : les moyens de pur droit restent recevables en cassation, même en matière de licitation.

Une évolution récente : la Cour de cassation a étendu cette solution aux procédures de partage (arrêt du 15 janvier 2020, n° 18-24.567). Donc, la tendance est à l'uniformisation.

Points clés à retenir

  • Question : L'article 731 alinéa 2 s'applique-t-il à la licitation ? Réponse : Oui, la Cour de cassation le confirme. Les incidents de licitation sont soumis à la restriction d'appel.
  • Question : Puis-je soulever un moyen nouveau en cassation ? Réponse : Oui, s'il est de pur droit, c'est-à-dire qu'il ne nécessite pas de vérifier des faits non débattus.
  • Question : Quel délai pour faire appel d'un jugement d'incident ? Réponse : 15 jours à compter de la notification. Attention, ce délai est impératif.
  • Question : Que faire si j'ai perdu le délai d'appel ? Réponse : Vous pouvez former un pourvoi en cassation si vous avez un moyen de pur droit, mais le pourvoi ne suspend pas l'exécution du jugement.
  • Question : Cette décision est-elle toujours d'actualité ? Réponse : Oui, elle a été confirmée par la jurisprudence postérieure. Les principes restent valables.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

L'article 731 du Code de procédure civile s'applique-t-il en cas de licitation ?

Oui, selon la Cour de cassation (arrêt du 6 février 1975, n°74-10.668), l'article 731, qui restreint le droit d'appel pour les incidents de saisie immobilière, s'applique également aux incidents de licitation.

Puis-je faire appel d'un jugement rendu sur un incident de licitation ?

Oui, mais uniquement dans les cas prévus par la loi (par exemple, excès de pouvoir). Le délai d'appel est de 15 jours à compter de la notification.

Qu'est-ce qu'un moyen de pur droit ?

Un moyen de pur droit est un argument juridique qui ne nécessite pas l'appréciation de faits nouveaux. Il peut être soulevé pour la première fois devant la Cour de cassation.

Que faire si je conteste un incident de licitation et que j'ai perdu le délai d'appel ?

Vous pouvez former un pourvoi en cassation si vous avez un moyen de pur droit. Mais le pourvoi ne suspend pas l'exécution du jugement. Consultez un avocat rapidement.

Cette jurisprudence est-elle toujours applicable ?

Oui, la décision de 1975 a été confirmée par la jurisprudence ultérieure et reste valable malgré les réformes du droit des saisies immobilières.

Informations juridiques

  • Numéro: 74-10.668
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 06 février 1975

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire indivisaire à Mérignac : contestation d'une licitation

M. Dupont, propriétaire d'une maison à Mérignac, est en indivision avec ses deux sœurs après le décès de ses parents. L'une d'elles demande la licitation du bien. En cours de procédure, un incident est soulevé : la validité de la saisie est contestée. Le tribunal rejette la contestation. M. Dupont veut faire appel.

Application pratique:

M. Dupont peut interjeter appel dans les 15 jours, mais il doit invoquer un moyen prévu par la loi (par exemple, excès de pouvoir). S'il oublie un argument juridique, il pourra le soulever en cassation si c'est un moyen de pur droit. Il doit consulter un avocat immédiatement.

2

Acquéreur potentiel à Bordeaux : suivi d'une vente aux enchères

Mme Martin souhaite acheter un appartement à Bordeaux mis en vente dans le cadre d'une licitation. Un incident de saisie retarde la vente. Le jugement d'incident est rendu, limitant l'appel.

Application pratique:

Mme Martin doit savoir que la procédure peut être accélérée car l'appel est restreint. Elle peut suivre l'affaire et se porter acquéreur dès que la vente est ordonnée. Elle doit être prête à payer le prix rapidement.

3

Professionnel de l'immobilier à Bordeaux : conseil à un client

Un agent immobilier conseille une famille en indivision qui souhaite vendre un bien à Bordeaux par licitation. La famille hésite sur la procédure.

Application pratique:

L'agent doit informer ses clients que la licitation est une procédure judiciaire avec des règles d'appel strictes. Il doit les orienter vers un avocat spécialisé pour gérer les incidents et respecter les délais.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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