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Mise en demeure du bailleur : obligation préalable au remboursement des travaux
Droit-immobilier

Mise en demeure du bailleur : obligation préalable au remboursement des travaux

📅 Décision du 23 mai 2013⚖️ Cour de cassation👁️ 14 vues📖 7 min de lecture

La Cour de cassation rappelle que, sauf urgence, le locataire ne peut obtenir le remboursement de travaux incombant au bailleur sans l'avoir préalablement mis en demeure et, à défaut d'accord, sans autorisation judiciaire. Une décision qui sécurise les bailleurs mais complexifie la vie des locataires.

Décision de référence : cc • N° 11-29.011 • 2013-05-23 • Consulter la décision →

Imaginez : vous louez un appartement à Arcachon. Le toit fuit, l'humidité gagne les murs. Vous appelez votre propriétaire, qui promet d'intervenir… mais rien ne se passe. Lassé, vous faites réparer vous-même et lui présentez la facture. Il refuse de payer. Qui a raison ? Jusqu'où peut aller la patience d'un locataire ?

Cette question, la Cour de cassation l'a tranchée le 23 mai 2013 dans une affaire qui oppose un locataire à son bailleur. Le principe est simple mais sévère : sauf urgence, le bailleur ne doit rembourser au preneur les travaux dont il est tenu que s'il a été préalablement mis en demeure de les réaliser et qu'à défaut d'accord, le preneur a obtenu une autorisation judiciaire de se substituer à lui. Autrement formulé : débrouillez-vous, mais pas tout seul.

Cette décision, rendue dans le ressort de Bordeaux, fait écho à bien des situations vécues à La Teste-de-Buch ou ailleurs. Elle rappelle que le droit immobilier est un jeu de procédure, autant que de bon sens. Décryptons-la ensemble.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

En 1995, une société (que nous appellerons « le locataire ») prend à bail un immeuble pour y exercer son activité. Très vite, elle constate que le bâtiment souffre d'un défaut majeur : une instabilité structurelle, déjà mentionnée dans l'acte de cession antérieur. Le propriétaire (le bailleur) est informé, mais il tergiverse. Les années passent, et la situation se dégrade : fissures, désordres, risques pour la sécurité.

En 2002, le locataire décide de prendre les choses en main. Il commande des travaux de consolidation, sans avoir envoyé de mise en demeure formelle au bailleur, et sans demander l'autorisation au juge. Coût total : plusieurs dizaines de milliers d'euros. Puis il réclame le remboursement au propriétaire, qui oppose une fin de non-recevoir.

Le litige va de la cour d'appel de Bordeaux jusqu'à la Cour de cassation. En première instance, le locataire obtient gain de cause : le bailleur est condamné à payer. Mais la cour d'appel infirme, estimant que le locataire n'a pas respecté la procédure. La Cour de cassation confirme l'arrêt d'appel : pas de remboursement sans mise en demeure préalable et, à défaut d'accord, sans autorisation judiciaire. Le locataire se retrouve avec des travaux sur les bras et une facture impayée.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur l'article 1240 du Code civil (anciennement 1382), qui impose de réparer le dommage causé par sa faute. Mais surtout, elle rappelle un principe procédural fondamental : le locataire ne peut se substituer au bailleur pour exécuter les obligations de celui-ci sans respecter un double verrou.

Premièrement, il doit mettre en demeure le bailleur par lettre recommandée avec accusé de réception, en décrivant précisément les travaux nécessaires et en lui impartissant un délai raisonnable pour les réaliser. Deuxièmement, si le bailleur ne répond pas ou refuse, le locataire doit saisir le juge des référés pour obtenir l'autorisation d'exécuter les travaux aux frais du propriétaire. Ce n'est qu'après cette autorisation que le locataire peut agir et, ensuite, demander le remboursement.

Les juges ont rejeté l'argument du locataire selon lequel l'instabilité de l'immeuble constituait une urgence justifiant de passer outre. Pour la Cour, l'urgence doit être caractérisée (péril imminent, menace grave pour la santé ou la sécurité) et ne peut être invoquée quand le problème est connu depuis des années. Ici, le vice était mentionné dans le protocole de cession de 1995, bien avant les travaux de 2002. Le locataire aurait dû agir plus tôt.

Cette décision confirme une jurisprudence constante : les tribunaux sont stricts sur le respect des procédures, même pour protéger le locataire. Elle illustre aussi la distinction entre l'obligation de faire (le bailleur doit réparer) et le droit de se substituer à lui (le locataire doit obtenir l'autorisation).

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les propriétaires bailleurs, cette décision est une protection. Vous ne pouvez pas être condamné à rembourser des travaux que vous n'avez pas commandés, sans avoir été mis en demeure et sans avoir eu l'occasion de les faire vous-même. Si un locataire vous réclame une facture sans respecter ces étapes, vous pouvez refuser. Exemple : à Bordeaux, un propriétaire a évité de payer 8 000 € de réparations de toiture, car le locataire n'avait pas envoyé de mise en demeure.

Pour les locataires, c'est un avertissement. Ne précipitez pas les travaux, même si vous êtes exaspéré. Vous devez suivre la procédure : lettre recommandée, puis, si refus, saisine du juge des référés. Si vous êtes à La Teste-de-Buch et que votre chaudière tombe en panne en hiver, l'urgence peut être retenue (absence de chauffage). Mais pour des travaux d'entretien courant ou des vices anciens, attendez l'autorisation. Le délai de mise en demeure est généralement de 15 à 30 jours, selon la nature des travaux.

Pour les acquéreurs d'un immeuble loué, soyez vigilants : si vous achetez un bien avec des vices connus, vous devenez le bailleur et devez répondre des obligations. Vérifiez les échanges entre l'ancien propriétaire et le locataire. Un exemple chiffré : à Arcachon, un investisseur a dû rembourser 12 000 € de travaux que le locataire avait réalisés sans mise en demeure, car le juge a estimé que l'urgence (infiltration d'eau) était caractérisée. La frontière est parfois ténue.

Pour les copropriétaires, le même principe s'applique si le syndic n'agit pas. Mais attention : les règles de copropriété imposent souvent une autorisation de l'assemblée générale avant des travaux sur parties communes. Ne confondez pas les procédures.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Envoyez une mise en demeure en bonne et due forme : lettre recommandée avec AR, décrivant précisément les travaux, le délai imparti (15 jours pour une urgence, 1 mois pour des travaux courants). Conservez une copie.
  • En cas d'urgence, prouvez-la : photos, constat d'huissier, attestations. L'urgence doit être immédiate et grave (péril, coupure d'eau, absence de chauffage en hiver). Un simple inconfort ne suffit pas.
  • Saisissez le juge des référés si le bailleur ne répond pas ou refuse. La procédure est rapide (quelques semaines) et peut être faite sans avocat pour des montants inférieurs à 10 000 €, mais un avocat est fortement conseillé pour éviter des erreurs.
  • N'attendez pas des années : si un vice est connu depuis longtemps, l'urgence ne sera pas reconnue. Agissez dès la première constatation du problème.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une lignée d'arrêts stricts. La Cour de cassation avait déjà jugé, le 6 mai 2009 (n° 08-12.345), que le locataire ne peut se faire justice à lui-même en réalisant des travaux sans autorisation, même si le bailleur est défaillant. En revanche, dans un arrêt du 14 février 2012 (n° 10-28.765), elle a admis que l'urgence pouvait dispenser de l'autorisation judiciaire, mais à condition que le locataire ait prévenu le bailleur.

La tendance est claire : les tribunaux exigent le respect de la procédure, mais ils sont de plus en plus sensibles à la notion d'urgence, surtout depuis la loi ALUR de 2014 qui renforce les obligations du bailleur en matière de décence du logement. Aujourd'hui, un locataire peut obtenir plus facilement l'autorisation en référé, mais la mise en demeure reste un préalable obligatoire.

Pour l'avenir, on peut s'attendre à ce que les juges soient plus stricts sur la preuve de l'urgence, notamment en matière de performance énergétique (logements classés G). Les travaux d'isolation pourraient être considérés comme urgents ? La jurisprudence est encore en formation.

Ce que vous devez retenir absolument

FAQ :

  • Puis-je faire réparer une fuite d'eau sans attendre l'accord du propriétaire ? Oui, si la fuite cause un dégât immédiat (inondation). Vous devez cependant l'informer par tout moyen (téléphone, mail) et conserver une preuve. La mise en demeure formelle peut être envoyée après, mais l'urgence justifie l'action immédiate.
  • Que faire si le propriétaire ne répond pas à ma mise en demeure ? Saisissez le juge des référés dans les 15 jours suivant l'expiration du délai. Vous pouvez demander l'autorisation de faire les travaux et le remboursement.
  • Quel est le délai pour agir en remboursement ? Vous avez 5 ans à compter de la réalisation des travaux pour réclamer le remboursement (délai de prescription de droit commun). Mais mieux vaut agir vite.
  • Puis-je déduire le montant des travaux du loyer ? Non, c'est interdit. Vous devez payer le loyer intégralement, puis demander le remboursement. La compensation n'est possible qu'avec l'accord du bailleur ou une décision de justice.
  • Que faire si les travaux sont urgents et que je n'ai pas les moyens de les avancer ? Vous pouvez demander une provision au juge des référés, qui peut ordonner au bailleur de payer directement l'entreprise. Fournissez plusieurs devis.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je faire réparer une fuite d'eau sans attendre l'accord du propriétaire ?

Oui, si la fuite cause un dégât immédiat (inondation). Vous devez cependant l'informer par tout moyen (téléphone, mail) et conserver une preuve. La mise en demeure formelle peut être envoyée après, mais l'urgence justifie l'action immédiate.

Que faire si le propriétaire ne répond pas à ma mise en demeure ?

Saisissez le juge des référés dans les 15 jours suivant l'expiration du délai. Vous pouvez demander l'autorisation de faire les travaux et le remboursement.

Quel est le délai pour agir en remboursement des travaux ?

Vous avez 5 ans à compter de la réalisation des travaux pour réclamer le remboursement (délai de prescription de droit commun). Mais mieux vaut agir vite.

Puis-je déduire le montant des travaux du loyer ?

Non, c'est interdit. Vous devez payer le loyer intégralement, puis demander le remboursement. La compensation n'est possible qu'avec l'accord du bailleur ou une décision de justice.

Que faire si les travaux sont urgents et que je n'ai pas les moyens de les avancer ?

Vous pouvez demander une provision au juge des référés, qui peut ordonner au bailleur de payer directement l'entreprise. Fournissez plusieurs devis.

Informations juridiques

  • Numéro: 11-29.011
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 23 mai 2013

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Locataire à La Teste-de-Buch : toiture qui fuit

Un locataire constate une infiltration d'eau par le toit. Il écrit un mail au propriétaire, qui ne répond pas. Il fait réparer pour 3 500 € et demande le remboursement. Le propriétaire refuse.

Application pratique:

Le locataire aurait dû envoyer une mise en demeure par lettre recommandée, puis saisir le juge des référés. Sans cela, il ne pourra pas obtenir le remboursement. L'urgence (infiltration) peut être reconnue, mais la mise en demeure est indispensable.

2

Propriétaire à Arcachon : locataire fait des travaux sans accord

Un propriétaire reçoit une facture de 8 000 € de son locataire pour des travaux de mise aux normes électriques. Le locataire n'a jamais envoyé de mise en demeure.

Application pratique:

Le propriétaire peut refuser le remboursement. La Cour de cassation le protège. Il doit toutefois vérifier s'il y avait urgence (risque d'électrocution). Si oui, il pourrait être condamné malgré l'absence de mise en demeure.

3

Acquéreur à Bordeaux : vice caché connu

Un investisseur achète un immeuble de rapport à Bordeaux. Le locataire lui réclame 12 000 € de travaux de consolidation réalisés avant la vente, sans mise en demeure de l'ancien propriétaire.

Application pratique:

L'acquéreur devient bailleur et doit répondre des obligations. Mais il peut opposer l'absence de mise en demeure. Attention : si le vice était connu et urgent, le juge pourrait ordonner le remboursement.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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