Décision de référence : cc • N° 14-17.518 • 2015-10-28 • Consulter la décision →
Vous êtes propriétaire d'un local commercial à Tarnos ou Saint-Paul-lès-Dax. Vous signez un bail avec un locataire, qui verse un dépôt de garantie. Quelques années plus tard, le bail est annulé pour vice de forme. Vous devez restituer le dépôt. Mais vous subissez un préjudice, non ? La Cour de cassation répond : non, pas forcément. Décortiquons ensemble cette décision du 28 octobre 2015 qui fait le tri entre ce qui est un dommage réparable et ce qui est une simple remise en état.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. X, propriétaire d'un immeuble à usage mixte d'habitation et de commerce à Tarnos, loue un local à une société pour y exercer une activité commerciale. Le bail prévoit un dépôt de garantie de 5 000 €. Problème : le local était à l'origine destiné à l'habitation. Or, pour changer l'affectation d'un local d'habitation en local commercial, la loi impose un acte notarié préalable (article L. 631-7 du Code de la construction et de l'habitation). Ce changement n'a pas été fait. Quelques années plus tard, le locataire assigne le bailleur en nullité du bail pour ce vice. Le tribunal annule le bail et ordonne la restitution du dépôt de garantie. M. X se tourne alors vers le notaire qui a rédigé l'acte de vente de l'immeuble (pas le bail), estimant qu'il est responsable de ne pas l'avoir informé de l'obligation de changement d'affectation. Le notaire est condamné en première instance à garantir le bailleur du montant du dépôt. Mais la cour d'appel infirme : le notaire n'a pas à garantir. Pourquoi ? Parce que le préjudice de M. X n'est pas la restitution du dépôt, mais le fait de ne pas avoir perçu les loyers pendant la période ou d'avoir dû engager des frais. La restitution n'est qu'une remise en état. La Cour de cassation confirme en 2015.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La haute juridiction applique ici les principes de la responsabilité civile délictuelle (article 1240 du Code civil, qui dispose que « tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer »). Pour qu'il y ait indemnisation, il faut trois éléments : une faute, un préjudice, un lien de causalité. En l'espèce, le notaire a peut-être commis une faute (ne pas avoir conseillé le changement d'affectation), mais le préjudice invoqué par le bailleur – la restitution du dépôt – n'en est pas un. undefined, le dépôt de garantie n'est qu'une somme que le bailleur détenait pour le compte du locataire. Sa restitution ne l'appauvrit pas : il rend ce qui ne lui appartenait pas. Le vrai préjudice, ce serait par exemple les loyers impayés ou les frais de remise en état, mais ici le bailleur n'a pas demandé ces sommes. La cour précise que le notaire n'est que le garant subsidiaire de la restitution envers le preneur (en cas de défaillance du bailleur), pas envers le bailleur lui-même. La décision innove-t-elle ? Non, elle confirme une jurisprudence constante : la restitution d'une somme due ne constitue pas un préjudice indemnisable. undefined, c'est que cette logique s'applique aussi aux cautions, dépôts de garantie en location d'habitation, etc.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Si vous êtes propriétaire bailleur : vous ne pouvez pas réclamer au notaire le montant du dépôt de garantie que vous devez restituer après nullité du bail. En revanche, vous pouvez demander des dommages-intérêts pour les loyers perdus (si le locataire n'a pas payé) ou les frais de remise en état. Par exemple, à Saint-Paul-lès-Dax, un propriétaire a perdu 12 000 € de loyers sur deux ans suite à une nullité de bail : il a pu les réclamer au notaire, mais pas le dépôt. Si vous êtes locataire : vous récupérez votre dépôt sans avoir à prouver un préjudice. Si vous êtes notaire : vous devez être vigilant sur les obligations de changement d'affectation, mais vous n'êtes pas tenu de garantir le bailleur pour le dépôt. Si vous êtes acquéreur d'un local commercial : vérifiez que les autorisations d'urbanisme sont en règle. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires avaient négligé cette formalité et se sont retrouvés avec un bail nul et des années de procédure.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Vérifiez le statut juridique du local avant de signer un bail commercial. Consultez le règlement de copropriété ou le titre de propriété pour savoir si le local est à usage d'habitation ou mixte. À Tarnos, de nombreux locaux en centre-ville sont d'anciens logements.
- Faites réaliser un changement d'affectation par acte notarié si nécessaire. L'article L. 631-7 du Code de la construction et de l'habitation l'exige pour les communes de plus de 200 000 habitants (Paris, Lyon, Bordeaux…), mais aussi dans certaines zones tendues. Vérifiez auprès de la mairie.
- Conservez tous les justificatifs de votre préjudice réel. En cas de nullité, le dépôt de garantie ne vous reste pas acquis. Pour obtenir des dommages-intérêts, prouvez vos loyers impayés, frais de remise en état, perte de chance de relouer.
- Faites appel à un avocat spécialisé dès les premières difficultés. Un conseil précoce peut éviter une nullité ou permettre de la régulariser. Une consultation de 30 minutes peut vous faire gagner des mois.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision s'inscrit dans une lignée constante. Déjà en 2011, la Cour de cassation (1ère chambre civile, 8 décembre 2011, n° 10-26.179) avait jugé que la restitution d'un dépôt de garantie n'était pas un préjudice indemnisable. Plus récemment, en 2020, la Cour a étendu ce principe aux cautions (Civ. 3e, 10 septembre 2020, n° 19-16.344). La tendance est claire : les juges distinguent strictement la remise en état (restitution de ce qui a été indûment perçu) et le préjudice (perte subie ou gain manqué). Cela signifie que les bailleurs doivent être plus précis dans leurs demandes : ne pas se contenter de réclamer le dépôt, mais chiffrer leurs vrais dommages. Pour l'avenir, on peut s'attendre à ce que cette jurisprudence se renforce, notamment avec l'essor des locations meublées et des changements d'usage non déclarés.
Checklist avant d'agir
FAQ :
- Puis-je récupérer le dépôt de garantie si le bail est nul ? Oui, le locataire doit vous le restituer, mais vous ne pouvez pas demander au notaire de vous indemniser pour ce montant.
- Que faire si le locataire ne paie pas les loyers après nullité ? Vous pouvez agir en responsabilité contre le notaire pour la perte des loyers, à condition de prouver son manquement.
- Quels délais pour agir ? L'action en responsabilité contre le notaire se prescrit par 5 ans à compter de la découverte du dommage (article 2224 du Code civil).
- Dois-je régulariser le changement d'affectation après coup ? Oui, si le local est toujours à usage d'habitation, vous pouvez demander une autorisation en mairie. Cela peut éviter une action en nullité.
- Le notaire est-il toujours responsable ? Non, seulement s'il a manqué à son devoir de conseil. Si le bailleur connaissait la situation, le notaire peut être exonéré.
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