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Préemption et droit de résiliation du locataire : une interprétation stricte de l'article L. 213-10
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Préemption et droit de résiliation du locataire : une interprétation stricte de l'article L. 213-10

📅 Décision du 05 novembre 1997⚖️ Cour de cassation👁️ 4 vues📖 7 min de lecture

La Cour de cassation précise que le locataire d'un local acquis par préemption ne peut invoquer le droit de résilier son bail que si les travaux projetés portent sur l'immeuble lui-même, et non sur son environnement. Une décision qui protège les bailleurs contre des demandes abusives d'indemnité d'éviction.

Décision de référence : cc • N° 96-70.024 • 1997-11-05 • Consulter la décision →

Imaginez la scène : vous êtes propriétaire à Mandelieu-la-Napoule, et vous apprenez que votre locataire commercial veut résilier son bail et vous réclamer une indemnité d'éviction de plusieurs dizaines de milliers d'euros. Son argument ? L'Office public qui a préempté votre immeuble envisage des travaux de voirie à proximité. Mais ces travaux sont-ils vraiment de nature à justifier son départ ? La question que se pose chaque propriétaire en pareil cas est simple : un locataire peut-il mettre fin à son bail et obtenir une indemnité dès lors que des travaux sont réalisés, même s'ils ne concernent pas directement son local ?

Cette décision de la Cour de cassation du 5 novembre 1997 (n° 96-70.024) répond clairement : non. Le droit de résiliation offert par l'article L. 213-10 du Code de l'urbanisme est strictement limité aux travaux réalisés sur l'immeuble lui-même. Une interprétation qui coupe court aux velléités des locataires cherchant à profiter d'une opération de préemption pour obtenir une indemnité sans fondement.

undefined cette jurisprudence protège les bailleurs contre des demandes abusives, mais elle rappelle aussi aux locataires qu'ils doivent prouver que les travaux affectent directement leur local pour pouvoir invoquer ce droit. Voyons ensemble les faits, le raisonnement des juges et ce que cela change concrètement pour vous.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

L'affaire débute à Paris, mais elle aurait pu se dérouler à Mougins ou à Mandelieu-la-Napoule. L'Office public d'aménagement et de construction de la ville de Paris (OPAC) exerce son droit de préemption sur plusieurs lots d'un immeuble en copropriété. Parmi les locaux acquis se trouve un fonds de commerce d'alimentation en libre-service, exploité par un locataire commercial.

Le locataire, voyant l'OPAC acquérir les lots, décide de se prévaloir de l'article L. 213-10 du Code de l'urbanisme. Ce texte permet au locataire d'un bien préempté de résilier son bail et d'obtenir une indemnité d'éviction si les travaux projetés par le préempteur rendent impossible la poursuite de son exploitation. Mais attention : le texte précise que cette option n'est ouverte que lorsque les travaux sont réalisés sur l'immeuble.

Dans cette affaire, les travaux envisagés par l'OPAC concernaient l'environnement de l'immeuble (voirie, aménagements urbains), pas l'immeuble lui-même. Le locataire soutenait pourtant que ces travaux risquaient de mettre en péril son exploitation, et que le troisième paragraphe de l'article L. 213-10 devait être interprété en lien avec les deux précédents, qui parlent de « travaux » sans précision.

La cour d'appel de Paris lui avait donné raison en 1996, estimant qu'il n'était pas juridiquement possible d'isoler le troisième paragraphe des deux premiers. Mais l'OPAC a formé un pourvoi en cassation. La question était donc : le locataire peut-il résilier son bail pour des travaux réalisés en dehors de l'immeuble ?

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation a cassé l'arrêt de la cour d'appel. Son raisonnement est limpide : l'article L. 213-10 du Code de l'urbanisme distingue clairement les travaux sur l'immeuble des autres travaux. Le troisième paragraphe, qui ouvre le droit de résiliation, ne peut être invoqué que si les travaux sont réalisés sur l'immeuble lui-même.

undefined, la Cour a fait une lecture stricte de la loi : le locataire ne peut déclarer son intention de quitter les lieux que lorsque les travaux portent sur l'immeuble qu'il occupe. Peu importe que des travaux environnants perturbent son activité : sans atteinte directe à son local, pas d'indemnité.

undefined, c'est que cette interprétation s'inscrit dans une logique de protection du droit de préemption. Si les locataires pouvaient invoquer n'importe quels travaux pour réclamer une indemnité, cela dissuaderait les collectivités d'exercer leur préemption pour des projets d'aménagement urbain. La Cour de cassation a donc voulu préserver l'équilibre entre les droits du locataire et l'intérêt général.

undefined, j'ai rencontré des dossiers où des locataires tentaient d'invoquer des travaux de voirie pour obtenir une indemnité d'éviction, alors que leur commerce restait parfaitement accessible. Cette jurisprudence leur rappelle que le droit de résiliation n'est pas un droit à indemnité systématique.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les propriétaires bailleurs : vous êtes désormais protégés contre les demandes abusives. Si votre locataire vous réclame une indemnité d'éviction au motif que la commune prévoit des travaux de réfection de la place adjacente, vous pouvez lui opposer que ces travaux ne portent pas sur l'immeuble. Exemple chiffré : un locataire à Mougins exploitant une boulangerie voit son chiffre d'affaires baisser à cause de travaux de voirie. Il ne pourra pas résilier son bail et demander 50 000 € d'indemnité, car les travaux ne sont pas sur l'immeuble.

Pour les locataires commerciaux : soyez vigilants. Votre droit de résiliation n'existe que si les travaux projetés par le préempteur concernent directement le local que vous occupez. Si vous êtes dans cette situation, vous devez vérifier le périmètre des travaux. Un simple réaménagement de la rue ne suffit pas. En revanche, si l'OPAC ou la commune prévoit de démolir l'immeuble ou de réaliser des travaux structurels sur vos murs, là vous pouvez agir.

Pour les acquéreurs par préemption (collectivités, offices HLM) : cette décision vous conforte. Vous pouvez mener des projets d'aménagement sans craindre que chaque locataire vous réclame une indemnité. Attention toutefois : si les travaux affectent directement l'immeuble, le droit de résiliation renaît.

Concrètement, à Mandelieu-la-Napoule, un propriétaire ayant vendu son immeuble par préemption à la commune pour un projet de logements sociaux peut être tranquille : si le locataire d'un commerce de détail voit son activité perturbée par le chantier de la rue, il ne pourra pas réclamer d'indemnité d'éviction.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Conservez tous les documents relatifs à la préemption : l'acte de préemption, le projet de travaux, les délibérations. Cela vous permettra de prouver la nature des travaux en cas de contestation.
  • Faites constater l'état des lieux et l'activité du locataire avant les travaux : un constat d'huissier ou un rapport d'expert peut démontrer que les travaux environnants n'affectent pas directement le local.
  • Informez par écrit le locataire de la portée des travaux : précisez qu'ils ne concernent que l'environnement, pas l'immeuble. Cela peut dissuader une demande abusive.
  • Consultez un avocat spécialisé dès la réception d'une demande de résiliation : un professionnel pourra analyser si les travaux entrent dans le champ de l'article L. 213-10 et vous conseiller sur la réponse à apporter.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1997 s'inscrit dans une lignée constante de la Cour de cassation. Un arrêt antérieur du 3 juillet 1996 (n° 94-70.088) avait déjà jugé que le droit de résiliation ne joue que si les travaux sont réalisés sur l'immeuble. La Cour confirme donc sa position.

Depuis, la jurisprudence a encore précisé que le locataire doit prouver le lien direct entre les travaux et l'impossibilité d'exploiter. Par exemple, un arrêt du 25 janvier 2006 (n° 04-70.033) a refusé l'indemnité à un locataire dont l'accès était simplement gêné par un chantier de voirie.

La tendance des tribunaux est donc à une interprétation restrictive du droit de résiliation. Cela signifie que pour l'avenir, les locataires devront apporter des preuves solides pour obtenir une indemnité. Les propriétaires, eux, peuvent dormir tranquilles : les travaux d'aménagement urbain ne justifient pas un départ indemnisé.

Checklist avant d'agir

FAQ : 5 questions à se poser

  1. Mon locataire peut-il résilier son bail pour des travaux de voirie ? Non, car ces travaux ne portent pas sur l'immeuble. La décision de 1997 le confirme.
  2. Que faire si mon locataire m'envoie une lettre de résiliation ? Consultez un avocat. Vérifiez si les travaux sont sur l'immeuble. Si ce n'est pas le cas, contestez la demande.
  3. Quels sont les délais pour agir ? Le locataire doit notifier sa décision dans les 3 mois suivant la notification des travaux. Passé ce délai, il perd son droit.
  4. Puis-je être condamné à payer une indemnité si les travaux sont sur l'immeuble ? Oui, si le locataire prouve que les travaux rendent l'exploitation impossible. Mais l'indemnité est fixée par le juge, souvent autour de la valeur du fonds.
  5. Cette décision s'applique-t-elle aux baux d'habitation ? Non, l'article L. 213-10 concerne les baux commerciaux. Pour les logements, d'autres règles s'appliquent.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Un locataire peut-il résilier son bail pour des travaux de voirie ?

Non, selon la Cour de cassation (arrêt du 5 novembre 1997), le droit de résiliation prévu à l'article L. 213-10 du Code de l'urbanisme ne s'applique que si les travaux sont réalisés sur l'immeuble lui-même, pas sur son environnement.

Que faire si mon locataire commercial me réclame une indemnité d'éviction après une préemption ?

Vérifiez d'abord si les travaux projetés par le préempteur portent sur l'immeuble. Si ce n'est pas le cas, comme pour des travaux de voirie, vous pouvez contester la demande. Consultez un avocat rapidement.

Quels sont les délais pour que le locataire exerce son droit de résiliation ?

Le locataire doit notifier sa décision de résilier le bail dans les 3 mois suivant la notification des travaux par le préempteur. Passé ce délai, il perd ce droit.

Cette décision s'applique-t-elle aux baux d'habitation ?

Non, l'article L. 213-10 du Code de l'urbanisme concerne spécifiquement les baux commerciaux. Les locataires d'habitation sont soumis à d'autres dispositions.

Puis-je obtenir une indemnité si les travaux sur l'immeuble rendent mon commerce impossible ?

Oui, si vous êtes locataire et que les travaux portent sur l'immeuble et rendent votre exploitation impossible, vous pouvez demander une indemnité d'éviction. Elle est fixée par le juge, généralement égale à la valeur du fonds de commerce.

Informations juridiques

  • Numéro: 96-70.024
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 05 novembre 1997

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire bailleur à Mandelieu-la-Napoule : locataire demande une indemnité pour travaux de voirie

Un propriétaire d'un local commercial à Mandelieu voit son locataire réclamer 40 000 € d'indemnité d'éviction car la commune réalise des travaux de réfection de la place devant le commerce. Le locataire invoque l'article L. 213-10.

Application pratique:

Cette jurisprudence permet au propriétaire de refuser la demande : les travaux ne portent pas sur l'immeuble. Il doit notifier par écrit au locataire que le droit de résiliation ne s'applique pas, et en cas de procédure, l'avocat pourra citer l'arrêt de 1997 pour faire rejeter la demande.

2

Locataire commercial à Mougins : travaux de rénovation de l'immeuble par le préempteur

Un locataire exploitant une boulangerie à Mougins voit l'OPAC préempter son immeuble et annoncer des travaux de mise aux normes électriques et de ravalement de façade. Ces travaux obligent le locataire à fermer 3 mois.

Application pratique:

Ici, les travaux sont sur l'immeuble. Le locataire peut résilier son bail et demander une indemnité d'éviction. Il doit notifier sa décision par lettre recommandée dans les 3 mois suivant la notification des travaux. L'indemnité couvrira la perte d'exploitation et la valeur du fonds.

3

Acquéreur par préemption (collectivité) : projet d'aménagement urbain à Grasse

La commune de Grasse préempte un immeuble pour créer une place publique. Les locataires des commerces de rez-de-chaussée s'estiment perturbés par le chantier et réclament une indemnité.

Application pratique:

La collectivité peut s'appuyer sur cette décision pour refuser les demandes : les travaux d'aménagement de l'environnement ne justifient pas le droit de résiliation. Elle doit documenter le projet pour démontrer que les travaux ne portent pas sur l'immeuble. En cas de contentieux, l'arrêt de 1997 sera un argument solide.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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