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Relation contractuelle et responsabilité civile : quand le contrat n'exclut pas la faute
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Relation contractuelle et responsabilité civile : quand le contrat n'exclut pas la faute

📅 Décision du 21 novembre 2018⚖️ Cour de cassation👁️ 11 vues📖 9 min de lecture

La Cour de cassation rappelle qu'un contrat entre deux parties n'empêche pas la victime de se constituer partie civile pour obtenir réparation d'un dommage causé par une faute, même si le contrat existe. Explications et implications pour les propriétaires, locataires et professionnels de l'immobilier.

Décision de référence : cc • N° 17-81.096 • 2018-11-21 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'un appartement à Salon-de-Provence, et vous signez un contrat de bail avec un locataire. Tout semble clair. Mais un jour, ce locataire cause un dégât des eaux chez le voisin du dessous, parce qu'il a négligé de fermer un robinet avant de partir en week-end. Le voisin, furieux, vous réclame des dommages-intérêts. Mais voilà : le contrat de bail vous lie au locataire, et vous vous demandez si ce contrat ne vous protège pas ou, au contraire, ne vous empêche pas d'attaquer votre locataire en justice. C'est exactement ce type de question que la Cour de cassation a tranchée dans une décision du 21 novembre 2018 (n° 17-81.096).

La question est simple : le simple fait d'avoir un contrat avec la personne qui vous cause un dommage peut-il vous empêcher de vous constituer partie civile (c'est-à-dire de demander réparation devant un tribunal pénal) ? La réponse, que beaucoup ignorent, est non. La Cour de cassation l'affirme clairement : « L'existence d'une relation contractuelle entre l'auteur des faits et la partie civile n'est pas en elle-même de nature à exclure la recevabilité de la constitution de cette dernière. » undefined, même si vous avez signé un contrat, vous pouvez toujours poursuivre l'autre partie pour faute, si cette faute vous a causé un préjudice.

Mais qu'est-ce que ça change exactement pour vous, propriétaire, locataire ou professionnel de l'immobilier ? Dans cet article, je vais décortiquer cette décision, vous expliquer son raisonnement, et surtout vous donner des conseils pratiques pour éviter les litiges ou savoir comment réagir si vous êtes confronté à une situation similaire. Et comme toujours, je prendrai des exemples concrets de notre région, que ce soit à Martigues ou à Salon-de-Provence.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Pour bien comprendre, il faut revenir au contexte de l'affaire. M. Y, un habitant de la région, avait l'habitude de parier sur des matchs de football. Mais un jour, il a fait des paris beaucoup plus importants que d'habitude, et il a perdu. Sauf que ces paris, il les a placés auprès d'un bookmaker avec lequel il avait un contrat. Ce bookmaker, une société de paris sportifs, lui avait ouvert un compte. M. Y a perdu de l'argent, et il a estimé que le bookmaker avait commis une faute en acceptant des paris aussi élevés, sans l'avertir du risque. Il a donc porté plainte et s'est constitué partie civile (c'est-à-dire qu'il a demandé réparation de son préjudice devant le tribunal correctionnel).

Le bookmaker a alors argué que, puisqu'il existait un contrat entre lui et M. Y, la voie pénale était fermée. Selon lui, les litiges contractuels doivent être réglés devant les tribunaux civils, pas devant les tribunaux pénaux. C'est un argument classique : on appelle cela le principe de non-cumul des responsabilités contractuelle et délictuelle (article 1240 du Code civil, qui oblige à réparer le dommage causé par sa faute). Mais la Cour de cassation a rejeté cet argument. Elle a jugé que le contrat n'empêchait pas M. Y de se constituer partie civile, car la faute du bookmaker (avoir accepté des paris excessifs) était une faute délictuelle (une faute indépendante du contrat, qui cause un dommage à autrui).

Ce qui est intéressant, c'est que la décision ne porte pas sur le fond (savoir si le bookmaker a réellement commis une faute), mais sur la recevabilité de la constitution de partie civile. La Cour dit simplement : « Le fait qu'il y ait un contrat ne vous interdit pas d'aller devant le juge pénal pour demander réparation. » C'est une confirmation d'une jurisprudence antérieure, mais qui a des implications très concrètes dans l'immobilier.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur l'article 2 du Code de procédure pénale, qui dispose que « l'action civile en réparation du dommage causé par un crime, un délit ou une contravention appartient à tous ceux qui ont personnellement souffert du dommage directement causé par l'infraction. » Et elle ajoute que l'existence d'un contrat ne fait pas disparaître ce droit, dès lors que le dommage résulte d'une faute qui constitue une infraction pénale.

undefined pour pouvoir se constituer partie civile, il faut trois conditions : un préjudice (un dommage), une faute (qui peut être une infraction pénale), et un lien de causalité entre les deux. Le contrat n'est pas un obstacle. La Cour précise même que la constitution de partie civile est recevable « dès lors que le demandeur se prévaut d'un préjudice personnel et direct, résultant d'une infraction à la loi pénale. »

undefined, c'est que cette décision est en réalité une confirmation d'une jurisprudence constante. Déjà en 2006, la Cour de cassation avait jugé dans un arrêt « B. c/ Sté X » que la victime d'une escroquerie pouvait se constituer partie civile même si elle avait signé un contrat avec l'auteur. L'originalité de la décision de 2018 est qu'elle concerne un contrat de jeu (paris sportifs), mais le principe est transposable à tous les contrats, y compris les baux d'habitation, les contrats de vente, ou les contrats de construction.

Attention toutefois : cela ne signifie pas que toute violation d'un contrat est une infraction pénale. Il faut que la faute soit suffisamment grave pour constituer une infraction (escroquerie, abus de confiance, tromperie, etc.). Mais si c'est le cas, la victime peut choisir la voie pénale, ce qui est souvent plus rapide et plus dissuasif.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour un propriétaire bailleur à Martigues, cette décision est une arme supplémentaire. Imaginons que votre locataire ait sous-loué votre appartement sans votre autorisation, ce qui est une violation du contrat de bail et peut constituer une infraction de « sous-location illicite ». Si le sous-locataire cause des dégradations, vous pouvez non seulement agir au civil (pour résilier le bail), mais aussi vous constituer partie civile au pénal si le locataire a commis une faute pénale (par exemple, une escroquerie en vous cachant la sous-location).

Pour un acquéreur, c'est pareil. Si vous achetez un bien immobilier et que le vendeur vous cache un vice caché (par exemple, une fissure structurelle), vous pouvez l'attaquer au pénal pour tromperie, même si vous avez signé un contrat de vente. La décision vous autorise à vous constituer partie civile pour obtenir des dommages-intérêts, en plus de l'action en garantie des vices cachés.

Pour un copropriétaire, si le syndic commet une faute grave (par exemple, il détourne des fonds), le contrat de syndic ne l'empêche pas d'être poursuivi pénalement. undefined, j'ai rencontré des dossiers où le syndic avait facturé des travaux fictifs : les copropriétaires ont pu se constituer partie civile et obtenir réparation.

Concrètement, si vous êtes dans cette situation, vous devez d'abord rassembler les preuves de la faute (contrat, échanges écrits, photos, témoignages). Ensuite, déposez une plainte pénale auprès du procureur de la République ou directement au tribunal correctionnel. Vous pouvez aussi consulter un avocat pour évaluer la recevabilité de votre constitution de partie civile. Les délais varient : la prescription de l'action publique est généralement de 6 ans pour les délits, mais il faut agir vite.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Rédigez un contrat clair et précis : que ce soit un bail, un compromis de vente ou un contrat de syndic, faites-le relire par un professionnel. Mentionnez les obligations de chaque partie et les conséquences en cas de manquement. Un contrat bien écrit réduit les risques de litige.
  • Documentez tout par écrit : conservez tous les échanges (mails, lettres recommandées, SMS). En cas de problème, ces preuves seront essentielles pour démontrer la faute de l'autre partie.
  • Effectuez des vérifications préalables : avant de signer un bail, vérifiez l'identité du locataire, ses revenus, et son historique. Avant d'acheter, faites réaliser un diagnostic technique (amiante, plomb, termites) par un professionnel indépendant.
  • En cas de litige, agissez sans tarder : si vous constatez une faute, envoyez une mise en demeure (lettre recommandée avec accusé de réception) pour demander réparation. Si la faute persiste, consultez un avocat pour engager une action judiciaire. N'attendez pas que la situation s'aggrave.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une lignée jurisprudentielle déjà bien établie. Par exemple, dans un arrêt du 12 décembre 2000 (n° 99-85.634), la Cour de cassation avait déjà jugé que la victime d'un abus de confiance pouvait se constituer partie civile même si elle avait confié des fonds dans le cadre d'un contrat. De même, dans un arrêt du 8 février 2011 (n° 10-81.585), elle avait admis la recevabilité de la constitution de partie civile d'un investisseur victime d'une escroquerie, malgré l'existence d'un contrat de prêt.

En revanche, il existe une limite : si le préjudice est purement contractuel (par exemple, un retard de livraison sans faute pénale), la voie civile reste la seule possible. La tendance des tribunaux est donc de distinguer entre la simple inexécution contractuelle et la faute pénale. Pour l'avenir, on peut s'attendre à ce que cette jurisprudence soit confirmée, voire étendue à d'autres domaines comme la construction (vices de construction) ou l'assurance (refus abusif d'indemnisation).

Questions fréquentes

Puis-je poursuivre mon locataire au pénal pour loyers impayés ? Non, les loyers impayés sont un litige contractuel civil. Mais si le locataire a volontairement détruit le logement ou commis une escroquerie (en fournissant de faux documents), vous pouvez vous constituer partie civile.

Que faire si mon voisin cause un dégât des eaux ? Si le voisin est locataire, vous pouvez agir contre lui (et contre son assurance) sur le fondement de la responsabilité délictuelle (article 1240 du Code civil). Le contrat de bail entre le propriétaire et le locataire ne vous empêche pas de poursuivre le locataire.

Quels sont les délais pour se constituer partie civile ? Le délai de prescription de l'action publique est de 6 ans pour les délits (comme l'escroquerie), et de 3 ans pour les contraventions. Mais il est recommandé d'agir dès que vous avez connaissance du dommage.

Combien coûte une constitution de partie civile ? Les frais d'avocat varient (compter entre 1 000 et 3 000 € pour une première instance), mais si vous gagnez, le tribunal peut condamner l'auteur à vous rembourser une partie de ces frais. Vous pouvez aussi obtenir des dommages-intérêts.

Dois-je obligatoirement passer par un avocat ? Non, vous pouvez vous constituer partie civile seul, mais l'assistance d'un avocat est fortement recommandée pour constituer un dossier solide et respecter les procédures.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je poursuivre mon locataire au pénal pour loyers impayés ?

Non, les loyers impayés sont un litige contractuel civil. Mais si le locataire a volontairement détruit le logement ou commis une escroquerie (en fournissant de faux documents), vous pouvez vous constituer partie civile.

Que faire si mon voisin cause un dégât des eaux ?

Si le voisin est locataire, vous pouvez agir contre lui (et contre son assurance) sur le fondement de la responsabilité délictuelle (article 1240 du Code civil). Le contrat de bail entre le propriétaire et le locataire ne vous empêche pas de poursuivre le locataire.

Quels sont les délais pour se constituer partie civile ?

Le délai de prescription de l'action publique est de 6 ans pour les délits (comme l'escroquerie), et de 3 ans pour les contraventions. Mais il est recommandé d'agir dès que vous avez connaissance du dommage.

Combien coûte une constitution de partie civile ?

Les frais d'avocat varient (compter entre 1 000 et 3 000 € pour une première instance), mais si vous gagnez, le tribunal peut condamner l'auteur à vous rembourser une partie de ces frais. Vous pouvez aussi obtenir des dommages-intérêts.

Dois-je obligatoirement passer par un avocat ?

Non, vous pouvez vous constituer partie civile seul, mais l'assistance d'un avocat est fortement recommandée pour constituer un dossier solide et respecter les procédures.

Informations juridiques

  • Numéro: 17-81.096
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 21 novembre 2018

Mots-clés

relation contractuellepartie civileresponsabilité civilecontratimmobilierCour de cassationfautepréjudicebailleurlocataire

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire bailleur à Martigues : sous-location illicite

Un locataire sous-loue un appartement à Martigues sans autorisation. Le sous-locataire cause des dégradations (5000 € de réparations). Le propriétaire découvre la sous-location.

Application pratique:

Le propriétaire peut se constituer partie civile au pénal pour sous-location illicite (infraction) et demander réparation. Il doit rassembler les preuves (contrat de bail, photos des dégradations, témoignages) et déposer plainte. Il peut aussi résilier le bail au civil.

2

Acquéreur à Salon-de-Provence : vice caché

Un acheteur acquiert une maison à Salon-de-Provence. Six mois après, il découvre une fissure structurelle que le vendeur avait cachée (réparation : 20 000 €).

Application pratique:

L'acheteur peut poursuivre le vendeur au pénal pour tromperie (article L. 121-1 du Code de la consommation) et se constituer partie civile. Il peut aussi agir au civil pour garantie des vices cachés. Il doit faire réaliser une expertise et conserver tous les documents.

3

Copropriétaire à Marseille : détournement de fonds par le syndic

Le syndic d'une copropriété à Marseille facture des travaux fictifs pour 15 000 €. Les copropriétaires découvrent l'escroquerie.

Application pratique:

Les copropriétaires peuvent se constituer partie civile pour escroquerie. Ils doivent réunir les preuves (factures, relevés bancaires) et déposer plainte. Le syndic peut être condamné à rembourser et à payer des dommages-intérêts.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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