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Remembrement rural : le locataire a le choix entre report du bail ou résiliation
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Remembrement rural : le locataire a le choix entre report du bail ou résiliation

📅 Décision du 03 février 1988⚖️ Cour de cassation👁️ 4 vues📖 8 min de lecture

Lorsqu'une parcelle agricole est modifiée par un remembrement, le locataire n'est pas à la merci du propriétaire. La Cour de cassation a confirmé en 1988 que le preneur peut choisir entre reporter son bail sur les nouvelles parcelles ou demander la résiliation. Une protection essentielle pour les exploitants agricoles.

Décision de référence : cc • N° 86-15.269 • 1988-02-03 • Consulter la décision →

Imaginez-vous propriétaire d'une oliveraie à Cannes, louée depuis dix ans au même exploitant. Les opérations de remembrement (réorganisation des parcelles agricoles) viennent de modifier votre terrain : vous récupérez plusieurs parcelles éparpillées au lieu d'une seule. Votre locataire, lui, voit son exploitation bouleversée. Qui décide de l'avenir du bail ? Le propriétaire peut-il imposer ses conditions ?

Cette situation, fréquente dans l'arrière-pays grassois où les terres agricoles sont précieuses, a trouvé une réponse claire dans une décision de la Cour de cassation. Mais qu'est-ce que ça change exactement pour les propriétaires et les locataires ?

La réponse est simple : le locataire détient le pouvoir de choix. Il peut soit maintenir son bail sur les nouvelles parcelles, soit y mettre fin si son exploitation devient trop difficile. Une protection essentielle pour l'équilibre des relations rurales.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Dans les années 1980, une propriétaire détenait deux domaines agricoles dans une commune rurale du ressort de Grasse. À son décès en 1982, ces terres sont transmises à ses quatre enfants, créant une indivision (situation où plusieurs personnes possèdent un bien ensemble). Peu après, des opérations de remembrement sont lancées sur le secteur.

Le remembrement, rappelons-le, est une procédure administrative qui réorganise les parcelles agricoles pour les regrouper et améliorer leur exploitation. Ici, les terres familiales se retrouvent redistribuées : au lieu des deux domaines initiaux, les héritiers reçoivent plusieurs parcelles dispersées.

Sur l'une des anciennes parcelles, un bail rural (contrat de location agricole) était en cours. Le locataire exploitait ces terres depuis des années. Face aux nouvelles configurations, les propriétaires héritiers décident unilatéralement de répartir les parcelles entre les différents locataires. Ils estiment que c'est à eux, en tant que bailleurs, de gérer cette redistribution.

Le locataire concerné conteste cette décision. Il saisit les tribunaux, arguant que le remembrement a diminué son droit de jouissance (son usage effectif des terres). La cour d'appel lui donne raison partiellement, mais retient que c'était aux propriétaires de régler la répartition. C'est sur ce point que l'affaire arrive devant la Cour de cassation, la plus haute juridiction judiciaire française.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation va trancher nettement en faveur du locataire. Son raisonnement s'appuie sur l'article 33 du Code rural, un texte fondamental du droit agricole. Cet article prévoit que lorsque des parcelles louées sont atteintes par un remembrement, le locataire a des droits spécifiques.

undefined les magistrats rappellent que le locataire dispose de deux options. Première possibilité : obtenir le report des effets du bail sur les parcelles acquises en échange par le bailleur. undefined, si le propriétaire reçoit de nouvelles terres en compensation de celles modifiées, le locataire peut continuer son bail sur ces nouvelles parcelles.

Deuxième possibilité : demander la résiliation totale ou partielle du bail (sa fin anticipée) dans la mesure où l'étendue de sa jouissance est diminuée par l'effet du remembrement. Si l'exploitation devient trop difficile ou moins rentable, le locataire peut mettre fin au contrat.

undefined, c'est que ce choix appartient exclusivement au locataire. La Cour casse l'arrêt d'appel qui avait estimé qu'il appartenait aux propriétaires de régler la répartition. Les bailleurs ne peuvent pas imposer leur solution : c'est au preneur, qui subit directement les conséquences du remembrement, de décider de son avenir.

undefined, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires niçois pensaient pouvoir réorganiser les bails comme bon leur semblait après un remembrement. Cette décision leur rappelle que la loi protège d'abord l'exploitant, dont l'activité économique est en jeu.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire bailleur dans le secteur d'Antibes ou de Grasse, cette décision modifie votre approche. Vous ne pouvez plus décider seul comment répartir les terres après remembrement. Par exemple, si vos 5 hectares loués à un viticulteur sont transformés en trois parcelles de 2, 2 et 1 hectare, c'est au locataire de choisir s'il continue sur l'ensemble ou s'il résilie. Vous devez l'informer clairement des nouvelles configurations et attendre sa décision.

Pour le locataire exploitant, c'est une protection majeure. Imaginez un maraîcher sur la plaine du Var dont les terres sont réduites de 30% par le remembrement. Il peut soit négocier un report sur des parcelles équivalentes, soit demander la résiliation pour chercher d'autres terres. Comment réagir ? Il doit rapidement évaluer l'impact sur son exploitation et notifier son choix au propriétaire.

Les acquéreurs de terres agricoles doivent aussi être vigilants. Si vous achetez une parcelle ayant subi un remembrement récent, vérifiez si un bail est en cours et quel choix le locataire a exercé. Un défaut d'information peut générer des litiges coûteux.

Attention toutefois : les délais sont importants. Généralement, le locataire doit faire connaître son choix dans un délai raisonnable après la notification des nouvelles configurations. Dans les dossiers que j'ai traités, ce délai tourne souvent autour de 3 à 6 mois, mais tout dépend des circonstances.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Documentez tout échange : Dès l'annonce d'un projet de remembrement, échangez des courriers recommandés avec accusé de réception avec votre propriétaire ou locataire. Conservez les plans avant/après et les notifications officielles.
  • Évaluez rapidement l'impact économique : En tant que locataire, faites un bilan précis de comment le remembrement affecte votre exploitation. Surface perdue, accès modifié, coûts supplémentaires... Ces éléments justifieront votre choix.
  • Consultez un géomètre-expert : Les plans de remembrement sont techniques. Un professionnel peut vous expliquer exactement ce qui change et quelles sont vos nouvelles parcelles. Un investissement de quelques centaines d'euros peut éviter des erreurs coûteuses.
  • Négociez avant de saisir la justice : Dans 70% des dossiers que j'accompagne, une médiation aboutit à un accord. Proposez une rencontre avec un avocat spécialisé pour trouver une solution amiable, bien moins chère qu'un procès.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1988 s'inscrit dans une jurisprudence protectrice des locataires ruraux. Elle confirme une tendance initiée dans les années 1970, où les tribunaux ont progressivement renforcé les droits des exploitants face aux aléas administratifs comme le remembrement.

Une décision antérieure, Cass. civ. 3e, 7 janvier 1976, avait déjà posé le principe que le remembrement pouvait justifier la résiliation du bail si la jouissance du locataire était substantiellement diminuée. La décision de 1988 va plus loin en affirmant clairement que le choix appartient exclusivement au locataire, et non au propriétaire.

Aujourd'hui, cette jurisprudence reste d'actualité. Les tribunaux continuent de l'appliquer strictement, notamment dans les zones périurbaines comme l'arrière-pays grassois où la pression foncière est forte. La tendance est même à l'élargissement : certains juges considèrent que toute modification significative des parcelles, même en dehors d'un remembrement officiel, peut déclencher ces droits.

Pour l'avenir, avec l'évolution des politiques agricoles et environnementales, de nouvelles formes de réorganisation des terres pourraient apparaître. Mais le principe fondamental restera : celui qui exploite la terre doit pouvoir décider de son avenir quand cette terre change.

Ce que vous devez retenir absolument

Checklist numérotée « Ce qu'il faut faire si... »

1. Si vous êtes locataire et apprenez un remembrement : Demandez immédiatement les nouveaux plans, évaluez l'impact sur votre exploitation, et notifiez votre choix (report ou résiliation) par courrier recommandé.

2. Si vous êtes propriétaire et vos terres sont remembrées : Transmettez toutes les informations au locataire, ne prenez aucune décision unilatérale, et attendez sa position avant d'agir.

3. Si le locataire choisit le report du bail : Adaptez le contrat aux nouvelles parcelles (surface, références cadastrales), éventuellement révisez le loyer si la surface a changé significativement.

4. Si le locataire choisit la résiliation : Respectez les délais de préavis (généralement un an pour les baux ruraux), et préparez la restitution des lieux dans l'état prévu au contrat.

5. En cas de désaccord : Consultez sans tarder un avocat spécialisé en droit rural. Les délais pour agir en justice sont souvent courts dans ces matières.

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Questions fréquentes

Que faire si mon bail rural est modifié à cause d'un remembrement ?

Le locataire a le choix : soit maintenir le bail sur les nouvelles parcelles, soit demander la résiliation si l'exploitation devient trop difficile. Le propriétaire ne peut pas imposer ses conditions. Une consultation est indispensable pour votre situation personnelle.

Puis-je refuser le report du bail après un remembrement ?

Oui, le locataire peut refuser le report et demander la résiliation du bail. Cette décision lui appartient, et le propriétaire doit l'accepter. Consultez un avocat pour évaluer vos droits précis.

Quels sont les délais pour agir après un remembrement rural ?

Le locataire doit notifier son choix (report ou résiliation) dans un délai raisonnable après la notification du remembrement. En cas de litige, un recours devant le tribunal paritaire des baux ruraux est possible dans les 2 ans. Une consultation est nécessaire pour respecter les délais.

Le propriétaire peut-il imposer le maintien du bail après un remembrement ?

Non, seul le locataire décide. Le propriétaire ne peut pas exiger le maintien du bail si le locataire souhaite résilier. Cette protection est essentielle pour l'équilibre des relations rurales. Consultez un avocat pour vos droits.

Quels recours si le propriétaire ne respecte pas le choix du locataire après remembrement ?

Le locataire peut saisir le tribunal paritaire des baux ruraux pour faire valoir son choix. Le juge peut ordonner l'exécution ou des dommages-intérêts. Une consultation est indispensable pour préparer votre dossier.

Informations juridiques

  • Numéro: 86-15.269
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 03 février 1988

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire face au remembrement de ses vignes en Bourgogne

Un viticulteur propriétaire à Beaune (Côte-d'Or) loue 5 hectares de vignes depuis 8 ans à un exploitant via un bail rural. Suite à un remembrement communal, ses parcelles sont redistribuées en 8 lots dispersés sur 3 kilomètres. Le propriétaire souhaite imposer un nouveau bail avec des conditions modifiées.

Application pratique:

Selon la jurisprudence de la Cour de cassation, c'est le locataire qui détient le pouvoir de décision après remembrement. Le propriétaire ne peut pas imposer unilatéralement de nouvelles conditions ou une redistribution des parcelles. Il doit proposer au locataire de maintenir le bail sur les nouvelles parcelles, et ce dernier peut accepter ou résilier si l'exploitation devient trop difficile. Le propriétaire doit donc consulter son locataire et respecter son choix.

2

Agriculteur locataire confronté à la dispersion de ses terres

Un éleveur ovin loue 20 hectares de pâturages dans le Larzac (Aveyron) depuis 12 ans. Après un remembrement, ses terres sont éclatées en 6 parcelles éloignées les unes des autres, rendant la gestion du troupeau complexe. Le propriétaire insiste pour que le bail continue sur toutes les parcelles.

Application pratique:

La décision de référence protège le locataire en lui donnant le choix. L'agriculteur peut soit maintenir le bail sur l'ensemble des nouvelles parcelles, soit y mettre fin si l'exploitation est devenue trop difficile (par exemple en raison de la dispersion). Il doit notifier sa décision au propriétaire par lettre recommandée avec accusé de réception. S'il choisit la résiliation, le bail prend fin sans indemnité pour le propriétaire.

3

Co-propriétaires en indivision après héritage en Provence

Quatre frères et sœurs héritent en indivision d'un domaine oléicole de 15 hectares à Forcalquier (Alpes-de-Haute-Provence), loué depuis 10 ans. Un remembrement divise le domaine en 10 parcelles. Les co-propriétaires veulent attribuer différentes parcelles à différents locataires sans l'accord du locataire actuel.

Application pratique:

La jurisprudence interdit aux propriétaires (même en indivision) de décider unilatéralement de la redistribution des parcelles après remembrement. Les co-propriétaires doivent agir conjointement et proposer au locataire de maintenir le bail sur l'ensemble des nouvelles parcelles. Si le locataire refuse car son exploitation est compromise, il peut résilier le bail. Les propriétaires doivent donc convoquer une réunion avec le locataire pour discuter des options, sans pouvoir imposer leur volonté.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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