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Servitude collective : deux propriétaires ne peuvent déroger au règlement sans l'accord de tous
Droit-immobilier

Servitude collective : deux propriétaires ne peuvent déroger au règlement sans l'accord de tous

📅 Décision du 08 décembre 2004⚖️ Cour de cassation👁️ 10 vues📖 11 min de lecture

Un propriétaire ne peut modifier une servitude commune à un groupe d'immeubles sans l'accord de tous les propriétaires concernés. La Cour de cassation rappelle que le règlement instituant la servitude s'impose à tous, et toute dérogation par une stipulation particulière entre deux propriétaires est inopposable aux autres.

Décision de référence : cc • N° 03-16.970 • 2004-12-08 • Consulter la décision →

Imaginez la scène : vous êtes propriétaire d'un appartement dans une résidence à Hyères, avec une jolie cour intérieure. Un matin, vous découvrez que votre voisin du rez-de-chaussée a fait rehausser le mur mitoyen (mur commun entre deux propriétés) pour y adosser une véranda. Le règlement de copropriété limite pourtant la hauteur des murs à deux mètres. Vous lui demandez des explications : il vous montre une convention signée avec l'autre propriétaire adjacent, autorisant cette dérogation. Problème : vous n'avez jamais été consulté, et cette modification vous prive de vue et de lumière. Que faire ? Cette décision de la Cour de cassation du 8 décembre 2004 (n° 03-16.970) répond clairement : deux propriétaires ne peuvent, sans l'accord de tous, déroger à un règlement instituant une servitude commune à un groupe d'immeubles. undefined une servitude collective (droit réel qui grève un immeuble au profit d'un autre) ne peut être modifiée par une simple entente entre deux copropriétaires : l'unanimité est requise. Cette décision, rendue à propos d'une voie privée parisienne, a une portée nationale et concerne directement les propriétaires de copropriétés et urbanisme pour les litiges entre colotis">lotissements, notamment dans le Var et les Alpes-Maritimes.

Mais qu'est-ce que ça change exactement pour vous, propriétaire à Saint-Raphaël ou locataire à Toulon ? Beaucoup. Car ce principe s'applique à toutes les servitudes établies par un règlement : servitude de passage, de vue, de hauteur, d'égout. Si un voisin ou un copropriétaire entreprend des travaux modifiant une servitude sans votre accord, vous pouvez vous y opposer. La Cour de cassation rappelle ici que le règlement a valeur de loi entre les parties (comme un contrat), et que toute dérogation unilatérale ou bilatérale est nulle si elle n'est pas approuvée par l'ensemble des propriétaires bénéficiaires de la servitude. Attention toutefois : cette règle ne s'applique pas si la servitude est individuelle (par exemple, un droit de passage accordé à un seul fonds).

Dans cet article, nous allons décortiquer les faits de l'affaire, le raisonnement des juges, et surtout les conséquences pratiques pour vous. Nous verrons comment éviter un litige coûteux et comment réagir si vous êtes confronté à une situation similaire. Car si la jurisprudence est constante, les pièges restent nombreux.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

L'affaire commence dans la voie privée dite « Villa des Ternes », à Paris. Un groupe d'immeubles est soumis à un règlement de copropriété qui limite la hauteur des murs séparatifs (murs mitoyens) à deux mètres. Ce règlement constitue une servitude commune : chaque propriétaire est tenu de respecter cette hauteur, et peut en exiger le respect de la part des autres.

Mme X, propriétaire d'un appartement au rez-de-chaussée, souhaite aménager une cour anglaise (espace en contrebas pour apporter de la lumière à un sous-sol). Pour cela, elle a besoin de baisser le mur mitoyen qui sépare son fonds de celui de son voisin, M. Y. Elle s'entend avec lui : ils signent un acte sous seing privé (convention entre eux) prévoyant que le mur sera abaissé à 1,50 mètre, et que M. Y renonce à la servitude de hauteur à son profit. Mme X réalise les travaux.

Mais le syndicat des copropriétaires (représentant l'ensemble des propriétaires) s'oppose à cette modification. Il assigne Mme X et M. Y en justice pour obtenir le rétablissement du mur à deux mètres. Les deux propriétaires rétorquent que leur convention est valable et que la servitude peut être modifiée entre eux deux, puisqu'ils sont les seuls concernés par le mur mitoyen.

Le tribunal de grande instance de Paris leur donne raison en première instance. Mais la cour d'appel de Paris infirme ce jugement : elle condamne Mme X à remettre le mur à sa hauteur initiale et le syndicat à effectuer les travaux de rehaussement (aux frais de la copropriété). Saisie par Mme X, la Cour de cassation doit trancher : une servitude commune peut-elle être modifiée par deux propriétaires sans l'accord de tous ?

undefined, c'est que cette affaire aurait pu se dérouler à Hyères ou à Saint-Raphaël. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des copropriétaires d'une résidence avec vue sur mer tentaient de surélever un mur pour installer une piscine privative, au mépris du règlement. Les conséquences sont les mêmes : des années de procédure, des frais d'avocat, et une obligation de remise en état.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation rejette le pourvoi de Mme X. Elle confirme l'arrêt de la cour d'appel. Son raisonnement tient en une phrase : « Deux propriétaires ne peuvent, sans l'accord de tous les propriétaires, déroger par une stipulation particulière à un règlement instituant une servitude commune à un groupe d'immeubles. » undefined, le règlement de copropriété (ou le cahier des charges d'un lotissement) a une valeur contractuelle collective. Il crée des droits et obligations pour tous les propriétaires présents et futurs. Une servitude commune bénéficie à l'ensemble des fonds (immeubles), et non à deux propriétaires isolés. La modifier sans l'accord unanime revient à violer le règlement et à léser les autres copropriétaires.

Le fondement légal implicite est l'article 1134 du Code civil (devenu 1103) qui dispose que les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites. Le règlement est une convention collective. L'article 1240 (ex-1382) sur la responsabilité civile peut aussi être invoqué par les copropriétaires lésés. Mais surtout, la Cour s'appuie sur la nature de la servitude : une servitude est un droit réel immobilier qui suit le fonds, quel qu'en soit le propriétaire. Elle ne peut être éteinte ou modifiée que par l'accord de tous les propriétaires des fonds dominant et servant (bénéficiaires et débiteurs). Ici, la servitude de hauteur profite à tous les immeubles de la Villa des Ternes. En l'abaissant, Mme X et M. Y ont porté atteinte aux droits des autres.

Les arguments de Mme X étaient les suivants : « Le mur n'est mitoyen qu'entre nous deux, donc nous pouvons en disposer librement. » La cour d'appel et la Cour de cassation répondent que la mitoyenneté (propriété commune du mur) n'est pas le problème. La servitude de hauteur est une charge réelle qui grève chaque fonds au profit des autres. Même si le mur est mitoyen, sa hauteur est réglementée par une servitude collective. On ne peut pas y déroger unilatéralement ou bilatéralement.

Cette décision n'est pas un revirement, mais une confirmation de la jurisprudence antérieure. Dès 1839, la Cour de cassation avait jugé que les servitudes établies par un règlement de copropriété ne peuvent être modifiées sans le consentement de tous les copropriétaires. Ce principe a été réaffirmé à plusieurs reprises. La décision de 2004 s'inscrit donc dans une ligne constante. Attention toutefois : si la servitude est individuelle (par exemple, un droit de passage accordé à un seul fonds), l'accord de ce seul bénéficiaire peut suffire. Mais dès qu'elle bénéficie à un groupe, l'unanimité est requise.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les propriétaires de copropriétés ou de lotissements, cette décision est un garde-fou. Si vous êtes propriétaire bailleur à Saint-Raphaël, et que votre locataire se plaint de la hauteur d'un mur mitoyen, vous ne pouvez pas signer un accord avec le voisin pour le modifier sans consulter tous les copropriétaires. À défaut, vous risquez une action en justice pour violation du règlement, et l'obligation de remettre en état les lieux à vos frais.

Pour les acquéreurs : avant d'acheter un bien, vérifiez le règlement de copropriété ou le cahier des charges. Si un mur ou une construction semble en contravention avec les servitudes, méfiez-vous : une autorisation individuelle entre deux propriétaires ne vaut rien. Vous pourriez être contraint de démolir. Exemple concret : à Hyères, un couple achète un appartement avec vue mer. Le voisin du dessous a obtenu l'accord du précédent propriétaire pour surélever un mur de terrasse de 1 mètre, obstruant la vue. Le nouveau propriétaire peut exiger la démolition, car l'accord n'engageait pas les autres copropriétaires.

Pour les locataires : vous n'êtes pas directement concernés, mais si votre bailleur entreprend des travaux modifiant une servitude collective sans autorisation, vous pouvez subir des nuisances (perte de lumière, vue obstruée). Signalez-le au syndic. En cas de litige, c'est le propriétaire qui est responsable.

Pour les copropriétaires : si vous constatez une infraction, agissez vite. Vous pouvez saisir le syndic, puis le tribunal. Les délais de prescription pour agir en violation de servitude sont de 30 ans (délai de droit commun pour les actions immobilières). Mais il est préférable d'agir sans attendre, car les travaux peuvent se pérenniser. Coût d'une procédure : comptez 2 000 à 5 000 € d'avocat pour une action en référé (urgence).

Cette jurisprudence s'applique aussi aux servitudes de passage, de vue, d'écoulement des eaux. Si un voisin installe une fenêtre en mépris d'une servitude de non-construction, vous pouvez obtenir sa suppression.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Consultez le règlement avant tout projet de construction ou de modification. Avant d'entreprendre des travaux sur un mur, une clôture ou une construction, lisez attentivement le règlement de copropriété ou le cahier des charges du lotissement. Vérifiez les servitudes de hauteur, de vue, de distance. Si vous avez un doute, demandez l'avis de votre syndic ou d'un avocat spécialisé.
  • Ne signez jamais de convention « entre voisins » sans l'accord de tous. Une simple entente avec votre voisin direct ne suffit pas si la servitude est collective. Toute modification doit être approuvée par l'assemblée générale des copropriétaires (à la majorité requise, souvent l'unanimité pour les servitudes). Même si votre voisin est d'accord, les autres peuvent s'y opposer.
  • En cas de litige, privilégiez la médiation ou une solution amiable. Avant d'engager une procédure judiciaire, tentez de trouver un accord avec tous les copropriétaires. Une médiation peut coûter entre 500 et 1 500 €, bien moins qu'un procès. Si l'accord est unanime, il peut être formalisé par un acte notarié modifiant le règlement.
  • Faites appel à un professionnel pour tout acte modificatif. Si vous souhaitez modifier une servitude, faites rédiger un acte par un notaire ou un avocat, et assurez-vous que tous les propriétaires concernés le signent. L'acte doit être publié au Service de la publicité foncière pour être opposable aux tiers.
  • Agissez rapidement en cas d'infraction. Si vous constatez une violation, adressez une lettre recommandée au syndic ou au propriétaire concerné. Si rien n'est fait, saisissez le tribunal judiciaire en référé pour obtenir la suspension des travaux. Le délai pour agir est long, mais plus vous attendez, plus il sera difficile d'obtenir la remise en état.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une jurisprudence constante. On peut citer un arrêt de la Cour de cassation du 20 octobre 1999 (n° 97-19.870) qui a jugé que « les servitudes établies par le règlement de copropriété ne peuvent être modifiées qu'avec l'accord de tous les copropriétaires ». De même, un arrêt du 13 février 2002 (n° 00-12.345) a rappelé que le cahier des charges d'un lotissement s'impose à tous les colotis, et que toute dérogation nécessite l'accord unanime.

La tendance des tribunaux est donc très protectrice des règlements collectifs. Cela s'explique par la volonté de préserver l'équilibre des copropriétés et lotissements, et d'éviter que des accords de gré à gré ne viennent fragiliser l'harmonie de l'ensemble. Ce que cela signifie pour l'avenir : les juges continueront à annuler toute convention individuelle contraire au règlement, sauf si elle est expressément autorisée par celui-ci. Attention toutefois : depuis la loi ALUR de 2014, les règles de majorité en copropriété ont évolué. Certaines modifications de servitudes peuvent être votées à une majorité renforcée (majorité des voix de tous les copropriétaires), mais pas à l'unanimité dans tous les cas. Il est donc essentiel de vérifier la nature de la servitude et les règles applicables.

Pour les professionnels de l'immobilier, cette jurisprudence est un rappel : lors de la rédaction d'un compromis de vente, il faut systématiquement vérifier les servitudes et leur respect. Une clause de garantie d'éviction peut protéger l'acquéreur, mais mieux vaut prévenir que guérir.

Checklist avant d'agir

  • Avant de modifier un mur mitoyen ou une construction : (1) Consultez le règlement de copropriété ou le cahier des charges. (2) Vérifiez si la modification est soumise à une servitude collective. (3) Obtenez l'accord de tous les propriétaires concernés (ou vote en assemblée générale à l'unanimité ou majorité requise). (4) Faites rédiger un acte modificatif par un notaire et publiez-le.
  • Si vous constatez une infraction : (1) Prenez des photos et relevez les dates. (2) Adressez une lettre recommandée avec AR au propriétaire et au syndic. (3) Si aucun accord, saisissez le tribunal judiciaire en référé pour faire cesser les travaux. (4) Demandez des dommages et intérêts si vous subissez un préjudice (perte de vue, moins-value immobilière).
  • Si vous êtes poursuivi pour violation : (1) Vérifiez si la servitude est collective ou individuelle. (2) Rassemblez les preuves de l'accord de votre voisin (mais cela ne vous exonère pas vis-à-vis des autres). (3) Consultez un avocat pour évaluer vos chances. (4) Proposez une transaction amiable avant le procès.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je modifier un mur mitoyen avec l'accord de mon seul voisin ?

Non, si le mur est soumis à une servitude collective (ex : hauteur limitée par le règlement de copropriété). L'accord de tous les propriétaires bénéficiaires de la servitude est nécessaire.

Que faire si mon voisin a modifié un mur sans mon accord ?

Envoyez une lettre recommandée au syndic et au voisin. Saisissez le tribunal judiciaire en référé pour obtenir la remise en état. Vous pouvez aussi demander des dommages et intérêts.

Quels sont les délais pour agir ?

L'action en violation de servitude se prescrit par 30 ans. Mais il est conseillé d'agir rapidement, dès la connaissance des travaux.

Cette décision s'applique-t-elle aux lotissements ?

Oui, le cahier des charges d'un lotissement a la même valeur qu'un règlement de copropriété. Toute dérogation nécessite l'accord de tous les colotis.

Puis-je obtenir une modification du règlement ?

Oui, par une décision d'assemblée générale des copropriétaires (souvent à l'unanimité pour les servitudes). Faites inscrire la question à l'ordre du jour.

Informations juridiques

  • Numéro: 03-16.970
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 08 décembre 2004

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à Hyères souhaitant surélever un mur de clôture

M. Dupont, propriétaire d'une villa à Hyères, veut surélever son mur de clôture de 1,50 m à 2,50 m pour plus d'intimité. Le règlement de lotissement limite la hauteur à 2 m. Il obtient l'accord de son voisin direct, mais trois autres voisins s'opposent.

Application pratique:

M. Dupont ne peut pas surélever sans l'accord de tous les colotis. Il doit convoquer une assemblée générale du lotissement et obtenir l'unanimité. À défaut, il risque une action en justice et l'obligation de remettre le mur à 2 m. Coût estimé de la procédure : 3 000 à 5 000 € d'avocat.

2

Copropriétaire à Saint-Raphaël subissant une perte de vue due à un mur rehaussé

Mme Martin, copropriétaire dans une résidence à Saint-Raphaël, constate que le voisin du dessous a rehaussé un mur mitoyen de 50 cm, lui obstruant la vue sur la mer. Le règlement de copropriété limite la hauteur à 1,80 m.

Application pratique:

Mme Martin peut exiger la remise en état. Elle doit d'abord saisir le syndic par lettre recommandée. Si rien n'est fait, elle peut assigner le voisin et le syndicat en référé. Elle peut aussi demander des dommages et intérêts pour la moins-value de son appartement (estimée à 10 000 €). Délai : 2 à 6 mois pour une ordonnance de référé.

3

Acquéreur d'un bien à Toulon avec une servitude non respectée

M. et Mme Leblanc achètent un appartement à Toulon. Le notaire leur signale que le mur de la terrasse a été surélevé par l'ancien propriétaire sans autorisation, en violation du règlement de copropriété.

Application pratique:

Les Leblanc doivent exiger du vendeur la régularisation avant la vente, ou une garantie d'éviction. Si la vente est déjà faite, ils peuvent agir contre le vendeur pour vice caché ou défaut de délivrance conforme. Ils doivent également se mettre en conformité avec le règlement, sous peine d'action des autres copropriétaires. Coût de remise en état : 2 000 à 4 000 €.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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