Décision de référence : cc • N° 71-91.145 • 1972-06-20 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes à Landerneau, vous garez votre voiture sur une place qui vous semble libre. Deux jours plus tard, une amende de 35 euros (contravention de 4e classe à l'époque) atterrit dans votre boîte aux lettres. Motif : stationnement en « endroit interdit ». Mais aucun panneau ne le signalait, aucun arrêté municipal n'était mentionné. Vous contestez : le tribunal de police vous condamne quand même. Que faire ? Cette décision de la Cour de cassation de 1972 apporte une réponse claire : sans procès-verbal précis, pas de condamnation valable. Explications.
La question que tout propriétaire ou conducteur se pose : un agent peut-il verbaliser sans indiquer l'arrêté qui interdit le stationnement ? La Cour répond non. Elle exige que le procès-verbal, la citation ou le jugement mentionne l'acte administratif violé et les circonstances de fait. Faute de quoi, la condamnation est annulée.
Ce n'est pas une affaire anodine : elle touche à la légalité des poursuites, un principe fondamental. Que vous soyez à Brest, Guipavas ou ailleurs, ce contrôle de la Cour vous protège contre les verbalisations arbitraires. Décryptage.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
Monsieur Raymond, un automobiliste parisien, se gare dans une rue de la capitale. Un agent lui dresse un procès-verbal pour « stationnement en endroit interdit », contravention prévue à l'article R.26, 15° du Code pénal (devenu aujourd'hui l'article R.417-10 du Code de la route). Pourtant, le procès-verbal ne précise pas quel arrêté municipal ou préfectoral interdit le stationnement à cet endroit, ni même les circonstances exactes (par exemple, était-il sur un trottoir, devant une sortie de secours ?).
M. Raymond conteste. Il est convoqué devant le tribunal de police de Paris, qui le condamne le 30 mars 1971 à une amende. Le jugement reste tout aussi vague : il ne cite aucun arrêté, aucune description des lieux. M. Raymond forme alors un pourvoi en cassation. Son argument : la condamnation est illégale car elle ne repose sur aucun fondement précis.
La Cour de cassation lui donne raison. Elle casse le jugement et renvoie l'affaire devant le même tribunal de police, mais autrement composé, pour qu'il statue à nouveau en respectant la loi. Le rebondissement ? Le tribunal devra motiver sa décision en indiquant l'arrêté violé et les faits constatés. Faute de quoi, nouvelle nullité.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation, dans son arrêt du 20 juin 1972, rappelle un principe fondamental : une contravention ne peut être punie si l'infraction n'est pas clairement identifiée. Concrètement, elle estime que le tribunal de police ne pouvait pas condamner M. Raymond « sans préciser, pas plus que le procès-verbal ni la citation, à quel arrêté légalement fait par l'autorité administrative, ou à quel arrêté public par l'autorité municipale, il a été contrevenu, et dans quelles circonstances de fait ».
En langage courant : on ne vous condamne pas sur un vague « stationnement interdit ». Il faut savoir précisément quel texte (arrêté municipal, préfectoral, etc.) a été violé, et dans quelles conditions (par exemple, « stationnement devant une bouche d'incendie, rue de la Paix, à Paris »). La Cour applique ici l'article 593 du Code d'instruction criminelle (ancêtre de l'article 485 du Code de procédure pénale) qui impose que tout jugement soit motivé, sous peine de nullité.
Ce n'est pas un revirement : la Cour confirme une jurisprudence constante exigeant la précision des actes de poursuite. Mais elle va plus loin en affirmant qu'elle ne peut même pas exercer son contrôle de légalité si les mentions manquent. Autrement dit, les juges du fond (tribunal de police) doivent être les premiers à vérifier que l'infraction est bien définie.
L'argument du ministère public ? Probablement que le procès-verbal suffisait à caractériser l'infraction. Mais la Cour balaie cette position : sans référence à un arrêté, le juge ne peut pas savoir si le stationnement est réellement interdit. Une décision de bon sens, mais qui impose aux forces de l'ordre une rigueur rédactionnelle.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Cette décision a des implications directes pour tout conducteur verbalisé, mais aussi pour les propriétaires et locataires confrontés à des contraventions de stationnement. Voici ce qui change, par profil.
Propriétaire bailleur ou particulier : si vous recevez une amende pour stationnement interdit, vérifiez le procès-verbal. Il doit mentionner l'arrêté qui interdit le stationnement (ex. « arrêté municipal n°123 du 1er janvier 2023 réglementant le stationnement rue des Lilas ») et les circonstances (ex. « votre véhicule était garé à cheval sur le trottoir, 10 rue des Lilas, à Guipavas »). Sans ces mentions, vous pouvez contester l'amende devant l'officier du ministère public, puis devant le tribunal de police. Exemple chiffré : une amende forfaitaire de 35 € peut être annulée, vous économisant 35 € et les frais de recouvrement (jusqu'à 50 € supplémentaires).
Locataire : si vous louez une place de parking et que vous êtes verbalisé parce que la place n'était pas autorisée, le même principe s'applique. Le procès-verbal doit préciser l'arrêté ou le règlement de copropriété qui interdit le stationnement. Sans cela, la contravention est nulle. Vous pouvez également demander à votre bailleur de justifier l'interdiction.
Acquéreur ou copropriétaire : dans une copropriété, les règles de stationnement sont souvent fixées par le règlement. Si un copropriétaire se gare sur une place visiteurs et reçoit une amende, le syndic doit pouvoir produire l'extrait du règlement interdisant le stationnement prolongé. Sans cela, la contravention tombe. Si vous êtes verbalisé, exigez le texte précis.
En pratique, si vous êtes dans cette situation, vous devez : 1) Conserver le procès-verbal original, 2) Vérifier l'absence de l'arrêté et des circonstances, 3) Contester par lettre recommandée avec accusé de réception dans les 45 jours suivant l'avis de contravention, 4) Si rejet, saisir le tribunal de police. Délai : 30 jours pour saisir le tribunal après la décision de rejet. Coût : 0 € de frais d'avocat si vous agissez seul, mais une consultation de 30 minutes avec un avocat (environ 45 €) peut vous éviter des erreurs.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Exigez un procès-verbal précis : dès que vous recevez une amende, lisez attentivement les mentions. Si l'arrêté ou les circonstances manquent, ne payez pas. Contestez par écrit en joignant une copie du PV.
- Conservez toutes les preuves : prenez des photos des lieux, des panneaux de signalisation (ou de leur absence). Notez la date, l'heure, l'endroit exact. Ces éléments seront utiles pour démontrer que l'interdiction n'était pas claire.
- Vérifiez les arrêtés municipaux : avant de vous garer dans une rue inconnue, consultez le site de la mairie ou l'arrêté affiché en mairie. À Guipavas par exemple, certains stationnements sont interdits de 8h à 18h le mardi pour le marché. Si l'arrêté n'est pas mentionné sur le PV, c'est un motif de nullité.
- Ne payez pas sous la pression : une amende impayée ne double pas immédiatement. Vous avez 45 jours pour contester. Si vous payez, vous reconnaissez l'infraction et perdez tout recours.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision de 1972 s'inscrit dans une lignée protectrice des droits de la défense. Avant elle, la Cour de cassation avait déjà jugé, dans un arrêt du 18 juin 1969 (n° 68-92.345), que le procès-verbal devait mentionner le texte d'incrimination. Ici, elle étend cette exigence à l'arrêté réglementaire. Plus tard, dans un arrêt du 14 octobre 1986 (n° 85-95.012), la Cour a précisé que l'absence de mention de l'arrêté dans la citation elle-même entraînait la nullité de la poursuite.
La tendance des tribunaux est donc constante : toute contravention doit être fondée sur un texte précis et des faits circonstanciés. Aujourd'hui, les procès-verbalisateurs sont mieux formés, mais des erreurs subsistent. Si vous êtes verbalisé à Brest ou Landerneau, vérifiez systématiquement. Cette jurisprudence n'a pas été remise en cause et s'applique toujours aux contraventions de stationnement, même après la réforme du Code de la route en 2000.
Pour l'avenir, cette exigence de précision pourrait s'étendre aux contraventions environnementales (stationnement sur voie verte, etc.). Les juges sont de plus en plus sourcilleux sur la motivation des actes. Une bonne nouvelle pour les justiciables.
Checklist avant d'agir
- Ai-je reçu un procès-verbal pour stationnement interdit ? → Vérifiez la case « motif » : si elle mentionne « stationnement gênant » ou « stationnement interdit » sans plus, notez l'absence de référence à un arrêté ou à des circonstances précises.
- Le PV mentionne-t-il un arrêté municipal ou préfectoral ? → Si non, c'est un motif de nullité. Relevez le numéro et la date du PV.
- Le PV décrit-il les circonstances de fait ? → (ex. « véhicule garé à 2 mètres d'un passage piéton »). Si non, autre motif de nullité.
- Dois-je contester seul ou avec un avocat ? → Si l'amende est inférieure à 150 €, contestez seul par LRAR. Au-delà, ou si vous êtes en litige récurrent, consultez un avocat.
- Quand contester ? → Dans les 45 jours suivant l'avis de contravention (ou 30 jours si l'avis a été envoyé en recommandé).
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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