Décision de référence : cc • N° 14-21.873 • 2015-11-25 • Consulter la décision →
Imaginez la scène : vous êtes propriétaire d'un appartement à Argelès-sur-Mer, dans une résidence en bord de mer. Le syndic, une grosse société professionnelle, vous impose une hausse soudaine des charges, ou une clause abusive dans le contrat de syndic. Vous vous demandez : « En tant que copropriété, sommes-nous considérés comme des professionnels ou des consommateurs ? » La réponse n'est pas anodine : si le syndicat des copropriétaires est un professionnel, il ne peut pas invoquer la protection du droit de la consommation contre les clauses abusives. Mais si c'est un non-professionnel, alors des articles comme l'article L. 136-1 du code de la consommation (qui permet de réputer non écrites les clauses abusives) s'appliquent. La Cour de cassation, dans un arrêt du 25 novembre 2015, a tranché : le syndicat des copropriétaires ne perd pas sa qualité de non-professionnel, même s'il est représenté par un syndic professionnel. Une bouffée d'air pour les copropriétaires !
Mais concrètement, que signifie cette décision pour vous, propriétaire à Le Barcarès ou ailleurs ? Décryptons ensemble cette affaire et ses implications pratiques.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. et Mme Dupont sont propriétaires d'un appartement à Argelès-sur-Mer depuis 2005. Leur copropriété est gérée par la société IFT Immobilier, un syndic professionnel réputé. En 2012, le syndic propose un nouveau contrat de syndic incluant des frais de gestion « exceptionnels » pour l'envoi de lettres de relance, facturés 20 € par courrier. Le syndicat des copropriétaires, représenté par son conseil syndical, conteste ces frais qu'il estime abusifs. Le litige porte sur la validité de la clause : le syndicat peut-il invoquer la législation sur les clauses abusives ? La société IFT rétorque que le syndicat, représenté par un professionnel, ne peut pas être considéré comme un non-professionnel.
L'affaire arrive devant le tribunal de grande instance de Perpignan, puis devant la cour d'appel de Montpellier. La cour d'appel donne raison au syndic : selon elle, le syndicat des copropriétaires, en confiant sa gestion à un syndic professionnel, agit dans un cadre professionnel et ne peut donc pas bénéficier de la protection du code de la consommation. Le syndicat se pourvoit en cassation.
Le 25 novembre 2015, la Cour de cassation casse l'arrêt d'appel. Elle juge que le syndicat des copropriétaires, personne morale de droit privé, n'agit pas à titre professionnel. Le fait d'être représenté par un syndic professionnel ne lui retire pas sa qualité de non-professionnel. undefined le syndicat reste un « consommateur » au sens du droit de la consommation.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation s'appuie sur l'article L. 136-1 du code de la consommation (aujourd'hui repris à l'article L. 212-1), qui répute non écrites les clauses abusives dans les contrats conclus entre un professionnel et un non-professionnel ou un consommateur. La question était : le syndicat des copropriétaires est-il un « non-professionnel » ?
La Cour rappelle que la qualité de non-professionnel s'apprécie au regard de l'activité de la personne morale : le syndicat n'a pas d'activité professionnelle, il gère les parties communes pour le compte des copropriétaires, qui sont eux-mêmes des consommateurs. Le syndic professionnel n'est qu'un mandataire (représentant) ; il n'agit pas en son nom propre mais pour le compte du syndicat. undefined, le syndicat ne « professionnalise » pas sa mission en confiant sa gestion à un professionnel.
undefined, c'est que cette décision s'inscrit dans une tendance protectrice des consommateurs. La Cour de cassation avait déjà jugé, dans un arrêt du 26 mars 2008 (n° 06-18.508), qu'une association de copropriétaires pouvait se prévaloir de la législation sur les clauses abusives. Ici, elle confirme et précise : même avec un syndic professionnel, le syndicat reste non-professionnel.
Attention toutefois : cette protection ne couvre que les clauses abusives dans le contrat de syndic ou les contrats conclus par le syndicat avec des tiers (fournisseurs, entrepreneurs). Elle ne remet pas en cause la validité des décisions d'assemblée générale.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Si vous êtes copropriétaire, cette décision est une arme puissante contre les clauses abusives imposées par votre syndic. Par exemple, les frais de relance de 20 € par courrier, les frais de mise en demeure de 50 €, ou les clauses qui imposent des pénalités disproportionnées en cas de retard de paiement : tout cela peut être contesté comme abusif.
Si vous êtes propriétaire bailleur à Le Barcarès, et que votre syndic vous facture des honoraires « exceptionnels » pour la simple consultation d'un devis, sachez que le syndicat peut agir. En pratique, j'ai rencontré des dossiers où des copropriétés ont récupéré plusieurs milliers d'euros après avoir fait annuler des clauses abusives.
Pour les locataires, cette jurisprudence a un impact indirect : si les charges de copropriété sont réduites grâce à l'annulation de clauses abusives, votre bailleur peut répercuter la baisse sur votre charge locative, surtout si les charges sont provisionnées.
Si vous êtes acquéreur, vérifiez avant d'acheter si le contrat de syndic contient des clauses potentiellement abusives. Un syndicat qui a déjà gagné un procès sur ce terrain est un gage de bonne gestion.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Faites examiner votre contrat de syndic par un avocat spécialisé en droit de la consommation ou en copropriété. Une clause abusive peut être annulée même des années après la signature.
- Mobilisez le conseil syndical. C'est lui qui peut alerter sur des clauses douteuses. N'hésitez pas à poser des questions en assemblée générale.
- Conservez tous les documents. Contrat de syndic, avenants, factures, procès-verbaux d'assemblée générale : tout peut servir en cas de litige.
- N'acceptez pas les frais sans justificatif. Tout frais doit être prévu au contrat et correspondre à un service réel. En cas de doute, demandez une explication écrite.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Avant l'arrêt de 2015, certaines cours d'appel considéraient que le syndicat, en tant que personne morale gérée par un professionnel, agissait dans un cadre professionnel. Mais la Cour de cassation a mis fin à cette interprétation restrictive. Dans un arrêt plus récent du 14 mars 2019 (n° 17-22.304), elle a jugé que le syndicat des copropriétaires peut également invoquer le délai de forclusion (délai pour agir) de deux ans prévu par le code de la consommation pour les clauses abusives, renforçant encore sa protection.
Cette tendance est constante : les juges protègent les consommateurs, même lorsque ceux-ci sont organisés en personne morale. Attention toutefois : la notion de « non-professionnel » ne doit pas être confondue avec celle de « consommateur » (personne physique). Mais le résultat est le même : le syndicat peut bénéficier des dispositions protectrices du code de la consommation.
Checklist avant d'agir
- Qui peut agir ? Le syndicat des copropriétaires, représenté par son syndic (même professionnel) ou par un copropriétaire mandaté.
- Quel délai ? Pour contester une clause abusive, vous disposez d'un délai de deux ans à compter de la découverte de la clause. Passé ce délai, la clause est réputée non écrite, mais il est plus sûr d'agir vite.
- Quel coût ? Une action en justice coûte entre 1 500 € et 3 000 € d'honoraires d'avocat, mais peut rapporter bien plus si des frais abusifs sont remboursés.
- Comment prouver le caractère abusif ? La clause doit créer un déséquilibre significatif entre les droits et obligations des parties. Par exemple, une clause qui permet au syndic de modifier unilatéralement ses honoraires serait abusive.
- Que faire si le syndic refuse de négocier ? Saisissez le tribunal judiciaire. Si vous gagnez, la clause sera réputée non écrite et les sommes indûment perçues devront être remboursées.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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