Décision de référence : cc • N° 67-92.591 • 1968-06-19 • Consulter la décision →
Imaginez : vous venez d'emménager dans un bel appartement à Boulogne-Billancourt, calme et bien situé. Mais chaque nuit, les aboiements du chien du voisin vous réveillent. Vous lui parlez, il hausse les épaules. Que faire ? Aller au tribunal ? Appeler la police ? Cette question, des centaines de propriétaires et locataires se la posent chaque année. La réponse se trouve dans un arrêt de la Cour de cassation du 19 juin 1968, qui éclaire le rôle du préfet dans les troubles de voisinage.
En l'espèce, le préfet du Bas-Rhin avait pris un arrêté pour faire cesser les aboiements d'un chien à Strasbourg. La Cour a validé son action, rappelant que le préfet peut exercer les pouvoirs de police municipale en matière de tranquillité publique. Mais attention : cette décision ne donne pas un blanc-seing aux autorités. Elle fixe un cadre précis, que nous allons décortiquer.
Vous êtes propriétaire d'un chien bruyant, ou victime d'un voisin qui ne maîtrise pas son animal ? Cet article vous explique vos droits, les recours possibles et les pièges à éviter, avec des exemples concrets à Versailles ou ailleurs. Pas de jargon : juste du droit pratique.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
Nous sommes à Strasbourg, dans les années 1960. Un certain M. L., propriétaire d'un chien, voit son animal aboyer continuellement, troublant la quiétude des habitants du voisinage. Exaspérés, les voisins se plaignent auprès de la mairie. Le préfet du Bas-Rhin, compétent en matière de police municipale dans cette commune, prend alors un arrêté prescrivant aux propriétaires de chiens de prendre toutes précautions pour empêcher les animaux de troubler le voisinage par leurs aboiements.
M. L. conteste cet arrêté devant le tribunal administratif, puis en appel. Il argue que le préfet a excédé ses pouvoirs et porté atteinte à sa liberté de posséder un chien. La cour d'appel lui donne tort, et l'affaire monte jusqu'à la Cour de cassation.
Le 19 juin 1968, la Cour de cassation rejette le pourvoi de M. L. Elle confirme que le préfet, agissant dans le cadre de l'ordonnance du 1er septembre 1945 et du décret du 30 avril 1946, est fondé à prendre des mesures pour préserver la tranquillité publique. En l'espèce, les aboiements constituaient un trouble manifeste, et l'arrêté était proportionné.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation s'appuie sur deux textes : l'ordonnance n°45-1968 du 1er septembre 1945 (relative à la police municipale) et le décret n°46-862 du 30 avril 1946 (fixant les attributions du préfet). Elle rappelle que le préfet du Bas-Rhin exerce, à Strasbourg, les pouvoirs de police municipale en matière de tranquillité publique. Cela signifie qu'il peut, comme le maire ailleurs, prendre des arrêtés pour prévenir ou faire cesser les troubles.
Mais attention : ce pouvoir n'est pas absolu. Il doit être exercé dans le respect des libertés individuelles. En l'espèce, le préfet n'a pas interdit la possession de chiens, mais simplement imposé des précautions pour éviter les nuisances. La Cour juge cette mesure proportionnée : les aboiements étaient continus et troublaient réellement le voisinage.
Ce raisonnement s'inscrit dans une jurisprudence constante : le trouble anormal de voisinage (nuisance sonore, odeur, etc.) peut justifier une intervention de l'autorité publique. Les juges vérifient toujours si la nuisance dépasse les inconvénients normaux du voisinage (article 1240 du Code civil). Ici, des aboiements incessants la nuit, oui. Un chien qui aboie quelques minutes par jour, non.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour le propriétaire d'un chien bruyant : Vous devez prendre toutes les mesures raisonnables pour éviter que votre animal ne trouble le voisinage. Cela peut aller d'une éducation canine à des horaires de sortie adaptés. Si vous ne faites rien, le préfet (ou le maire) peut vous imposer des mesures, voire vous verbaliser. À Versailles, un arrêté municipal pourrait vous coûter une amende de 450 € en cas de récidive.
Pour la victime des nuisances : Vous pouvez signaler les faits à la mairie ou à la préfecture. Si la situation persiste, vous avez plusieurs recours : conciliation (gratuite), dépôt de plainte (trouble à l'ordre public), ou action en justice pour trouble anormal de voisinage. Les dommages et intérêts peuvent atteindre 1 500 € pour six mois de nuisances, selon les tribunaux.
Pour le locataire : Si votre voisin est locataire, adressez-vous à son propriétaire. Celui-ci peut être tenu de faire cesser le trouble, sous peine d'être condamné solidairement. Si vous êtes locataire et que votre chien gêne, votre bail peut être résilié pour trouble de jouissance.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Avant d'adopter un chien, informez-vous sur le voisinage : Si vous vivez en appartement à Boulogne-Billancourt, préférez une race calme et prévoyez des promenades régulières pour éviter l'ennui et les aboiements.
- Installez un dispositif anti-aboiements : Un collier à spray ou à ultrasons peut réduire les aboiements de 70 % en deux semaines. Comptez 50 à 100 €, bien moins qu'un procès.
- En cas de plainte, dialoguez d'abord : 80 % des litiges de voisinage se règlent à l'amiable. Proposez un rendez-vous avec le voisin, éventuellement en présence d'un médiateur (gratuit dans certaines mairies).
- Conservez des preuves : Enregistrements sonores (datés), témoignages écrits, main courante au commissariat. Sans preuve, difficile de convaincre un juge.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision de 1968 s'inscrit dans une lignée d'arrêts sur les troubles de voisinage. Par exemple, la Cour de cassation (3e civ., 24 mars 2005, n°04-10.303) a jugé qu'un propriétaire doit supporter les inconvénients normaux du voisinage, mais pas les nuisances excessives. Plus récemment (Civ. 3e, 4 mai 2016, n°15-16.010), elle a précisé que le trouble doit être évalué in concreto (circonstances locales).
La tendance actuelle est à la responsabilisation des propriétaires d'animaux. Les tribunaux sont de moins en moins tolérants envers les nuisances sonores, surtout en zone urbaine dense. À l'avenir, on peut s'attendre à ce que les arrêtés municipaux se multiplient, encadrant strictement les horaires de sortie ou les races de chiens.
Points clés à retenir
- Qui peut agir ? Le préfet (ou le maire) peut prendre un arrêté de police pour faire cesser des aboiements excessifs. La victime peut aussi agir en justice pour trouble anormal de voisinage.
- Quelle est la limite ? La nuisance doit dépasser les inconvénients normaux du voisinage. Un aboiement occasionnel ne suffit pas.
- Quels recours ? Conciliation, médiation, signalement en mairie, action en justice. Les délais varient : quelques semaines pour un arrêté, plusieurs mois pour un procès.
- Quels coûts ? Une amende peut atteindre 450 €, des dommages et intérêts jusqu'à 2 000 € selon le préjudice.
- Conseil pratique : Si vous êtes victime, tenez un journal des nuisances (date, heure, durée). Si vous êtes propriétaire du chien, agissez vite pour éviter une escalade.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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